Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

Accent du ou des midis ?

mercredi 15 novembre 2017, par jmcasa

Mais de quel Midi parlons-nous ? La Gascogne en Midi ?

jmcasa

L’accent du Midi en voie de disparition

http://www.lagazettedemontpellier.fr/14597/l-accent-du-midi-en-voie-de-disparition.html



Grans de sau

  • L’article dit à peu près tout ce qu’il faut.
    La France centralisée à Paris (médias, télévision...) crée un espace de vie unifié dans lequel tout se brasse et s’homogénéise, avec survalorisation du modèle diffusé par le centre, et dévalorisation de tout le reste.

    Quant à la question de jmcasa :
    accent des midis, accents du midi ?
    Ces accents sont la trace de nos parlers d’oc, dans leur diversité mais aussi avec leur air de famille. Et l’air de famille reste mieux dans l’accent que la diversité.
    Je me souviens d’avoir entendu dans un reportage télé ("Des racines et des ailes", je crois), un interviewé du côté de la Haute Provence, d’une cinquantaine d’années, qu’on aurait très bien pu me présenter comme venant d’Aire sur Adour par exemple... Et je pense que ce n’était pas un gascon "expat" !
    Plus proche de moi : étant à Tonneins, lieu intermédiaire entre Guyenne et Gascogne, je suis bien incapable de distinguer l’accent de ceux qui viennent de Guyenne (au delà des côteaux de la rive droite de garonne) et celui des "gascons" ; la différence qui saute aux oreilles n’est pas là, elle est entre ceux qui ont l’accent du midi ("accent d’oc" serait plus correct) et ceux qui ne l’ont pas.

    Enfin, pour contribuer à l’état des lieux :
    Il me semble qu’il y a encore de jeunes parents, hors des zones métropolitaines, qui ont un accent d’oc assez prononcé, et qui le transmettent à leurs enfants.* Mais ceux-ci baigneront, si rien ne change, dans un monde qui ne confirmera pas leur accent initial, bien au contraire...
    * Je suggère à ceux qui sont dans ces zones d’écouter comment parlent les jeunes parents, et leurs enfants.
    Des instituteur·trice·s seraient bien placés pour nous faire un compte rendu ! (en passant : j’ai tapé 0183 tout en pressant sur la touche Alt pour avoir le point médian ·)
    L’accent est un symptôme sociologique de premier ordre, et il devrait être un matériau pour les sociologues et les géographes de la péri-urbanisation, de la métropolisation, des "quartiers", des bassins de vie, du brassage ou du non-brassage...

  • Qüant n’i a, tabé, gènts que parlan ua lenga d’òc e qu’an un accènt franchimand a gomir darrèr. Qu’èi avut, i a pas goaire, lo parat de parlar dab un occitaniste que parlèva (mau) lo gascon dab un accènt ponchut tarrible...

    Que sui sensible a l’accènt dempuish mèinatge, ne sèi pas perqué, qu’i èi tostèm hèit shau. E qu’èi vist amics pèrder lo son accènt. Que n’èi un, pr’exemple, landés, pair de Monthòrt, mair de Lit, qu’an l’accènt tot dus, que parla shètz nat accènt at all ! E qüant d’auts atau ? Au moment dont escrivi le mia quita hilha a qui parli gascon qu’apèra le soa mair atau "mamon !". Dijà, a Mamisan, que vei los joens qu’an desgais ua punta d’accènt e me’n tornants de les Hautas Pireneas, qu’èi lo sentit d’estar lo pèisan de drava de le soa montanha... Totun, quèn son beriacs o quèn cridan, que torna. Iths que son a miejas (los deu mon atge), los sons hilhs que parleràn ponchut tot brac...

    Lo poder de l’uniformisacion n’es pas jamè estat autan hòrt, e’m pensi...

  • « L’accent du Midi » décrété par les Parisiens
    es autant emportant com una pita de taish.
    La clau amics, la clau !

  • La sauvegarde de l’accent, dans l’hypothèse où ce serait là un acte conscient, ce dont je doute, est primordiale, et je m’étonne que bien souvent, notamment parmi les occitanistes, l’on prenne si peu en compte cette nécessité :

    - L’accent, parce qu’il est né sur un substrat, porte en lui la capacité d’un retour au gascon (à l’oc, peu importe la terminologie, et cela est valable pour toutes les langues minoritaires de France), assez aisé, au moins pour placer correctement l’accent tonique (et donc, choper le -a final atonique plus facilement) et parler avec une prosodie plus authentique (le parler haché des néo-locuteurs est vraiment de très faible qualité auditive).

