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Charpentiers basques et maisons vasconnes [Duvert & Bachoc]

Note de lecture sur le hors-série 2001 du bulletin du Musée basque et de Bayonne

jeudi 15 avril 2010, par Tederic Merger

Dans ce livre, Michel Duvert et Xemartin Bachoc décrivent "l’etxe" (la maison) basilical à ossature bois tel qu’il en reste des exemples dans la campagne basque, mais aussi en Chalosse, dans les Landes, le Bazadais, la Lomagne... donc en Gascogne, voire même un peu plus loin.

Ce type architectural s’inscrit pour eux dans l’ensemble culturel vascon, c’est-à-dire commun aux basques, aux gascons, et jusqu’aux catalans du bout de la chaîne des Pyrénées.

Pourquoi ce titre, "Charpentiers basques et maisons vasconnes" ?
S’il s’agit de maisons "vasconnes", pourquoi ne pas parler de charpentiers "vascons" ?
Ce ne sont quand même pas des charpentiers basques qui ont construit dans toute la Gascogne et au delà !

C’est que les auteurs, tout en insistant sur l’ensemble vascon comme domaine d’étude pertinent, nous parlent surtout de ce qui leur est le plus familier, l’etxe basque, et ses réalisations dans les provinces du Labourd et de la Basse Navarre, qu’ils ont pu visiter de fond en comble, photographier et analyser, pour certaines d’entre elles.

On comprend qu’ils aimeraient que d’autres, dans le reste du domaine vascon, entreprennent le même genre d’étude. Mais ils connaissent et utilisent les études qui ont déjà abouti, notamment celles de Toulgouat pour la maison landaise.

Ils racontent comment l’etxe basque, issu du modèle vascon basilical à ossature bois, a évolué vers un modèle spécifiquement basque, toujours basilical, mais avec de moins en moins d’ossature bois, et de plus en plus de murs pleins et porteurs en pierre.
C’est le passage de la maison de charpentier (zurgin, celui qui travaille le bois) à la maison de maçon (hargin, celui qui travaille la pierre).

La maison basilicale du charpentier est faite d’enfilades de portiques de bois. Une enfilade pour le corps principal (la nef), et éventuellement une ou deux pour les bas-côtés de la nef.
C’est commode : on peut changer la taille de la maison en enlevant ou en rajoutant des portiques. Cette maison est démontable et évolutive.

Les maçons l’ont progressivement transformée en remplaçant les rangées de poteaux des portiques par des murs de pierre, d’abord au rez-de-chaussée, puis dans les étages, ne laissant finalement aux charpentiers que la charpente du toit.
Ils ont fait aussi de superbes maisons, sculptant parfois la pierre comme les charpentiers sculptaient le bois.

Cette maison basque du maçon est devenue célèbre, au point qu’elle a inspiré, dans les années 1900, les architectes balnéaires qui ont construit en néo-basque.

Par la suite, le néo-basque s’est diffusé dans l’habitat en série.
Duvert et Bachoc déplorent une dérive commerciale qui n’a rien gardé de l’âme du charpentier basque, qui était non seulement le constructeur de la maison, mais le maître de cérémonie de ses grands moments, comme les enterrements.

Ils rêvent, en racontant l’histoire de la maison vasconne, d’"aider à créer, pour les gens de ce pays, de véritables espaces de vie, beaux, fonctionnels et de notre temps".

Gasconha.com, dont la devise est "crear doman a la lutz de gèr", partage ce rêve d’une nouvelle maison vasconne.

Ce livre "Charpentiers basques et maisons vasconnes" est riche de nombreuses photographies et de schémas très précis sur les différents assemblages de bois.
Il n’est pas de lecture facile, pour plusieurs raisons :

- Le sujet est technique, le profane doit donc faire un effort de compréhension ;

- Le lien entre les illustrations (photos et schémas) et le texte qui les concerne est difficile à faire : le texte est émaillé de renvois à des figures et à des planches de photographies qui sont parfois à l’autre bout du livre ;

- Les auteurs complexifient le texte par des justifications sur leur méthode d’investigation, et des discussions sur les approches qu’ont eues d’autres historiens.

La thèse même de la vasconnité de ces maisons mériterait d’être mieux étayée (même si on peut avoir envie d’y adhérer).
Ou alors il faudrait lister clairement les points d’ombre pour orienter les recherches futures.

Un ligam :
L’histoire des charpentiers basques. Un texte de Michel Duvert, l’un des deux auteurs du livre dont parle cet article.



Grans de sau

  • Je me suis procuré le livre à la librairie Elkar de Bayonne (pour ceux qui se déplacent sur Bayonne, n’hésitez pas y aller, on trouve des ouvrages intéressants autour de Bayonne ainsi que de la vasconnité). Livre technique, très intéressant mais qui ne tient pas les promesses du titre, à savoir une comparaison sur l’ensemble de la Vasconie.

