Virade au coffin de la Gascogne #1 Cavignac, Saint Yzan de Soudiac

- Tederic Merger

(Cavignac)
A NOUSTE

A Cavignac, "on" s’est encore proclamé A NOUSTE, bien que Cavignac soit passée à la langue d’oïl bien avant qu’on fasse les premières enquêtes linguistiques !-)
En d’autres termes, Cavignac était gabaye, comme toutes les communes traversées lors de cette virade à vélo.
Nous sommes donc au "coffin" de la Gascogne, si le mot "coffin" est le pendant gabaye du gascon con·hin (prononcer "cou·hing"...), comme je le déduis hardiment d’un lieu-dit de Saint Christoly. (Saint-Christoly-de-Blaye)
Coffin
confin + con·hin = coin du feu, confin

Venant de Bordeaux avec mon vélo, j’ai pris le train de bon matin jusqu’à la gare de Saint-Mariens - Saint Yzan, la gare terminus, après celle de Cavignac.
La plupart des vélos (5 ou 6 au départ de Bordeaux) étaient descendus avant, surtout à Saint André de Cubzac (gare marquée aussi SENT ANDRIU DE CUBZAC, heureusement sans erreur, ouf !) ; Sent Andriu de Cubzac (diffusons cette forme gasconne !) est visiblement bien intégrée dans l’espace métropolitain bordelais, à tel point que des bordelais y vont travailler avec leur vélo depuis le coeur de métropole ; sur la suite de la ligne, c’est moins net.
Saint-André-de-Cubzac / Sent Andriu de Cubzac

Aucun vélo, d’ailleurs, au parc à vélos de la gare de Cavignac, seulement deux vélos crevés à celle de Saint-Mariens - Saint Yzan (mais pas mal de voitures sur le parking, donc ça "pendule" en train vers Bordeaux - c’était un vendredi du mois de juillet)...

Gare de Saint-Mariens - Saint Yzan :
Elle donne sur le bourg de Saint Yzan de Soudiac (Cassini écrit "Sourdiac") et pas du tout sur celui de Saint Mariens !
Saint-Yzan-de-Soudiac

Près de la gare, l’Hôtel Central a dû être reconverti en bar-restaurant. On devine aussi une discothèque. Recherche faite, ce serait "le Gibus". Pas sûr que ce soit encore ouvert ; le Covid a-t-il mis fin à tout cela ? (Saint-Yzan-de-Soudiac)
L’ancien Hôtel Central

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Saint Yzan de Soudiac - Il y a donc un Club des Pignadas, et donc des pignadas !

(Saint-Yzan-de-Soudiac)
Un type de maison...
(Saint-Yzan-de-Soudiac)
Les Gorces
(Saint-Yzan-de-Soudiac)
Fauchard

Le quartier de l’Ardillas mérite un petit détour, rien que pour son nom d’apparence gasconne, que Vincent avait déjà remarqué. (Saint-Yzan-de-Soudiac)
Le hameau de l’Ardillas

Il est pavillonnaire.
 Je remarque un drapeau breton ; mais un chien aboie...
 Un chien gentil (ça existe aussi) promené par son maître va à la rencontre d’un autre promeneur ; j’observe la scène, on me dit bonjour... convivialité de village...
 les clôtures : « goûts et couleurs ne se disputent pas », disait ma grand mère... aux couleurs, on pourrait rajouter les matériaux, et je crois qu’il y a là matière à dispute !
Pas de photo, pour rester positif !

Pour finir cette (première ?) visite de Saint Yzan de Soudiac, une note artistique :


Virade au coffin de la Gascogne #2

Grans de sau

  • Merci Tederic pour cette virée en Grande Gavacherie, contrée que par les hasards de la vie, mais aussi l’intérêt pour les zones de marge, j’ai été amené à arpenter depuis mes années étudiantes à Bordeaux (on va bientôt clore la seconde décennie), outre que j’y avais décelé depuis longtemps les indices quant au laboratoire politique qu’elle constituait (la Gilet-Jaunie y sera à son aise, puis désormais le vote RN).

    S’il fallait tourner autour de l’identité de cette contrée, je dirais qu’elle n’en a plus, sauf tout au nord, dans le pays de Vitrezay, où l’élément gabay y est resté fort. Ailleurs, ce pays me semble "girondin", c’est à dire une identité vaguement "Sud-Ouest" (avec parfois des pointes d’accent méridional, qui n’étaient pas rares, dans le français régional, à Blaye ou Laruscade), dans sa variante bordelaise, mais qui n’a rien de très typé. En tout cas, vivre en lotissement à Cubnezais, c’est la même chose qu’à Belin-Beliet. Ou qu’en banlieue de Saintes, en vérité.