    - L’accent est, malheureusement mais c’est ainsi, un marqueur identitaire de vivacité locale : parvenir à faire accepter l’idée que le français peut connaître des accents, certains désormais bien anciens et légitimes, et faire aimer ces sonorités, c’est permettre un sentiment d’appartenance locale plus fort, et possiblement ancrer ce dernier dans un passé gascon. Je reste traumatisé par l’affaire des annonces du métro de Toulouse, ou comment des enregistrements de très belle facture, ceux de la première mouture, avant 2012, ont été sentis comme étrangers par les habitants de Toulouse ou paysans par les occitanistes locaux.

    - L’accent est enfin la bande-son de notre jeunesse, et de nos souvenirs, ceux qui nous font perdre de notre temps à parler de Gascogne et des Gascons. C’était aussi, en parallèle du gascon, la manière de parler des miens. En parlant avec l’accent, ils balançaient à la gueule quelque chose qui relevait d’une différenciation, que j’oserais dire ethno-culturelle.

  • Farpaitement.

    La clau... Mes quèn n’i a pas mè la pòrta, a qué sèrv la clau ?

  • C’est curieux que les deux sujets, langue et accent, soient tellement disjoints, et que ceux qui s’intéressent ou se passionnent à la sauvegarde de nos parlers gascons ou d’oc dédaignent l’accent qui en est la trace, comme la trainée d’une étoile disparue... mais aussi comme le conservatoire de leur musique, pour abonder ce que dit Vincent plus haut : « L’accent porte en lui la capacité d’un retour au gascon ».

    Et Renaud nous rappelait comment « lo gascon dab un accènt ponchut », c’est « tarrible » !

    Au même moment où la Région Aquitaine fait de l’affichage prétendument bilingue des noms de gares (Langon / Lengon, Marmande / Marmanda, Ychoux / Ishós...), elle s’accommode d’annonces vocales en français dans des accents supposés standards qui sont une vraie gifle pour ceux qui aiment la bande son originale de notre région, la bande-son de la jeunesse de Vincent.

    Il est plus facile d’afficher une vieille langue qui a disparu de l’usage que de laisser se diffuser l’accent qui en est issu, et qui est, lui, encore bien vivant ! Trop vivant, sans doute, pas assez neutre, trop "paysan"...

  • Je pense que nous devrions lancer une campagne d’opinion (lettres,courriels,appels) auprès d’entités telle la SNCF et surtout les compagnies de transport local pour que leurs annonces standardisées soient faites avec un minimum d’intonation locale ;j’ai déjà dit ici combien l’annonce de l’arrêt "Santt Croa" me hérisse le poil dans le tram bordelais.Des groupes occitanistes ont réclamé l’an passé que ces annonces soient faites en "occitan gascon", ce qui me parait assez illusoire vu l’éloignement de la Métropole vis à vis de sa langue historique mais un changement d’accent ou du moins d’intonation serait de nature à être accepté si un bon nombre de personnes le réclamaient.Je suis prêt à commencer dès demain.
    Par contre je suis souvent heureux d’entendre des accents hyper-gascons ou hyper basques de certains agents SNCF sur le TGV (mais je sais qu’ils ne plaisent pas ainsi à tout le monde ...).
    Un dernier point à signaler en matière d’accent montrant à quel point les repères sont maintenant confus en la matière ;il y a quelques mois dans un lieu public quelqu’un (pourtant au moins quinquagénaire) m’a demandé si mon accent était ...portugais .Sans commentaire .

  • Moi aussi, à Bordeaux, on m’a demandé si mon accent n’était pas étranger, ou espagnol... (À Nancy on me prenait pour un Toulousain, et un ami qui a vécu à Bayonne et Toulouse mais à l’accent neutre trouve que je n’ai pas d’accent... Personnellement je trouve que mon accent à quelque chose de plus limousin ou auvergnat qu’aquitain. Tout cela est donc fort subjectif)

    La perte de l’accent, donc : je l’observe chez ma sœur, specimen typique du jeune bordelais bobo urbain (à mon grand désarroi), qui se moque de la mère quand elle dit ’’Peychotto’’ et ’’corrige’’ en ’’Peksotto’’...ou encore qui dit ’’je vais à Quinconces’’ ou ’’à Hôtel de Ville’’ et ne comprend pas où est ’’Pey Berland’’. Bref. Et donc, non seulement elle a l’accent ’’bobo-parisien’’ (elle ne garde de la prononciacion locale que l’ouverture des ’’o’’ et’’eu’’ et la fermeture des ’’ai’’ , mais sinon elle dira ’’honnêtmont j’me dis que...’’) mais quand elle s’amuse à imiter l’accent local elle ne sait pas le faire !!! Et pourtant ses parents possèdent cet accent et elle a été scolarisée dans la campagne bordelaise.

