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Navèth nom !

 

Congrès permanent de la langue occitane

Analyse du projet "Basic" de dictionnaire en ligne

dimanche 28 décembre 2014, par Gerard Saint-Gaudens

Le Congrès Permanent de la Langue Occitane (CPLO ) ; le « Basic » :

http://oc.wikipedia.org/wiki/Congr%C3%A8s_permanent_de_la_lenga_occitana

Dans un fil récent ("que torni a l’Eric Fraj"), j’indiquais qu’il serait bon d’évoquer cette institution occitaniste créée à Bordeaux en 2011 et basée à Pau avec quelques liens, semble-t-il, avec l’Université de Toulouse où enseigne P.Sauzet, son vice-président et président du conseil linguistique : le triangle gascon presque parfait, en somme !

Difficile de faire le tour d’une institution, même récente, de la caractériser, encore plus de la juger. Et comme l’analyse de ce qui se fait est souvent plus probante que celle de ce qui est ou veut être, je me suis limité pour l’instant à tenter d’analyser de façon critique son projet le plus immédiat : le « Basic » ,dictionnaire « pan-occitan » en ligne. Les gasconhautes trouveront le résultat de cet essai ci-dessous (en caractères simples et entre guillemets, le projet, défini par G.Mercadier, président du CPLO et en italique, mes observations).
Chacun jugera. Si elles le jugent bon, les personnes concernées par l’exercice (collaborateurs du "Basic" y compris )seront bienvenues pour apporter leur vision du problème.

"Le Basic, introduction"

Par Gilabèrt Mercadièr, président du Congrès permanent de la langue occitane ;

"Le Basic est un lexique élémentaire français-occitan qui se veut, à terme, un dictionnaire unique pour tous les locuteurs et usagers de l’occitan, quelle que soit leur variante. Pour une entrée en français, il propose la forme occitane commune et/ou les formes spécifiques aux grandes variantes."
Première remarque : » un dictionnaire unique pour tous les locuteurs de l’occitan quelle que soit leur variante », qu’est-ce à dire ? Qu’apporte-t-il par rapport à tous les autres dictionnaires, établis,eux , pour chaque dialecte ? Aurait-il pour but de les supplanter à terme ? Notion de "dialecte" qui disparait ici au profit du terme passe-partout de « variante » valable tout autant pour des différences minimes de parler à parler que pour des différences « dialectales » fortes .Du reste,le concept de "variante" suggère qu’ en matière de vocabulaire ,il s’agit de variations à partir d’un mot commun (occitan) initial,présupposé contestable ...
Dès l’abord on ne peut s’empêcher de suspecter qu’on a ici en tête l’ « après –dialectes »

"Origine du projet
L’idée du Basic – lexique français-occitan pour l’ensemble de la langue, intégré aujourd’hui au dicod’Òc, est née d’un objectif, d’un des principes du Congrès et de plusieurs constatations sociolinguistiques.
Un des objectifs, un des principes du Congrès est de contribuer à conforter l’unité de l’occitan et la conscience de cette unité en respectant sa diversité."

Deuxième remarque : « conforter l’unité » :
parce qu’elle ne serait pas si évidente que cela dans les situations d’hier et d’aujourd’hui ? Et avec quel objectif d’arrivée cette confortation se fera-telle ? Avec quels outils et quelles limites de départ ?

"Les constatations sont :
• autrefois Mistral, Piat et d’autres ont pris en compte l’ensemble de la langue, mais presque tous les lexiques et dictionnaires modernes en graphie classique sont dialectaux ou dans un standard qui, de fait, ne peut être accepté partout."

Un standard (NB :l’occitan « standard » ) qui ne peut, de fait, être accepté partout :ce « de fait » dit bien l’échec d’une démarche standardisatrice (uniformisatrice) ,jusqu’à présent du moins ;dont acte . Par ailleurs,l’ambition d’un Mistral était de type encyclopédique alors que le « Basic » semble vouloir utiliser les moyens mis à sa disposition par les collectivités territoriales(cf infra) pour faire du « Basic » un outil effectif,utilisable dans l’enseignement entre autres..

