Il y avait un coup Au bord de l’Ozou

- jean-paul ducos

Ci-joint un lien vers un livre numérique (la version papier arrive). Ces histoires se passent à proximité de l’Auzoue. Je ne parle pas gascon mais je suis arrivé à glisser : baricouilles, revezans, arroumecs, drôle (pour une enfant), pauvre (pour un défunt), estabousi, pec, courtil, traouco sego.
Aussi, cette façon de commencer un récit par « il y avait un coup.. ».

Deux histoires sont parties d’expressions orales : « Les corbeaux volent à l’envers pour ne pas voir la misère » et « L’homme qui a vu l’ours » (pour se moquer d’un homme qui se croit important). Si quelqu’un connaît une origine écrite des ces deux expressions, je suis preneur et la mentionnerai en note en bas de page pour la prochaine version.

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Grans de sau

  • N’est-ce pas une mauvaise traduction du gascon : "Qu’i avè un cop" : Il était une fois...(première phrase d’un conte, d’un récit) ?

  • Bonjour, je connais des gens qui disent "un coup, il m’est arrivé ceci.." un coup cela"... Moi le premier. Peut être vous aussi dans votre entourage ? Cela dit, c’est vrai c’est utilisé aussi dans les contes à la place de "Il était une fois...". L’idée est ici d’écrire dans un français gasconisé. "Écoute, il y avait un coup des maisons de torchis mal bâties, au milieu de marécages traversaient, tout droit, des chemins de terre noire..." "Écoute, il y avait un coup un pays si pauvre que les corbeaux y volaient à l’envers pour ne pas voir la misère. Et dans ce pays se trouvaient les terres de Joan de Peyrohorto, les plus misérables d’entre toutes, les plus arides et les plus recouvertes de plantes inutiles et revêches..." Amicalement. Jean-Paul

  • Bonjour Francis,
    Pas de problème. En espérant que le reste passera mieux (je voudrais mettre ici un imicone souriant mais je ne sais pas comment faire ici)
    Amicalement
    Jean-Paul

    PS : En changeant, par exemple : ’Il y a avait un coup..’ par ’Écoute, moi, je connais etc....’ ?
    PSS :
    Écoute, moi, je connais un pays si pauvre que les corbeaux y volent à l’envers pour ne pas voir la misère. Et dans ce pays se trouvent les terres de Joan de Peyrohorto, les plus misérables d’entre toutes, les plus arides et les plus recouvertes de plantes inutiles et revêches. Raison pour laquelle Joan est surnommé le Marquis des Arroumecs, autrement dit avec les mots d’une autre langue, le Marquis des Ronces.
    C’est du moins ce qui se raconte chez le peuple des corbeaux, peuple obstiné, avide toujours de grasses et dociles campagnes qui donnent leurs quintaux sans rechigner. Or, comme jamais chose établie ne dure, comme il existera de tout temps des étourdis, des scrupuleux jamais-sûr-de-rien ou encore d’ambitieux et féroces explorateurs, il arrive qu’un corbeau se retourne sur le coup d’un midi.
    Et ce qu’il aperçoit, c’est Joan de Peyrohorto assis dans un pré, en vérité le plus vert des pâturages qui se puisse imaginer. A ses côtés, sa compagne étendue de tout son long, en vérité la plus belle et bien en chair des femmes qui se puisse idem, de ses pieds nus à sa chevelure déployée dans l’herbe fraîche....

  • Bonjour à tous,
    Au bout de ce lien, la version papier d’un recueil d’histoires, en plus de la numérique, inspirées entre autres par une chaîne de montagnes – ces montagnes qui sont loin de moi - dont on ne sait pas encore si la vue est directe ou le fruit d’un mirage de type supérieur (voir les liens : « Vue sur les Pyrénées : des preuves ? » et « Pyrénées ») Vue sur les Pyrénées. Des preuves ?
    Ne soum pas d’aci.
    Amitiés
    Jean-Paul

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  •  Le Pêcheur et la Vache Ambiguë. Une vache belliqueuse, bien que de la race laitière, effarouche les pêcheurs. Jusqu’à ce que pénètre dans son pré un écarteur d’envergure internationale mais qui veut pêcher tranquille.

