Le Pic de Bazès.

Etymologie.
Pour cet oronyme, il faut sûrement remonter à la racine basque “bas/baso” qui a encore le sens de forêt, montagne donc lieu sauvage, effrayant en basque d’aujourd’hui.
Ce mot se trouve dans le nom du géant mythologique basque le « Basa-Jaun », le « Sauvage-Seigneur » …
Joan Coromines a montré que cette racine « bas/baso » a laissé des vestiges toponymiques dans toutes les Pyrénées, ce qui prouve l’existence de dialectes basques jusque dans les Pyrénées catalanes avant la romanisation :
• Pic de Bassiero (au Sud du col de la Bonaigua. Le toponyme a gardé le “ss” sourd du basque et le “o” final du basco-roman primitif (Coromines)
• Pic Besiberri (val d’Aran) : pour Coromines on retrouve le basque “baso-be erri” = l’endroit sous l’endroit sauvage.
• Béixec (village des Pyrénées catalanes) : du basque Basa (endroit sauvage) -pe/be (sous).
• Bixesarri (village andorran) : c’est l’exacte copie du nom du village du Labourd (Pays Basque) : Bassussary (Basusarri) dont l’étymologie est « baso » « forêt sauvage » et « sarri » « dense, serrée » selon Jean-Baptiste Orpustan.
• "Es Badès" ; "Coma des Basès" : toponymes du Val d’Aran (La Bordeta, Escunhau...) désignant un lieu périlleux. On note l’évolution de [z] en [d] en aranès.
Dans le gascon aranais et luchonnais, dans le catalan pyrénéen, c’est aussi un nom commun :
• "Un Basè / badè" (aranais) = endroit sauvage d’où il est difficile de sortir pour le bétail (“t’as metut en un badè.. !”).
• "Embaderat" (aranés) : tombé dans un endroit d’où il ne peut sortir (« las vacas son embaderades »).
• "Un badè" (Luchonnais) : endroit difficile dans un site rocheux (Rohlfs)
• "Una Basera" (Val de Cardós) : endroit à pic d’où l’on ne peut sortir).
• "Un basé" (Castellbò Urgel) : précipice.
On peut donc penser que la même étymologie peut s’appliquer au “Pic de Bazès”/ « Pic de Basès », pic assez isolé du val d’Azun surplombant des estives.
L’étymologie souvent rencontrée “Le Pic de Bazès vient du gascon « bas » qui signifie bassin, abreuvoir. C’est donc le pic de l’abreuvoir » ne peut convenir. « Eth bas » n’aurait pu donner par suffixation que « Bassès » comme on a vers Campan “era hont deth Bassòt” (voir Signal du Bassia).

Le Signal du Bassia / eth Bassià de Hèishas.
Le mot “eth bassià” désigne en Haute Bigorre et Aure une grande cuvette, un grand bassin d’altitude qui sert de pâturage (voir Marcelin Bérot « La vie des hommes de la montagne dans les Pyrénées par la toponymie) :
• Eth Bassià de Hèisha (le Signal de Bassià)
• Eth Pic de Bassià (Nord de l’Arbizon),
• Eth som de Bassià (est vallée d’Arrens)
• Montanha de Bassià e som de Bassià (sud de la vallée d’Estaing)
• Montanha e lac de Bassià (vallée du Campbielh -Gèdre)
• Eth lac de Bassià (montagne du Hautacam et de luz)
• Eth Bassià de cabana vielha (vallée d’Aure)
• Eth Bassià de Tors (Vallée d’Aure -Aragnouet)
• Pic de Bassià hauta (Bassiauté). Vallée du Louron.
• Eth Bassià Gran (d’Estaragne vallée d’Aure)
• Eth Bassià de Còsta longa (vallée d’Aure)
• Eth Bassià de l’Ortigar (vallée d’Aure)
• Eth Bassià d’era burgalassa (Marcelin Bérot nous dit que ce petit bassià d’altitude en vallée d’Aure était très difficile d’accès. Il avait une herbe excellente et le berger montait ses moutons sur le dos pour les « aburguerar » (regrouper) dans ce lieu clôturé de rochers.)
• ...” et avec suffixes :” eth Bassiaròt, eths Bassiarès, eth Bassibié...”.
De la même famille, on a
• En catalan “la bassa” = mare, bassin
• En castillan “la balsa” = mare d’eau
• En occitan languedocien de l’Aude “la bassa”, « la bàssia » = mare, étang, abreuvoir.
• En gascon aranais “era bassa” = petit étang de montagne (era Bassa de Montcasaus, era Bassa Nera…)
• En gascon de Bigorre “eth bas [bas]” : l’abreuvoir, mais aussi quartier d’estive avec abreuvoir ; “era hont deth Bassòt”(Campan) = la fontaine du petit abreuvoir. « Lo bassiòt de la hontan ».
Etymologie.
Pour Joan Coromines, il n’est pas question du latin populaire *baccinus venant de *baccus signifiant récipient et venant du gaulois (donne en français « bac », « bassin », « bassine » …).. !
Il donne pour tous ces mots l’étymon « BAS/BASSA » signifiant « bassin d’eau, petit étang… ». Cet étymon est probablement d’origine protohispanique, peut être ibérique, commun au castillan (balsa-embalsar-embalse), au catalan et à quelques dialectes de l’occitan proches des Pyrénées (dont notre gascon). Le latin Pline cite Balsa comme une cité d’Espagne située près d’un lac.
Simin Palay propose une autre étymologie, plus « pastorale » ...
Il rapproche deux termes gascons : « « bassià » » et « vaciu » (qu’il graphie « bassiu »).
Pour lui le « bassià » est le lieu où les bergers rassemblent les « bassius ».
« Eths vacius » sont, selon les vallées, les « brebis de l’année précédente », ou les « jeunes ovins destinés à la boucherie ».
Etymologie.
« vaciu » [ba’ssiou] est un mot qui existait en occitan médiéval : « vaciu » = antenois (agneau de l’année).
Jean-Louis Massoure (Le gascon haut pyrénéen 2003) nous donne la définition suivante : Bassíou, fém. bassíbo sm. Ovin de l’année précédente.
W. v. Wartburg récolte énormément de mots de cette racine dans les dialectes romans. Ils veulent tous dire -stérile -trop jeune et/ou -destiné à la boucherie.
• « Taure bassive » : jument n’ayant jamais mis bas (Angers).
• « vaca bassieua/bassiva » : vache n’ayant jamais mis bas ou stérile ( aranés).
• « vaciou » : agneau d’1 an (occitan du Haut Dauphiné).
• ….
Ils ont tous pour étymologie le latin « vacivus » = vide. C’est donc l’idée d’un bétail qui est vide, qui ne s’est pas reproduit, qui est mise en avant dans cette série de mots.
Chacun choisira son étymologie.





