Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

La* maison landaise

samedi 14 février 2009, par Tederic Merger

*En fait, il n’y a pas un modèle unique de maison landaise. La maison du Pays de Born, au toit à quatre pentes, s’éloigne par exemple du modèle majoritaire visé par la présente page.
L’orientation : au levant, ou dos à la rue ?
L’emban et le balcon
L’ossature bois - La husta
La maison évolutive
Photo extraite du site de l’Agence du Golf à Messanges

L’orientation : au levant, ou dos à la rue ?

D’autes còps / Autrefois
Dans l’airial landais, les bâtisses se protégeaient des intempéries venant de l’Océan par une orientation de la façade au levant*.
Pas au Sud, parce qu’on voulait le soleil dès le matin et qu’on craignait aussi les fortes chaleurs estivales.
Et c’était bien sûr en façade qu’étaient placés les accès principaux à la maison, et l’emban (auvent), quand il y en avait un. Peu importait d’être exposé à la vue des passants, d’ailleurs plutôt rares.

*Il y a un verbe gascon pour désigner le traçage du contour de la bâtisse par rapport au soleil de midi : amijornar ("mijorn" = "midi").
[source : Petit vocabulaire de la forêt landaise, de B. et J.-J. Fenié (Editions Confluences)].

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Aquarelle sur l’accueil du site du pavillonneur JCD
Le toit y est bien en coude de paloume.
Par contre, du côté exposé aux intempéries, il n’y avait pas de fenêtre ni de porte, et le toit, souvent à trois pentes en coda de paloma (queue de palombe), descendait presque au ras du sol. 
Maison contemporaine (du site de l’agence immobilière Leray-Pinzin à Mimizan)
On voit ici un emban qui n’est pas à l’emplacement traditionnel, et qui semble destiné à manger les grillades préparées à la cheminée. On en distingue un autre, surmonté d’un grand balcon, de l’aute costat.
Adara / maintenant
Pour le pavillon néo-landais contemporain, que ce soit à la ville ou à la campagne, le désir d’intimité prime sur le désir de se protéger de l’intempérie.
Le pavillon n’est pas sur un airial, mais au bord d’une rue, et, à part les extravertis ou les curieux, on préfère tourner le dos à la rue.
C’est donc plutôt à l’arrière ou par côté de la maison qu’on place la terrasse où on va faire les barbecues entre amis, même si son exposition n’est pas idéale.
On ne construit donc plus guère de toit en "coda de paloma".
E doman ? Et demain ?

Le désir d’une architecture écologique, durable, économe,
peut ressusciter l’intérêt pour une orientation calculée
en fonction des intempéries.
Et le repli individualiste n’est peut-être pas définitif.
Le modèle de l’airial et de ses maisons esparriscladas
(éparpillées) et orientées au levant, sur une verte
pelouse, sans séparation nette des propriétés, peut
donc revenir*, là où il y a assez d’espace et où une
vie relativement communautaire est désirée.
Avec différentes variantes : écovillages, villages de
vacances, villages ultra-sécurisés et policés pour
les plus fortunés, villages populaires en auto-construction...


*C’est aussi l’espoir du CAUE des Landes... Dans son précieux petit livre "L’airial landais", on lit :
"Le chantier de reconquête de l’airial comme référence paysagère pour le futur est donc ouvert".

L’emban et le balcon

D’autes còps / Autrefois

Les maisons à emban ou estantada* étaient
plutôt localisées en Grande Lande et en Landes d’Albret. Mais
on en trouve jusque dans la basse vallée du Lot.
L’emban, cousin du lorio basque, était un
lieu de vie, un sas entre l’airial et l’intérieur de la maison.
On y épluchait les légumes, on y affûtait les outils,
on y recevait les visiteurs, on s’y reposait les soirs d’été...
 

*(prononcer "eustantade" en "parlar negue", le parler gascon atlantique)
Maison traditionnelle avec estantada à Luglon (du site de l’agence immobilière Leray-Pinzin à Mimizan).

Dans des bourgs landais, les maisons à emban avaient parfois un grand balcon au-dessus de l’emban.
Il en reste une, par exemple, sur la place de Luxey, qu’on suppose avoir été autrefois bordée de ce type de maisons. Ce balcon était-il utilisé par les "bourgeoises" comme lieu d’observation et de mise en scène ? On a pensé qu’elles s’y plaçaient pour suivre les courses landaises et autres évènements de la rue.
villa au Cap-Ferret
Villa au Cap-Ferret (extraite du site www.entreparticuliers.com).
Landaise par l’emban et le balcon, basquaise par sa hauteur et sa situation sur un terrain en pente...
Et contrairement à la tradition, l’accès a l’emban se fait par le côté de la maison.
Adara / maintenant

L’emban comme autrefois, en façade, est moins fonctionnel
dans le pavillon actuel, où la façade est plus un lieu de
passage que de séjour. 
Mais la façade garde aussi un rôle de représentation.
Elle veut parfois évoquer l’architecture traditionnelle, et
peut alors comporter un emban, plus petit qu’autrefois.
On peut même y trouver un petit balcon, plus symbolique
que fonctionnel.

