Un exemple de généalogie en Entre-deux-Mers au XVIIIème siècle : les Frizeau Vincent P.

- Vincent P.

En me promenant dans le musée des Beaux Arts de Bordeaux (bien médiocre musée, j’y reviendrai), je suis tombé sur le portrait par le peintre bordelais Lacoste d’un dénommé Gabriel Frizeau, collectionneur d’art bordelais.

J’ai pensé, "tè, un patronyme gavache". Un migrant saintongeais ? Un gabay ? En fait, c’est une famille de vignerons de l’Entre-deux-Mers.

Geneanet propose de retracer l’une des branches :

http://gw.geneanet.org/seyrac?lang=fr&v=FRIZEAU&m=N

Fin XVIIIème siècle, une famille Frizeau est installée à Sauveterre-de-Guyenne.

Patronyme gavache ? Probablement, car on sait que la région de Sauveterre, bien que regasconnisée intégralement, a connu des implantations gavaches. Le patronyme Frizeau n’est connu qu’en Gironde néanmoins. De vieilles attestations dans la région d’Orléans, mais ce peut être un homonyme.

Il peut s’agir d’un patronyme francisé orthographiquement, Frisou par exemple est un patronyme béarnais. A quoi correspondrait la finale -eau ? A -éou gascon ?

Je penche néanmoins plutôt pour un patronyme gavache, un sobriquet "petit frisé".


 Elie Frizeau, à la fin du XVIIIème siècle, épouse Catherine Perromat.

Perromat est un patronyme gascon de l’Entre-deux-Mers, attesté depuis le XVIIème siècle à Blasimon.


 Plusieurs enfants de cette union.

Une fille Jeanne épouse un Serizier de Sauveterre. C’est un patronyme girondin de l’Entre-deux-Mers. Le sens est évident, "cerisier", et la formation n’est pas gasconne.

Francisation ? Migration gavache ? Le patronyme est attesté en Entre-deux-Mers depuis le XVIIème siècle, et il y a des foyers éteints, sous cette orthographe dans le grand Ouest.


 Un autre fils, Raymond, épouse une Jeanne-Marie Cambon de Castelviel.

Le père de l’épouse est Jean Cambon de Castelviel également. Le patronyme est de distribution languedocienne mais on peut envisager que ce soit une formation autochtone, dans une zone qui ne simplifie pas mb intervocalique.

La mère s’appelle Peydecastaing, patronyme gascon virulent. Sa mère était une Causade là encore patronyme gascon.


 A la génération d’après, le fils Frizeau, désormais à Blasimon, va épouser une Gaubert du même village.

Gaubert est franchement plutôt d’oc (c’est un prénom d’origine germanique), là où l’oïl a Joubert.

On trouve beaucoup de Gaubert en Entre-deux-Mers (mais aussi en Rouergue, en Comminges) ...

Chez les Gaubert, on trouve dans l’ascendance des patronymes comme Laforet, Rambaud, ... qui semblent plutôt gavaches. Blasimon était en effet un foyer de peuplement gavache.

On trouve aussi le patronyme Tautil attesté dans l’Aude moderne. Vieille migration languedocienne ? Homonymie car en Entre-deux-Mers, lh final est dépalatisé comme en languedocien ?


 A la génération d’après, il y a mariage avec une Fauchez de Neuffons, en Petite Gavacherie.

Les patronymes sont clairement gavaches : Bouron, Sabardin, Baranger, ... qui tous renvoient à la France de l’Ouest (Vendée, Cher, Maine-et-Loire).

Exceptions : Fauchez semble très rare et semble être une altération de Faucher, patronyme limousin.

Dans tous les cas, l’élément "étranger" est très notable.


 Et puis à la dernière génération, une fille Frizeau épouse un Seyrac de Sainte-Terre, près de Libourne.

Les patronymes sont mêlés, les origines entre la rive gauche et la rive droite de la Dordogne.

Du côté paternel Seyrac, autour de Saint-Pey-de-Castets, on trouve des patronymes très gascons comme Gagney, Castera, Foudadousse, Monberot, ...

Côté maternel Barreyre (patronyme gascon), on noue des alliances avec la rive gauche de la Dordogne en Entre-deux-Mers, d’où des patronymes comme Chaumette qui est clairement limousino-périgourdin et qui manifeste la tendance des Périgourdins à descendre via la Dordogne dans les terres du Bordelais.

Conclusion :

On voit qu’autour de Sauveterre-de-Guyenne, zone gasconne, les patronymes gavaches sont une réalité, à tout le moins au bourg.

On voit également que des alliances sont nouées avec les gens de la Petite Gavacherie, dont l’ascendance marque très clairement les origines dans la France de l’Ouest, et pas véritablement la Saintonge ou l’Angoumois, mais plus au Nord, en Bas-Poitou, en Berry.

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