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Les gens d’un village de la Petite Gavacherie : Castelmoron d’Albret

Partie 1 : provenance des patronymes et des personnes 1813-1872

samedi 13 août 2016, par Gaby

Pourquoi Castelmoron ?
- C’est une commune traditionnellement gavache, donc il est intéressant de voir ce qu’il subsiste des migrations gavaches.
- Elle est très peu peuplée, donc il est plus rapide de compulser les registres.

ORIGINE DES PATRONYMES A TRAVERS LES NAISSANCES

Nombre total des naissances 1813-1872 : 257.

Les patronymes les plus portés sont Mondon et Castaing. Le premier semble venir du Libournais, du val de Dordogne girondin, quoiqu’il en existe un foyer dans la Loire. Le second est typique du Bordelais.

Les patronymes très gascons sont :
Bernède, Castaing, Delas, Dubroca, Duffaut, Dupoi, Gardit, Gaussens (sous forme Gossins et Gaussin), Lapeyre, Liéoux, Monguillot, Nabas.
==> 11,3 % des naissances.

D’autres sont typiques de cette zone marginale de la Gascogne linguistique, comme :
Amanieu (mais qui est bordelais), Beylard, Bourriaut (mais Bouriaud est gavache), Castenet, Cocut, Faux, Fayaut (prob. d’origine limousine), Illaret, Lussac, Marceron (Basse Guyenne plus largement), Mondon, Perpezat, Pignolle, Roudeyron, Saint-Macaire, Savariaud, Souan, Triaut.
==> 23,3 % des naissances.

Répandus en France :
Barbe*, Bernard, Bertin, Clément, Constantin*, Dubourg*, Gaubert, Grégoire, Jacques, Maurice, Maurin, Petit, Rambaud, Simon, Voisin (y compris dans Voisin-Laforge)
==> 14,4 % des naissances.
(* : surtout girondins)

Gavaches :
Boissonneau, Catherineau, Charrier, Delage, De(s)vergne, Gargereau, Grenouilleau, Lumeau, Marche, Merlet, Nadeaud, Ouvrard, Pastureau, Poitevin (dans Poitevin-Desmartis), Tessier.
==> 11,3 % des naissances.
Bien sûr, certains noms gavaches n’ont subsisté qu’en Gironde, comme par exemple Gargereau (à Camiran).

Limousins-périgourdins :
Borderie, Brut, Desmartis (dans Poitevin-Desmartis), Dusolier, Faugeras, Fraissingea (girondin très rare, mais var. de Fress-/Fraissingeas qui est périgourdin-limousin), Grelletit (uniqt à Castelmoron sur Geopatronyme ; var. de Grellety qui est périgourdin), Jude, Léry, Pauzat, Pindrai, Rouhet, Vitrat.
==> 11,7 % des naissances.

Autres :
Allais, Béchède (déform. de Bessède), Bignon, Boucaud, Bounin, Bouysson, Brignon, Caumel, Cottin, Couillard, Denoyé, Depeyre, Grimard, Icard, Jérôme, Laforge (dans Voisin-Laforge), Lamontaigne, Landeau, Leydet, Miauche (Mioche est typiquement auvergnat), Nivaut, Pacquier, Reynier, Richet, Roboam, Sabardin.
==> 20,6 % des naissances.

Espagne : Oro. (Antoine Oro était un cultivateur né en Espagne, vivant à Castelmoron début XIXe s.)

Catalogne : Moliner.

Royaume-Uni : Ewans. (Joseph David Ewans, dit ’’l’Anglais’’, d’origine anglaise, était domestique meunier à Rimons avant d’habiter Castelmoron ; il a épousé une fille du lieu en 1855.)

+ 1 nom illisible.

ORIGINE DES PERSONNES A TRAVERS LES MARIAGES

J’ai relevé la commune de naissance des époux et épouses mariés à Castelmoron de 1813 à 1872.

49,5 % des époux(se)s venaient du Haut Entre-deux-Mers hors Castelmoron (surtout Caumont, Rimons et St Martin du Puy) ; 30,3 % de Castelmoron (dont épouses 72,7 %) ; 10,2 % du Lot-et-Garonne proche (régions de Duras et Seyches essentiellement). Le reste : ailleurs en Gironde (3,7 %) ; départements éloignés (Finistère, Mayenne, Haut-Rhin) (2,7 %) ; inconnu (1,8 %) ; Bergerac (0,9 %) ; Royaume-Uni (0,9 %).



Grans de sau

  • Le constat qui doit être fait est celui d’un panaché "grand-régional", ce qui confirme la plupart de mes constatations, à savoir que ces terres du Haut-Entre-deux-Mers ont connu des vagues migratoires de repeuplement en provenance d’horizons divers, qui eurent deux caractéristiques principales :

    - Les migrants étaient loin d’être tous originaires des terres d’oïl d’entre Gironde et Loire, mais provenaient plus largement d’un vaste bassin de la Dordogne, avec notamment un apport limousino-auvergnat conséquent, qui se maintiendra à l’époque moderne, via les migrations régulières de Périgourdins et Limousins en Bordelais, notamment sur les rives de la Dordogne.

