Attitude Rugby

- Gerard Saint-Gaudens

[Note du webmèste :
La cronica de Gérard sur Ràdio País date de 2021, et l’article et ses grans de sau de 2012, mais tout va très bien ensemble, montrant une belle continuité décennale !]

La veishiga / la béchigue / la béchigo

Dans le numéro 48 (janvier) de Rugby Attitude (un magazine publié à Paris et qu’on aimerait voir paraitre à Bordeaux...), quelques articles révélateurs de la liaison intime et encore mal expliquée entre rugby (à XV, bien sûr !) et peuple gascon (ou plutôt peuples vascons puisque le numéro fait la part belle à la région mixte du BAB) :

 le rugby de Capelle,

 le Vino griego : chanson vagabonde (dont l’article ne dit pas qu’il existe maintenant une version gasconne que nos avons chantée -n’est-ce pas, Tederic- aux dernières fêtes de Dax),

 Guy Accoceberry :un pur béglais (ça daille, ça daille !)

 Oloron-Tyrosse : un dimanche à la camagne (avec la figure fabuleuse du P.Coustié !)

 Greta Garbure : Yvonne Hégoburu, entre rugby, vin de Jurançon et mémoire familiale..

Du vrai bonheur, qui le serait encore plus avec du gascon dedans !

Grans de sau

  • Si l’imaginaire gascon fournit encore au rugby une partie de sa mythologie, la vérité de ce sport dans la France contemporaine est qu’il est devenu celui des métropoles, que les clubs gascons n’ont pas su survivre au virage du professionnalisme et que ceux qui survivent en Top 14 ou Pro D2 vont chercher leurs joueurs dans les pays anglo-saxons de l’hémisphère Sud, dans le Caucase ou dans les îles du Pacifique.
    Il n’y a plus rien de "communautaire" dans le rugby de Gascogne, sauf dans les plus petites divisions, celles du rugby des villages, mais là encore, il s’agit d’une branche plus ou moins raffinée de l’esprit feria hispanisant, que l’on peut cependant dresser à terme, en le gasconnisant, pour peu que l’on sache dans les années à venir, parler clairement et séduire.

  • Esprit feria hispanisant, je ne crois pas puisqu’au contraire, le rugby nous est venu des brumes d’Albion, mais en effet, comme la "culture feria" un substitut plus ou moins réussi d’identité culturelle pour une population qui se sait différente, mais ne repère plus très bien en quoi elle l’est et, ici ou là, cherche à reconnaitre dans les aliments culturels qui passent à sa portée, ce qui pourrait coller avec ses qualités propres, ses particularités plus ou moins enfouies.
    L’esprit communautaire sans doute, entre autres, qui le différencie probablement du supposé "individualisme français" (quoique là aussi, il y aurait à redire à ce type de généralisation...)
    Et c’est vrai qu’on le trouve assez pur dans le rugby de nos villages comme dans d’autres manifestations ludiques ou sportives.
    Que le rugby communautaire et "gratuit" soit menacé par l’argent et la "pipolisation", ce n’est hélas que trop clair et il faut aussi reconstruire, reconquérir ce monde là à partir du rugby communautaire dont restent des éléments, plus sans doute qu’on ne croit, dans nos villages et même dans les grands clubs.
    Mais comme le dit Vincent P, il faut nous savoir parler clair et séduire.
    Comment ? En entourant les clubs les plus sympathiques à la conservation collective des valeurs locales, en chantant avec eux (pas n’importe quoi, plutôt "vin grec" que des couillonnades dans l’air du temps), en écrivant sur ce thème qui n’est chasse gardée ni de Midi Olympiques de Rugby Attitude !
    Il ne doit pas manquer d’experts passionnés autour de nous ,non ?

  • Le cas de la relation du SUA, le club agenais plus que centenaire, avec son terroir est emblématique.
    Il l’était quand Agen allait de succès en succès (huit fois champion de France, la dernière fois étant en 1988) et aussi (surtout ?) quand un club connait une brusque et radicale descente aux enfers, comme c’est le cas depuis un an et demi (bien sûr cette chronologie n’est pas neutre et il faudrait en faire un cas d’école sur les méfaits collatéraux de la COVID et des confinements qui l’ont accompagnée).
    Equipe démotivée, joueurs en dépression, d’autres même « nuisibles au groupe » ( dixit JF Fonteneau, le président et actionnaire majoritaire), moral des supporteurs en berne, finances en danger de ce club, le plus pauvre du Top 14, etc… Ce dernier point qui n’est pas sans effet dans cette déroute, d’ailleurs, bien des joueurs de qualité ayant préféré ces dernières années émigrer vers des clubs plus riches. Tout ça jusqu’à l’humiliant match devant Pau en mai dernier (7-47).
    En tout cas une catharsis semble s’annoncer comme souvent dans des situations extrêmes avec une réflexion sur le présent et des projets d’avenir, très discutés en raison du quitte ou double qu’ils supposent mais qui pourraient relancer la relation entre le club et la ville (la municipalité n’ayant jusqu’ici jamais lâché son club et ayant récemment investi 14 M EUR avec l’agglomération) : « j’ai beaucoup d’espoir, dit JF Fonteneau : nous conservons les joueurs qui ont un bon état d’esprit et nous allons faire confiance aux jeunes formés chez nous qui nous amènent un supplément d ‘âme, d’attachement au territoire, de fierté  ».
    Parmi les projets : un nouveau stade remplaçant l’Armandie, jugé vétuste, un centre d’entrainement de qualité et même peut-être un hôtel 4 étoiles et un pôle santé. « il faut créer une nouvelle dynamique économique pour ne pas disparaitre comme plusieurs clubs de villes moyennes ces dernières années ». Mais cette course suppose un retour des investisseurs locaux  : Or, ajoute Fonteneau « Les entreprise locales ne nous soutiennent pas assez. Sur les 50 plus grosses entreprises du département, seules trois ou quatre sont actionnaires du club. Quand on parle d’Agen, on pense rugby et pruneaux *, or on a zéro partenariat, pas un euro, de l’activité pruneaux. »

    Bref : retour à une vraie sensibilité territoriale, appel à une symbiose entre celui-ci, le club, ses entreprises, voilà, espérons-le, une recette du succès pour nos clubs de villes moyennes gasconnes . Espérons le en tout cas pour le SAE !

    *Tederic ajouterait avec raison : et liaison ferroviaire ; pour ma part, j’ajouterais : Jasmin …

    [note de Tederic, justement : SAE ou SUA ?]
    Agen


Un gran de sau ?

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