     Le Troubadour et le Vairon. L’enfant trouve un morceau de nacre dans lit de la rivière. C’est la clé pour tendre la corde d’un luth. Le lutin sait à qui a appartenu cet instrument, et pourquoi ce musicien, le troubadour Marcabrun, l’a jeté de dépit par-dessus un pont. Emporté par la jalousie et sa langue qu’il ne sut conduire, il a commis un grave impair qui l’a banni à jamais de la seigneurie de sa bienfaitrice, la Dame de Montaut.

     Le Marquis des Ronces et le Corbeau. Les terres de Joan de Peyrohorto sont de réputation si médiocres que les corbeaux y volent à l’envers pour ne pas voir la misère. Or, comme jamais chose établie ne dure, il arrive qu’un corbeau se retourne. Et ce qu’il y voit, c’est une manière de paradis. Joan et sa compagne Marion se démènent pour rendre inoffensif cet inopportun volatile.

     Le Voyageur et les Papillon Bleus. C’est un voyage extraordinaire qu’accomplit le premier garçon à qui une fille demanda d’aller lui chercher une plante merveilleuse, celle qui chante nuits et jours, celle qui brille le soir, l’herbe dorée sur les pentes bleues. Profitant de la chance du débutant, il adopte des moyens de locomotion de plus en plus efficaces : il ira de plus en plus en vite, de plus en plus loin. Les papillons sont là pour faire joli.

     Le Paléontologue et les Chiens. Pourquoi les fouilles se sont-elles arrêtées à Béon alors que la découverte de ce site paléontologique a été annoncée comme un événement de portée mondiale ? Nul ne le saura, surtout pas le responsable du chantier, le professeur Duraton. Peut-être l’épagneul Bouboule et le beagle Kiki qui dorment chacun d’un côté de l’âtre ?

     Le Cavalier et le Coq Rouge. Le cavalier devient à son tour le Voleur de Miroirs qu’il a voulu vaincre, leurs reflets s’étant inversés dans le dernier miroir volé. Tout n’est pas drôle.
    Robinson et les Loups. Le biographe de Robinson Crusoé a raconté comment celui-ci échappa de peu à l’attaque de loups affamés dans la vallée d’Aure. Malheureusement, il a eu le grand tort de ne pas avoir conté les mésaventures que l’illustre personnage connu par la suite le long de la route de la Ténarèze, car celles-ci ne furent ni rares ni inintéressantes. Maintenant, laquelle d’entre elles lui causa la plus grande frayeur de sa vie ? Les loups, vraiment ?

     L’Homme-qui-a-vu-l’Ours et l’Ours. Suite à une caresse malencontreusement donnée à un faon - portant sur lui l’odeur de l’homme, sa mère ne peut s’en approcher -, le lutin est chargé d’une mission périlleuse : ramener la pommade qui efface l’odeur de l’homme, celle que se met l’Homme-qui a-vu-l’Ours quand il veut voir l’Ours. Mission réussie mais qui aura une fâcheuse conséquence pour l’Ours.
    Enfance, livres ou montagnes, rien ne dure.
    Ni les mirages inassouvis.
    À la fin, il pleut.

