Notre région, c’est la Gascogne !


Le Corbusier : l’échec* de Pessac

Restauration d’un article de "Gasconha.com vielh"

mardi 13 octobre 2015, par Tederic Merger

* On pourrait dire, pour titiller doublement Le Corbusier, qui réprouvait l’attachement aux "patois" : "La cagade de Pessac".
Voir aussi un site d’habitants du quartier.
Quartiers Modernes Frugès
Le projet : une cité-jardin moderniste
  
Photo tirée de "Pessac de Le Corbusier" de Ph. Boudon.
Dans les années suivant 1920, Henry Frugès, fils d’industriel et passionné d’architecture, a demandé à Le Corbusier de concevoir un quartier de maisons d’habitation à Pessac, "dont l’air pur des pins avait grand renom". Le Corbusier y applique ses principes : 
  • utilisation des matériaux et des techniques modernes (béton armé, "cette argile nouvelle à la disposition de l’homme"...), 
  • assemblage, pouvant varier d’une maison à l’autre, de modules construits en série
  • décoration réduite au maximum, la pureté de forme du "brut de décoffrage" étant jugée supérieure à toute ornementation,
  • confort "moderne" (douche, WC avec auto-désinfection chimique, chauffage central...),
  • attention portée à l’entrée de la lumière du jour,
  • intention poétique qui se traduit par la disposition des lieux, la présence d’un toit-terrasse...

 

Photo tirée de "Pessac de Le Corbusier" de Ph. Boudon.
  • Et bien sûr aucune concession aux habitudes architecturales locales  ! Même la construction a finalement été confiée à une entreprise parisienne.

 

La réalisation
 
Photo récente (Fondation Le Corbusier). La maison verte et brune a été remise en conformité avec le projet initial, notamment pour ses couleurs, et se visite.

 

Une maison photographiée en l’an 2000. Elle a été peu modifiée, mais elle est abandonnée et en très mauvais état.
L’aspect des maisons a choqué. Leur toit en terrasse leur donnait une allure totalement inhabituelle. On a appelé la Cité Frugès la "Cité du Maroc"...

Personne ne voulant acheter les maisons, elles ont été
pour la plupart attribuées à des familles démunies,
qui n’avaient pas les moyens de les entretenir, ni l’envie de respecter
l’architecture de Le Corbusier, qu’elles trouvaient malcommode, ou qu’elles
n’aimaient pas.

Résultat : les maisons se sont délabrées,
ou elles ont été dénaturées par des
ajouts qui rompaient totalement avec le projet initial. 

 
Photo tirée de "Pessac de Le Corbusier" de Ph. Boudon.
Maisons en bande après transformation par les habitants : 
Les longues fenêtres "de train", dont Le Corbusier se délectait, ont été en partie rebouchées pour revenir à des dimensions plus traditionnelles. 
Les espaces entre pilotis et les terrasses ont souvent été bouchés ou couverts.
L’interprétation de Gasconha.com :
Les intentions de Le Corbusier étaient généreuses, et ses choix techniques et esthétiques parfois judicieux. 
Mais hélas... 
 
 
Avant...


Après transformation par les habitants
Photos tirées de "Pessac de Le Corbusier" de Ph. Boudon
Un style "international" sans racines (en plus d’être "sans toit !").

Le Corbusier n’a pas répondu au besoin des gens de retrouver dans
leur maison leurs rêves d’enfant ou d’adulte, leurs souvenirs, forcément
liés à des types de maisons préexistants.
Les architectes régionalistes, ceux du courant basco-landais, par exemple, en plein épanouissement à la même époque, ont satisfait, eux, cette fonction d’évocation de l’architecture.

Une construction indifférente aux conditions climatiques locales.

En Aquitaine, il pleut beaucoup, mais en été le soleil peut
taper dur !

L’orientation des maisons traditionnelles landaise ou labourdine tient
compte du climat : leur façade est orientée
à l’est, et le côté ouest est souvent aveugle, pour
éviter vent et pluie venant de l’Atlantique. 

