Les bandes sonores de l’Atlas linguistique de Gascogne Pour une diffusion publique et libre d’accès

- Vincent P.

Depuis plusieurs années, je me suis intéressé au devenir des bandes sonores des atlas linguistiques de Gascogne et du Languedoc occidental, qui couvrent l’intégralité de la Gascogne linguistique.

De quoi parlons-nous ?

Il y a plus d’une décennie désormais, j’avais trouvé, par le hasard de recherches sur le net, l’intégralité des paraboles de l’enfant prodigue, mises en ligne, désormais accessibles aisément sur Cocoon :

https://cocoon.huma-num.fr/exist/crdo

Pour l’ALG : Lien vers les enregistrements

Pour l’ALLOc : Lien vers les enregistrements

Mais ces paraboles, qui nous enchantent tant il est magnifique d’entendre une langue de qualité, typée, ancrée, comme plus jamais nous ne pourrons en écouter, ne sont qu’une infime partie du travail de collectage des enquêteurs.

Chaque point des enquêtes a donné lieu à des heures d’enregistrements pendant lesquelles les témoins sont interrogés sur leur langue, ce qui laisse transparaître, évidemment, de nombreux traits phonétiques, souvent retranscrits sur les cartes, mais pas toujours (notamment quand tel ou tel trait était en voie de disparition).

Prenons un exemple tiré de l’ALLOc, pour un point extrême du domaine gascon : Mauressac (09).

ALLOc : Mauressac (1)

Il y a de la sorte 4 autres enregistrements ! Et ce sont tous les points de l’ALG et de l’ALLOc qui bénéficient ainsi d’heures d’enregistrement : nous avons le droit d’écouter ces bandes !

Mes démarches avant le Covid

En mars 2017, j’ai d’abord écrit à Patrick Sauzet pour le remercier de son travail scientifique et lui poser une question simple : toutes les communes avaient-elles fait l’objet d’enregistrements lexicaux, en plus de la parabole de l’enfant prodigue, ou seuls certains enregistrements avaient-ils été conservés et mis en ligne ? Aucune réponse ...

En septembre 2019, au nom de l’association Région Gascogne Prospective, j’ai de nouveau pris attache avec les responsables, cette fois pour demander des précisions sur l’avenir de l’ensemble des bandes. J’ai reçu une réponse rapide de Guylaine Brun-Trigaud, ingénieure au CNRS, qui m’a confirmé que la totalité des bandes de l’Atlas du Languedoc occidental et une grande partie de celles de l’Atlas de la Gascogne étaient déjà numérisées et déposées à la Bibliothèque d’Études méridionales à Toulouse, consultables sous forme de CD. Elle précisait que l’objectif était à terme de déposer le tout sur Cocoon, après un travail de normalisation des métadonnées.

Fort de cette réponse, je me suis rendu en 2020 à la BEM de Toulouse. Quelle beauté que de voir sous mes yeux l’intégralité des travaux sur les atlas linguistiques des pays d’oc, dans une remise ! Mais sur place, aucune organisation n’était prévue pour consulter les bandes ni les CD. La responsable m’a même indiqué qu’elle n’avait reçu aucune instruction pour rendre les archives accessibles et que le support matériel se dégradait. J’ai alors écrit de nouveau, en avril 2021, pour demander des précisions et proposer, au nom de Région Gascogne Prospective et en coopération avec l’Observatoire des Cultures Gasconnes, une aide concrète pour faciliter l’accès et la diffusion de ces enregistrements.

La réponse de Guylaine Brun-Trigaud est arrivée peu après : juridiquement, une convention signée entre Xavier Ravier et l’Université Toulouse II confiait à cette dernière la propriété et l’encadrement de l’accès aux bandes de l’Atlas du Languedoc occidental. Seules certaines équipes de recherche du CNRS y avaient accès. Pour l’Atlas de la Gascogne, aucune convention n’existait encore, et elle travaillait à en établir une avec les ayants droit de Jean Séguy. En revanche, elle m’a rassuré sur l’état des archives : l’ensemble avait bien été numérisé et sauvegardé sur disques durs et serveurs, et non pas seulement sur CD comme on me l’avait indiqué à Toulouse. Elle confirmait qu’un projet de mise en ligne sur Huma-Num était envisagé, mais qu’il nécessitait un travail technique sur les métadonnées.

En résumé, mes démarches m’ont permis de comprendre que si les enregistrements des atlas existent bien et sont déjà numérisés, leur diffusion publique reste suspendue à des questions juridiques et de préparation technique.

Et maintenant ?

On voit bien que nous sommes dans une situation détestable, où ce qui devrait être une donnée publique, accessible sur le net, ou en tout cas consultable, fait l’objet de conventions auprès d’organismes dont on peut douter qu’ils possèdent les budgets pour s’attaquer au travail "sur les métadonnées".

Nous voulons écouter nos ancêtres parler leur langue. Nous voulons entendre les derniers locuteurs du gascon du Médoc, du Couserans, de la Haute Lande, répondre à Séguy ou Allières sur la manière de nommer tel élément du paysage, ou sur les conjugaisons. C’est une nécessité. Une urgence vitale, pour toute personne qui voudra réancrer sa langue apprise dans les livres, par le vocabulaire, l’accent ou la prosodie.

Vos commentaires

  • Le 2 octobre 2025 à 10:24, par Philippe Lartigue Les bandes sonores de l’Atlas linguistique de Gascogne

    A l’époque de la réalisation de l’Atlas, qui a financé ce travail ? Qui a payé les scientifiques ?
    Si c’est l’Etat, je ne vois pas pourquoi les ayants-droits de Jean Séguy auraient leur mot à dire puisque ces travaux sont de l’ordre du domaine public non soumis à des droits d’auteur.
    Dis-nous, Vincent, comment nous pouvons faire pour que ce trésor ne reste pas une espèce d’apanage des universitaires quand cette oeuvre, si je ne me trompe, a été financée par de l’argent public et doit donc être mise à la disposition dudit public.

    Pour revenir à mes observations du post précédent.

    Jean-Baptiste Léglise, dit Lo Grand Pepiu, enregistré à Parentis, était donc le demi-frère de mon grand-père paternel, après remariage de mon arrière-grand-mère, Parentissoise d’abord mariée à Commensacq, veuve en 1899 et remariée en 1901 à Parentis, quartier de Lahitte, avec Blaise Léglise, veuf lui aussi. Son chafre était Lo Pepiu/Pipiu (lequel survit dans le nom d’un camping du bord de l’étang). Mon grand-père parlait donc un dialecte parfois erratique, avec des traits tour à tour relevant de Commensacq-Parentis-Biscarrosse.
    Jean Laffargue, dont on entend la voix sur l’enregistrement de Xavier Ravier, était garde champêtre et Jean Destruhaut, habitant à deux cents mètres, était résinier dans la partie sud de la commune. Le premier n’était quotidiennement en contact qu’avec des Biscarrossais et le second, comme je l’ai dit, avec des résiniers de Gastes, Saint-Eulalie et Mimizan. Si Ravier avait enregistré Destruhaut, il y aurait donc eu des différences. Cela, je pense, est valable pour beaucoup d’enregistrements où le facteur idiolectal doit être pris en compte. L’analyse que je fais pour Biscarrosse-Parentis, du fait de ma connaissance physique des gens qu’on entend parler, c’était mes voisins, me permet d’avoir une approche plus fine de ce que j’entends et aussi de l’expliquer. Donc, il faut toujours garder à l’esprit que les données de l’ALG, même si elles sont très précises, ont tout de même une petite marge d’erreur, faible malgré tout.

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