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Navèth nom !

 

Le vote FN en grande périphérie bordelaise

Voyage à Belin-Beliet

lundi 22 mai 2017, par Vincent P.

Ce diaporama est éloquent. Il illustre plutôt bien ce que nous dénonçons sur Gasconha.com depuis une décennie : l’étalement urbain, le fossé de plus en plus béant entre métropole et périphérie lointaine, la création d’une sociologie politique d’exclus.

Une partie de la solution : remettre un peu d’identité locale dans tout ça. Accepter la spécificité des villes moyennes et petites. Lutter contre l’égalitarisme forcené français, qui ne sait pas penser ces territoires autrement qu’en termes d’accès aux services publics et de démographie.

Plus d’esprit girondin en Gironde, en somme !


Voir en ligne : A Belin-Béliet, après les élections : « qu’est-ce-qu’on a loupé ? »



Grans de sau

  • Je n’ai lu qu’un chapitre de cette plongée dans le vote FN à Belin-Beliet.
    Celui où un jeune, en opposition avec sa mère, justifiait son vote FN par la montée de l’insécurité, qu’il ressentait particulièrement par son métier... dans la sécurité !
    Le vote FN a sans doute des motivations très diverses. Certains peuvent même articuler une sympathie pour la Gascogne et un vote FN, mais ce cas là ne doit pas peser lourd à Belin-Beliet, pensi.

    Il faut aussi relativiser : le vote FN à Belin-Beliet a avoisiné les 40% au 2e tour si je me rappelle bien ; donc, seulement 6 points de plus que le score français ; mais l’écart est plus grand avec le score girondin du FN (10 points de plus ? je n’ai pas les chiffres sous les yeux).
    Ces 10 points de plus, il est tentant de les attribuer aux nouveaux habitants pavillonnaires.
    A y réfléchir, je ne les qualifierais pas comme des exclus. Ils sont très métropolitains, je les vois très mobiles sur le territoire de la métropole bordelaise, arpentant ses rocades tôt le matin et tard le soir... enfin jusqu’à la fermeture des centres commerciaux... Mais je devine qu’on les verra rarement à Bordeaux intra-rocade...
    Je devine aussi qu’ils ne sont pas spécialement originaires de Belin-Beliet ou des "Landes de Bordeaux" (ni du pays negue !), et qu’ils n’y resteront pas non plus. Peut-être même qu’ils quitteront l’orbite bordelaise pour je ne sais où : ils ne sont pas attachés à un lieu par un tissu social solide. Ils n’ont pas d’appartenance locale, ni métropolitaine ni régionale - c’est en cela que nous pouvons les situer aux antipodes de l’idée gasconne - ils se sentent seulement français et sont dans la culture nord-américaine : bagnole, piscine, MacDo, anglomanie...

    Dites-moi si le portrait robot que je dresse a pour vous quelque justesse... Je pourrais me tromper, nous sommes devant un phénomène bien mystérieux et... multifactoriel !

  • Je ne crois pas qu’il faille se torturer l’esprit pour trouver une explication dont les preuves manqueront toujours.Comme Tederic,le vote FN (ou plus spécialement dans le cas des Présidentielles,MLP)est multifacoriel ,comme TOUS les choix électoraux avec des motivations variant d’une personne à l’autre , motivations de toutes façons souvent très différentes selon qu’on se place au premier ou au second tour.En tous cas l’identification totale avec un vote pavillonnaire /néo rural est assez aléatoire.
    Et malheureusement l’absence d’identification à la Gascogne touche tous les électorats,pas la peine de se le dissimuler.

  • Le vote FN est évidemment polymorphique mais le phénomène marquant n’est pas le vote en soi, mais la modification subite de la sociologie politique d’une contrée donnée.

    Or, il convient d’expliquer ce vote plus massif, sur 10-15 ans, et contraire à une histoire politique de moyen terme (dont on retrouve les constantes dans des villages à proximité restés plus isolés). L’explication, seul le phénomène de rurbanisation est apte à la fournir, il suffit de se rendre sur place : Mios, Lugos, Le Tuzan, Saint-Magne, ... Des lotissements partout.

    Vient alors la question de catégoriser ces nouveaux venus : sont-ils des "exclus" ? Je ne le crois pas non plus, ils sont en effet tout à fait insérés dans les grands axes de communication, et leur propre trajectoire personnelle illustre souvent la génération mobile, hors-sol. Reste qu’ils ont développé une sociologie politique d’exclusion, se sentant souvent eux-mêmes déclassés (c’est plus un sentiment qu’autre chose : nombre d’entre eux ont ainsi accédé à la propriété), et s’excluant de la société.