  • Écoute, moi, je connais un pays si pauvre que les corbeaux y volent à l’envers pour ne pas voir la misère. Et dans ce pays se trouvent les terres de Joan de Peyrohorto, les plus misérables d’entre toutes, les plus arides et les plus recouvertes de plantes inutiles et revêches. Raison pour laquelle Joan est surnommé le Marquis des Arroumecs, autrement dit avec les mots d’une autre langue, le Marquis des Ronces.
    C’est du moins ce qui se raconte chez le peuple des corbeaux, peuple obstiné, avide toujours de grasses et dociles campagnes qui donnent leurs quintaux sans rechigner. Or, comme jamais chose établie ne dure, comme il existera de tout temps des étourdis, des scrupuleux jamais-sûr-de-rien ou encore d’ambitieux et féroces explorateurs, il arrive qu’un corbeau se retourne sur le coup d’un midi.
    Et ce qu’il aperçoit, c’est Joan de Peyrohorto assis dans un pré, en vérité le plus vert des pâturages qui se puisse imaginer. À ses côtés, sa compagne étendue de tout son long, en vérité la plus belle et bien en chair des femmes qui se puisse idem, de ses pieds nus à sa chevelure déployée dans l’herbe fraîche.
    Prêt du couple, s’étalant à la diable autour de deux paniers en osier renversés, les reliefs - on l’aura deviné - du plus royal des festins. Ils n’y ont pourtant qu’à peine touché : des fougasses enduites de graissillons, des armottes fourrées aux fritons, des merveilles dorées à point, des millassons autant pour le moins, des cerises coeur-au-poing grosses comme des grêlons et toutes sortes de fruits de saison ou non : entes doubles et jaunes, marigoules, belliquettes, trompe-pastres, perdigons, redondelles, ramponenques, salviottes, sans compter quelques douzaines de mesples étonnamment précoces.
    Joan et Marion viennent de régler leur accordailles, d’en discuter les moindres détails, date, curé, invités, musiciens et cuisinières. Marion s’était ensuite allongée sur son flanc droit avant de s’endormir. Joan admire son sein gauche qui est resté à découvert. Non pas qu’il ne veuille point voir ce sein, non plus qu’il craigne qu’elle attrape froid, seulement comme un geste de tendresse et de reconnaissance, il rabat la chemisette de lin sur celui-ci.
    Il essaye de s’endormir à son tour mais ne peut y parvenir. A-t-il trop mangé ? Quel est ce bruit sourd qui se répète ?
    Du haut d’une branche, un oiseau noir comme la suie le guette :
    —  Croà, Croà, Croà
    —  Par les mille et un dieux ! Que me chantez-vous sire l’oiseau ? Ayez la gentillesse de parler moins vite, que je n’entends rien à votre accent.
    —  Croà, je dis, Monsieur de Peyrohorto, que l’on ne s’embête pas dans ce pays… Croà, que je m’en vais rédiger rapport pour mes frères, les malheureux, eux qui croient qu’ici ne règnent que famines, froidures et maladies.
    Joan se souvient de ces oiseaux dont les pèlerins épuisés rapportent l’abondance dans les riches plaines qu’ils ont traversées, ces oiseaux dont les plus blasés d’entre eux s’étonnent de ne pas en voir la plume d’un seul par ici. Des oiseaux noirs qui parlent ! Des corbeaux ! Les vieux ne manquent pas d’en rajouter dans leurs contes lugubres quand il s’agit de faire peur aux enfants pour qu’ils s’en aillent au lit. Oui, celui-là doit en être un de cette espèce.
    Il pressent qu’il ne faut à aucun prix que ce volatile se renvole avant que quelques mises au point ne soient faites.

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  • Le Marquis des Ronces et le Corbeau ( 2)
    Résumé : C’est le paradis mais le malheur nous guette du haut de son bec...

    —  Attendez, mon beau sire l’oiseau. Attendez ! Je crains qu’il n’y ait méprise. Êtes-vous seulement sûr d’être présentement sur les terres de Joan de Peyrohorto, fils de Guilhem du même nom et d’Isadora née Lacastang ?
    —  Croà, si fait… ! Croà, les vénérables et très exactes cartes de nos guides ne nous trompent jamais, non plus que leurs recommandations sacrées ! Nous les connaissons par cœur, dans ce cas :’ Si vous voulez des journées entières par-dessus un pays de sable en vous dirigeant vers le soleil qui naît, si ce faisant des montagnes s’étirent dans le lointain de votre aile droite d’un bout à l’autre de l’horizon - et plus vous vous élevez et plus elles vous paraissent hautes et proches, jusqu’à les toucher de votre aile -, alors vous arriverez bientôt dans un pays de collines, encore plus misérable que le précédent où pourtant n’y pousse que du sable ’. Croà, dépourvu de tout attrait, c’est écrit noir sur blanc dans l’un de ces guides : à éviter à tout prix !Je continue : ’Une particularité géographique de ce pays est que les collines y sont disposées en éventail, en partant du piémont de la montagne, et tout comme les doigts écartés d’une patte ouverte ’. Croà, je suis venu, j’ai vu : c’est tout à fait le cas par chez vous. Et je finis : ’ Entre la deuxième et la troisième colline, au bas de la première phalange, là sont les terres de Joan de Peyrohorto ’.
    —  Félicitations pour vos cartographes qui ne sont pas des niais non plus que vos géographes. Quant à vos météorologues, non moins avisés et compétents, ils ont dû vous enseigner qu’un orage suffit l’été, ici, pour que la terre devienne un marécage poisseux. Une heure après, le soleil a tout bu d’un trait et le sol se lézarde de crevasses. L’hiver nos chemins deviennent impraticables, nos sabots s’enfoncent dans la boue et nous y restons collés. Nos voisins, ceux du pays du sable, se moquent de nous en nous appelant pour cela les "jambes-liées". Gelées, grêle, sécheresse et périglères : hélas, nous connaissons toutes les plaies d’Égypte par le canton !
    —  Croà, si fait ! Pourtant cela n’empêche pas richesse et bonne chère à ce qui peut s’observer dans les parages. Sur ce, je vous quitte. À très bientôt, Monsieur le Bienheureux !
    —  Attendez mon bon sire, vous n’allez-vous envoler comme cela, le ventre vide, avec tout ce vaste ciel qu’il vous reste à parcourir. Ayez donc l’obligeance de descendre de cette branche et de venir partager avec moi quelques-unes de ces modestes nourritures.
    L’oiseau s’approche avec méfiance, sur la pointe des pattes, soudain s’exclame :
    (A suivre)

