Notre région, c’est la Gascogne !

Pas de particularisme médocain ?

Vincent.P

mercredi 16 novembre 2011, par Vincent P.

"C’est frappant de constater que dans le Médoc, il n’y a pas de folklore, y’a pas de costume, de langue particulière, y’a pas de patois médocain, il y a juste quelques mots par ci par là."

www.lemague.net



Grans de sau

  • C’est injuste à l’aune de l’histoire médoquine et de sa culture gasconne "landescote", mais est-ce si faux en ce qui concerne le Médoc moderne ? Qu’y reste-t-il d’authentique ?

  • Il faut, d’après mes informations, distinguer le Médoc forestier du Médoc de la vigne et du fleuve.
    Le premier est resté "landescot" plus longtemps, et ne se trouve peut-être pas très loin, en termes de gasconitat, du Pays paroupian au sud de Bordeaux par exemple.
    Mais le Médoc de la forêt tombe à son tour, englobé qu’il est dans l’aire urbaine de Bordeaux, et cela jusqu’à l’océan (dernières études de l’INSEE).

  • Atz entendut parlar daus Tradinaires ?
    Es lo darrèir bastion de la cultura nòrd-Medoquina ; son vielhs que saben la lenga, lo vrai paròlis dau Medòc, e qu’an apris a l’escriure.
    Pòden tanben notar l’assò lo Gric dau Medòc , l’ensenhament de l’òc a Paulhac (e, cresi, tanben au Boscat), los cors per adultes de l’Esparra, Vendais, Blancafòrt, e la classa bilinga de Cussac.
    Enfin, es en Medòc que tròban dus artistes : lo poète Alan Viaut, e l’ancian cantaire Pèir-Andriu Delbeau.
    Coma de costuma, fau pas èster excessiu, fau bien reconéisher qu’i a encara brigalhas de cultura que demandan pas qu’a se reviscolar.
    Siitz hardits !

  • C’est profondément et grièvement méconnaître le Médoc.
    L’état de conservation de la langue y est au contraire phénoménal, notamment dans le canton de Lesparre.
    Je suis un peu effaré de lire des propos limitants sur la gasconnité du Bordelais de façon globale, quand chaque pas que fait l’enquêteur dans le paysage linguistique local fait pulluler des centaines de contes, chansons, pamphlets, articles en gascon, de toutes époques, dans une proportion très supérieure à ce qu’on peut trouver dans la majorité des autres départements gascons, que j’ai aussi prospectés.

  • Le Médoc moderne est aussi peu gascon que la Pau moderne, avec ses lotissements comme à Mantes-la-Ville et ses halles qui causent toutes les langues possibles sauf gascon. Ni plus ni moins.

  • Mouais. Je suis le premier à dire que Pau est avant tout une ville française.
    Je l’ai écrit mille fois, sur la langue des halles, l’accent nordiste médian, ...
    Mais, mais, mais, il n’en reste pas moins que Pau est la ville de référence des Béarnais des environs, que les lotissements sont peuplés pour partie des descendants des paysans autochtones, ...

    En Médoc, l’impression qui se dégage est quand même celle d’un pays sans identité, là où Pau fait encore l’étalage d’un certain caractère pyrénéen.
    Le Médoc était assez peu peuplé au fond, il a été en grande partie "colonisé" depuis le 19ème siècle et aujourd’hui il est un terrain de jeu des Bordelais.
    A terme, il est évident que la gasconnité médoquine sera aussi nulle que celle du Béarn, linguistiquement plus personne ne parlant, mais je crois à la force des paysages ou des ambiances, et si les choses restent en état, Pau aura toujours quelque chose d’un peu béarnais (quand on s’éloigne de la ville pendant un moment et que l’on y revient c’est évident, surtout avec l’hiver qui approche) quand le Médoc, c’est franchement un no man’s land.

  • I a brigalhas, disi, i a brigalhas.
    A fòrça de voler tuar la gasconitat de la Gironda e mèi d’alhors....
    Mès jo, parli de la Gironda perçò que sui girondin ; parli pas de Tolosa, p’rai ?

  • Personne ne veut tuer la gasconnité de la Gironde, surtout pas moi, au contraire.
    Maintenant, parce que j’y ai vécu 4 ans, que j’ai arpenté nombre des chemins de ce département, que j’y ai fait des connaissances, j’ai la conviction que la gasconnité de la Gironde est entamée, ce depuis longtemps.