• "ceux qui apprennent la langue le font donc, essentiellement, avec des lexiques et des dictionnaires qui ne leur montrent qu’une partie de la langue, celle de leur grande « zone dialectale », ce qui ne conforte pas la conscience de l’unité. Au contraire, cela peut porter certains à croire qu’il y a plus d’une langue et que l’occitan n’est pas la leur."
Nous voici au cœur du problème :non seulement les grands dictionnaires « dialectaux » se voient mis au même niveau que des lexiques propres à tel ou tel parler local mais surtout la pétition de principe est ici qu’un dictionnaire gascon ou provençal ( par exemple ) , aussi complet et précis soit –il –donc apte à rendre parfaitement la réalité du « dialecte » en question – , n’est pas suffisant pour rendre compte d’une langue « englobante » supposée supérieure (au moins en extension ) au « dialecte « en question .Nous allons reparler de ce principe et de ses conséquences.

•" trop de monde dit encore « nous, nous ne parlons pas l’occitan, nous parlons cela ou cela » ou « nous, nous disons ainsi » comme si cela ne se disait pas, ne pouvait pas se dire ailleurs, alors que, souvent, cela se trouve aux quatre coins de l’Occitanie."

Pas besoin d’insister:il s’agit d’affirmer au-delà de l’
unité supposée de la langue celle d’une Occitanie entendue au sens de ses idéologues du XXè siècle et pas à son sens historique depuis le XIV è , celui de l’ancien comté de Toulouse avec ses annexes bas-languedociennes
.

• "on cultive les différences et on ne valorise pas assez les convergences."

"Valoriser l’unité dans la diversité
Le Basic est un lexique qui a été conçu avec une âme centripète, pour valoriser l’unité dans la diversité, montrer ce qui est commun, ce qui se ressemble et qui, sous le manteau changeant de la prononciation, d’une évolution ou d’une graphie différente, vient bien de la même souche. Il montre également ce qui est spécifique, emblématique de telle ou telle grande variante et qui est un critère d’adhésion."

Concrètement, que signifie ici "valoriser" ? Valoriser l’unité dans la diversité, peut-être mais pas en minorant volontairement celle-ci ! Les grandes différences « dialectales » sont–elles seulement dues « au manteau changeant » (jolie expression, d’ailleurs) de la prononciation, d’une évolution ou d’une graphie différente » ? Etonnant d’ailleurs qu’un linguiste mette au même niveau prononciation, évolution et graphies. Les grands « dialectes occitans » ont bien plus que des différences de prononciation entre eux et la question de graphie est autre chose : au CPLO je suppose qu’on suppose la question de la graphie déjà réglée depuis longtemps ou c’est à désespérer ! Quant à l’évolution, oui certes, c’est bien elle qui différencie depuis plus de 1000 ans pour le gascon, 500 ans pour le provençal, les différents « dialectes » entre eux et dans tous les cas c’est bien l’évolution depuis le latin populaire parlé dans les Gaules et l’Aquitaine qui a fini par différencier les langues romanes entre elles ! Ce qui n’en fait pas automatiquement des « variantes » d’une langue unique dont il s’agirait de « conforter » l’unité.

"Tous ceux qui ont participé à ce travail ont souvent été étonnés de voir qu’ils trouvaient des similitudes là où ils ne les attendaient pas.
Le Basic, en plus de favoriser la conscience de l’unité de la langue, doit permettre de relativiser la variation et surtout de faciliter l’intercompréhension entre variantes, l’ouverture à l’ensemble de l’occitan qui fait souvent défaut."

Evidemment, si on choisit dans chaque « variante », pour chaque entrée du dictionnaire, un mot commun à l’ensemble des parlers d’oc (ça se trouve toujours même si parfois le terme en question est ultra-marginal dans son propre dialecte et donc pas révélateur de celui-ci ), on « facilitera l’intercompréhension »...
Par ailleurs, remarque « basique » ( !) d’un utilisateur de dictionnaires (de langues d’oc entre autres) : quand on prend l’habitude d’utiliser un dictionnaire, on finit bien sûr pas en utiliser les entrées dans l’écrit ou l’oral (ils sont d’ailleurs faits pour ça,non ?) ; les artisans du « basic » ont–ils bien conscience que les néo-locuteurs, peu assurés de leur « dialecte » (ou,pardon, de leur « variante » !), vont finir par mélanger les différentes entrées et les utiliser indistinctement, sans souci de cohérence « dialectale », jusqu’à ce que, lassés par le grand nombre des entrées, ils se résigneront à utiliser l’entrée donnée comme la plus fréquente, pour ne pas dire la plus standard, quelle que soit son origine géographique (qui sera dans l’immense majorité des cas, évidemment, celle du ressort géographique central, l’Occitanie du XIVe siècle). Ou bien serait-ce justement ce qui est anticipé ?