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  • Résumé : Nous sommes sur la défensive : le malheur s’approche sur la pointe des pattes....

    —  Croà, mes yeux ne peuvent y croire… Croà, Croà, là, devant moi, une pomme de la variété XYZ999… Une de celles qui sont répertoriées à la dernière page du Catalogue des Grandes et Bonnes Mangeailles ! Une référence que nous pensions disparue à jamais de la surface de la terre !
    —  De forts médiocres pommes, si vous voulez mon avis. Nous, nous les donnons à nos cochons. Et avec les cochons nous cuisinons de pâles jambons comme celui-là
    —  Croà, goûtons voir ce jambon.
    —  Nous avons aussi du blé de Turquie, mais nous ne savons pas pourquoi, il ne vaut rien. Même nos canards n’en veulent pas : on doit les y forcer pour qu’ils s’en gavent. Avec eux, les pauvres, nous préparons des pâtés maigrelets comme celui-là.
    —  Croà, goûtons voir ce pâté…
    Et tout le reste à l’avenant : l’homme a beau s’efforcer de dénigrer le mets qu’il lui présente, toujours l’oiseau s’extasie en proportion.
    Pour le vin, cela ne rate pas :
    —  Croà, nectar de nectar… ! Croà, croà, mes pauvres frères… Nous qui cherchions le paradis aux quatre coins de la terre, nous le survolions ici sans le savoir, cela à cause de stupides guides poussiéreux !
    —  L’ami, vous êtes de bon goût. Vous savez apprécier en connaisseur les plats simples et robustes. Je devine que vous n’êtes pas le premier des corbeaux venu.
    —  Croà, ni le premier, ni le dernier… Croà, croà, seulement un honnête corvidé qui exerce son métier de corbeau avec conscience, rigueur et efficacité.
    —  Et un tel corbeau saurait-il me dire combien de brins d’herbe il y a dans ce pré ?
    Tout occupé qu’il est de se remplir le ventre, l’autre lève à peine le bec :
    —  Croà, 99.999.999.
    —  Et maintenant ? dit Joan après avoir arraché une touffe d’herbes.
    —  Croà, 99.999.900.
    Joan compte les brins d’herbe dans sa main : il y en a quatre-vingt-dix-neuf. Pas une de moins, pas une de plus
    —  Il n’empêche, reprend Joan en balançant les brins et cachant son dépit, m’est avis que vous êtes un corbeau de haute lignée. Reprenez donc de ce mauvais vin indigne de votre palais.

    Mais l’oiseau ne l’écoute plus, qui demeure le bec grand ouvert : la tête de profil, il semble fixer un point par-delà l’épaule de l’homme. Se penchant discrètement en avant, celui-ci en profite pour observer cet œil de plus près. Qui, quoi, quelles vilenies peuvent se cacher derrière cette bille d’agate, opaque et luisante ?
    —  Croà, Maître Joan... Croà, Croà, quelle femelle que la vôtre !
    —  Compagnon, ici je vous arrête, dit Joan en se redressant vivement - il n’a eu le temps d’entrevoir que le reflet de son propre visage -. Ne vous y trompez pas : elle est maigre comme un clou et une rien-qui-vaille à la besogne. Encore un peu de cette infâme piquette ?

