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L’identité de la Bigorre

La Bigorre va-t-elle ré-affirmer son identité propre à l’intérieur des Pays Gascons ?

jeudi 23 août 2018, par Gerard Saint-Gaudens

La Bigorre et son identité :

A côté du Béarn, parfois éclatant dans son identité, la Bigorre qui pourrait lui sembler jumelle, ne semble pas avoir maintenu d’identité forte. Celle-ci est beaucoup moins affirmée dans la presse, par les autorités politiques (Tarbes attend son Bayrou restaurateur du pays de Béarn) et même les mouvements de soutien voire de renaissance de l’identité régionale, occitanistes (et avant eux les Félibres) et même gasconnistes, pour l’instant en tous cas.

Cela vient de loin.
Dès l’époque médiévale on ne note pas en Bigorre de politique rassembleuse des terres qui fut celle de vicomtes de Béarn arrachant Orthez aux vicomtes de Dax, annexant Oloron dès le XIè siècle et intégrant (certes très relativement) les vallées de Baretous, Aspe et Ossau dans un système de gouvernement fixe qui durera quasiment jusqu’à la Révolution.
En Bigorre au contraire, l’émiettement géographique, assez naturel aux régions montagneuses, se traduira politiquement. A la fin de l’Ancien Régime encore subsistaient les Etats du Nébouzan, pays aussi émiétté que feux les bantoustans sud-africains, à cheval entre les deux diocèses de Tarbes et Saint-Gaudens mais aussi l’autonomie des Quatre Vallées (Aure, Barousse, Neste et Magnoac) ainsi que celle des communautés des sept vallées de l’ancienne vicomté du Lavedan. A noter qu’au plan religieux, le Béarn en face était entièrement soumis aux évêques de Lescar et Oloron, deux sièges établis dans la vicomté et pas au dehors…

Dynastiquement le moment de rupture était survenu à la moitié du XIIIe siècle, celui de l’héritage de Pétronille de Bigorre qui malgré ses cinq mariages successifs (souvent imposés par une autorité extérieure, française en particulier), ne put assurer durablement une véritable succession dynastique autochtone ou du moins devenue telle.
En Béarn au contraire, les Moncade catalans étaient devenus plus béarnais que les Béarnais tout en conservant leurs liens avec la couronne d’Aragon et avaient maintenu l’intégrité de la vicomté. En plusieurs moments : 1322, 1369 avant d’être remis en apanage au comte de Foix jusqu’à Henri IV), la Bigorre et ses annexes finiront par tomber dans l’escarcelle du roi de France.

Cette tombée dans une sorte d’incertitude identitaire se manifeste symboliquement d’ailleurs par la question des armes de Bigorre : bien qu’elles soient très belles et reprennent dans leurs couleurs et leur meuble (les deux lions de gueules – une figure certes assez banale - des éléments d’héraldique du monde d’oc, les historiens de l’héraldique ne sont pas très sûrs de leur origine et pencheraient généralement pour une erreur d’attribution, par confusion avec les armes d’Eschivat de Chabanais (gendre de Pétronille). Pour cette raison ou toute autre, les armes de Bigorre ont été loin d’obtenir la même adhésion populaire que les deux « baquetes » de Béarn dans la Vicomté.

Finalement pas de fierté historique repérable en tous cas au long des siècles, un des moments clés de l’histoire bigourdane ayant même été celle du long séjour des routiers, pillards astucieux faisant leur chemin entre pouvoirs anglais, français et … béarnais, leur lieu de retraite étant Lourdes.
Est-ce pour cela que le « grand homme » bigourdan de l’histoire moderne (en attendant Foch, tarbais de naissance mais de famille commingeoise) ait été ni un grand prince comme Febus ou Heni IV, ni un grand militaire comme Gassion (succédé bien plus tard par un Bernadotte) ni même un historien comme Marca mais bien le douteux arriviste Barère de Vieuzac, conventionnel surtout connu pour son rapport hostile « aux patois », celui de sa province inclus ? Un Barère qui, cependant, aura veillé à maintenir l’intégrité du territoire bigourdan (enclaves en Béarn incluses) en lui rajoutant enfin Quatre Vallées et Nébouzan occidental, ce que les comtes de Bigorre eux-mêmes n’avaient jamais réussi, en suscitant la création du département des Hautes Pyrénées. La « grande » Bigorre était née, un peu trop tard.