    Alors influence des médias, des copains n’ayant pas l’accent local, des profs...honte de la ruralité... Il doit y avoir un peu de tout ça. Moi, au contraire, je m’étonne et m’attriste presque de ne pas avoir un accent typiquement local .

    Je vois qu’on parle de la voix dans les transports en commun. J’ai entendu les annonces en occitan dans le tram de Montpellier, c’était atroce ( c’était pountyut ! :D) J’ai mis un petit moment à réaliser que c’était de l’occitan, du coup.

    Bon, assez parlé de moi. Une idée me vient : pourquoi pas concevoir une méthode d’apprentissage de l’accent gascon ’’correct’’, contre-pied humoristique des méthodes à la mode parisienne ? Et même un guide pour apprendre à distinguer les différents accents d’oc !

    Boune nuyt é belèu à dimenche !

  • Bonne idée Gaby, ce genre de création pourrait même séduire bon nombre de ...nos bobos bordelais (ou néos) ;gros à parier que les animateurs du FLBP auront une foule d’idées pour alimenter ta méthode !

  • De même que Gasconha.com rend compte par les lòcs du paysage visuel gascon, il faudrait rendre compte du paysage sonore, pour le faire aimer, bien sûr.
    Enregister incognito avec son téléphone portable ?
    J’avais essayé il y a trois ans déjà (boudïou !*) en enregistrant dans ma tête et en faisant une imitation de la phrase que j’avais entendue :

    MP3 - 74.4 ko
    Même s’i gèle, c’est la saison, éh !
    Dit par un vieux réaupais* début novembre 2014.
    J’ai essayé de mémoriser la musique et l’accent, et de le restituer.
    Tederic M.
    * Habitant de Réaup (Albret)
    Tederic M.

    Hier, je me suis fais apostrophé plaisamment par un cycliste d’une meute sportive aux abords de Tonneins : "Faut la mettre, la batterie !" (Fo-la-mè-treu-la-ba-teu-ri !) ; 8 syllabes envoyées à la mitraille ; en français d’oïl et assimilé, ça aurait été "Fo-la-mèt-la-ba-tri !" (6 syllabes). La prononciation du e muet en français change totalement la mélodie des phrases.

    *Autrefois on entendait beaucoup ce boudïou ! (boudiw) dans le village de ma mère.

  • Aquò qu’es peisatge sonor ! Hèit per amics deu Bascoat.

    http://www.soinumapa.net/

  • Quand j’étais toute petite, je vivais à Paris et j’allais pour les vacances d’été à Arcachon chez mes grands parents, on traversait en train la Garonne, on voyait le pont de Pierre et souvent tantes,cousins nous attendaient sur le quai et prenaient avec nous le train pour Arcachon.
    J’entends dans ma tête les annonces "Bordeaux Saint-Jean, Bordeaux Saint Jean, les voyageurs pour Arcachon changent de train" ... l’accent y était tout de suite, on aurait dit qu’il m’attendait comme mes tantines.
    Je m’étais fait une théorie, j’ai pensé très longtemps que c’était une question d’air, il suffisait de "changer d’air" pour avoir l’accent, on passait la Garonne et on attrapait l’accent,car ce n’était plus le même air, et dès qu’on avait d’ailleurs passé Facture je l’avais pris moi aussi l’accent ! en même temps qu’on sentait les pins, la gemme par la fenêtre du train, l’odeur caractéristique du Bassin dès Gujan, on attrapait l’accent sur le quai de Bordeaux Saint Jean et dans le compartiment en parlant avec nos Landais exilés à Bordeaux.
    Quand j’arrivais à Arcachon je le parlais l’accent !
    J’ai peine à l’entendre quand il y a des micro-trottoirs à Bordeaux à la télé !