Le Corbusier, lui, a imaginé des orientations alternées
qui répondaient astucieusement au besoin d’intimité
entre maisons mitoyennes, mais faisaient fi du climat. 

Il n’a pas cherché à protéger les murs ou les
fenêtres de l’intempérie : les matériaux
utilisés étaient sensés résister à tout...
 

Et il a fait des terrasses non couvertes inutilisables une grande partie
de l’année. 

Une plus grande écoute des habitants, de la tradition et du milieu, aurait conduit au succès.

Il aurait peut-être suffi d’un vrai toit* pour rendre l’habitation acceptable aux habitants. La Cité Frugès aurait été
intégrée à son milieu, et elle aurait intégré
certaines idées de Le Corbusier.

*et pourquoi pas avec des tuiles canal, utilisées depuis plus de 1000 ans ? Pourquoi cet élément architectural régional serait-il définitivement incompatible avec l’architecture moderne ?
Benlèu que n’es pas tròp tard  !
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Ah, ces bordelais...

Se replacer dans le contexte...

Éloge d’un natif de Frugès

Il y fait bon vivre !

Non à l’enfermement néo-régionaliste !
 

Pessac de Le Corbusier
Etude socio-architecturale 1929/85
Philippe Boudon
Editions Dunod
ISBN 2-04-015794-8
La plupart des photos ci-dessus sont tirées de ce livre, qui fait du quartier Frugès une analyse très mesurée et subtile, qui s’appuie sur une enquête sérieuse.

A la fin de l’ouvrage, des contributions de plusieurs auteurs.

Plusieurs d’entre eux, comme peut-être Philippe Boudon, nous paraissent un peu trop indulgents :

Oui, la cité Frugès a une valeur pédagogique, comme tout échec.

Oui, il est rare que l’accord entre l’architecte et l’habitant soit parfait...

Mais on peut attendre qu’un quartier de 50 habitations soit plus qu’un cas d’école.

A noter la contribution de Lucien Kroll, qui espère une
nouvelle architecture "vernaculaire", où l’habitant composerait lui-même son habitation
.

Une citation de Lucien Kroll (p. 191 du livre de Ph. Boudon) :

"D’abord une illusion à exorciser : le préfabriqué lourd et vilain croit se déculpabiliser en rappelant que pour résoudre la crise très grave du logement, il avait dû construire vite, mal et bon marché. Pourtant d’autres pays ont encouragé plutôt l’initiative individuelle et n’ont pas voulu créer de nouvelles races de propriétaires géants, plus sourds encore que ceux du XIXe siècle, et ils ont ainsi résolu leur propre crise du logement, ce que le préfabriqué n’a pas vraiment réussi à faire. Et le terrain occupé par le préfabriqué lourd a empêché que la façon décentralisée puisse s’exercer."


 

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Une réaction à la présente page, de Francis Muller, auteur du site usine.duval.free.fr sur Le Corbusier :
Je partage votre point de vue : les habitants doivent pouvoir s’approprier leur habitat et s’y identifier. C’est une simple question de respect. Et pour les habitants de la Cité Frugès, il est positif que les logements aient connu les modifications qu’ils subirent. Votre citation de Lucien Kroll est hélas d’une cruelle vérité.

Cependant, je voudrais apporter quelques nuances dans votre analyse.

En effet, il faut se replacer dans le contexte de la construction de cette cité en 1920.

A cette époque, en effet :

- on manquait de logements, surtout dans les villes dont la population augmentait en raison de l’exode rural ;

- la construction de logements traditionnels en maçonnerie restait coûteuse ;

- les logements étaient par conséquent souvent exigus, sans confort, mal éclairés ;

- et surtout, leur insalubrité fréquente générait la tuberculose, que l’on ne savait pas soigner et qui tuait une part importante des habitants des villes.

