Bordeaux / Bordèu

Le Bouscat


 
en graphie alibertine :

(lo) Boscat
Prononcer "(lou) Bouscat". BBF : bòsc + suffixe collectif -at -latin (...)

bòsc / bois

Dans le sens de "petite forêt".
Dérivés :
bosquet (prononcer "bousquétt") : bosquet (ce mot français doit être un emprunt à l’occitan)
boscar (prononcer "bouscà") : taillis
boscat (prononcer "bouscatt") : boisé
boscassèr, buscassèir (prononcer "buscassèÿ") : bûcheron
busquèir (prononcer "busquèÿ") : bûcher

Dans la monographie "Le Bouscat, mémoire en images", de Max Baumann et Edmond Cardoze* (éd.Alan Sutton,2000) on trouve d’intéressantes informations historiques et toponymiques : à l’origine une vaste zone boisée (lo boscat, justement) appartenant au chapitre de la basilique bordelaise Saint-Seurin.
A partir du XIIIè siècle, les chanoines commencèrent à la planter en vignes et attirèrent de nouveaux habitants dans trois hameaux, disent nos auteurs : lou Bouscat, Villenave La Rivière et Villeneuve (avec en plus quatre maisons nobles vassales du chapitre, Larivière, Thil, Peyblanquet et lou Rodde).
Concernant Villenave La Rivière (et la maison noble du même nom), on attendrait plutôt Ribeyre (forme bordelaise, nord gasconne) ; le nom s’est perpétué dans le Parc Rivière et la rue de Rivière du côté bordelais des boulevards. Mais le quartier de Villeneuve (dont le nom ne semble pas s’être perpétué) est intéressant : c’est maintenant le quartier dit "de la Vache", bordé par le ruisseau du Limancet (ou Climenet, selon les cartes, aujourd’hui disparu sans doute par canalisation) le séparant de la seigneurie de Blanquefort (commune de Bruges aujourd’hui).
En fait, le chemin de Villeneuve s’appela rapidement chemin de la Baysse (la baissa, le long d’un terrain en pente), ensuite transformé par assimilation francophone en "La Vache".
Plus curieux encore, dans ces confins entre Le Bouscat et Bordeaux, toujours sur le territoire de la basilique Saint-Seurin, se trouvaient trois croix historiques, La Croix de Seguey (liée d’après les auteurs au caractère sûr (segur) du chemin ** qui a donné son nom à une rue toujours existante côté bordelais), la Croix de La Peyre (carrefour actuel rue Camille Godard /rue de Rivière) et à l’autre bout du chemin de "La Vache", à la limite Le Bouscat/seigneurie de Blanquefort, une Croix de Pivère (qui serait aujourd’hui apparemment dans le quartier du Tasta à Bruges).
Ce dernier nom amène à s’interroger : Pivère ne serait-il pas devenu Rivière par une autre assimilation francophone, le chemin de La Vache étant visiblement devenu la rue de Rivière, côté bordelais (prolongée par l’avenue Victor Hugo au Bouscat et l’avenue Jean-Jaurès à Bruges). Mystères de la toponymie... d’autant qu’on peut aussi se demander si Villeneuve et Villenave la Rivière n’étaient pas en fait le même hameau (on ne voit pas sur les cartes où serait exactement Villenave...).

* père du journaliste gascon (et bordelais) Michel Cardoze
** à moins que ce n’ait voulu signifier le chemin à suivre ("de seguir") ?...