"Dans le passé, la variation posait peut-être moins de problèmes pour les locuteurs. Elle leur était familière, plus connue qu’elle ne l’est pour les locuteurs et apprenants d’aujourd’hui qui utilisent essentiellement le français. La langue occitane sert souvent à se différencier, et il existe une tendance à appuyer d’avantage sur les différences que sur les ressemblances. Il faut des outils modernes qui prennent en compte l’ensemble de la langue et de ses variantes. Un lexique en ligne peut en faire partie dans l’attente du grand dictionnaire général de la langue dont nous avons besoin, et dont le Congrès et son Conseil linguistique ont décidé et ouvert la création " .

Dans le passé, la grande majorité des locuteurs bougeaient peu et dans un rayon plus limité, celui de « variantes » de parler à parler plus souvent que celles des grands « dialectes » et ,en plus, ils possédaient parfaitement leur parler natif. Aujourd’hui, ce n’est plus à cette échelle que se pose le problème et la majorité des néo-locuteurs ne maitrise plus vraiment aucun parler. Si on ne se maintient pas à l’objectif de 6 « standards dialectaux », on cherche de facto à unifier totalement la « langue », ce qui n’était pas l’objectif affiché (et sincère) de l’occitanisme des années 1950/70.

" Créer le Basic avec ces objectifs n’a pas été facile, parce que curieusement, la variation a été beaucoup plus étudiée que ce qui est commun, à ce qui semble. Pas facile non plus de régler le curseur pour choisir ce qui est commun, ce qui se ressemble, ce qui est spécifique et qu’il faut conserver."

• S’il est trop haut, le curseur écrase des variations auxquelles les gens sont sensibles. S’ils ne se reconnaissent pas assez dans ce qui leur est proposé, il n’y a pas d’adhésion, et sans adhésion il n’y a pas d’avenir. Si la distance est trop grande, cela peut mener à un refus, une répulsion, même de ce qui est proposé.
• Si le curseur est trop bas, il donne la priorité à la variation, alors ce qui est commun, ce qui se ressemble ne se voit pas assez."

"Régler le curseur", c’est à dire "choisir » ? Qui va décider de la façon de placer ce fameux « curseur » ? Avec quelle légitimité pour le faire ?

" Pourquoi une version provisoire ?
Quand nous avons commencé, nous n’avons pas pris l’entière mesure de tout le travail que demandait le Basic si nous voulions traiter en une fois l’ensemble de la langue. Nous avons compris, en faisant le cahier des charges et les premiers essais avec un échantillon de mots, que ce serait long. Nous avons vu que nous ne pouvions nous appuyer, curieusement, sur presque aucune étude préalable sur le sujet du vocabulaire commun. Il nous fallait retourner aux sources que sont les dictionnaires, les atlas linguistiques. Le multidictionnaire et la base lexicale du Congrès nous ont fait gagner beaucoup de temps.
Il nous fallait aussi mobiliser la connaissance de la langue d’aujourd’hui qu’avait l’équipe, à commencer par ses directeurs scientifiques. Il fallait néanmoins se méfier de la tendance centrifuge de certaines sources à donner la priorité à ce qui est très spécifique, localisé, alors qu’au contraire, nous cherchions avant tout s’il y avait quelque chose de commun et les ressemblances. Il fallait également se méfier des acceptions qui peuvent changer d’une variante à l’autre."

La connaissance de la langue ne se limite pas au vocabulaire mais s’étend bien sûr à la syntaxe. On semble supposer ici que celle-ci est unique pour tous les « dialectes » d’oc, ce qui n’est pas vraiment confirmé en particulier pour ce qui concerne le gascon. A quoi correspond un dictionnaire unique pour des « dialectes » divergents syntaxiquement ?