C’est dans ce contexte, dramatique mais totalement oublié aujourd’hui, que Le Corbusier rechercha des solutions nouvelles en s’appuyant sur l’utilisation d’un nouveau matériau : le béton. Voici ce qu’il en attendait :

- recherche d’économies dans la construction en évitant les matériaux traditionnels plus coûteux : pierres et tuiles ;

- recherche d’un plus grand confort, d’une meilleure pénétration des rayons du soleil grâce à des fenêtres en largeur et à une meilleure exposition pour éviter la tuberculose ;

- recherches de formes nouvelles épurées, rejoignant le mouvement cubiste, en utilisant les possibilités offertes par le béton.

Pour ces raisons, Le Corbusier était à cette époque un pionnier, un visionnaire, et naturellement ses bâtiments rencontrèrent une critique terrible. La Cité Frugès fut notamment làune des premières oeuvres où il mit en pratique ses idées.

Pour l’esthétique, les bâtiments de la Cité Frugès ne sont peut-être pas les plus réussis de Le Corbusier. Il lui faudra conduire d’autres projets avant d’aboutir à la villa Savoye ou à la chapelle de Ronchamp, aux formes exemplaires.

Pour la maîtrise du béton non plus, la cité Frugès a mal vieilli. Le Corbusier demanda trop au béton, un matériau encore innovant et mal connu.

Quant à la consultation et à l’écoute des habitants, on ne peut pas vraiment reprocher à Le Corbusier de l’avoir occultée. D’abord son caractère de visionnaire ne lui permettait certainement pas cette approche ! Mais surtout, à cette époque, l’écoute des besoins des habitants était très faible comparée à ce qu’elle peut être maintenant. Pensons aux conditions paternalistes de la vie ouvrière, à l’absence de syndicalisation, ou simplement à l’absence de droit de vote pour les femmes.

Il faut donc comprendre que le projet de Le Corbusier était de répondre à des problèmes urbains dramatiques, en s’appuyant sur des solutions nouvelles et qu’il cherchait à se détourner de la tradition. Sa démarche était historiquement nécessaire, même si aujourd’hui elle apparaît très critiquable par les excès auxquels elle a conduit.

J’ai créé un site (usine.duval.free.fr) qui cherche à faire comprendre les intentions de Le Corbusier, replacées dans le contexte de l’époque.
On peut notamment y lire une émouvante lettre de Le Corbusier où il dénonce les ravages faits par la tuberculose.

Il faut aussi rappeler le contexte de l’époque où ce quartier s’est créé. Le Corbusier ne doit pas toujours rester ce bouc émissaire, principal responsable de la création des grands ensembles, même si sa responsabilité est bien réelle.

Autre réaction, de Marie Dumora :
Cité Frugès de Pessac : Éloge du béton


Grans de sau

  • Merci à Tederic d’avoir restauré cet article que j’avais dû zapper à l’époque. Il y a sans doute d’autres articles remarquables comme celui-ci à remettre au premier plan.
    Le contenu est très équilibré et honnête.
    Toutes les problématiques me semblent y être dont, bien sûr, le rapport au local, au vernaculaire face à la recherche d’un discours architectural se voulant universel comme on aurait dit en 1920, mondialiste dirait-on aujourd’hui.
    A cet égard l’option d’une architecture dégagée de toute tradition locale (entre autres grâce à des matériaux nouveaux, non issus de carrières proches, comme le béton) commençait à se répandre (le "Bauhaus" allemand, tout à fait contemporain, par exemple) mais était encore minoritaire.
    Aujourd’hui c’est l’inverse : toute architecture voulant obtenir la bénédiction des écoles d’architecture et des média (et les commandes publiques...) doit être aussi mondialiste et hors-sol que possible.
    Les quelques combats opposés à cette domination absolue (le Prince Charles en Angleterre il y a quelques années, par exemple) sont disqualifiés par les média et le monde officiel malgré un soutien fréquent du public, lassé par ce genre de domination excessive.
    Mais je pense que le temps est venu pour des créateurs à nouveau enracinés dans le local et le réel. Quitte à ce qu’ils y incorporent des apports du style Frugès le cas échéant.

  • Je suis partagé sur la nécessité de la référence régionale en matière d’architecture.

    Je la crois nécessaire sur du bâti de grande consommation : le pavillon notamment. C’est une affaire d’intégration minimale au paysage, qui est souvent le dernier atout de nombreux lieux.