[GSG]


 

 

Lòcs (toponymie, paysage...) de Le Bouscat :


 

 

 

Grans de sau

  • Gerard, tu ouvres ainsi une étude toponymique sur une commune, le Bouscat, qui se rapproche du coeur urbain de Bordeaux, et donc a été plus francisée que, par exemple, le Médoc, qui m’a beaucoup occupé ces derniers temps.
    L’intérêt des choses que tu as relevées plus haut, c’est qu’elles datent de bien avant les sources que j’utilise habituellement en toponymie (la plus ancienne étant Cassini, peut-être qu’il y a aussi Belleyme, mais je n’ai pas l’habitude de l’utiliser).
    Et je cherche vainement des noms comme Pivère (la Croix de) dans mes cartes de références, dont le Cadastre napoléonien. Difficile donc de trouver si "Pivère" a été une cacographie de "Rivère".
    Ma seule trouvaille qui recoupe les noms donnés plus haut, à part bien sûr "la Vache", qui a très bien passé les siècles - sauf que ce devrait être "la Bache" - c’est un "la Rose" qui figure chez Cassini, et que je rapproche du "lou Rodde".
    En plus, je trouve le chemin de Bose, et comme il faut, comme tu le suggères, toujours imaginer des cacographies, surtout dans cet univers chamboulé, à la rigueur Bose pourrait être Rose...

  • Il est raisonnable de penser que Seguey est sèga + -èir : lieu broussailleux. Ou un lien avec "scie" ( douteux selon moi) . Cf les patronymes Séguès, Séguier...

  • Si j’ai bien su lire la carte ci-dessus, les correspondances avec les noms d’aujourd’hui seraient (les tracés ont un peu changé) :
    Route de Saint-Médard = Avenue d’Eysines,
    Route de Soulac = Route du Médoc,
    Chemin de la Vache = Avenue Victor-Hugo.
    Le ruisseau se voit sur Google Maps mais pas en image : ce sera donc en effet un arriu cluc, aujourd’hui enterré.
    La croix de Pivère se trouverait au bout de la Vache ou plutôt Baisha (descente), à priori à son pied (côté ruisseau).
     Or dans l’autre sens (nord-sud), c’est une montée (pibèra ou pivèra, de pibar o pivar, monter, grimper). Pas très pentue, d’ailleurs : tout au plus un faux-plat. (Mais il y avait peut-être aussi un petit chemin de croix, avec un monticule ménagé à cet effet, et une pivèra toute symbolique.) Ce pourrait donc être la “croix de la Grimpette” située au niveau de l’actuel rond-point [av. V.-Hugo/av. J.-Jaurès/rue Ausonne], au pied de la montée qui va à la croix de la Peyre (à l’angle des rues [Labottière/Godard/de Tivoli/de l’Arsenal]).
     Resterait à savoir si ce verbe pibar/pivar, plutôt bayonnais, a pu exister jusqu’en Médoc (peut-être sous la variante *puvar, de puar)¹. Si tel est le cas, cela suggérerait que Pivère est bien la forme originale.
    — 
    (¹ À mettre en relation avec les formes de “lagune” (lagúa, laguiva, laguva…), ou tuar/tuvar, par exemple.)

  • Adixatz Jan l’Aisit.
    Je souscris à vos déductions,sauf peut-être en ce qui concerne l’avenue d’Eysines:la route de Soulac me parait plutôt être l’actuelle avenue Charles de Gaulle à Caudéran (longeant le parc bordelais par l’ouest) en prolongement de la barrière Saint-Médard,justement.
    En ce qui concerne la topographie,bravo ,on dirait que vous vivez dans le coin ! Comme cycliste habitant le quartier je confirme que tant depuis l’ancienne croix de Pivère au nord que depuis l’autre ancienne Croix ( La Peyre )au sud, ça monte un peu, la ligne de crête de cette haute chaine de montagne se situant sur le territoire du Bouscat au delà des boulevards !
    ça parait curieux que ces deux croix soient au bas de la montée et pas en haut mais après tout , c’est topographiquement exact.Quant à la croix de Pivère, vous avez raison, elle était plutôt au carrefour que vous indiquez,le long de la voie de chemin de fer(qui recouperait celle du ruisseau du Limancet ?) ;dans une version postérieure qui n’est pas sortie sur le site j’avais d’ailleurs déplacé l’endroit du Tasta au quartier des Béquigneaux (l’endroit où les oiseaux picorent -bequejan - ?), en bordure de ladite voie et du Cimetière Nord. Votre trouvaille pour le nom de Pivère est intrigante et séduisante .Aurait-on , à la bayonnaise,un binôme "pivar/pujar" comme on l’a pour "libe/lue" ou "pribe /prue" ? Mais comment ce traitement dialectal apparemment limité au pays bayonnais (de parler noir) aurait-il en effet pu remonter si haut,en pays de "parlar clar" ?Et ensuite le passage de Pivère à Rivière(mais quand ?) me parait envisageable,avec en arrière-plan,le souvenir d’un ruisseau à Pivère peut-être( le fameux Limoncet que vous dites percevoir sur GoogleMap) .