    Une fois la bouteille vidée, le corbeau roule sur le dos, repu, les pattes dressées vers le ciel.
    Joan se creuse la tête pour savoir comment s’y prendre pour se débarrasser de cet inconvenant volatile quand il entend sa fiancée qui se réveille derrière lui. Elle s’étire de tous son long, le sourire aux lèvres, la chevelure en bataille qu’elle rassemble en un clin d’œil derrière sa nuque tendue. Qu’elle est belle !
    Il se lève, s’efforçant de contenir au mieux sa propre ivresse.
    (à suivre)

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  • D’où vient ce dernier texte,cher Ducos ? Est-il de vous ? Il a un côté inquiétant comme un conte d’Edgar Poe (et est fort bien écrit,je trouve).
    Mais heureusement que nos cròcs gascons ne sont pas comme ça ,vivòste !Je les préfère moins savants voire plus ignorants(sans être bêtes , tout animaux qu’ils sont) et disons, plus normaux ...

  • Bonjour GSC
    Merci beaucoup CGS, ça fait vraiment bien du plaisir (surtout que vous êtes le premier(e) à m’envoyer un retour !). Oui, je l’ai écrit comme toutes les histoires du recueil de La Vie Cachée (de la Vie d’un Lutin de Rivière). Je l’ai publié en ligne sur Librinova il y a 2 mois et le nombre d’exemplaires vendus atteint déjà le score remarquable de... zéro. Mais il ne faut pas se décourager. Ici, il s’agit d’un faux conte traditionnel pour rendre hommage aux principaux auteurs qui ont recueillis les contes oraux dans notre région et surtout à tous ces conteurs anonymes et oubliés ( qui de façon générale étaient plus enjoués que E. Poe : ici , tout se terminera bien).
    0. Avant-Propos
    1. Querelle au prologue
    2. Le Pêcheur et la Vache Ambiguë
    3. Le Troubadour et le Vairon
    4. Le Marquis des Ronces et le Corbeau
    5. Le Voyageur et les Papillon Bleus
    6. Le Paléontologue et les Chiens
    7. Le Cavalier et le Coq Rouge
    8. Robinson et les Loups
    9. L’Homme-qui-a-vu-l’Ours et l’Ours
    10. Épilogue au balcon
    Annexes :
    Le Forgeron et le Chat Jaune (à achever)
    Générique (à terminer)
    Notes sur un mirage inassouvi (à compléter)

    https://www.babelio.com/monprofil.p...

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  • Résumé : Nous faisons de notre mieux pour mater le malheur (il a déjà fini nos provisions et bu tout notre vin) mais nous n’y arrivons pas. Nos compagnes se réveillent. Il serait temps !

    Mieux vaut expliquer la situation telle qu’elles se présente et ne pas risquer de donner l’impression de finauder. Surtout, qu’elle ne le croie pas dépourvu de galanterie et pingre à ce point, pour qu’il puisse s’adonner à la goinfrerie et à la boisson en solitaire à l’occasion d’un jour d’importance comme celui-ci !
    —  Alors voilà, mienne : ce triste sire que tu vois là est un corbeau, un de ces oiseaux de mauvais augure dont parlent nos anciens dans leurs légendes.
    —  Mien, je ne vois là qu’un tas de plume décharné, surmonté d’un gros bec marronnasse et ridicule.
    —  Ne te fie pas aux apparences. Ce citoyen sait compter vite et bien. Lorsqu’il aura fini son somme, il ira quérir ses frères qui sont des milliers et des milliers par là-haut, je le crains.
    —  Faisons-le prisonnier.
    —  Il ouvrira le bec et les autres l’entendront.
    —  Clouons le lui et n’en parlons plus.
    —  Mais comment se débarrasser du corps ? Les autres le retrouveront bien un jour.
    —  Brûlons-le !
    —  Cela dégagera âcres fumées et les autres sentiront.
    —  Mangeons-le !
    —  Mienne, j’ai pensé à cela aussi. Hélas, il doit être de mauvaise viande. Noire et rance, elle nous travaillera le ventre et nous rendra le teint grisâtre. Sur notre front sera bientôt écrit : « Mangeur de corbeaux ». Le temps qu’il se réveille, nous devons réfléchir pour trouver solution.
    —  Mien adoré, en es-tu encore à écouter ceux qui nous rabâchent, la craie sur le tableau, qu’il nous faut réfléchir pour trouver quoique ce soit ? Qu’ai-je à faire d’un homme en culottes courtes. Mon avis est qu’il vaut mieux attaquer le problème de front en lui volant dans les plumes. Repose-toi maintenant que tu as bien travaillé et laisse-moi achever ton œuvre. Cependant, il faut pour cela, mon mien adoré, que tu t’éloignes un peu, que tu tournes le dos et que tu te bouches les oreilles. Et aussi que tu attendes une journée entière : seulement quand le soleil sera revenu au niveau de la même branche de ce même vergne, seulement alors tu pourras te retourner.