    En revanche, pour tout le reste, peu importe : je veux une Gascogne au contact des courants architecturaux les plus modernes, un peu par opposition à la une France sclérosée dans le haussmannien comme référence ultime, qui a peur de la hauteur depuis les grands ensembles.

    Une Gascogne qui regarderait vers l’exubérance espagnole, en fait. Aussi, sans référence explicite aux formes régionales, la Gascogne se différencierait.

  • Adishatz,

    Nous sommes un collectif de citoyens et d’associations réunis pour préserver de la destruction la Maison Mauresque de Pessac et son parc-jardin, qui sont comme un bijou dans son écrin de verdure, derniers rescapés du Domaine du Château de Saige Fort-Manoir qui faisait partie du Domaine du Haut-Brion, témoignage de ce qu’était encore Pessac quand Claude Saint-Orens la nommait "la perle des banlieues", oasis entre la cité HLM avec ses 8 tours de 18 étages, ses barres d’immeubles, ses parkings, et le bruit et la fureur de la circulation automobile et des embouteillages d’un grand rond-point et de ses avenues, de la rocade avec la bretelle de la route d’Arcachon et du pays Basque, un poumon au milieu de la pollution !

    Hervé Corre vient d’apprendre qu’elle serait l’oeuvre d’Eugène Ormières ! Sa source est un dame de l’entourage de Mme Laville, la dernière propriétaire occupante, et qui aidait celle-ci à déménager avant-hier.
    Cela confirme son hypothèse :
    "Une hypothèse : Jean-Eugène Ormières, orientaliste de renom, bordelais, architecte de la villa Algérienne du Cap Ferret et chapelle de l’Herbe, de la villa les Hirondelles au grand Piquey même commune, de nombreuses réalisations à Arcachon, dont il fut maire 2 ans.

    Le cabinet d’architecture Ormières a beaucoup travaillé sur l’axe Bordeaux Arcachon
    Certaines des grandes villas du centre de Pessac pourraient bien être du fils d’ Eugene Ormière : Marcel, grand talent, exposant au salon de Paris : Fusain et Architecture.
    L’œuvre a ensuite été poursuivie par le petit fils : Max Ormières, architecte de la ville de Bordeaux mort à Gazinet (en 1982 ?)

    On peut constater que M. Ormières avait dessiné pour la villa Algérienne de l’Herbe, comme on le voit sur le document de travail réalisé par Madame Zineb Yahiaoui, une coursive en façade dont le toit semble plat, ou qui ne laisse pas paraitre de toiture, même chose sur la villa Bengali, avec moins de richesse de décor, mais les architectes doivent s’adapter à la fortune de leurs clients...
    On sait que Ormières aimait bien les toitures complexes, notamment l’ardoise avec des pentes pas trop exagérées, comme sur la villa Les Hirondelles, qui rappelle le toit en ardoise de Bengali..

    Ce sont des hypothèses, ce qui est certain : Quelqu’un de talent a dessiné la villa Bengali !"

    A présent les volets sont fermés, des vigiles en uniforme avec véhicule et chien montent la garde dans le parc, le bornage des futurs bâtiment est représenté au sol par des piquets bleus ! Le temps presse !

    Il fut un temps où la Cité Frugès, toute proche, était menacée ... on l’appelait avec dédain "la cité du Maroc", "le quartier du sultan" ... Elle a été sauvée !

    https://blogs.mediapart.fr/edition/regards-sur-pessac/article/090215/cite-fruges-la-difficile-empreinte-de-le-corbusier-pessac
    http://www.gasconha.com/spip.php?article1294

    Aidez-nous à sauver aussi la Maison Mauresque !

    Cette construction, si harmonieuse et singulière entourée de son magnifique parc arboré apporte dans ce quartier de Pessac, la nature, la culture et le rêve nécessaires à toute vie terrestre.