    Ce dernier phénomène me semble très net dans la lande : ce pays merveilleux et âpre, que nous aimons tous tendrement sur Gasconha.com, perd à grande vitesse sa petite dernière spécificité, celle de l’horizon ouvert, face aux avancées des grillages, des haies, le monde fermé.

  • La substitution de population avec l’arrivée massive de néo ruraux ex citadins et souvent allogènes. La prolifération des lotissements bas-de-gamme jusque dans les plus petits villages.
    Bref, des endroits où les autochtones (quand ils étaient encore majoritaires) votaient traditionnellement pour le PS ou, avant, pour les radicaux. ces autochtones ont quasiment disparu et cela explique le vote FN, au 1èr tour, de villages comme Sanguinet, Parentis, Gastes, Sainte-Eulalie, Ychoux, Lue (aussi au second tour), Labouheyre, Liposthey, Saugnac-et-Muret, Moustey, Trensacq, Callen....
    A lire et à écouter les analyses de Crhistophe Guilluy.

  • J’ai probablement été le premier à parler de Christophe Guilly sur ce site,à une époque où même les média parisiens n’en faisaient aucun cas.Je sais donc qu’il y a du vrai (et beaucoup) dans tout ce qu’ont écrit Vincent et le contributeur numéro 4.Mais réduire un vote protestataire à ce phénomène serait inexact.Beaucoup d’indigènes ont aussi envie de protester(et ça ,c’est nouveau) et pas nécessairement en donnant sa voix à la France Insoumise.
    Mais tout ça c’est de la politicaillerie française qui m’ennuie de plus en plus à force de vouloir nous obséder .

  • Je répare deux oublis dans mon portrait robot du "nouveau bélinétois*" :
    - une paire de gros chiens méchants qui foncent sur le passant innocent (heureusement il y a une barrière)
    - un 4x4 "Duster" (marque Dacia - Roumanie - jusque dans les 20 150 € quand même...)

    Rappel : ces portraits robots ne rendent pas compte de la complexité de notre monde.

    * gentilé de Belin-Beliet

  • Et puis on ne peut pas parler de Belin-Beliet sans parler de ce que représente "le Bassin" pour les bordelais : un lieu de vacances, de rêve, de bonheur.
    Belin-Beliet

    Belin-Beliet (pour nous et pour Wikipédia en Pays de Buch), c’est le deuxième cercle du "Bassin" pour eux, comme Marcheprime par exemple.
    Quand le premier cercle du "Bassin" devient trop cher, le deuxième cercle devient une solution de repli attractive quand même, pour les bordelais retraités comme pour les travailleurs du Bassin, et même les travailleurs du sud-ouest de Bordeaux.
    Ce caractère de deuxième choix pourrait cependant expliquer des attitudes de frustration, jusqu’au choix de vote.

  • Un éclairage sociologique de l’universitaire Violaine Girard.
    Il ne concerne pas spécialement les zones périurbaines gasconnes, mais peu importe : les lotissements de Belin-Beliet n’ont pas de spécificité gasconne - c’est même ce qui pourrait nous agacer...

    Je tente de résumer la demi-heure d’interview :
    Ces nouveaux quartiers pavillonnaires de grande périphérie sont habités par des strates relativement favorisées du milieu ouvrier (ouvriers qualifiés, contremaîtres...) qui s’emploient dans les nouvelles zones d’activité fortement consommatrices d’espace (comme les lotissements eux-mêmes !) et proches des noeuds autoroutiers (centres logistiques par exemple) ; ces zones d’emploi font partie de la même "grande périphérie" que ces lieux d’habitat ; il y a donc adéquation.
    Une filiation est établie par la sociologue avec des générations antérieures d’ouvriers plutôt à droite (qui par exemple avaient refusé de rejoindre le mouvement de 1968).
    Nos pavillonnaires sont plutôt compréhensifs envers les entreprises, parfois de petites entreprises de sous-traitance ; certains aimeraient créer la leur.
    Ils sont propriétaires, souvent nouveaux propriétaires et contents de l’être, contents aussi de leur nouvel environnement d’entre-soi "blanc", en accord avec des élus locaux qui sont sociologiquement proches et veillent au grain quant à la compatibilité sociologique des nouvelles implantations immobilières.
    Le rôle des promoteurs est évoqué en passant...