    Adossé à une meule de foin, Joan a tout loisir de méditer sur les femmes et leurs mystères, en cela ni le premier, ni le dernier. Un jour et une nuit ne lui suffirent certes pas. Pourtant, lorsqu’il se retourne, il n’aperçoit plus de corbeau mais seulement Marion endormie. Il vient s’allonger à ses côtés puis, après avoir rabattu la chemisette de lin sur le sein, il s’endort à son tour, cette fois-ci l’esprit libre et serein.
    Et jamais plus on ne revit de corbeaux dans le pays - sans que l’on sache comment s’y prit sa compagne - !
    N’y en a plus : le conte,
    Du Marquis des Ronces,
    Tout à tric et trac,
    Asi se acabat.

    Heureusement...
    Heureusement, nous qui écoutons les conteurs, nous pouvons tout savoir de leurs fables, de leur envers et de leur endroit, de ce qui y est dit et de ce qui ne l’y est pas - dans notre cas, de ce à quoi s’occupa la promise du Marquis des Ronces pendant ces deux tours d’horloge - : il suffit de leur demander et d’être patient. C’est qu’ils y prennent leur temps, les conteurs :...
    (à suivre)

  • A propos de corbeaux, cette poésie d’André Pic, en lien sur la page de l’Association BELLE-GARDE de Gondrin, consacrée aux "illustres-gondrinois" :
    L’amne gascoune selon André Pic

    Los corbàs hens la nèu

    Capvath deu paisatge, cortia
    de seuvas blavas, planas, nèu ;
    uns corbàs, bèth centenat, lhèu,
    coecan, aganits. L’un qu’espia,

    deu som d’un arbe lo parçan.
    Que guaita curós e que uelha
    encrocat, torrat : meravelha,
    brica de la hami no’s da.

    Que maseda lo hred qui pela
    e las misèrias en endoms…
    Atau, cor men, poscas aus soms
    tiéne’t, patziu, uelh sus l’estela.

    Les corbeaux dans la neige

    A travers le paysage, rideau de forêts bleues,
    plaines, neige, des corbeaux, plus de cent peut-être,
    crient de faim. L’un d’eux contemple

    du sommet d’un arbre, la contrée. Il guette,
    attentif ; il scrute, replié, glacé : merveille ! il se
    moque bien de la faim.

    Il dompte le froid mordant et les misères amoncelées…
    Ainsi, mon coeur, sur les sommets, puisses tu
    te tenir, paisible, l’oeil sur l’étoile.

  • Le corbeau solitaire et l’âme gasconne

    C’est un bien beau poème Tederic. Merci. Les corbeaux solitaires sont les plus forts et les plus inquiétants aussi. J’aimerai retrouver la trace du premier qui a sorti cette blague des corbeaux qui volent à l’envers pour ne pas voir la misère ( une plaisanterie mais bien poétique et inspirante : que se passe-t-il si un corbeau d’aventure se retourne alors ?). Chercher du coté de Gondrin ? Pic lui même ? Il ne semblait pas un rigolo. Un soir qu’il avait bu avec des copains ?