    Les matériaux de construction ont très bien résisté au temps. Les températures de cuisson pour obtenir de la chaux et des briques sont bien inférieures a celles nécessaires pour obtenir du ciment, ce qui produit beaucoup moins de CO2.
    Nous serions donc bien avisés de prendre exemple sur les constructions du passé, au lieu de les détruire systématiquement.
    Nous pensons que détruire cette maison et couper les grands arbres qui l’entourent est le parfait exemple de ce qu’il ne faut pas faire d’un point de vue climatique, dans un contexte de réchauffement généralisé.

    Cette Maison est vraiment exceptionnelle dans ce quartier, un peu mystérieuse, une fleur au milieu du béton, et nombre de ses habitants y sont attachés.

    Eusebia Paredes, voisine de la Maison Mauresque depuis 40 ans, souligne sa "chaleur", en opposition à la "froideur de la modernité" ; réfugiée politique, elle s’est enracinée à Saige et s’est appropriée "de coeur" la Villa Bengali (autre nom de la Maison Mauresque). Sur le chemin de l’école Edouard Herriot, ses enfants lui demandaient ce qu’il y avait derrière le mur d’enceinte ; elle les soulevait, afin qu’ils puissent voir et s’exclamer : "qu’elle est belle !"

    "Nous venons d’un pais de plus sanguinaire de Dictature !!! C’est le beau petit Pays , PARAGUAY . 35 ans de Dictature donc on parle très peu .
    PARAGUAY a eue la Dictature plus longue et sanguinaire d’Amérique Latine .!
    Tout dictature est à "respecter".Brasil , Argentine , Uruguay , Chile,Bolivie........ à l’époque .
    Mon mari actif, militant politique contre Stroessner ,moi étudiante .
    Nous étions exilés en Argentine . Là encore continuons notre engagements .
    Plan Condor ,prends mon mari . 1 ans de prison ! dure ...... presque 3 mois disparu .
    L’Argentine nous expulse avec 2 enfants argentins .France nous a ouvert la porte
    comme vous le faites à beaucoup des autres .
    La France aujourd’hui est notre Patrie ! comme l’est notre petit beau Pays PARAGUAY !
    Voici le résume de notre vie .
    Merci de défendre avec tous nous notre petite Villa Mauresque !
    A bientôt .
    Eusebia & Juan"

    Fabienne Dulac aussi a été scolarisée à Edouard Herriot, la cour de la maternelle donnait sur la Villa : pour les enfants, c’était un Château, le Palais magique de la Princesse ! Elle-même a passé quelques jours dans la Villa, dormant dans le grenier aménagé, et surtout jouant dans la "forêt de bambous". Cette Villa et son parc ont nourri son imaginaire de petite fille, ainsi que celui de générations d’enfants. Elle continue aujourd’hui à faire rêver grands et petits, a générer des émotions : en cela, comme une oeuvre littéraire, qui survit à son auteur, elle appartient, "de coeur" comme dit Eusebia, à qui la regarde et l’aime. Laissons-la nous survivre !

    Un ancien habitant de la Villa raconte : Il fallait franchir un petit pont au-dessus du « Serpent » pour accéder à la Villa Mauresque et à son parc (de 4 hectares 1/2 à l’époque, avec 2 fontaines), où il a vécu avec ses parents, éleveurs de poules pondeuses, de 1958 à 1963 (avec une interruption de 2 ans 1/2 pour cause de service militaire en Algérie ...), 25 avenue de Saige. Ceux-ci l’avaient achetée à Maître Chaumet. Celui-ci continua par la suite à venir de Bordeaux en vélocipède pour boire l’eau des fontaines, réputée pour ses vertus. Leurs voisins étaient un neveu de Jean Moulin, propriétaire du Château et du Domaine de 11 hectares de Saige Fort-Manoir jusqu’à son expropriation en 1961, et Monsieur et Madame V... qui habitaient la maison du gardien à l’entrée du domaine. La villa avait l’eau courante grâce à un réservoir en fer de 2000 litres situé en haut de la tour sous le toit en ardoises, alimenté par un puits derrière la maison et une pompe "crapaud" en fonte actionnée par un cheval. Il y avait à l’intérieur un bel escalier en pierre avec une rampe en ferronnerie, un beau séjour, de belles choses, les plafonds des chambres étaient ciselés de rosaces en plâtre de 80 cm. Au-delà du Domaine de Saige il y avait le Château Bersol et la Base de l’Armée américaine. La rocade n’existait pas encore, le ruisseau du Serpent n’était pas busé.
    Madame V... a vécu douze ans dans la maison du gardien du Château du Domaine viticole de Saige Fort-Manoir, qui n’était séparée de la Villa Mauresque que par des bambous, vendus aux pêcheurs. Un des fils de fer qui lui servaient à étendre le linge est toujours accroché au grand platane : "on n’avait pas l’eau courante, il fallait aller chercher l’eau à la fontaine (aujourd’hui disparue), mais on était bien !". Elle a vécu aussi dans la maison du gardien du château de Bellegrave : elle et sa soeur ne se sont jamais remises de sa démolition ! Elle a évoqué avec beaucoup d’amertume le pillage du Château et des chais avec leurs grosses poutres et parements en chêne, etc ... Sa maman avait été Rosière en 1933.