"Si nous avons été pour le moment dans l’obligation de nous limiter à un lexique occitan du Languedoc et de la Gascogne, au sens géographique, historique et linguistique, c’est pour plusieurs raisons :
• c’est là qu’il y a le plus d’élèves qui étudient l’occitan ;
• les collectivités territoriales de ces régions sont celles qui aident le plus le Congrès et l’enseignement de l’occitan ;
• des responsables de ces régions étaient demandeurs d’un tel lexique ;
• il y avait urgence et il n’était pas possible, dans les délais donnés, de prendre en compte l’ensemble de la langue."

On entreprend donc un dictionnaire avec des motivations extra-linguistiques (politiques et démographiques- données de « marché » en quelque sorte ! -) ce qui est assez paradoxal, d’autant qu’on choisit là d’aparier deux « variantes » très éloignées l’une de l’autre (malgré l’existence d’une zone de quasi interférence, naturellement ), le gascon étant considéré par tous les linguistes comme aussi, voire plus, différent de l’occitan que le catalan lui-même. La distance serait plus faible entre nord-occitan, provençal et occitan languedocien. Choix discutable ; sans être parano, on peut se demander si le choix du gascon ne répond pas aussi un peu au désir de couper l’herbe sous le pied des "dissidents" gascons divers et variés, de plus en plus nombreux mais ne faisons pas de procès d’intention !  ;

"Nous commençons donc par un petit Basic, partiel et provisoire, pour deux grandes variantes, en attendant de pouvoir trouver, si l’expérience démontre l’intérêt de cette production, les moyens, les compétences et les collaborations indispensables pour élargir le projet vers l’Est et le Nord, à toute la langue. Baste siá !
Ce lexique ne se veut pas normatif, bien qu’il faille faire des choix. Le plus souvent le choix est assez évident, mais dans certains cas il est assez difficile et prend du temps. Le Basic est pour le moment un essai ouvert qui va être expérimenté par des professeurs et leurs élèves.
Un travail collectif
Je remercie la vingtaine de personnes qui ont participé à ce travail, de laboratoire d’une certaine façon, sans précédent, en commençant par Patrici Pojada et Maurici Romiu, membres du Conseil linguistique du Congrès qui, en plus de nous conseiller et de nous guider, ont contribué à nous former. Une mention spéciale également pour Domenge Château-Annaud pour le développement et le traitement des données, et pour Vincenç Rivière, car c’est lui qui a passé le plus de temps à chercher, comparer, mettre en cohérence, relire, proposer des amélioration. Enfin à nouveau un grand merci à Maurici Romiu, vice-président du Conseil linguistique, qui a accepté la lourde responsabilité (pour ne pas dire le risque !) d’une longue et minutieuse relecture et correction."
Il faudrait enfin se demander quelle est la légitimité de ces personnes devant l’objectif recherché, personnes certainement très respectables mais dont la connaissance approfondie des différentes « variantes » en cause reste à établir…



Grans de sau

  • Mon opinion :
    Ce « Basic » du CPLO s’inscrit dans la démarche générale de construction progressive d’une langue occitane unifiée.
    Ses promoteurs ne sont pas des diables qui veulent s’acharner sur les différents "dialectes d’oc" ; je n’exclus pas même qu’ils les aiment et les connaissent en profondeur.
    Mais je pense qu’ils voient sincèrement dans cette unification la dernière chance de sauver quelque chose de la langue d’oc.
    Ils comptent beaucoup, pour une renaissance de la langue, sur le soutien des décideurs régionaux, et ils ont compris que ces derniers, en général moyennement motivés par le sujet, sont vite rebutés par la complexité du foisonnement de nos parlers : pour le basque, ils ont compris qu’il y a une langue, et c’est simple (1). Ils attendent quelque chose d’aussi simple pour "l’occitan".
    D’un autre côté, les occitanistes du CPLO connaissent l’attachement de la population d’oc de base à ses différents parlers (2).
    Ils ne peuvent donc pas affirmer noir sur blanc qu’ils veulent les supprimer. D’où le pluralisme affiché dans la sélection du vocabulaire du dictionnaire.
    Mais comme tu le remarques, Gérard, le brassage des formes dialectales dans un dictionnaire unique casse la cohérence « dialectale ». Et je réponds par l’affirmative à la question que tu poses dans la foulée : oui, c’est justement ce qui est anticipé !