    Pour le coté taciturne du gascon, je suis bien d’accord. Et cette dame célèbre qui a vu pourtant beaucoup de pays le souligne aussi : à ce point là, ça la fascine. Voilà sans concession le portrait qu’elle fait de l’homme gascon. Mesdames les gasconnes vous avez de bien la chance ! Euh ?

    Et puis, ce que j’aime par-dessus tout chez les Gascons hommes, c’est qu’ils ne parlent que très peu, sont aussi discrets qu’intelligents. C’est un état d’esprit à mi-chemin entre la pudeur et la timidité, qui me fascine. C’est typique du gascon. Qui par ailleurs est une tête de cochon, très susceptible et avec un mauvais caractère.

    Euh ?Euh ?

    [https://www.ladepeche.fr/article/2012/10/01/1453361-eauze-macha-meril-dans-son-coin-de-paradis.html]

  • Résumé : Nos compagnes chassent le malheur. Nous aimerions bien savoir comment elles s’y prennent...
    … ils se grattent le nez, mettent une bûche dans la cheminée, se désaltèrent, vont aux toilettes, attisent le feu, suivent des yeux un vol de palombes dans le ciel d’Octobre, se roulent une cigarette au bout d’une rangée de vignes ou reprennent un verre au bord d’une aire à battage.

    De la bouche d’Elia Rizon*, de Réjaumont, j’appris ainsi que ce corbeau ne valait pas mieux qu’un étourdi qui s’était égaré. Je n’étais pas plus haut que trois pommes. Elle était venue chez nous avec les voisins pour aider à dépenouiller les épis de maïs. Devant la cheminée qui rougeoyait, elle nous raconta comment Marion le convainquit qu’il était un chat :
    —  Mon petit noiraud qui s’est perdu dans les prés et que nous cherchions partout !
    —  Miaou ... Mais voilà que je ne sais plus ce que je dis, moi ! Croà, Croà, Cr...
    —  Oh ! Mon petit noiraud que nous allons ramener à la maison et qui aura tantôt bon lait et caresses à profusion.
    —  Miaou, Miaou, Miaou !
    Le fait est que, par la suite, on ne vit jamais chat autant ronronner de bonheur au coin du feu, cela à longueur de journée et en toutes saisons. Tout le monde vécu heureux mis à part les chats et les chattes du quartier. En effet, celui-là ne prétendit pas seulement à leur état-civil, mais aussi à leur vie intime, à leur chattitude en somme.

    Du vieux Raymond Mir de Saint-Loup, j’entendis la version dite du scrupuleux jamais-sûr-de-rien. Chaque année, il débarquait de ses montagnes dans sa Renault 4CV rouge bordeaux pour vendanger. Immanquablement, prenant trop court quand il arrivait, il renversait la huche à pain au bout de notre allée. J’étais jeune homme et ne pensais qu’à la grande affaire de tous les jeunes hommes. Nous étanchions notre soif au bout d’un sillon quand nous apprîmes de lui que le corbeau était un envoyé du ministre des finances du Roi des corbeaux :
    Marion le pria de fermer les yeux et de sucer lentement deux grains de chasselas. Elle lui promit qu’elle aura chaque année, à la même date, deux grains de chasselas pour lui. Surtout, qu’il n’aille rien en dire à ses frères car elle n’en a pas beaucoup, des grains de chasselas, seulement pour lui.
    —  Monsieur le très dévoué et très scrupuleux jamais-sûr-de-rien collecteur des impôts, que nous rapportez-vous des terres de Joan de Peyrohorto ?
    —  Monsieur le très honorable collecteur général, les vénérables cartes de nos guides sont toujours aussi exactes. Je n’y ai pu prélever que ces deux peaux de raisins qu’une dizaine d’enfants, tous maigres à pleurer, ont dû sucer à tour de rôle faute de mieux. C’est une misère qui ne couvre même pas les frais de déplacement. Cependant, comme nous ne saurions être jamais assez vigilants, je me propose, si vous me le permettez, de continuer de garder un œil ouvert sur ce pays de ronces. Ne sait-on jamais : il pourrait y avoir un jour quelques miettes à y grappiller.
    —  Faites, faites, je sais que nous pouvons vous accorder entière confiance pour ce qui est de votre sagacité.
    —  Croà, Croà, Croà !