    À l’exception de l’estuaire, magnifique (et qui reste gascon à date récente jusqu’à Villeneuve, en allant vers l’aval), c’est un pays âpre, de lande, assez quelconque en moyenne, dépourvu de grandes richesses architecturales, sauf quelques églises romanes, souvent trop remaniées par le cardinal Donnet. L’architecture vernaculaire est très marquée par la vague de reconstructions de la seconde moitié du 19ème siècle, sauf dans la Double, où l’on trouve de magnifiques maisons à pans de bois ou dans le bourg de Guîtres, que je trouve très agréable.

    Ce qui peut exciter le regard du gasconhaute, ce sont deux choses :

     D’une part, la toponymie, qui montre de nombreuses formes proprement gasconnes bordelaises (sauf en Vitrezay et dans la Double, qui ont probablement anciennement relevé d’un monde d’oc plutôt limousino-périgourdin), mélangées aux apports des migrants d’oïl à compter du 16ème siècle. Gasconha.com a eu l’occasion de travailler sur ces questions, les zones de plus forte densité gasconne se trouvent autour de Blaye et dans les communes voisines de la frontière linguistique du 20ème siècle (par exemple, Galgon).

     D’autre part, cette contrée se trouvant dans la grande ceinture métropolitaine bordelaise, il est évident que nous nous passionnons pour les modalités de son aménagement, dont son accessibilité.

    Pour le reste, il est clair que les problématiques de ces marges disent plus des soucis français au sens large (archipélisation, Gilet-Jaunie contre Boboland) que véritablement de thématiques identitaires gasconnes, même si l’on retrouve quelques leitmotivs (la chasse, le pignada, ...). J’irai prochainement moi-même une nouvelle fois à la recherche de la toponymie gasconne de ces lieux, si je supporte la laideur des lotissements que je dois traverser !

    • Le projet de RER bordelais prévoit une ligne St Mariens+Yzan - Langon à partir de 2028 (seulement ! pour Libourne - Arcachon, c’est 2022 !).
      Je pense que ça se fera, parce que ce n’est pas un chantier gigantesque.
      Du coup, l’ensemble St Yzan + St Savin, qui compte déjà plus de 7000 habitants, sera totalement "banlieuïsé" et verra sa population grimper, constituant un pôle de la métropole bordelaise juste avant cette forêt épaisse qui le sépare au nord du département 17.
      Sociologiquement, ce sera comparable au grand Langon, qui va sans doute croître aussi beaucoup.
      A choisir, je préfère un étalement urbain qui peut s’appuyer sur un transport en commun efficace.
      Il faudra voir si l’urbanisation, surtout de Saint Yzan, se fait en densifiant près de la gare... Pas sûr du tout, hélas...
      Si c’est quand même le cas (donc une urbanisation pensée en fonction du transport en commun), on ne pourra pas dire que les nouveaux habitants seront captifs de la voiture, avec les couplets misérabilistes qu’on entend si souvent à propos du Nord-Gironde.
      Et ils ne seront guère moins gascons que ceux du grand Langon aux mêmes dates...

  • Au sujet de la toponymie du Bourgeais/Blayais, un document incontournable reste la carte dressée par Claude Masse à la fin du XVIIe-début du XVIIIe siècle et les Mémoires qui les accompagnent, récemment publiés par Yanis Suire.

    Contrairement aux frères Cassini deux générations plus tard, Masse a fait œuvre d’ethnographe, et s’est renseigné directement à la source quant au nom des paroisses... en interrogeant les paroissiens. On note par exemple que "Saint-Caprais" s’écrivait alors "Saint-Crapais", avec métathèse du r ; "Samonac" est bien écrit "Samounat" en suivant la prononciation du -c final en gascon bourgeais. Et j’en passe...

    Quant à la limite du gascon et du "saintongeois", Masse la fait passer, dans le sens ouest-est, sur les lits du Brouillon et du Barbeheyre, soit un peu plus au nord que la limite rapportée à la fin du XIXe siècle par De Tourtoulon et Bringuier. Une mine de renseignements, vous dis-je !

  • Je me suis rendu ce jour, depuis la gare de Bordeaux, à la gare de Cavignac, les photos suivront sur le site !

    Première impression : les gares ne donnent absolument sur rien, après Saint-André-de-Cubzac. Des champs essentiellement, de la vigne, et surtout des lotissements sans aucune espèce de densité. À Cavignac, il est évident que l’on n’anticipe pas du tout l’arrivée du RER bordelais, les terrains à disposition autour de la gare servent pour l’édification de maisons individuelles, mal implantées.

    Dans le train, nous devions être 3 à l’aller, et le même nombre au retour (je suis parti de Bordeaux par le train de 14h08, revenu par celui de 17h14, non sans un crochet à Saint-Antoine sur le chemin du retour, j’y reviendrai).

    Tout est très laid à Cavignac, même si en soi, les constructions modernes ne dépareillent pas tant que ça : elles sont, somme toute, d’un style girondin. Mais elles constituent un bien mauvais emploi de l’espace disponible.