    Pour exprimer mon avis sur cette démarche occitaniste, qui est à l’oeuvre depuis longtemps, j’utilise la formule "sacrifier le gascon ne sauvera pas l’occitan".
    Nous ne sauverons pas non plus le gascon ; c’est trop tard. Mais nous pouvons encore tenter de féconder la Gascogne par les bribes que nous sauverons du gascon. Si vous trouvez que c’est trop abstrait comme formulation, je vous suggère d’observer l’orientation, le contenu de Gasconha.com...

    (1) En fait le basque a lui aussi été unifié en sacrifiant plus ou moins ses variantes locales comme le soulétin.
    (2) Compte tenu de l’étendue géographique du domaine d’oc, la distance entre ces différents parlers peut être énorme ; entre le gascon pyrénéen et l’auvergnat, il y a un monde ! d’où la difficulté d’unifier.

  • Depuis qu’un grand dictionnaire a mis le gascon entre parenthèses (Dictionnaire français-occitan (gascon), 4e éd., Orthes, 2012), les choses se sont bien améliorées pour la langue, comme chacun sait.

    1) Les "constatations sociolinguistiques" : on leur fait dire ce que l’on veut (récemment elles ont servi à justifier l’invention d’une "langue béarnaise", ce qui n’est pas mal dans le genre). Mais enfin, les parlers sont moribonds. Il faut donc agir pour sauver quelque chose. D’accord. Au point où nous en sommes, ce n’est pas la langue qui sauvera le pays, mais le pays qui soutiendra, sauvera ce qui peut l’être du capital linguistique.

    Mais on s’acharne à promouvoir l’"occitan", mot dont nul n’ignore qu’il est objet de discussions aussi bien que l’"Occitanie globale", celle qui déborde de son domaine d’entre Rhône et Garonne. C’est donc au nom de l’occitan qu’on s’efforce de mettre un peu d’ordre dans les usages. La fuite en avant plutôt que la remise en cause de la forme et du fond.

    Tout le reste découle logiquement de cette fausse conception du capital historique gascon, occitan, provençal. C’est un pli qui est pris depuis plus de cinquante ans au moins.

    2) unité / diversité  : formule conjuratoire toute faite qui ne veut rien dire. Qu’est-ce qui fait cette unité ? Qu’est-ce que l’"unité", un fait ou un programme ? "La langue occitane sert souvent à se différencier" : est-ce que cela concerne les actuels occitanistes instruits ou nos aïeux monolingues qui n’avaient pas encore pris "conscience" de CQFD. S’il s’agit de renforcer l’occitan langue une, rien de plus simple : il suffit d’établir une langue unique non différenciée pour quelques personnes, et le tour est joué.

    3) Tout dictionnaire est normatif de fait, surtout à l’heure du copié-collé et du biste hèit.

    4) La notion de "basique" n’est pas claire : langue ramenée à son minimum pour des raisons pédagogiques (basic english, etc.) ou langue obtenue par réduction de faits hétérogènes ? Ce n’est pas la même chose.

    5) Qu’est-ce qu’une "variante" ? Un autre mot ? Une variation phonologique d’un même mot (nuèit, nut) ? Et le sens est-il le même partout ? Comment traiter la suffixation, qui peut être subtile ? Une simple variante suppose au minimum un étymon unique.

    6) Est-il prévu d’entreprendre une normalisation grammaticale ? La syntaxe commence avec le mot.

    7) Les langues d’oc ne sont pas "de même souche" : le gascon est aquitano-roman, l’occitan est gallo-roman.

    8) Le texte donne l’impression qu’il s’agit de recenser des mots sans se préoccuper de la phonologie de la langue. Mais l’établissement de la norme phonologique renverra implacablement à des choix "dialectaux" (naturau, hòrt, arroi, etc.). Le Basic ne serait donc au mieux qu’un thesaurus des parlers d’oc, une juxtaposition, en attendant le "grand dictionnaire" qui enterrerait enfin les variantes en les marginalisant, entendons la / les langue/s vivante/s (naguère vivantes), par la sélection du "curseur". C’est sans doute l’effet recherché.

    9) "les dictionnaires sont dans un standard qui ne peut pas être accepté partout" : que couvre ici le mot "standard" ? La graphie, le mot dans sa forme dialectale, un mot d’emploi régional ? est exactement ce "partout" ?

    10) Le basic s’adressera-t-il à des usagers ignorant du local ? Ou ignorants tout court, comme nombre de nos "décideurs" ? Comment choisiront-ils sinon en allant au premier mot conseillé ? Un smic linguistique en quelque sorte. Un choix forcé.

