Haut Entre-deux-Mers Entre-deux-Mers

Saint-Aubin-de-Branne

- Vincent P.


 

L’Estrabeau

Je pensais que nous avions déjà étudié ce toponyme, car Estrabeau est très familier à mes oreilles (c’était le nom d’une famille de Morlaàs dans ma jeunesse) et sonne très gascon, mais en vérité, je n’en trouve aucune trace sur Gasconha.com !

Comme patronyme, deux souches : une béarnaise et une bordelaise, on peut supposer que la souche bordelaise, concentrée autour de Bordeaux, est d’origine béarnaise.

Comme toponyme, l’on trouve Estrabeau à Asasp-Arros (64) et des toponymes du type "Les Estrabauts" dans le Tarn, donc chez nos voisins languedociens. Estrabou à Ance (64).

En l’absence de ce terme dans les dictionnaires de référence en ligne, je sèche pour le moment.


 

Grans de sau

  • Le lieu Estrabeau d’Asasp-Arros est graphié "Estrabou" sur la carte d’état major du 19e siècle, ce qui laisse entrevoir un Estrabòu (ou Estravòu), qui est conforté par l’existence de Estrabol comme patronyme, et d’Estrabole ou Estrabols comme toponyme, dans le domaine languedocien.

    Mais plus près du moulin de l’Estrabeau ci-dessus, Geneanet atteste dès le 17e siècle ce patronyme Estrabol à Romagne (Entre-deux-Mers). Il peut avoir directement nommé ce moulin.
    La notation de la finale òu en eau est courante, le français étant notoirement incapable de transcrire cette diphtongue qu’il ignore.
    Reste à savoir la signification ; il y a une racine latine trabs (pièce de bois, poutre) qui peut aussi avoir donné le mot français étrave (estrava en oc). Mais qu’ajoute le suffixe -òl/òu ?

  • Le "ou", en béarnais, ou le "ol" en occitan, c’est le gentilé, et selon Lespy, en béarnais, "l’estrabia" c’est mettre hors de la voie, s’égarer ; et "l’estrabiat", l’extravagant.

    • Palay donne bien ce verbe :
      « estrabià v. – Ecarter de la voie, égarer, fourvoyer ; dissiper ; estrabià-s, s’égarer, s’écarter. V. estrembià, horabià. »
      Je reconnais dans cette série des compositions "extra-viar" "extrem-viar" et "fora-viar" où via est le latin voie passé tel quel en langue d’oc, gascon, béarnais.
      Le hic pour que estrabià explique estrabol, c’est notamment qu’il y aurait perte du i de via, perte qui ne me semble pas naturelle.

      PS : la bastisse en photo me plait aussi ; elle fait assez "vascon", ce qui fait toujours plaisir dans un Entre-deux-Mers qui porte peu ce type. J’aime bien aussi cet espace ouvert, tout en remarquant la pancarte "Propriété privée" qui révèle sans doute la possibilité de comportements indélicats.

  • Le souci majeur de ce toponyme, c’est que l’on ne trouve nulle part en Gascogne, ou en Languedoc linguistique voisin, de toponymes du type "L’Estrabe", sans suffixation.

    Il faut donc envisager un terme dont la suffixation avait perdu son sens, et était constitutive du terme : c’est un phénomène classique du bas-latin.

    L’on trouve dans les dictionnaire de latin classique l’adjectif strabus, a, um "louche", qui a évidemment le mot savant strabisme. Un dérivé strabulus semble avoir existé, si j’en crois des extraits d’un ouvrage sur Google Books, malheureusement inaccessible à la lecture.

    Je me demande, en tout cas, si nous ne sommes pas face à un mot de latin signifiant tout simplement "bigleux, comme sobriquet, tiré du bas-latin, et qui se sera perdu en langage courant. C’est la seule façon d’expliquer que le gascon comme le languedocien possèdent à chaque fois une version suffixée.


Un gran de sau ?

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