  • TBM a répondu à mon courriel en indiquant que "la voie(sic) sélectionnée a été choisie pour qu’un maximum de gens comprennent ses annonces" (du tram).Je viens de répondre qu’une intonation bordelaise avait plus de chances de correspondre à cette préoccupation qu’une voix annonçant "Santt Croa"(qui m’obsède, définitivement !).
    En tous cas TBM répond ,ce que ne fait apparemment pas la SNCF d’après une expérience de l’an passé ... Essayons et ré-essayons !

  • Cet après midi j’écoutais sur le net l’émission allo-docteur (kilos superflus ou vrai surpoids).
    Au début l’un des 2 invités Jacques Grober enseignant chercheur à Dijon commence à parler.
    Marina Carrère d’Encausse :
    - Vous êtes vraiment enseignant à Dijon ?
    - Oui je suis enseignant à Dijon mais j’ai l’accent du Sud-ouest
    - C’était juste pour savoir si je positionnais mal Dijon
    - Je suis originaire de Toulouse, cela fait 20 ans que je suis dijonnais quand même
    - Je vous laisse continuer
    - Cela me rassure cela veut dire que j’ai encore l’accent
    - Vous ne l’avez pas perdu, ne vous inquiétez pas

    Finalement l’accent c’est mieux que rien !

  • L’accent, vaste sujet !
    Marqueur régional, voire local au moins jusqu’à il y a peu, il est aussi marqueur social depuis sans doute un peu plus d’un siècle. Les nuances locales s’estompent depuis quelques décennies : je suppose qu’il y a un demi siècle on pouvait distinguer l’accent de Peyrehorade de celui deu Moun comme on pouvait en distinguer les parlers qui s’entendaient encore couramment. Aujourd’hui quel degré de localisme peuvent-ils atteindre ? L’accent du sud ouest des Landes est encore un peu typé, voisinage basque aidant, un peu différent de celui de la Grande Lande comme sans doute celui de l’Armagnac et autres pays gersois de ce qui reste du girondin. Mais ce qui est en général encore un peu perçu par le public c’est l’ « accent du sud-ouest » dont on ne sait trop où il commence et finit, à l’est du moins. Au nord le charentais (les deux Charentes sauf la limousine à l’est) sont encore entendus comme différents jusqu’à ce qu’éclose d’ici vingt ou trente ans un vague et léger accent néo-aquitain à peine différencié du francilien avec ses nuances NAP et caillera.
    Sauf si nous savons maintenir et diffuser le nôtre aux néo-arrivants si possible.
    Là nous nous heurterons, nous heurtons déjà à la fonction de marqueur social de l’accent surtout dans les Métropoles culturellement attachées à reproduire le grand frère parisien, avec l’exception marseillaise près au moins dans les milieux populaires au sens large.
    Et du reste dans le cas marseillais se conjuguent vraisemblablement affirmation locale, urbaine et sociale : le peuple marseillais parle avec l’accent et applaudit l’OM.
    Cela dit l’accent ne fut pas dans le passé marqueur social autant qu’aujourd’hui (comme de même, l’emploi de la langue avec un ou deux siècles d’antériorité) : Montesquieu par exemple, parfait gasconophone du reste, tout président au Parlement de Bordeaux qu’il était, avait un accent gascon extrêmement prononcé qu’il conservait lorsqu’il parlait français ou toute autre langue (la reine Anne qui le reçut n’avait rien compris à sa conversation en anglais, langue qu’il connaissait pourtant bien).
    Je me souviens avoir rencontré il y a une vingtaine d’année un général âgé, hobereau limousin de vieille et noble souche, dont l’accent était clairement celui de son cru. Pour ne rien dire de la bourgeoisie traditionnelle toulousaine ou bordelaise dont les représentants de plus de cinquante ou soixante ans ont encore un accent local décelable.
    En deçà, la métropolisation culturelle et l’afflux de nordistes et autres a fait son effet. Il nous reste à susciter chez les jeunes ou les nouveaux venus un engouement, un effet de mode (à faire durer) en faveur de l’accent gascon (ou des), une espèce de snobisme nouveau en somme ! Dans la société hypermalléable qui est la nôtre actuellement, c’est difficile mais peut-être pas impossible.

  • - L’accent girondin disparaît malheureusement chez les jeunes urbains/rurbains/déculturés (cf. l’exemple de ma sœur dont j’ai déjà parlé : on prononce toujours ’’ròse’’ et ’’lé’’ (lait) mais les -e- muets et les bonnes vieilles nasales disparaissent), mais il est très présent chez les autochtones de la Gironde rurale, y compris chez les jeunes du sud-est du département (Bazadais, Cernès...), tout comme chez les jeunes Landais.