    Les phénomènes qui expliquent cette gasconnité moins évidente de la Gironde sont connus : implantation des Bituriges, l’Aquitaine seconde, la Guyenne, les migrations gavaches, Bordeaux ville française, le cosmopolitisme, les migrations charento-limousines, ...

    Quels sont les marqueurs de cette moindre gasconnité historique ?
    La langue de toute évidence, moins typée, qui montre des convergences avec les parlers guyenno-limousins.
    Les patronymes qui font la part belle aux anthroponymes ou encore la forte proportion de patronymes purement gavaches.
    L’architecture, constitutive des maisons basses de l’Ouest de la France jusqu’à la Vendée. Et beaucoup d’autres éléments.

    Mais partout, on peut trouver des restes de gasconnité plus évidente, car avant toute chose, c’est le 19ème siècle qui a changé la Gironde.

    On trouve dans la toponymie des vieux restes de formes hyper-gasconnes, jusque du côté de Castillon-la-Bataille ou au Verdon.
    On voit encore les vieilles bergeries landaises du Médoc ou les maisons à façade sous pignon du Bordelais, semblables à celle du Bazadais.

    Une petite note au sujet du Bazadais : ce n’est pas la "Gironde". Cela ne l’a jamais été. Le Bazadais est un pays très gasconnant autour de sa lande et de Bazas.
    C’est un Gers septentrional, il faut l’analyser à part du Bordelais.

    Maintenant, ainsi que je l’ai écrit maintes fois, je suis très sensible à la gasconnité du Bordelais.
    La route nationale qui relie Langon à Bordeaux en est l’incarnation, le pignada au loin, la vigne, le fleuve boueux, les platanes, les châteaux ocre.

    C’est parce que nous savons que cette gasconnité est menacée, historiquement, qu’il faut d’autant plus la défendre.
    Et dans cette optique, je crois que le combat occitan ne sert à rien, parce que le Bordelais ne se reconnaîtra jamais dans l’univers mental du "Sud", c’est autre chose, un autre chose en somme gascon.

  • La vision de la Gironde que tu présentes me semble simplificatrice.
    Peut-être ton oeil d’aigle n’a-t-il pas eu loisir de fouiller assez profondément le gascon girondin :
    les parlers que Bourciez et Daleau nous transmettent pour la région de Bourg sont souvent hyper-gascons, davantage que ceux de Bordeaux : "que" énonciatif, /a/ prostétique, etc.
    L’incertitude ethnique concernant les Bituriges (et les deux ou trois millénaires nous séparant d’eux) me paraît difficilement recevable comme argument, tout comme l’Aquitaine seconde, simple division administrative sans conséquences sur les populations locales qui n’ont jamais su que cela existait.
    Tout cela ne tient pas la route non plus parce que c’est antérieur de plusieurs siècles à ce gascon bordelais des XV-XVI et XVII e siècles, hyper-gascon et très typé.
    Sans parler du Bordeaux que nous décrivent Hugo, Flaubert, Balzac (et cet autre journaliste-polygraphe nantais d’origine, ce me semble, auteur d’une relation de voyage Paris-Alger au XIXe siècle.

  • Moi, je prends une carte IGN des environs de Bourg, et je constate une foultitude de toponymes gavaches.
    Je prends les généalogies des gens du coin et je vois encore beaucoup de patronymes gavaches.
    Et je cherche les patronymes gascons typés genre Laborde ou Lacaze, les patronymes nord-gascons sont plutôt anthroonymiques (Bernard, Arnaud, ...) ce qui tend à faire la preuve d’une civilisation différente.

    Il n’y a aucune incertitude ethnique quant aux Bituriges, tous les auteurs anciens s’accordent à en faire des Celtes installés sur l’estuaire de la Gironde, probablement à Lamarque.
    Au demeurant, l’archéologie a montré qu’à Burdigala, il y a eu accroissement de la population par milliers à une époque contemporaine de l’intervention romaine en Gaule, pour justement mettre fin aux migrations celtes.
    La toponymie du Médoc antique est toute entière celte, on trouve des toponymes celtes jusqu’à Langon (Saint-Macaire, anciennement Ligena, Casseuil, Gironde, ...).
    Je réitère aussi mon désir de mettre en branle un grand projet de collecte du patrimoine génétique avant qu’il ne soit trop tard, si vous connaissez de vieux Médoquins autochtones, contactez-moi.

    L’Aquitaine seconde, je ne sais pas quelles furent ses conséquences, mais je sais que religieusement, cela a eu son impact, il suffit de constater les Saints honorés, la diffusion du style saintongeais en Bordelais, ...