E doman ? Et demain ?

L’emban a de l’avenir, parce qu’il est adapté au climat de
la Gascogne, pas trop froid, parfois très chaud, tour à tour
pluvieux et ensoleillé. 
L’avenir du balcon est plus difficile à prédire.
On va peut-être vers la "maison à la carte". A chacun de
composer sa maison à sa guise, en utilisant ou non ces deux ingrédients
de l’architecture traditionnelle, sans se conformer forcément au
plan traditionnel de la maison landaise !

Les éléments comme le balcon et l’emban appartiennent à ce que Claire et Michel Duplay ("Méthode illustrée de création architecturale", Editions du Moniteur, que Gasconha.com vous recommande...) appellent la frange du bâtiment :

"C’est le lieu de l’expression constructive, de l’adaptation climatique, le refuge de l’imaginaire.
Chassée de l’architecture moderne pour des raisons de fausse économie, de purisme - car son utilisation ne se résumait pas à une fonction simple - l’épaisseur de la frange est une des bases de l’architecture nouvelle."

L’ossature bois - La husta*

*Prononcer "huste", ou "husto" sans accentuer le "o".
Le gascon, comme toujours, met un "h" à la place du "f".
En occitan central, on aurait "fusta", "fusteria".... "husta" ou "fusta", francisés en "fuste", désignent le bois d’oeuvre en général, mais on appelle aussi "fustes" les maisons de rondins. Le terme vient de la région occitane alpine du Queyras. Voir le site de l’école de la fuste, et la page consacrée à la réunion de l’école à Mont de Marsan sur le chantier du fustier Thierry-Pierre Dauga
D’autes còps / Autrefois 

Du haut en bas, la maison landaise d’autrefois était construite
par le charpentier.
Les chênes pédonculés de la forêt fournissaient
les poutres les plus longues.
Les murs n’étaient que du remplissage, et ne contribuaient
pas à la solidité de la construction.
Le remplissage était en torchis (mélange de paille et
d’argile) tenu par les esparrons, puis parfois, à partir
du 19ème siècle, en briques plates. 

Détail d’une photo extraite du site du Camping du Toy à Herm. On y voit les briques en feuilles de fougère. Au début, cette disposition n’était pas purement décorative  : quand on a commencé à remplacer le torchis par les briques, il n’y avait pas toujours de briques assez courtes pour être placées horizontalement entre les pans de bois.
Chantier de la société SEDED d'Aureilhan
Chantier de la SEDED d’Aureilhan, qui rénove et construit des habitats traditionnels.
Destination Bois organise à Mimizan des visites de ce genre de réalisations, dans le cadre d’un programme de découverte de la forêt et des métiers du bois. 
Adara / maintenant

On redécouvre aujourd’hui les vertus de la husta :
durabilité, plus de légèreté à solidité
égale, une portée que n’atteint jamais la pierre... Et une
disponibilité immédiate du matériau, quand on est
près de la forêt landaise.
 

E doman ? Et demain ?

Le mouvement devrait s’amplifier.

La maison évolutive

D’autes còps / Autrefois 

Les maisons landaise et labourdine traditionnelles ont souvent évolué sur une durée de plusieurs siècles.
Les nouvelles techniques de datation du bois montrent que leur partie centrale date parfois du moyen-âge, et que, de chaque côté, se sont rajoutés des blocs au gré des besoins et au fil des siècles.

La faible pente du toit a permis de couvrir les nouveaux blocs sans rupture de pente,
ce qui favorise l’harmonie visuelle.

Au cours de l’évolution, des asymétries ont pu apparaitre. Elles étaient involontaires, mais elles sont finalement devenu un élément du style traditionnel qui nous est cher.

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Doman / Demain

Voir ci-contre un modèle d’évolutivité au fil de la vie d’une famille. Il s’inspire volontairement du modèle tradtionnel.
A noter : l’ossature-bois (voir plus haut), favorise l’évolutivité puisqu’il y a moins (ou plus du tout) de murs porteurs. La maison d’ossature-bois est portée par les piliers et les poutres. Les murs sont des cloisons qu’on peut démonter pour redécouper les pièces, par exemple pour conserver la lumière du jour en cas de rajout.