    Josette Vignaux a déclaré au maire de Pessac, Franck Raynal, avec beaucoup d’émotion, lors de la réunion publique du 12 mai : "Pourquoi n’aurions-nous pas droit, nous aussi, à la beauté ? C’est la beauté qui sauvera le Monde !"

    La Maison Mauresque est un fleuron de notre histoire et de notre patrimoine, un témoignage de la sensibilité, de l’intelligence des habitants de ce pays, qui nous ont précédé sur cette terre, un témoignage de leur savoir-faire, du goût pour la polychromie des beaux matériaux de construction de l’époque, à opposer à la monochromie de maintes constructions ... souvent gris béton ... ou peinture blanche ...
    La Maison Mauresque est, dans ce quartier où cohabitent plus de quarante nationalités, un symbole d’une mondialisation heureuse possible, dans laquelle on peut échanger le meilleur ... elle fait rêver à des horizons lointains ...

    Si vous me répondez, je vous enverrai une lettre du Président des Architectes du Patrimoine, une présentation réalisée par Zineb Yahiaoui avec en particulier des analyses de spécialistes.

    Cette "Maison Mauresque - Guignard", 4 avenue du Maréchal Juin à Pessac, parcelles 318HA113 et 318HA79 a été construite en 1854.

    Lors de l’élaboration du PLU3.1, une protection sur la maison - B2252 - et les arbres du parc-jardin (platanes, séquoias) - P3503 - a été prévue et notée par l’agence d’urbanisme de Bordeaux Métropole (a’urba) sur la version arrêtée de ce PLU3.1.
    Ce site est dans la continuité de la trame bleue du ruisseau "Le Serpent", qui bénéficie d’une protection spécifique.

    Le 9/11/2015, dans ses observations sur la version arrêtée du PLU3.1, le Conseil municipal de Pessac a demandé la suppression de la protection bâtie B2252 Maison Mauresque - Guignard 4 avenue du Maréchal Juin - Pessac (page 7/18 du document imprimé le 23/10/2015).

    Cette suppression de protection sur la maison Mauresque sera votée en Conseil métropolitain le 16/12/2016 (page 25 - 1ère révision du PLU de Bordeaux Métropole - Liste des évolutions post enquête publique), "pour permettre l’évolution de la propriété".

    Onze jours plus tard, le 27/12/2016, un permis de construire n° 33318 16Z 1175 a été accordé au promoteur immobilier Nexity, pour une démolition totale de la maison existante et de deux entrepôts, la suppression des séquoias (toujours protégés) et la construction de la résidence l’Arborée : deux immeubles de 58 logements en R+4 avec 58 places de stationnement.

    Zineb Yahiaoui a écrit (courriel via le site de la mairie de Pessac et Facebook compte de Franck Raynal et Alain Juppé) pour protester le 25 février. Elle n’a pas eu de réponse. Elle a envoyé le 23 avril une lettre de recours gracieux et a reçu une réponse, négative, datée du 17 mai. L’Amicale des locataires de Formanoir a envoyé à son tour une lettre de demande de recours gracieux le 18 mai.