    11) Il n’est pas facile de choisir entre "ce qui est commun, ce qui se ressemble, ce qui est spécifique" ; il "se méfier des acceptions qui peuvent changer d’une variante à l’autre" : la formulation n’est pas claire, la méthodologie a l’air bien floue.

    12) "la forme occitane commune et / ou les formes spécifiques aux grandes variantes" : tout est dans ce et / ou et dans les artifices typographiques qui seraient utilisés. Aboutira-t-on à un occitan à deux vitesses ? : un pour le centre éclairé, un pour les périphéries pas encore irradiées ?

    13) Il faut souhaiter que ce travail, s’il se prolonge, indique l’aire d’extension de chaque mot, mais que deviendrait alors la forme occitane standard ? Et quelle sera son utilité ?

    14) Veut-on agir comme les codificateurs du français : à partir d’un fond restreint de dialectes, créer une langue hors-sol, jusqu’à substitution complète ? Ce n’est pas ce que dit le projet, mais c’est ce vers quoi il tend objectivement, au vu de ce document du moins. L’idée d’un grand dictionnaire, livre sacré, compenserait la mort de la langue parlée et celle des peuples qui lui correspondaient.

    15) Si le but était de sauver la langue, on ne procéderait pas ainsi, mais tout au contraire en renforçant et enrichissant le modèle occitaniste à six ou sept grandes aires dites "dialectales" avec leurs normes, leurs "pôles", sortes de bouées de sauvetage dans le naufrage actuel. C’est la seule solution en l’absence d’un sentiment national occitan qu’on s’acharne à créer depuis plus de cent ans au détriment des peuples réels (Gascons, Occitans du Midi et du Nord, Provençaux). Déni bien français et tout intellectuel du principe de réalité.

    16) A tant que faire, pourquoi ne pas intégrer aussi le catalan et le piémontais ? Plus sérieusement, pourquoi ne pas renforcer l’idée simple et vraie que les deux régions administratives concernées (dans leurs nouvelles limites) ont 5 pôles linguistiques patrimoniaux : le gascon, l’occitan (du Sud et du Nord), le poitevin-saintongeais, le basque ? Mais il faudrait ébrécher l’image occitanique.

    17) Le projet paraît largement fondé sur des postulats connus : l’occitan est une seule langue ; mais cette unité reste à construire par des instruments adéquats ; les institutions (régionales françaises) sont un soutien nécessaire. Ce choix repose sur une conception hors-sol de la langue, la réduction à la langue, et sur la dogmatique occitanomane habituelle. Que cela se passe pour partie en Gascogne en dit long sur l’évolution sociale de nos pays.

  • Jo, qu’es sustot que hèi cosina enter amics. Com d’agrilh, me diretz... Lo son "conselh deus usatgèrs", ua bèra mascarada.

  • 16) J’ajoute le pôle catalan, bien entendu, tout naturellement oublié parce qu’il échappe à l’enfumage.

    N. B. : les régions les plus "marginales" ou "spécifiques" (Pyrénées, Chalosse, monts d’Auvergne et Velay, haute Provence) sont aussi celles qui comptent le plus grand nombre de derniers locuteurs, terminal speakers. Mais ils ne font pas vraiment partie des gens qui décident.
    Le centre languedocien n’est pas moins "spécifique" que les autres régions, il est d’abord représentatif de lui-même et ne constitue nullement une zone d’interférence globale.