    - Où s’arrête l’accent gascon à l’est ? D’après ce que j’ai pu écouter, la moitié sud de la Dordogne, le Lot, le Lot-et-Garonne ont le même accent qu’en Bordelais et en Gascogne. Dans le Tarn-et-Garonne et le Gers, je ne sais pas. A Toulouse et dans l’Aveyron, ils ont un accent différent, qui sonne un peu plus vulgaire mais pas encore méditerranéen. Je pense que le glissement vers l’accent méditerranéen coïncide avec le passage Bassin aquitain > Plaine méditerranéenne.

    - Bien entendu, chez ceux dont l’accent est plus léger, les différences s’estompent.

  • Qu’en est-il de la dénasalisation et du traitement de la voyelle dans un même groupe de mots ?
    Ex. : divin : /divê/ mais divin enfant : divi nâfâ/

    cheveu brun /brn/ mais il est brun aussi /ile brynosi/ ?

    Et bien sur du h initial ? : de la viande Hachée, tu me fais Honte...

  • Je ne sens aucune différence entre mon accent du Lot-et-Garonne et celui de Toulouse où j’avais fait mes études, ou celui de l’Aveyron où j’ai travaillé. Les Corbières audoises de ma femme ont par contre une mélodie spécifique de la phrase.

    J’ai compris ce qui me paraissait "accent pointu" dans les parlers girondins et landais : pour la prononciation des voyelles nasales, la nasalité y est simultanée avec l’émission de la voyelle, tandis que pour nous, la nasalité est en retard par rapport à l’émission de la voyelle : par exemple "je viens" s’y dira approximativement "je vyễ " et non "je vyè-ñ ".

    Puissions-nous trouver que l’accent de Paris sonne vulgaire !

  • Au restau routier de la Plaine de Moscou
    Plaine de Moscou
    à Cadaujac, au sud de Bordeaux, en bordure du Cernès dont parle Gaby plus haut, cette semaine :
    Pas seulement des routiers, mais le peuple ouvrier de la métropole bordelaise, les artisans du BTP, les salariés des grands groupes du même BTP... le monde du travail - masculin - des zones industrielles, artisanales et logistiques dont nous avons parlé à propos du vote FN à Belin-Beliet.
    Mes voisins ont la trentaine et l’accent gascon* très net.
    Dans le brouhaha des conversations, il me semble que l’accent gascon est bien présent, peut-être même majoritaire, il faudra que j’y revienne pour affiner le diagnostic (14 € - buffet de hors-d’oeuvres généreux).

    * accent gascon au sens large, il peut être guyennais.

  • Le peuple "populaire" bordelais a l’accent, c’est un phénomène que je constate depuis 2005, même si là encore, cela va en se raréfiant.

    Ce peuple ne vit plus trop en centre-ville, encore qu’à la Bastide (où je travaillais jusqu’à ce mois-ci mais est-ce encore le centre ?), il n’était pas rare d’entendre l’accent, notamment sur le marché du jeudi matin de la place Calixte-Camelle.

    Chez les plus de 50 ans, même professions libérales ou cadres supérieurs, l’accent n’est pas rare parmi les gens nés à Bordeaux, notamment les anciens quartiers populaires comme Saint-Pierre, boboïsés depuis. Ces enfants des anciens quartiers populaires du centre habitent souvent les banlieues pavillonnaires, de la rive gauche comme de la rive droite.

    Récemment, lors d’une audience au tribunal, j’ai eu le plaisir d’entendre comme témoin dans une affaire une personne d’origine maghrébine, quelque chose comme 40 ans, parlant avec un très fort accent "bordeluche", un peu agressif à la Dugarry pour une idée du rendu, ce qui fait la preuve que la vague d’immigration des années 70-80 avait été socialisée par le français régional d’alors.

    Parmi mes connaissances, trentenaires, ont l’accent avant toute chose des personnes éduquées dans les banlieues type Gradignan ou Cestas : elles l’ont souvent gardé.