Quand le Félibrige s’implanta, assez tardivement, dans les pays pyrénéens, aucune Escole félibréenne ne naquit dans les limites de cette nouvelle Bigorre : l’Escole Gastoû Febus naquit à Pau bien que les deux chefs de file, Miquèu Camelat et Simin Palay fussent le premier un lavedanais d’Arrens et le second le fils d’un tailleur de Casteide Doat, village du Montanerès aux confins de la Bigorre et du Béarn. Tous deux s’étaient pourtant rencontrés à Tarbes et avaient fondé ensemble l’« Armanac patoès de la Bigorro » mais, malgré cela, ils sont passés à la postérité plutôt comme Béarnais, Camelat ayant choisi le dialecte de la plaine de Pau comme langue littéraire.
Quant à l’« Escolo deras Pireneos », elle fut créée en 1904 seulement, à Saint-Gaudens, partie du Nébouzan incluse dans le Comminges et fut toujours plus commingeoise voire couseranaise que bigourdane, malgré le caractère archi-montagnard des Hautes Pyrénées.
La grande poétesse Philadelfe de Gerde elle-même fit relativement peu de cas de son appartenance bigourdane, préférant proclamer son identité occitane et multiplier les « planhs » à la mémoire des « faidits » cathares. Soyons honnête : apparaissant toujours vêtue de son « capulet « (noir et pas « rouy » en signe de deuil de la défaite de Muret), elle consacra aussi un drame à Bernadette Soubirous, sans doute la seule vraie grande héroïne de la Bigorre.

L’occitanisme, lui aussi, tenta certes sans grand succès de populariser la grande appartenance occitane mais c’est tout de même lui qui, à travers ses animateurs locaux, réaffirma l’identité bigourdane dès les années 1970 avec la création de Nosauts de Bigòrra, la section IEO des Hautes Pyrénées, association qui semble s’être toujours montrée attachée à l’appartenance bigourdane, ne serait-ce qu’à travers sa fidélité au dialecte pyrénéen du gascon. Avec toujours une certaine ambiguité : s’agit-il de l’ancienne Bigorre ou de celle-ci étendue depuis 1790 à l’ensemble des Hautes-Pyrénées ?

Economiquement et socialement, la réponse n’est pas évidente non plus : le nord de la Bigorre (la plaine de Tarbes jusqu’à Lannemezan) conserve encore un mix entre agriculture de plaine (maïs, viticulture) et une certaine tradition industrielle malgré la dureté des temps mondialisés, aéronautique notamment, en liaison avec le pôle de Toulouse, ce qui l’éloigne de la vie économique béarnaise, relevant d’une orientation aquitaine ; ajoutons que la population de cette zone relativement industrialisée a été en grande partie renouvelée par des apports non bigourdans, voire non gascons.
C’est dans cette zone que fleurissent les pavillons de lotissements floridiano-provençaux repérés par notre ami Vincent.
Le sud au contraire, dont la population est demeurée plus stable, est depuis longtemps marqué, en plus du pastoralisme traditionnel, par des activités nettement tertiaires : pyrénéisme, thermalisme et dans le cas de Lourdes, tourisme religieux autour des pélerinages, toutes activités n’exploitant nullement l’imagerie d’une identité proprement bigourdane au bénéfice d’une assez vague identité montagnarde pyrénéenne.