    Bref, ça irait plutôt pas mal pour nos pavillonnaires (comme pour les pavillonneurs !), et on peut se demander pourquoi ils émettent un vote protestataire. Il doit y avoir des trucs qui clochent... surconsommation et endettement ? surmenage professionnel et peur du chômage sur un marché du travail très concurrentiel ? (là c’est moi qui brode...) ; les femmes sont peut-être moins bien loties que les hommes dans cet environnement à dominante industrielle et logistique...
    Ou alors c’est l’être humain qui est éternellement insatisfait ?

    https://www.franceculture.fr/emissions/la-suite-dans-les-idees/le-fn-pavillonaire-est-il-vraiment-si-populaire

  • Ou alors c’est aussi que le vote FN n’est pas réductible à un vote "contestataire" ou "protestataire" comme c’est répété en boucle par paresse intellectuelle de beaucoup et manipulation consciente de quelques uns...
    On ne vote comme ci ou comme ça uniquement selon un gradient net de satisfaction personnelle...

    et puis c’est quoi un "vote protestataire" ? le vote EELV conteste les centrales nucléaires, le vote souverainiste conteste l’Union Européenne, le vote NPA conteste le capitalisme, le vote PS conteste "la droite", le vote LR conteste "la gauche", le vote centriste conteste "le clivage gauche-droite"... bref ce critère "contestataire" est-il opérant pour discriminer quelque choix électoral en Gascogne ou ailleurs ?

    Faut être plus précis m’est avis pour trouver des axes d’analyses éclairants.
    Tu en esquisses un exemple intéressant : les nouveaux accédants sont souvent impitoyables avec leurs "prochains".

    Le lotissement de 1995 concentre très souvent les opposants farouches aux lotissement de 2015... les enfants et petits-enfants d’immigrés italiens ou espagnols d’avant 1960 s’opposent fréquemment à l’immigration d’Afrique ou des Balkans des années 1990-2000...
    Des personnes connues pour s’inquiéter de l’évolution récente de l’identité française et du manque d’assimilation des nouvelles générations portent des patronymes comme Zemmour, Finkielkraut...

  • Il est une donnée du vote FN qu’il convient de prendre en compte dans le Sud-Ouest de la France, c’est son caractère "importé" pour partie. Entendons-nous bien, le vote FN est une donnée de l’échantillon politique gascon, partout : son implantation est vieille, notamment dans certaines contrées comme le Médoc.

    Je ne raisonne cependant qu’en termes de progression, parfois fulgurante : à mon sens, partie de cette progression, outre la proportion due à la tendance naturelle nationale, est portée tout simplement par l’implantation de nouveaux venus.

    Aussi, sans même théoriser des circonstances économiques particulières, il convient de prendre en compte qu’un nombre certain de gens votaient FN avant de venir s’installer en "seconde ligne" du "Bassin", et ont conservé leur vote, sachant que cette donnée est assez stable dans le temps.

    Bref, l’accroissement du vote FN note aussi, tout simplement, une substitution démographique, ou à tout le moins des migrations internes à la France, de régions où le vote FN est banalisé, voire majoritaire, vers des zones où il ne l’est pas encore. En un mot : l’héliotropisme.

    Autrement dit, le vote FN en Sud-Gironde doit s’analyser au moins autant par les conditions de vie que les nouveaux venus ont quittées que par celles qu’ils connaissent sur leur lieu où ils viennent faire souche (une souche parfois précaire : mon expérience professionnelle tend à me faire voir beaucoup de divorces et de projets immobiliers avortés sur le moyen terme parmi ces classes moyennes déclassées périurbaines, on achète, on vend, on bouge).

  • Vont-ils faire souche ou pas ? That is the question... pourquoi se défoncer à leur donner un vernis gascon (leur apprendre à aimer le curchade melade autant que les brownies par exemple...) s’ils doivent nous laisser en plan très vite ?

    Si je suis le raisonnement d’Artiaque ("Le lotissement de 1995 concentre très souvent les opposants farouches aux lotissement de 2015..."), il y a une possibilité que certains s’enracinent au point de déplorer plus tard de nouvelles "invasions". A vrai dire, dès qu’ils ont leur pavillon, leur point de vue sur les nouveaux lotissements doit changer...

    Et puis il y a les jeunes qui grandiront dans ce nouvel environnement (en espérant qu’une proportion significative ne déménage pas trop vite) : certains d’entre eux (une minorité sans doute) s’intéresseront à l’histoire des lieux, ou de la Gascogne si nous savons y faire...
    Certains tomberont amoureux des lagunes aux noms exotiques, dont ils auront appris la bonne prononciation par Gasconha.com...

    Et puis vous avez noté que ces gens sont dynamiques. Certains aimeraient se mettre à leur compte. Et là l’espace ne manque pas pour monter des ateliers de ci ou de ça, entreposer des machines, élever des animaux... Recréer peut-être un tissu économique local...

    Certains gasconhautes seront peut-être étonnés que nous donnions dans la sociologie, y compris électorale.
    Mais si nous voulons faire aimer la Gascogne, il faut bien tenter de dégager les types de public qui sont sur son territoire, pour adapter nos discours.
    Il faudra revenir aussi sur le type, a priori plus enraciné, du caçaire...




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