    La plupart des gens ont été alertés fin mars quand Nexity a installé sur place son bureau de vente et les gigantesques panneaux publicitaires, et ont pensé qu’il n’y avait plus rien à faire. Un Collectif s’est tout de même constitué et a commencé à agir : pétition, réunions publiques, recueil de témoignages (en particulier de spécialistes attestant de l’intérêt architectural et patrimonial de la Maison, de l’intérêt écologique du parc-jardin), articles dans la presse, reportage France 3, soutien de personnalités (politiques, artistes, scientifiques, écrivains, ...), mise en évidence du fort attachement des habitants à cette Maison Mauresque.

    Devant cette mobilisation, le maire de Pessac Franck Raynal a proposé, le 2 juin au soir, à l’issue d’un long entretien informel, et après avoir calculé que cela reviendrait à 2,5 millions de rachat et d’indemnisation + 1,5 million de réhabilitation, de négocier avec Nexity à condition, qu’au lieu de faire signer des pétitions « inutiles », nous lui apportions, pour commencer, sous 15 jours, 10 à 15000 euros en promesses de dons, afin qu’il puisse les déposer sur la table. Dans le journal Sud-Ouest du 12 juin, il précise qu’il nous a proposé de "demander à Nexity de suspendre son projet pour quelques mois, à condition que nous réunissions rapidement une somme significative (10 000 ou 15 000 euros seraient dérisoires par rapport à l’enjeu) permettant d’envisager que nous collections dans un deuxième temps 4 millions d’euros pour le rachat et la réhabilitation de la Maison."

    Nous avons pris nos plumes pour solliciter les mécènes, grands et petits, sans oublier la Fondation Nexity ! Mais une déclaration d’ouverture de travaux a été déposée le 13 juin !

    A des degrés divers, nous avons tous une part de responsabilité dans cette affaire, et à l’avenir nous devrons essayer d’aider davantage nos élus à prendre de bonnes décisions.

    Nous sommes passionnés et en colère, indignés : mais notre démarche est pacifique et constructive, nous travaillons dur pour trouver des solutions acceptables par tous. La passion peut heurter, elle peut aussi émouvoir. Nous sommes bienveillants, respectueux. Nous sommes soucieux de valoriser le travail bien fait. L’argent représente avant tout une quantité et une qualité de travail, de temps et d’énergie.

    Un client de Nexity, ayant découvert notre mobilisation et l’existence de la Villa Mauresque, a déclaré qu’il se sentait solidaire de notre mouvement, et qu’il allait essayer de se désengager. Il ignorait également l’existence de la cité HLM voisine dont les tours sont remplacées par du ciel bleu sur les publicités du promoteur immobilier.

    Nous ne nous opposons pas aux recommandations du Grenelle de l’environnement et comprenons l’utilité de construire en hauteur pour préserver les sols, la nécessité de limiter les déplacements motorisés.

    Nous connaissons bien le quartier et ses habitants, nous avons beaucoup réfléchi et avons repéré dans le quartier, à proximité des arrêts de tramway, mais à distance raisonnable des rails, de vastes terrains parfaitement adaptés à la construction d’immeubles, avec des accès plus faciles pour les engins de chantier, et qui pourraient convenir dans le cadre d’un échange de foncier, comme suggéré par le Président des Architectes du Patrimoine, par Michel Suffran et bien d’autres.

    Nous sommes de plus en plus nombreux, déterminés, courageux et désintéressés, notre combat est légitime et reconnu.