    Je maintiens ce que j’affirmais sur la Gironde : sa gasconnité est réelle mais assez distincte de celle plus "violente" des Landes adjacentes.

  • Le Saint-Honoré, c’est délicieux. Honorer les seins aussi.

  • Constituer une base de données qui permettra de comparer et de placer les divers échantillons dans le contexte ouest-européen, de tirer des conclusions sur les affinités plus ou moins grandes de telle ou telle population avec leurs voisins, ...
    Autant de choses passionnantes permises aujourd’hui par la génétique moderne.
    Et dans le cas d’espèce, la question la plus fascinante est de connaître l’affinité gasconne des autochtones du Bordelais, idéalement de comparer avec des échantillons saintongeais, au surplus constater l’affinité basque (qui décroit très vite dès qu’on quitte les vallées reculées, je pourrai développer), ...

    Une autre question intéressante est que la région de Pair-non-Pair par exemple tend à prouver une affinité culturelle plutôt avec le mégalithisme périgourdino-poitevin plutôt qu’avec le mégalithisme lando-pyrénéen.

    Enfin bref, il y a des questions fascinantes à résoudre mais je doute qu’il soit possible de les élucider.

  • Je pense que nous avons encore quelques années pour faire ces tests ADN : il y a encore dans tous les parçans de Gascogne et d’ailleurs des autochtones qui sont quasi complètement d’une souche locale.
    La difficulté est peut-être de s’assurer de cette souche locale dans le choix de l’échantillon.
    Quelqu’un qui a ses trois grands parents issus du même terroir remplit les conditions, non ?

    Ce genre de projet peut-il aboutir sans être mené par une équipe professionnelle, universitaire ou autre ?

    Il y a un obstacle culturel : toute personne qui préconise des tests ADN dans un but d’étude de l’histoire des populations est soupçonnée de rêver à une pureté ethnique, dans notre cas gasconne bien entendu...

    Mais si d’aventure ces tests montraient qu’il y a une population stable qui s’est reproduite depuis des millénaires sans beaucoup d’apports extérieurs dans certains coins de Gascogne, où est le problème ?

    Les tests ADN devraient justement montrer la perméabilité plus ou moins grande aux apports de population extérieure, selon les terroirs.
    N’est-ce pas une donnée historique intéressante ?
    Quand les archéologues s’occupent de ces questions, on ne fait pas tant d’histoires !

  • Que’vs prèi de’m desencusar, mes n’i vei pas nat interés. Perqué parlar, ensajar de manténer le lenga (donc le cultura) seré boharòc, quan bastir ua basa de dadas ADN e seré mèi utila ? Le logica que hèi hrèita aquí bé.
    Enfin, e’m pensi que diu estar le crasta que separa los dont calculan e saunèjan, e los qu’an los pès tròp pròche deu sòu...

  • Un aute mòt sonqu’entà posnhar lo clau : lenga e cultura que son quasi hrairs, l’un ne va pas shens l’aut :
    deu moment que le cultura paisana, percé aquò qu’es le cultura gascona, qu’estot miaçada, que dishèren de parlar le lenga.
    Los vielhs n’i vedèn pas mei l’interés se ne tornèvan pas har le bugada au lavedeir o a bojar dab les vacas...
    Alavetz, voler arrevitar o sonque arreviscolar le cultura shens de le lenga, qu’es dijà condamnat entà jo.
    E sordeis, que’m pareish estar un saunei un chic nau e idealiste.
    Per jo, qu’es simple, se le lenga que’s mò, acabats qu’èm.
    E d’un costat, que sèi que n’èm dejà, acabats...
    Arrèis, ne disi pas tanpauc que calhi desseparar cultura locau e lenga.
    Qu’es l’amor deu país, deu lòc on vadorem (o pas), que’ns harà vir entà le lenga.
    Mes los voler desseparar ne pòt balhar qu’ua sob-cultura shens nat shuc. Qu’es de dòu har (o pas tanben tè !) mes qu’es "l’esprit de clocher" que’ns harà vir entà le cultura gascona. Per descobrir ad arron, d’auts campaners !

  • Je ne possède pas la langue de manière naturelle, mais je ne suis pas mort, je suis gascon, parce que mes ancêtres l’étaient tous, point.
    Et qu’on aille me dire le contraire. Je ne l’ai pas choisi manière.

    Quant à la base de données génétiques, on peut trouver en effet que déchiffrer l’histoire du peuplement de l’Europe est sans intérêt.
    Moi je ne le pense pas. Les Basques sont fiers de mettre en avant les oeuvres de leurs ancêtres, dans les grottes d’Isturitz.




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