    Je poursuivrai mes analyses plus tard, mais pour répondre à Tederic, en tendant l’oreille, il y avait une pointe d’accent du Sud-Ouest chez les gens ! Faible, mais comme on l’entend encore à Libourne ou Cubzac.

  • Ce que j’ai pu écrire sur Facebook, avec l’illustration jointe au présent message : c’est volontairement exagéré. Mais je crois qu’il y a quand même diablement du vrai quant à la vie que l’on propose aux jeunes couples.

    Pour vivre malheureux, vivons cachés.

    Cette photo est le portrait-robot de la Gironde, hors hyper-centre de Bordeaux. Un monde de mitage pavillonnaire poussé à l’extrême, encouragé par les élus des comcoms dopés à l’afflux de population.

    Ici, on vient s’enterrer avec Enzo et Clara (avant de divorcer dans 4 ans) derrière de hauts murs et des portails teinte anthracite, sous un soleil de plomb : le jeune couple n’a pas pensé imiter la vieille ferme à côté, et ses arbres qui font de l’ombre.
    Restera le souvenir des barbecues le dimanche, seul jour où l’on n’est pas dans les bouchons sur la rocade bordelaise (le samedi, c’est parking de supermarché), à cramer en essence son budget mensuel.

    Il y a pourtant bien une gare à Cavignac mais elle a été reconvertie en logements, et personne ne prend le train (35min du centre de Bordeaux ...). À quoi bon quand on travaille à Mérignac ?

    Autour de ladite gare, le maire laisse construire, encore et toujours, des petits pavillons blancs (pas encore de toitures noires californiennes), sans rationalité d’implantation : aucune espèce de densité, là où dans 10 ans se trouvera une gare du RER bordelais.

    Bref, nos élus sont ineptes et ils méritent le changement sociologique politique qui les emportera.

  • Je viens de trouver ceci, mais les liens vers les annonces sont vite périmés, donc je n’ai pu lire que le résumé du moteur de recherche :

    https://www.maisons-mca.com › nos-terrains › terrain-a...
    Terrain constructible de 865 m² à Saint-Yzan-de-Soudiac
    Vous profiterez de l’axe n10 rapide et gratuite à 45 minutes de Bordeaux et de sa gare routière et ferroviaire. D’ici 2023 d’un RER Métropolitain. À proximité ...

    Je rappelle que l’horizon annoncé pour le RER Saint Mariens-Yzan - Langon est 2028, et pas 2023 :

    En 2028, la desserte traversante entre Langon et Saint-Mariens est créée, permettant d’aller dans les gares de part et d’autre de Bordeaux sans changement de train au moment de l’arrêt en gare de Bordeaux Saint-Jean.

    Mais sans attendre 2028 :

    Entre 2022 et 2025, les horaires s’améliorent notamment sur l’axe Bordeaux – Saint-Mariens


  • Esprit Bastide

    Avant d’aller plus loin dans la promotion de l’idée d’un nouveau quartier "Portes de Gascogne", dans l’esprit bastide à embans, au plus près de la gare de St Mariens - St Yzan, promise au statut de terminus de ligne RER bordelais, j’ai cherché sur le web des retours d’expérience ailleurs.
    En voici un, sur le cas d’Anse, au nord de la métropole de Lyon (en même temps ça nous fait voyager !) :
    Densification à côté d’une petite gare : retour d’expérience

    À Anse, commune de 6 000 habitants située à une trentaine de kilomètres au nord de Lyon, une ZAC de 180 logements a en effet été terminée en 2009, à proximité immédiate d’une halte ferroviaire déplacée pour l’occasion. La commune jouit d’une forte attractivité, qui tient à la fois à sa dynamique associative, à la proximité des monts du Beaujolais, aux deux autoroutes qui la desservent et aux 25 allers-retours quotidiens qui la mettent à moins d’une demi-heure de Lyon en TER.

     Les nouveaux habitants, dans leur grande majorité, ne sont pas venus là parce qu’il y avait une gare.
     Certains d’entre eux l’ont intégrée dans leurs habitudes de déplacement. Certains ont même revendu leur deuxième voiture.
     Un type d’habitants, dit par l’étude "traditionnel", ne fait aucun cas de la proximité de la gare :
    « le champ des possibles en matière de mobilité reste circonscrit à l’automobile, dont ils vantent volontiers le confort, la flexibilité et la rapidité »
    « La maison avec jardin apparaît comme l’unique horizon résidentiel des ménages traditionnels. »
    Ceux-là ne resteront pas. Ce quartier "ferroviaire" d’Anse a la moitié de ses logements dans du collectif sans jardin, un tiers dans des maisons en bande ou jumelées, avec jardin, et le reste (un petit 16%) en individuel avec jardin.


Un gran de sau ?

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