
"Atcho ! Que sei pèdescauç e los ronçabueus que’m nhacan…."
"Aïe ! je suis nu-pieds et les bugranes piquent…."
La Bugrane épineuse (Ononis spinosa) est une plante à délicates fleurs roses qu’on rencontre dans les prairie sur les bords de l’Arros dans le Rustan. Elle porte des épines ! En français populaire c’est l’« arrête-bœuf ».
En gascon du Rustan , on l’appelle lo « ronçabueu ».
Etymologie.
Ce nom a diverses formes en Gascogne. Certaines sont relevées par Jean Seguy (Les noms populaires des plantes dans les Pyrénées Centrales). :
Eth arronçabueu (Campan, Comminges).
Lo/eth ronçabueu (Rustan, Bigorre, Ariège).
Eth rançabueu (Ariège).
On a donc « arronça/ronça/rança » + « bueu ». La signification première de cet ensemble a maintenant disparu. Mon grand oncle Célestin qui ne connaissait pas le mot français pour cette plante en avait inventé un : « Lo ronçabueu qu’ei le roncebois… » ; cette invention populaire incluait le végétal (bois) et le piquant (ronce).
Explication probable.
« bueu » = le bœuf.
« ronça ». Il semble en fait qu’il faille revenir à un verbe de l’ancien occitan « ronsar » = jeter , lancer, faire tomber, renverser. De là, on a :
Occitan languedocien
• ronçar : lancer, jeter, précipiter
Gascon :
• arronçar / ronçar : jeter avec force.
• arronçada : ruée, élan, geste vif.
• arronçabraç : poisson torpille qui nous fait faire une ruade si on le prend.
On aurait donc une plante qui ferait tomber un bœuf !
Pour expliquer cela il faut revenir à la croyance populaire d’une plante dont les racines sont si résistantes qu’elles arrêteraient le soc de la charrue. D’où le nom français d’ « arrête-bœuf ». Pour le gascon, sa force va même jusqu’à renverser le bœuf….
Cette explication vaut pour les autres noms :
Eth estacabueu (Aure, Ariège) : estacar + bueu
eth arrèstabueu ; arrestar + bueu
eth escanabueu / l’escanavaca (m) : escanar + bueu /vaca. On a là un glissement sans doute dû aux épines de la plante.
Les autres noms gascons de la bugrane épineuse.
Era limaga [li’mogo] (Aure).
La bolimaga (Gers).
Era bolimaca (Aspe).
La bomaga/bimaga.
Les mots de cette famille sont répandus en Gascogne, en Aragon (bolomaga, grumaca…), en Italie (bonaga, bolimaca, bilumaca…). Ils désignent soit la bugrane, soit le lotier corniculé à la fleur quasi identique. On retrouve ce nom sous sa forme primitive de « bolumaca » dans le Corpus Glossariorum Latinorum. Ce mot latin à l’origine incertaine a donc fait des petites dans notre gascon.
On a aussi :
La brunaga.
Il s’agit du traitement gascon avec métathèses du mot « bugrane ».
Ce mot « bugrane » est issu du latin populaire « boveretina » (« bos » = bœuf » et « retinere » = retenir), devenu « boueretna » puis en vieux français « bouverande », « bougrande », puis « bugrane ».
Era veça (Aure).
Ce nom s’apparente à celui de la « vesce », plante dont les fleurs sont très voisines. C’est le latin « vicia » qui signifie « vesce ».
Era biarrossa (Aure).
Ce nom connu en vallée d’Aure et relevé par François Marsan (vocabulaire de la flore de la vallée d’Aure). Je ne connais pas l’étymologie.






