Bazadais Entre-deux-Mers

Lamothe-Landerron

- Tederic Merger


 

Landerron / Landeron / Landeroun

en graphie alibertine :

Landeron
Prononcer "Landeroun"

C’est Landerrouat et Landerrouet, en Entre-deux-Mers*, qui ont attiré mon attention sur "Landerron".
Ils pourraient en être des dérivés à la mode gasconne, sachant que le gascon fait souvent disparaître le "n" intervocalique. Il faudrait cependant vérifier que la disparition du "n" intervocalique a réellement existé en Entre-deux-Mers.

Mais une fois établi le groupe Landerron-Landerrouet-Landerrouat, reste le plus dur : expliquer d’où vient la racine "lander".
Faut-il y voir la racine (celtique ?) "lande" dont il semble y avoir de nombreux avatars à travers la France ? ("le Lander" à Sarlat, "les Landerots" en Provence, "Landerc’h" en Bretagne, et aussi "Landiron".
Vu qu’il y a des Landiran et Landiras, on peut penser à un nom gallo-romain "Lander".
"Lander" existe aussi au Pays Basque : Landeretxe, Lander Ithurria...

BBF évoque l’hypothèse d’une racine basque "landare (plante, tout végétal"). Elle note "Landeron" sans double "r" ; la plupart des attestations anciennes ne mettent pas de double r.


Le Dictionnaire toponymique de la Gironde est sorti !

On trouve aussi un "Château de Landéron" à Pompignac (Entre-deux-Mers), et Landirouette à [SAINT-PARDON-DE-CONQUES - 33], qui peut s’analyser comme "Landerroeta", diminutif et féminin de "Landerron", avec peut-être en plus une attraction vers "Landiras".


 

Grans de sau

  • En Bazadais, majoritairement, et en Bordelais à plus forte raison, le groupe -nd- subsiste, même s’il peut y avoir des amphizones.
    D’autre part Landeron semble être la forme ancienne, avec r simple (dico toponymique ... de Gironde, B. Boyrie-Fénié) ; idem pour les dérivés probables. On peut comprendre que ce mot ait été compris comme landa (a prononcé e) + déterminant, d’où passage normal à r multiple et perte de la proximité avec Landiras. Peut être.
    Bénédicte ne connaît pas la prononciation actuelle. J’atteste que pour Landerroat, il y a r multiple.

  • Autre remarque : les parlers de l’Est de l’Entre-deux-Mers ont subi une révolution linguistique à cause de la Petite Gavacherie, plus grande autrefois, ou d’autres raisons, mais auparavant, ils pouvaient être de type bazadais (cf. Moliets, près de Castillon, qui correspond à *Molinets) ; la chute du n intervocalique dans Landerrouet, etc, est donc normale.

  • Justement : on ne peut dissocier la chute du n intervocalique de la simplification du groupe nd à l’intervocalique.
    En effet, les deux phénomènes sont profondément imbriqués, d’une part parce que l’étude des isoglosses en fait le constat, d’autre part parce que phonétiquement, les deux phénomènes proviennent des fortes tendances "nasalisatrices" du gascon (la plupart des phénomènes caractéristiques du gascon tournent autour de ces propriétés nasales : comparez avec le portugais pour la prononciation de Lisboa qui doit représenter un stade antérieur de la prononciation gasconne dont il reste parfois en Béarn certains traits comme le nasillement, et à Bayonne avec le choix du b : una > "ibe").

    Bref, supposer possible la chute du n intervocalique nous oblige à supposer une réfection généralisée d’un "Laner" en "Lander". Pourquoi pas en Entre-Deux-Mers mais pour Landiras, c’est peu probable. A titre de preuve que dans les vieux toponymes, l’Entre-Deux-Mers a connu la mutation de nd, on a Branne dont je vois difficilement comment il pourrait être chose que le gascon "brana".

    Ainsi donc, chercher un étymon pour ces communes nous amène à fouiller plutôt du côté d’un hypothétique "Lanter". A chercher.

  • Le pays de Benauge connaît une chute partielle du "d" de "landa" et du "n" intervocalique (lua).

  • Sur Noms_Rouergue, Mickaël nous a répondu ceci :
    "On trouve de nombreuses mentions anciennes de Landerron (Lamothe-Landerron) dans le cartulaire du prieuré de Saint-Pierre de la Réole (http://gallica.bnf.fr/ark :/12148/bpt6k341046.r=.langFR ; recherche plein texte possible).

    Il y a des formes avec double -rr- et également des formes Landar(r)on (celles en lend- semblent minoritaires). Toponyme entrant dans la composition de NP.

    On trouve d’autres toponymes proches dans la Gironde :
    Landeron à Pompignac
    Bois de Landerron à Castelnau-sur-Gupie
    (Landereau à Sadirac)"

    J’ai cherché et trouvé "Landaro" et pas "Landarro" dans le texte latin.


Un gran de sau ?

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