  • Curieusement le bobo-occitanisme avait fortement encouragé, et fortement applaudi dans les années 70, la sous-variante aranaise du gascon, et aidé à l’élaborer. Le gascon d’Aran n’est pas moins illégitime que tout autre, e sa réalité ne gêne en rien les autres gascons soudain passés au second plan dans l’opération. Ce qui est dérangeant, c’est qu’il a été propulsé médiatiquement bien au delà de sa sphère, de son influence et du nombre de ses pratiquants. Dans quel but ?
    Il n’était pas du tout question de promouvoir au travers de l’Aran, le gascon devenu occitan officiel. Mais de montrer que cette variante si particulière empêcherait la "réduction" du gascon, de tous ces gascons si "esquèrs" au bel occitan parfaitement expurgé, et déjà grand standard de la langue. Il ne pouvait y avoir que le grand occitan pour enjamber tous ces enquiquineurs.
    Les analyses ci-dessus montrent qu’on est passé à une autre étape. Aujourd’hui "l’occitan" se développe dans le vocabulaire médiatique au détriment du mot "gascon". Dans le désert de la langue d’aujourd’hui qui contestera cette vision ? L’Occitan est devenu la réalité affirmée d’une bonne partie de la Gascogne. C’est grave ? vous demande-t-on ? Non, çà n’est qu’un mot ! Dans une phase suivante, on amènera des enseigants du "vrai occitan" dans les zones périurbaines (je pense d’abord à la Gironde bordelaise), sous le prétexte qu’il n’y a pas assez d’enseignants locaux, et puisque l’on est dans une zone occitane, il sera parfaitement légitime qu’on y enseigne l’occitan officiel. Les derniers locuteurs partis, qui contestera ?
    Pour finir comment ne pas voir que les jacobins occitans au moment où la Gascogne semble une proie facile (conscience faible, province coupée en deux entités administratives, pas d’organisme officiel se revendiquant de la Gascogne), veuillent terminer le travail des jacobins français ?

  • Beneset Dazeas "Director dau Congrès Permanent de la lenga occitana" nous dit -sur http://www.radiolengadoc.com/ ; dans La Granda Charadissa du 02/06/2016 - que l’objectif du nouveau dictionnaire BASIC (commun Gascon-Languedocien) est de contrer le dictionnaire "Panoccitan" de Hervé Cassignac parce qu’il est le plus consulté en ligne. Sa critique sur le "Panoccitan" est d"avoir créé des néologismes sans se référer à la langue parlée traditionnellement ni à la langue actuellement parlée et enseignée par les occitanistes. Exemple "printar" pour "imprimer" en rapport avec l’anglais "print", au lieu de "estampar" ou "imprimir".
    Pour me faire une idée personnelle, j’ai cherché un mot très commun comme "balai" : on trouve sur "Panoccitan" "engranièra" et "escoba" est acceptable en second, et on trouve sur "Basic" "escoba" et lang "balaja"/gasc "baleja".
    En recherchant sur l’ALF la répartition dialectales de ce mot (http://cartodialect.imag.fr/cartoDialect), j’en conclue que Hervé Cassignac est originaire de la région entre Toulouse et Narbonne, et que le "Basic" "http://www.locongres.org" à pour ambition une langue étendue au gascon et au languedocien. On est malgrétout enchanté par la nombre de dictionnaires proposés de l’auvergnat au provençal et au gascon ; mais si l’on coche "tout décocher", il ne reste que le "Basic" !

  • Hem ! Bien qu’affirmé tel que dans la "charradissa",je ne suis pas sûr du tout que l’objectif initial du Basic ait été de contrer le dictionnaire pan-occitan de H.Cassignac (cf propos de départ de ce fil) .
    J’ai toutefois rapidement consulté ce dernierJe n’y ai pas vérifié les mots incriminés à juste titre par B.Dazeas mais s’ils y sont , ce dictionnaire,pourtant d’utilisation facile et agréable est un quasi canular,en effet , à proscrire absolument !
    Deux tests rapides sur les mots français "écureuil" et "binette" avec le "dictionnaire pan-occitan’" et le "dicodoc" deu CPLO :
    1) écureuil:le "pan-occitan" ne donne que la forme occitane "esquiròl" sans doute assez, répandue et standard mais pas le gascon "esquiròu" qu’indique le dicodoc ;mais celui-ci omet la forme "gat esquiròu " qui est certainement la plus autochtone en Gascogne,histoire de gommer ce qui dépasse trop,je le crains ...
    2) binette:c’est plus compliqué .Le "pan-occitan" (!) donne seulement "bechard",terme sans doute nord-occitan ...Dicodoc donne en tout 10 mots extraits de contextes gascon (6 formes différentes autour des bases"sarclet/sarcleta",aishada,pica/picòèta/piqueta,hosser),languedocien et vivaro-alpin (manquent les données provençales/nissardes et deux dialectes nord-occitan sur trois) ;pour sa part le "basic"" donne "sarcleta" en languedocien et "sarclet" en gascon.D’o`deux réflexions de ma part :
    - pourquoi le Basic privilégie-t-il "sarclet" ?Proximité avec la forme languedocienne ou fréquence locale d’usage ?Je n’ai pas d’ALG sous la main,avis aux amateurs...
    - le gascon a déjà 6 formes différentes,l’ensemble occitan en aura sans doute au moins 15 ...Bonjour la langue commune de Bayonne à Nice !
    Bref, ces deux dictionnaires me semblent bien discutables, le "pan-occitan " étant d’emblée totalement hors sujet côté gascon et très douteux dans ses néologismes.