  • https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/06/2792771-oh-boudu-nos-expressions-ont-elles-disparu.html

    Les accents de France vont-ils disparaître à la vitesse du TGV ? La question se pose alors que Bordeaux est depuis l’été dernier à 2 h 04 de Paris et anticipe, par frénésie immobilière interposée, l’arrivée de nouveaux habitants. À Marseille (3 h 15 de Paris) dont la population change depuis les années 2000, deux linguistes qui ont mené l’enquête pendant cinq ans ont remarqué l’émergence d’un nouveau parler : les « Parisiens » s’approprient des mots locaux, peuchère ou degun, et en modifient la prononciation. Jusque-là, rien d’inquiétant pour l’accent qui donne sa carte de visite à la ville de Pagnol.

    À Toulouse, en terrasse et dans les rues piétonnes, on entend moins les boudu et le « oh con ! » qui ponctuaient nombre de phrases, mais on l’a retrouvé place des Carmes écrit blanc sur noir et en franglais sur l’ardoise d’Olivier Mazières, spécialiste du pan bagnat, qui serait « toulousain et non pas niçois », affirme l’épicier traiteur. Quel mescladis !

    L’alimentaire est le conservatoire de l’accent : le Montalbanais Constant, le Palois Camdeborde, le Toulousain Sarran ne le lissent pas lorsqu’ils interviennent à la télévision, au contraire, c’est un gage de naturel. Dans leurs émissions, ils n’apprécient pourtant pas qu’on cuisine « a visto de nas ».
    Mathilde, ferme tes « o » !

    Mais à moins de l’appuyer pour faire rire, l’accent disparaît quand on monte en scène ou devant une caméra. Plus belle la vie sans accent ? On cherche en vain les intonations de Sète dans les séries « Candice Renoir » ou « Demain nous appartient », tournées au pied du mont Saint-Clair. Mathilde Bisson, la comédienne toulousaine de Fleur de cactus (succès parisien de l’an dernier) tout comme la Nîmoise Laetitia Clément, révélation du récent film Luna, ne laissent rien filtrer. « C’est trop bête, raconte Laëtitia, j’ai perdu l’accent du jour au lendemain ! », et Mathilde se souvient : « Quand j’étais petite, ma mère faisait tout pour que je ne l‘aie pas, elle me reprenait surtout sur les o ». Le fameux o ouvert de Ville rose et des « milliers de roses » de Francis Cabrel. Sans le revendiquer outre mesure, le chanteur d’Astaffort a conservé l’accent. Et le rappeur occitan Claude Sicre l’a chanté : « Le tien c’est le tien et le mien c’est le mien, l’accent, il se mélange avec le tien, il y en a combien, il y en a plein, l’accent de la télé ne signifie rien, imposé par les infos, il déteint… »

    Il déteint tellement qu’en école de journalisme, Tristan, 21 ans, est prié d’effacer son accent du lauragais pour les enregistrements de radio.
    La revanche des accents

    Standardisé par la télévision et la radio, minimisé par l’arrivée de nouveaux habitants, l’accent est aussi discriminé : « On rit de l’accent de l’autre, mais c’est moins drôle quand on rit du mien », dit le linguiste Pierre Escudé (lire page suivante). En arrivant au lycée Fermat de Toulouse, la jeune Emma, de Millau, a corrigé son accent pour se fondre dans celui de ses nouveaux camarades.

    Mais la discrimination de l’accent provient d’une discrimination plus ancienne, celle des langues. La France, héritière de langues romanes (français, occitan, catalan, corse, franco-provençal), germaniques (alsacien, flamand) et du basque et du breton, est sous le joug du parler d’Île-de-France, lieu du pouvoir et du savoir, depuis la Révolution. « Nul acte public ne pourra, dans quelque partie du territoire de la République, être écrit qu’en langue française », dit un décret du 2 thermidor de l’an II (20 juillet 1794).

    Deux cents ans après, les accents, si ce n’est les langues tiennent parfois leur revanche, n’a-t-on pas dit que l’accent toulousain était le plus sexy ? Couronné de succès au cinéma, Dany Boon a replongé tout son casting, dont Line Renaud, dans le parler du nord pour le tournage de La Ch’tite Famille. Un « feelgood movie » gratifié de millions de « likes », où les victimes du « bashing » ne sont pas celles que l’on croit. On l’a compris, pendant que les accents font sourire, l’anglais est toujours accueilli, avec plaisir.

    Pierre Mathieu

    Pierre Escudé, professeur des Universités : « L’accent, l’empreinte digitale de la voix »

    https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/06/2792772-pierre-escude-professeur-universites-accent-empreinte-digitale-voix.html




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