    Un courriel de Jean-Luc Bazerque, du "Conseil Citoyen du quartier prioritaire de la politique de la ville de Saige à Pessac".
    ...
    Comme nous avons été sollicités une nouvelle fois sur le sujet, j’ai fait mettre à l’ordre du jour de la prochaine réunion plénière du conseil citoyen de Pessac Saige (quartier sur lequel est le domaine de la maison mauresque contrairement à ce que laisse supposer le projet commercial) qui se tiendra mercredi 21 juin.
    Au regard du travail qu’à fait le collectif (qui sera transmis à l’ensemble des membres) la question pourra être ré-abordée une nouvelle fois mais sous un nouvel angle et avec de nouveaux éléments.
    En effet lorsque nous avons abordé la question dans une précédente séance, le collectif n’était pas constitué et les positions pas totalement définies.
    Pendant ce temps nous avons participé aux diagnostics urbains et à la collecte de la parole d’un certain nombre d’habitants du quartier. Les entretiens et les échanges ont souvent exprimé de la déception face à ce projet dénaturant complètement cette partie du quartier et privant la réhabilitation du quartier d’un projet plus intégrant à l’intérêt de la rénovation ou du changement d’image du quartier.

    Pour le conseil citoyen il s’agira de voir en fonction de ce que nous disent tous les acteurs du quartier, ce qui peut ressortir comme idées de destination et d’utilisation de la maison et de son parc. Il y a à travers de multiples positionnements la volonté affichée, d’assurer une continuité de la coulée verte et bleu dans l’interaction de notre quartier avec son environnement, soit fontaudin édouard herriot, campus, pontet etc. L’objectif est de désenclaver Saige, ramener le curseur de l’image du quartier vers le positif plus en rapport avec sa réalité. Une destination plus originale de cette parcelle, pourrait être une nouvelle "voie" de communication avec le reste de la ville, pourrait apporter beaucoup à la ville et aux pessacais.

    Acter ce projet comme définitif et irrévocable, est, semble t’il, un peu rapide pour une projet de refonte du quartier avec les objectifs affichés de la restructuration de Saige mais aussi du recensement des possibilités foncières ou d’aménagements.
    Nouvelle maison de quartier commune aux 3 quartiers, lieux de bien être, "parc" nature et activités physiques, héberger la maison plate forme du droit pour la rendre plus lisible et accessible aux 2 autres quartiers prioritaires ou autres pessacais etc etc, nous avons eu des demandes de lieux et réalisations très surprenants de la part des habitants qui pourraient trouver leur place dans ce lieu.

    Nous sommes dans la phase de propositions à faire au groupe chargé de l’étude urbaine, proposer des choses qui peuvent être des angles du "combat" pour sauver la maison et le domaine afin d’offrir des chemins de sortie ou de réorientation pour les acteurs économiques de cette affaire.

    Cordialement
    Jean Luc

    Ce "Conseil Citoyen de quartier prioritaire de la politique de la ville" sera-t-il entendu ?

    Nous insistons sur le fait que le but de notre collectif est la sauvegarde de l’ensemble de l’édifice, au sein de son parc-jardin. Nous ne pouvons nous satisfaire de la seule conservation d’un partie de la maison au sein du projet immobilier "l’Arborée".

    Suzanne Pugnet a cité Victor Hugo, dans "Guerre aux démolisseurs" : « Il y a deux choses dans un édifice : son usage et sa beauté. Son usage appartient au propriétaire, sa beauté à tout le monde, à vous, à moi, à nous tous. Donc, le détruire c’est dépasser son droit. »
    http://www.revuedesdeuxmondes.fr/guerre-aux-demolisseurs/

    Ajuda !

    Plan coraument,

    Pour le Collectif de défense de la Maison Mauresque et de son parc-jardin,
    Dr Albert Montané
    06 75 13 77 30
    https://www.unepetition.fr/sauvonsnotrepatrimoine (nous avons environ autant de signatures sur papier)
    https://www.facebook.com/pg/villaMauresque/photos/?ref=page_internal
    http://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/gironde/bordeaux-metropole/bordeaux/pessac-mobilisation-contre-destruction-villa-bengali-1252203.html

    http://pessac.chez.com/PAGE SAIGE FORMANOIR.htm#
    http://pessac.avant.apres.free.fr/saige_guignard.html

    http://www.sppef.fr/2017/06/16/la-maison-mauresque-de-pessac-gironde-une-fleur-au-milieu-du-beton-pour-combien-de-temps/




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