  • Précieux, ces dictionnaires, d’autant que l’auvergnat, le provençal alpin, ne sont pas très accessibles. Mais il faut que l’usager ne s’embrouille pas, surtout dans la situation actuelle de déroute identitaire et enseignante.

    "Pan-occitan" n’aurait de sens, à la rigueur, que pour un ouvrage comparatif qui devrait inclure aussi le catalan et le castillan, travail réservé à des linguistes et à un public très averti.
    Un dictionnaire "de base" serait par définition le dictionnaire minimal d’une langue, un "petit dico pour débutants" comme il y en a tant.

    Sans présumer des qualités des auteurs, ces titres sont trompeurs parce qu’ils donnent à croire qu’on peut réaliser un telle entreprise à partit du languedocien, du gascon, etc. (et cet etc.-là ouvre largement la boite à sornettes).
    J’ai relu les posts ci-dessus (dont le mien, le n° 2, que j’avais complètement oublié). Rien de changé depuis 2014.

    On peut tout faire dans une bulle hors-sol.
    Est-ce l’effet d’un marketing qui prend le public pour des jobards ? Le résultat d’une idée fixe ? Quand les parlers seront morts, on pourra planter la fleur en pot. Compensation "méridionale", mais à quoi donc ?
    C’est l’Occitanie, comme d’habitude.

  • Entinut aquest vèspe (que s’escai plan) de quauqu’un en ligam dab lo projèct deu Basic, si, qu’èra entà contrar aqueth "panoccitan".

  • L’entrevistaire en lengadocian e lo questionat en gascon se comprenon plan dins la "charadissa" (n°6). Pourquoi cette facilité de compréhension ? Tout occitaniste ou tout néo-locuteur d’oc a dorénavant pour langue maternelle le français, les différences d’accent s’estompent, les sujets abordés sont généralement dans l’air du temps (actualité, technique ...). Un italien ou un espagnol qui connaîtrait le français auraient rapidement intégrés les particularités de cette/ces langue/s d’oc et auraient la même facilité de compréhension.
    Mais deux paysans locuteurs naturels, avec une telle distance géographique, avec la fluidité de leur langue, avec force imparfaits du subjonctif (qui aujourd’hui paraissent oubliés !) et tournures syntaxiques et vocabulaires différenciés, et qui voudraient simplement discuter de leurs activités journalières se trouveraient bien en peine ! et considèreraient à juste titre qu’ils parlent des langues différentes.

    Le lien pour l’ALF que j’avais mis (n°6) ne semble plus (provisoirement ?) fonctionner. Par contre carte par carte :
    balai : http://cartodialect.imag.fr/cartoDialect/seadragon.jsp?carte=CarteALF107
    écureuil : http://cartodialect.imag.fr/cartoDialect/seadragon.jsp?carte=CarteALF0450

    extrait du "Panoccitan" :
    sarcloir nom m. bica nom f. ;
    autre choix : eissadonet
    sarclure nom f. bicadura
    sarcome nom m. MÉD carnada nom f.
    erreur médicale assurée !

  • Adieussiatz,

    Pour info "panoccitan.org" n’est qu’un nom de site internet, la proposition linguistique d’AC s’intitule "Occitan de communication".

    Il est évident que le "basic" est une réponse au dictionnaire d’AC mais les occitanistes ne veulent surtout pas d’un occitan transdialectal, le "basic" est visiblement un projet sans conviction et sans ambition.

    Nous publions en ce moment le cours d’AC, d’ici un an le site sera en première ligne sur la recherche "apprendre l’occitan" et les occitanistes pleurnicheront à nouveau. Pas grave ça leur permettra de récolter de nouvelles subventions pour publier un cours à la va-vite. :)

    Nous avons commencé la sonorisation du dictionnaire en ligne et nous continuons notre travail de fond sans relâche, avec la conviction que ça sera payant un jour, pour l’occitan.

    Coralament,
    ML




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