    Les auteurs n’ont pas pu visiter de fond en comble toute la Gascogne, mais il existait à l’époque le livre de Loubergé sur les maisons des Landes ainsi que l’inventaire du canton de Peyrehorade. Je suis surpris également que le livre ne fasse pas allusion, dans son explication de la maison souletine, à ce qui semble être des maisons pyrénéennes, donc en théorie non-vasconnes, antérieures à la vague de recontruction du XVIIIème siècle : ce sont les maisons bien connues de Toulet à Taron et Couloumère à Malaussanne. Sans oublier les maisons-clouques du côté d’Orthez.

    Toulet

    Labouyrie

    Pas grand chose non plus sur l’autre Vasconie, celle des rives de l’Ebre et de Santander. Une étude de plus grande ampleur pourrait donc être menée. Il est des régions dont on n’a pas suffisamment étudié le caractère vascon : je pense au Comminges de la plaine qui a été fortement perturbé par l’architecture urbaine du XIXème siècle en provenance de Toulouse, mais aussi par un fonds indigène de source romaine qui a essaimé depuis Saint-Bertrand. Dans ces pays de l’orbite du Comminges, la Barousse et le Volvestre font état de maisons de charpentiers surprenantes. A l’autre extrémité de la Gascogne, une étude en Médoc serait intéressante : ainsi qu’on l’a souvent dit, les maisons "vasconnes" ont été reconverties en granges. Il y aurait à dire sur l’architecture urbaine dans les Graves et Bazadais, sur les maisons vasconnes des bords de la Dordogne (il y en a jusqu’à Castillon !) et de l’Entre-Deux-Mers, sur la question de savoir jusqu’où en Agenais non-gascon le modèle "vascon" se propage, sur les maisons dites de Henri IV, ...

  • Monsieur,
    Un camarade me fait parvenir votre critique de notre travail sur les maisons ; merci pour l’intérêt porté à notre étude.
    Oui, nous avons voulu, à partir de notre petit Pays Basque, inciter d’autres chercheurs à remettre en place (à sa vraie place, fondatrice) notre culture vasconne (ou pyrénéenne, je ne sais que dire) occultée, méprisée, défigurée, folklorisée, etc.
    Le travail se poursuit et a connu d’autres développements (notamment une recherche "complète" sur le vocabulaire et expressions des charpenbters basques, en basque bien entendu, etc.). Il est publié surtout en Pays Basque sud.
    C’est vrai qu’il y a de la pagaille dans cette présentation de notre texte ... excusez-npous ! il a été rédigé le soir, après le boulot, jusqu’à des heures indues et alimentées de stocks de photos perdues et retouvées ... La prochaine publication (à paraitre à Bilbao) sera "propre" et renfermera une perle : la charpente romane de l’église d’Ainhoa (découverte il y a peu à l’occasion de travaux).
    Merci encore ppour l’intérêt porté à notre travail
    Et VIVE le Vasconnie !
    M. Duvert

    • Je suis en train de relire votre livre, qui est d’une richesse rare, et me donne un semblant de base technique pour observer les charpentes des vieilles maisons vasconnes (plutôt vers Garonne ou Albret pour ce qui me concerne).

      C’était très dur pour moi qui ne connaissais au début aucun terme de charpente, ni en français ni en basque ni en gascon !

      Peu à peu, j’accroche un peu.

      Je comprends mieux ce qui vous oppose à Santana : vous voyez une progression historique, la pierre et la maçonnerie supplantant peu à peu le bois, là où Santana voit une joyeuse explosion de types divers mêlant pierre et bois, puis une sélection naturelle...
      Moi aussi je sens bien une progression du bois vers la maçonnerie ; les phénomènes de standing social (imitation de modèles "parisiens"...) ont dû y contribuer largement.

      Sur la ferme triangulée, qui ne serait pas vasconne d’origine, je ne suis pas sûr de comprendre. Dès qu’il y a des arbalétriers, il y a triangulation, non ? Je crois comprendre que la charpente vasconne primitive avait tendance à faire reposer chaque panne intermédiaire sur un poteau (charpente à quilles si j’ai bien compris).
      Mais est-ce si grave si les constructeurs modernes de l’espace vascon font des charpentes triangulées ?

      Sur Gasconha.com, nous explorons la présence de traces vasconnes dans le nord de la Gascogne (Bordelais, Médoc, Entre-deux-Mers...).

      Il semble que ces traces soient rares mais qu’elles existent, de même qu’en Angoumois et Sud-Saintonge.
      Un style que je qualifie de "girondin" semble s’être imposé vers le 18 ou le 19e siècle des deux côtés de la Gironde.
      Mais qu’a-t-il recouvert en Saintonge ou en Angoumois ? Le type vascon s’étendait-il jusque là ? Auquel cas il n’est plus vraiment vascon.

      Gora Baskonia !-)




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