Que vaste... Une forme de parfait très particulière.

- VERDIER Gilles

« …Napoleon que vaste un crane !.. ».
Napoleon fut un sacré bonhomme !...

A Saint Sever de Rustan, et plus généralement dans les coteaux entre Pouyastruc, le Rustan, l’Astarac et le Magnoac, on entend selon les personnes encore 4 formes pour dire « il fut » :

• Napoleon qu’estó [ech’tou] un crane !
• Napoleon qu’estè [ech’tè] un crane.
• Napoleon que vaste [‘bachté] un crane !
• Napoleon que vastó [bach’tou] un crane !

Ces formes diverses sont connues de tous. En écoutant les enregistrements sonores des enquêtes de l’Atlas linguistique de Gascogne, on s’aperçoit qu’un même locuteur peut hésiter ou employer plusieurs formes : on entend par exemple l’enquêté de Sariac Magnoac corriger un « qu’estèi » en « qu’estoi »… Celui de Trie emploie indifféremment « qu’estè  » et « que vastoi » !
Actuellement, on assiste à la disparition des formes « vaste » et « vastó » pour une généralisation de « qu’estó »…
C’est donc une tournure unique du nord de la Bigorre qui disparait peu à peu…

Etymologie.

Cette forme du parfait du verbe « Éster » = « être » a été étudiée par les grands linguistes (Bourciez, Rohlfs, Marquèze-Pouy…). Elle porte le nom de parfait périphrasique ! C’est l’emploi du verbe ALLER + ESTER + terminaison conjuguée.
Que va éster = que vaste.

L’accentuation est généralement la suivante (enregistrement ALG du témoin de Bordes) :
Que vasti
Que vastes
Que vaste
Que vastem
Que vastetz
Que vasten
M. Marquèze-Pouey marque l’accentuation sur la dernière syllabe : « que vas » (Via Domitia II). Si ce n’est une erreur, il existerait les deux formes d’accentuation.

La concurrence entre « qu’estó » et « que vaste » a donné le type « que vastó  ».
Pour cette forme, l’accentuation est toujours sur la dernière syllabe puisque la terminaison est le calque de celle du parfait des verbes en -er,
Que vastoi
Que vastós
Que vas
Que vastom
Que vastotz
Que vaston

A noter.
En vallée d’Aspe et Barétous, on a en gascon sur le même schéma : « que va ir » = il alla avec l’infinitif « ir » = aller.

Et bien sûr en catalan où le « perfet perifràsic » remplace maintenant dans l’usage courant le « perfet sintètic » :
« Va portar » (au lieu de « portà ») = il porta ; « va fer » (au lieu de « féu ») = il fit.

Voir en ligne : La parabole de l’enfant prodigue en gascon.

Vos commentaires

  • Le 14 février 2023 à 11:26, par Jan l’Aisit Que vaste...

    Magnifica sintèsi, passionanta e suberclara, tocant ua forma tota navèra entà jo. Mercí hòrt monsur Verdier !

    Répondre à ce message

  • Le 16 février 2023 à 14:23, par pep bru Que vaste...

    Merci beaucoup Gilles.
    et comme vous savez, en outre du perfet catalan, il y a aussi un autre remnant de ces formes.. dans la Calabre, à Guardia Piemontese : "Il passato remoto si forma attraverso il costrutto perifrastico del tipo annar + infinito : aíer vau chanta, “ieri cantai” ; ilh se vai quiava a piorar, “si mise a piangere”
    https://www.treccani.it/magazine/lingua_italiana/articoli/scritto_e_parlato/Toso14.html

    Répondre à ce message

  • Le 31 mars 2023 à 12:16, par Gaby Que vaste...

    De la part de notre Txatti national :

    Ce serait la contraction de "va èster" qui donne va-ster, mais il faut l’écrire va’ster ou va-ester alors. Bizarre quand même que cette apocope. Car souvent ESTER avec l’infinitif en -er est accentué sur le premier e.

    Répondre à ce message


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