Bazadais

Brannens


 

Héourey

en graphie alibertine :

Heurèr, Heurèir
Prononcer "Héourè, Héourèÿ", le second étant nord-gascon.

heurèr, heurèir, hrevèr, herevèr, hiurèr... / février

Prononcer respectivement "héourè", "héourèÿ" "rébè", "hérébè", "hïourè"...

Vos commentaires

  • Le 2 août à 10:42, par Kilkenny Héourey

    Bonjour à toutes et à tous,

    J’écris l’histoire du village de Brannens (Gironde), et je bute sur le toponyme d’Héourey (aussi à Auros).

    Sur les cartes de Cassini et Belleyme son nom apparaît sous les formes "Houre" et "Heure", mais uniquement à Brannens.

    Je l’ai repéré sous la forme "Héouré" dans au moins quatre autres communes : Belmont, Valence-sur-Baïse et Condom (Gers), et à Bruch (Lot-et-Garonne).

    Voici les pistes que j’ai relevées :

     Le mois de février. J’ai du mal à accepter cette idée. Un enfant serait soi-disant né ici à ce moment de l’année ; on aura donc nommé ce lieu ainsi. :/

     Un terme de redevance foncière. Divers textes parlent de la Chandeleur (2 février) comme l’une des quatre grandes échéances fiscales et administratives de l’année. Dans un document de 1519 concernant un accord entre le seigneur de la baronnie d’Auros et les syndics des paroisses qui en dépendent (notamment Brannens), il est plusieurs fois question des droits dudit seigneur sur les tenanciers, désignés par le terme "phivatiers". Le mot "fivatier" (homme de fief, tenancier) est bien attesté en ancien provençal et en ancien français (Du Cange). Peut-être pourrait-il être à l’origine, par proximité phonétique et réinterprétation populaire, à la fois du gascon "Héouré/Héourey" (avec la mutation gasconne F→H) et des toponymes "Février" ou "Les Févriers" qu’on retrouve hors de Gascogne (Dordogne, Charente-Maritime, Var, Indre-et-Loire) ; ce pluriel "Les Févriers" allant plutôt, à mon avis, dans le sens d’un nom collectif (des tenanciers, des parcelles à ce régime) que d’une anecdote de naissance.

     Un lieu boisé. Le gascon ancien "horc" désignerait un lieu boisé, ce qui correspondrait bien à l’usage actuel du terrain à Brannens (bois et pâtures).

     Un nom de famille figé en toponyme m’a aussi été suggéré, mais cette hypothèse déplace le problème sans le résoudre (il faudrait alors expliquer l’origine du patronyme), et le sens des noms de lieux vers les noms de famille est plus fréquent que l’inverse. Je pense tout de même au patronyme "Lefevre/Lefebvre" (forgeron) avec sa variante "Fabre". Dans le Sud-Ouest, le "b" devant le "r" devient un "u", expliquant les noms Faure, Fauré, devenus en Béarn Haure.

     Une dernière idée. Au moins dès le XVIIIe s, les Brannensois fêtaient Saint Blaise (3 février). Mais certainement que toutes les communes dans lesquelles existaient un toponyme "Héourey" ne fêtaient pas forcément un saint de février !?

    Ou alors, chacun des lieux concernés pourraient faire valoir une origine singulière, avec tout de même le mois de février comme point commun !?

    Je serais très intéressé par tout élément qui privilégierait une piste plutôt qu’une autre, ou même d’en proposer d’autres.

    Merci pour vos lumières.

    Stéphane

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    • Le 3 août à 11:43, par Vincent P. Héourey

      Le toponyme est Heourey sur le cadastre napoléonien de Brannens, généralement plus fidèle aux formes gasconnes.

      Le suffixe -ey peut avoir plusieurs origines en nord-gascon, ce peut être le latin -orium (lavadeir "lawadéy" < lavatorium), ou plus fréquemment le latin -arium.

      Tout ceci a été traité par Gaby, il y a quelques années. Et vous semblez du reste particulièrement au point sur ces questions. carte_ey.png
      Les toponymes en -ey du gascon septentrional : panorama

      Ce sont les mêmes raisons phonétiques qui font que le latin februariu donnera heurèir dans cette zone gasconne.

      Au fond, votre questionnement tourne autour du refus d’envisager qu’un lieu-dit puisse avoir été baptisé du nom d’un mois. C’est aussi mon instinct mais si l’on refuse l’évidence de février, alors on butte tout de même, mais sur d’autres aspects.

      Expliquer Héourey via une suffixation, c’est s’interroger sur le radical. On pourrait envisager haur "forgeron" mais alors -ey ici ne peut être un nom de métier, il y aurait doublon.

      Gaby a mis en évidence que le suffixe servait un peu pour tout, et qu’il pouvait avoir pris un sens locatif, notamment pour décrire un bâtiment. Seulement, un endroit où se trouve une forge serait construit sur le terme gascon pour forge plutôt que sur le nom de métier : comment disait-on forge localement ? On sait qu’il existe deux séries, celle en harga et celle en hauria, mais pas un hypothétique haura féminin (cependant, il y a le toponyme Lahaure à Capian, à étudier). De toute façon, on ne trouve nulle part Harguey, ce qui montre que cette formation serait bizarroïde pour un locuteur naturel.

      Ainsi, il y haur "forgeron", harga/hauria "forge" mais difficile de tirer vers *haurèir. Outre qu’il faudrait expliquer ensuite l’affaiblissement de la diphtongue aw en ew (mais ce ne serait pas probablement le plus difficile).

      Il est certain que l’on peut mettre dans l’équation une déformation : haure "forgeron" (variante de haur), attiré par heurèir "février", via une suffixation -ey senti comme plus propice pour un nom de métier. Bizarrement, c’est à cette hypothèse que je crois le plus, un micmac total.

      Si l’on ne se résout pas à cette démonstration, reste donc l’hypothèse pure de "février" et là nous bloquerons pour nous plonger dans le monde ancien, et les raisons qui ont fait qu’une maison ait fini par porter ce nom, alors qu’on ne trouve pas de maison Abriou ou Sétémé.

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