    - Le substrat autochtone nord-gascon n’avait jamais disparu, probablement parce qu’il restait des familles sur place de vieille souche au moment des migrations les plus intenses (XVIème siècle ?), d’autre part du fait des alliances avec les villages voisins, moins affectés par l’apport migratoire.

    Reste alors une question : c’était quoi un village gavache ?

    Je suis de plus en plus persuadé que les enquêteurs du XIXème siècle n’ont étudié cette zone que parcellairement. Le fait que le gascon s’était maintenu au bourg de Monségur tend à prouver que l’existence d’un parler d’oïl dans l’ancien Bazadais épiscopal d’entre Dordogne et Garonne était avant tout une tendance majoritaire.

    Il me semble très crédible de penser qu’en fonction des familles, tel foyer pratiquait le parler marotin, tel autre le parler d’oc des lieux (de matrice gasconne, mais vraisemblablement "abâtardi" par le contact précoce avec un parler d’oïl).

    Une énigme cependant : pour quelle raison un parler d’oïl s’est-il imposé comme lingua franca gavache des migrants alors que les patronymes font nettement état d’une plus grande variété des zones d’origine ?

  • Voici une hypothèse de scénario :

    XVe-XVIe s. : des ’’Poitevins-Saintongeais’’ repeuplent massivement l’Entre-deux-Mers bazadais. Ils parlent oïl entre eux.

    XVIIe-XIXe s. : le marotin reçoit l’influence du gascon en raison de l’influence de La Réole et d’autres villes (alliances ’’mixtes’’, fréquentation des foires et marchés...). Sur les marges, le gascon finit par l’emporter (Roquebrune, région de Pellegrue..., et même Landerrouet).
    D’autre part, des brassages se font avec des Bergeracois, des gens de Bezaume et de Benauge, etc. Mais pas tellement avec des gens de l’autre côté de la Garonne, semble-t-il (à vérifier).

    XXe s. : le gascon prend encore plus le pas sur le marotin, et les 2 langues finissent par disparaître dans cette zone face au français dans la 2e moitié du XXe s.

    Reste une question : pourquoi Monségur intra-muros était-elle gasconophone ?

  • Le phénomène d’une ville qui conserve une langue en son sein, différente des alentours, n’est rien de rare.

    Bayonne a parlé gascon pendant des siècles, alors que sa périphérie immédiate était bascophone : les textes du XIXème siècle mettent en évidence le rôle des remparts dans cette délimitation, et plus généralement, l’influence des frontières juridiques et administratives.

    Mais Bayonne n’est pas un bon exemple car la ville est en contact intime avec son arrière-pays gascon, via la vallée de l’Adour. Labastide-Clairence est un meilleur exemple, quasi-enclave gasconophone en Basse-Navarre (si l’on excepte un corridor quasi inhabité qui joint la bastide à Urt). C’est que la ville, par ses métiers et ses services, est une autre civilisation.

    Néanmoins, pour que la langue enclavée se conserve, il faut soit que la petite ville ait suffisamment d’importance localement pour ne pas se trouver linguistiquement submergée par les populations rurales aux alentours, soit que des liens étroits avec des zones de la même langue soient restés forts.

    Dans le cas de Monségur, on peut supposer que la ville n’avait jamais perdu le contact avec La Réole : tout ceci serait à étudier plus précisément, il manque une grande étude historique sur le Bazadais d’entre Garonne et Dordogne. Même sur des archives récentes, comme l’État civil par exemple.

    Maintenant, intuitivement, je conçois assez bien un bourg de Monségur resté d’oc, avec aux alentours immédiats des campagnes repeuplées qui parlent oïl, mais connaissent aussi le gascon pour le négoce. Les enquêtes linguistiques qui ont ancré la "tache" gavache en Haut Entre-deux-Mers n’étaient pas suffisamment rigoureuses, car dans pareil cas d’espèce, il faut nettement enquêter foyer par foyer.

    L’abbé Lalanne y avait procédé dans les années 50 en Nord-Gironde, mais les langues étaient déjà mortes pour mener une enquête précise : son constat, néanmoins, vaut probablement pour notre zone, à savoir que la frontière n’était pas nette, en fonction des foyers et des fermes, ce que la toponymie confirme (sans parler de ce dialecte fascinant du Blayais, qui gardait un fort substrat gascon, comme la toponymie dudit pays d’ailleurs).

    Un exemple d’énigmes bilingues, à Cours-de-Monségur (33), le toponyme Boileau voisine avec un toponyme Beaulaygue, qui est Béoulaygue sur les cartes d’État-Major, autrement dit la version d’oc. Or, la commune est supposée gavache. Aussi, des phénomènes de passage d’une langue à l’autre ont probablement eu lieu.

    Je sais que dans les archives personnelles de Jacques Boisgontier, l’on trouve une masse de documents sur le parler gavache de cette zone, dont était originaire par sa mère le chercheur bordelais. Donc des enregistrements de contes et chansons : comment y accéder ?




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