Un bon conseil : le CAUE Landes (Service public de Conseil architectural), qui, entre bien d’autres idées dont il faut s’imprégner, préconise l’ossature bois.

Voir en ligne : AUVENTS DE MAISONS À NEF ET BAS-CÔTÉS DE LA GRANDE LANDE (Christian Lassure)

Portfolio



Grans de sau

  • faire des chambres plus grandes avec des salles de bains intégrées ! et pas de bureau ni de mezzanine !

  • La maison landaise décrite dans cet article est la version landaise de la maison vasconne.

    A y réfléchir, tout ou presque ce que j’ai écrit ici s’appliquerait à la maison vasconne en général qu’on trouve en Labourd, dans les Landes, en plaine de moyenne Garonne, en Lomagne, en basse vallée du Lot, et jusqu’en Catalogne sud avec la "masia"...

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    Fauillet - Benezit, la façade
    On remarque un poteau central. Donc, maison quadripartite !

    C’est peut-être la nature du remplissage, ou la proportion d’ossature bois par rapport à la partie maçonnée, qui particularise chaque type.

  • Bonjour,

    Nous souhaitons connaître des architectes pouvant nous accompagner dans le projet de construction d’une maison landaise en Gironde prés de Langon.

    Cordialement

  • Cadre d’entreprises affiliées aux BTP, j’ai relevé que la contrainte imposant le respect de l’habitat régional s’est plus que relâché, notamment en ce qui concerne la palette des enduits extérieurs.
    Je vois autour de moi des maisons avec des façades verte, bleu outremer, etc, etc.
    Est-ce un manque de contrôle, du laxisme ou un changement des règlements ?

  • Problème de cadre juridique : les maires, notamment dans les petites communes où ils sont obsédés par l’idée d’attirer de jeunes couples, n’usent pas de leurs pouvoirs de contrainte.

    L’article R. 111-21 du Code de l’urbanisme est cependant clair, et dispose, en l’absence même de PLU, à propos de tout projet urbanistique :

    « Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales. »

  • Merci, c’est on ne peut plus clair.

    Il y a quelques années, à Aurignac, site protégé, deux pavillons avaient été entièrement repris pour non respect de ces observations contenues dans le permis de construire.

    J’en déduis donc qu’il y a deux poids et deux mesures, ou bien que l’on pêche par omission avec pour nos élus locaux, la crainte d’un quelconque classement ou inscription à l’inventaire supplémentaire des M H.

    Et la responsabilité de la D D E dans tout cela ?

  • La DDE n’existe plus, ce sont désormais les DDT rattachées aux conseils généraux qui s’occupent des questions d’urbanisme : leur avis est sollicité lors des demandes de certificat d’urbanisme qui précèdent les permis d’aménager. Les DDT délivrent dans les faits des avis à destination des maires qui tranchent alors.

    J’ai pour projet de créer une association qui aurait vocation à ester en justice. Qui m’aime me suive, haha.

    NB : L’article précité ne s’applique pas s’il existe un PLU ou autre document d’urbanisme qui a pour charge de trancher ces questions. Il faut lire les PLU des communes qui s’en dotent, beaucoup de règles complexes très lacunaires en matière d’esthétique. Même si dans les faits, c’est le bon-vouloir des maires ... S’il dit oui, personne n’ira contester. S’il dit non, il faut de la volonté pour aller en justice.

  • Si je vous écoute :

    1- Les DDT sollicitées au moment de la demande du C U donnent un avis consultatif (seulement)
    2- Les Maires et le Conseil municipal ont donc seuls le pouvoir de décision
    3- Comme pour les zones constructibles, leurs prérogatives sont plus que régaliennes !

    -Je ne vis plus dans mon siècle, ce n’est plus le jacobinisme d’Etat, mais l’oukase municipale

  • Bonjour à tous et merci au webmestre pour ces explications.

    Avec mon épouse, nous nous apprêtons à faire l’acquisition d’une maison landaise. Toutefois, écolos dans l’âme, nous aimerions bien en améliorer l’isolation, et clairement l’isolation par l’extérieur n’est pas envisageable car cela va grandement détériorer l’aspect de la maison.

    Cette maison landaise ressemble globalement à celle-ci :

    Ma question est la suivant ? Comment améliorer efficacement les performances thermiques d’une maison landaise tout en conservant son aspect traditionnel ?

    Par avance merci pour votre retour,




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