  • Gaby :
    autre hypothèse pour "seguey":un lieu encore planté de pins originels(autre sens de "sega") et pas encore planté de vignes ? L’endroit n’est pas loin du "bouscat" forestier.

  • Béquigneau : forme gasconne bequinhòu du béquignol, un cépage rare typique du Bordelais.

    Pivère : on attendrait -eyre en Bordelais. Penser aussi au patronyme Pivert.

    Seguey : sèga dans le sens de pinhadar ? Étrange. Le Bouscat ( a fortiori Bx) est quand même sur les Graves, donc avant l’urbanisation, les lieux boisés étaient théoriquement composés de chênes, avec charmes ou châtaigniers en fonction de l’acidité du sol.

  • Gaby,merci au botaniste !
    Donc,question linguistique:si "sega" est un mot connu dans la lande s’appliquant à une zone de forêt originelle(voire primaire) de pins,le mot se serait-il employé aussi ailleurs pour d’autres types d’arbres ?

  • Justement non, sèga a le sens de "broussaille" ou de "haie" et pas de "bois".
    C’est seuga, var. de seuva, qui signifie "forêt", à mon avis forêt de feuillus puisque c’est un terme antérieur à l’enrésinement. Mais Seguey me semble bien venir de sèga donc "lieu broussailleux".

  • Pas entièrement d’accord,Gaby:comme je l’ai écrit ,dans la Lande sèga peut désigner un bois ou une pièce de bois de pins "immémoriaux",donc pas exactement une forêt mais quelque chose qui s’en approche.Reste à savoir si dans ce cas ,l’étymologie ne serait pas "seuga Et dans ce cas précis, planter une croix de chemin au milieu des broussailles,on ne voit pas trop ...Nous ne saurons sans doute jamas .

  • Ah, si sèga est attesté dans la Lande avec ce sens, OK. Il a dû se produire la dérivation de sens suivante : haie > fourré > lieu boisé. Dans tous les cas, une sèga est un lieu se caractérisant par son caractère non cultivé. Donc : la croix du secteur boisé / broussailleux.
    Mais est-ce que ce n’est pas le chemin ("Camin Séguey" ?) ou simplement un lieu-dit qui aurait ensuite donné son nom à la croix ?

  • Hypothèse peut-être la plus vraisemblable ;j’avais évoqué cette possibilité de "chemin à suivre"(ou qui suit) en PS de mon articlot.

  • "Chemin à suivre" me paraît fantaisiste. En plus, cela donnerait autre chose que seguèir, sans doute *seguiduir, *segueduir, *xegueduir.

  • je sais bien mais au fil des temps et avec une langue qui se corrompt les évolutions ne sont pas toujours logiques.

  • Un excellent site créé par un bouscatais d’adoption qui ne renie pas la gasconité de son "village" sans le dire expressément.Le titre l’évoque bien ;comme il pointe le doigt sur la difficulté d’adopter une graphie unique,vieille histoire...
    http://christianbsct.free.fr/index.php?chx=Rub28

  • M.Wetterwald, webmestre du site "Lou Boscat", me communique aimablement l’extrait suivant : polémique électorale en 1867, dans un gascon bordelais certes quelque peu déchu mais bien savoureux.
    A mettre au nombre des petites pièces de polémique politique en gascon, fréquentes en Gironde au XIXè siècle :
    http://christianbsct.free.fr/index.php?chx=Rub35


Un gran de sau ?

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