En février 2017 Octélé avait suscité une intéressante réunion d’élus locaux autour de la loi NOTRE de réaménagement territorial, abritée à l’Hôtel de ville de Tarbes et le gascon avait sans doute pour la première fois résonné dans la salle dédiée à … Barère de Vieuzac.
L’identité bigourdane avait assez peu été mentionnée alors ; la création de la Communauté d’agglomération Pau Béarn Pyrénées près d’un an après fera-t-elle évoluer les esprits ? La question d’une collaboration entre Béarn et Bigorre a du reste été posée à François Bayrou mais celui-ci ne l’envisage que dans un second temps après que le Pays de Béarn (auquel manque toujours l’agglomération nayaise, limitrophe de la Bigorre ) aura commencé à fonctionner effectivement.
http://www.gasconha.com/spip.php?article3220#forum91448

On peut espérer que l’exemple béarnais suscite une initiative parallèle (et compatible) du côté bigourdan.
L’identité bigourdane est peut-être proche d’un réveil que l’on souhaite également clairement attaché à la gasconité de ce pays de langue gasconne. A nos amis bigourdans de se prononcer.



Grans de sau

  • Intéressant article de Serge Briffaut dans la revue de géographie des Pyrénées et du Sud-Ouest (1989 ) : de la Bigorre aux Hautes Pyrénées. On y voit déployée la stratégie de Barère pour susciter la création du département actuel auprès de la Constituante (1790). Curieux de voir le futur jacobin parler "des deux nations -béarnaise et bigourdane-" dont la réunion serait l’occasion de troubles funestes... Le même prétend hautement les Bigourdans descendants tout à la fois des Romains et des Gaulois !

    https://www.persee.fr/doc/rgpso_0035-3221_1989_num_60_3_3164

    A méditer à l’heure où nous nous interrogeons sur le pourquoi et le comment des regroupements territoriaux !

  • Un correspondant bigourdan m’a envoyé ce commentaire ,en désaccord avec mon analyse.Est-il représentatif de la majorité des Bigourdans ? Je ne sais.Encore une fois,l’opinion des Bigourdans,gasconhautes acharnés ou occasionnels , est souhaitée !

    "Tà çò de l’identitat bigordana ne partatgi pas la vòsta analisa per’mor de rasons diversas ;
    istorica : Petronilha e los comtes de Bigorra qu’an deishat ua piada tàus amoros d’istoria
    culturala : dab l’importença de la plaça ocupada per la Hestejada de Bigòrra dempuish 40 ans
    gastronomica : e la renomada aci deu negre de Bigòrra
    geografica : lo mot "Bigorre" que s’impausa a tots quan entram/vivem en Bigòrra : en arribar d’Aush, de Bordèu, Lanamezan o cap tà la montanha [Vic, Rabastens, Banhères, Borg] l’espaci qu’ei pregondament marcat peu nom qui nos interessa.

    D’autes elements aidan lo sentiment d’identitat e participan a la difusion/represa deu terme : lo CD65 organisa cada annada un ’"concors bigordan d’expression gascona".

    Shens parlar deus jornaus locaus qui usan en plen de l’apellacion. Idem peus ofici de torisme.

    Aqueths elements que pleitejan tà ua identitat assumada, lhèu pas revendicada, mès au mensh plan viva e presenta. "

  • Jo vivent e hantant bigordans, que’m sembla tabé aqueth nom de "bigordan" qu’es pro espandit e emplegat.

  • Non pensi pas que’ns puixquim limitar a l’usatge d’un nom (o d’un adjectiu) tà mesurar la fòrça d’aquera identitat. Quid de l’usatge de simbèus comuns, de la volontat de hargar institucions o projectes comuns au nom d’aquera identitat ?

  • Une pause graphique dans notre réflexion : la reproduction de la carte de l’Aquitaine de Mercator montre Bigorre et "Pais de Bearn" (une désignation à noter) en caractères identiques, Bigorre étant bizarrement (d’un point de vue géographique) placé au dessus de Béarn.

  • Un texte remarquable de Guilhem Pépin dans Esprit Gascon développe ce que j’écrivais ci-dessus au sujet du caractère douteux et en tous cas peu autochtone des armes de Bigorre :

    https://www.facebook.com/groups/gasconha/permalink/757109881292701/

    La question de savoir si la population bigourdane a intégré ce caractère incertain en montrant un attachement à leurs armes bien plus faible que celui des Béarnais pour leurs baquetes est entière. Mais je ne serais pas étonné que cela ait joué un rôle.




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