    Isodore Pédeluc** d’Esplaguts lui tenait pour la version dite de l’ambitieux explorateur.

    (à suivre)

    *Elia Rizon : conteuse citée par Bladé in Contes de Gasgonha
    **Pédeluc : conteur cité par Arnaudin in Contes Populaires de la Grande-lande

    Voir en ligne : https://www.librinova.com/librairie...

  • Résumé : Nos compagnes chassent le malheur. Nous aimerions bien savoir comment elles s’y prennent. Nous écoutons les conteurs.

    C’était un journalier landais qui venait dans nos terres pour les moissons. J’étais dans la force de l’âge, mûr comme les blés roux, et je me piquais de me mêler des affaires publiques. L’arbre de Mai trônait en mon honneur devant chez nous : je venais d’être élu conseiller municipal.
    C’était la fin du dépiquage : il n’y avait plus de gerbes à passer dans la batteuse et nous balayions l’aire tandis que le Pédeluc ne quittait plus la table où se tenait le carafon. Selon lui, dans cette dernière version, Marion déploya toute sa malice pour démontrer au corbeau tout le bénéfice qu’il avait à gagner d’avoir vu le paradis des corbeaux. Et qu’à tout prendre, une seule fois suffisait amplement. Cela, s’il prenait garde toutefois de ne pas oublier la grande affaire de sa volée : que ce soit lui le Grand Guide. Qu’il n’hésite surtout pas pas à exagérer !
    Lorsqu’il rejoignit les nuées, il décrivit le paradis des corbeaux au peuple de corbeaux - peuple obstiné, mais parfois quelque peu fatigué et assailli par le doute -. Il en parla avec de tels accents de vérité, et pour cause, qu’il remit au goût du jour la lecture du Grand Catalogue dans son entièreté, page ultime comprise. Il n’hésita pas à en rajouter :
    —  Amis, j’y ai vu des raisins si gros que, volant autour de la grappe, il faut un mois entier pour en faire le tour !
    Il n’eut aucune difficulté pour renverser le Roi et devenir à son tour le Roi des corbeaux. La foule emplumée le suivit avec un enthousiasme renouvelé vers des cieux plus éloignés et prometteurs.

    Il existe encore une autre version. J’étais un vieux bonhomme édenté, déjà aux portes de la plus implacable des sagesses, mais c’était bien la première fois – et la seule - que je l’entendis.
    Ce fut de la bouche d’un jeune séminariste du nom de Cédalon : maigre et austère, celui-là savait pourtant déclamer de magnifiques sermons en cas de nécessité.
    À la fin d’un banquet de mariage, alors qu’il était quelque peu gris, il soutint qu’aucune des trois versions de la fin du conte du Marquis des Ronces n’était crédible. Loin s’en fallait, prétendit-il, que deux tours d’horloge, même un seul n’est-ce-pas, soient nécessaires pour tromper un étourdi, corrompre un agent des finances ou convaincre par flatterie un ambitieux.
    Selon lui, l’origine de ce conte était aussi vieille que le monde. Dans sa prime version, il s’agissait d’un autre pré, d’un autre couple et d’un autre animal. Comme sur tous visages, le temps n’avait pas manqué d’accomplir son œuvre : les traits avaient changé mais à la fin, si l’on y prêtait attention, nous finissions par le reconnaître. Le fond du récit restait le même - mis à part, bien sûr, pour ce qui en touchait le dénouement -.
    Pour ceux de l’assemblée qui se posaient encore la question, il ajouta qu’il convenait de noter que le premier mets servi dans cette histoire était...

    (à suivre)

  • Résumé : Sur le point de mourir, nous apprenons qu’il nous en reste à apprendre. Il serait temps !

    … une pomme.
    Une fois cela en tête, il était facile de comprendre pourquoi la femme avait un large contentieux à régler avec l’inopportune bête. Voilà justement pourquoi une journée entière ne lui fut pas de trop pendant que son homme patientait. Elle lui fit entendre, en substance, qu’être heureux leur prenait déjà assez de temps, que du temps Joan et Marion n’en avaient plus suffisamment pour être malheureux. Assez d’hommes qui meurent dans le pus, de femmes dans le sang, d’enfants en demandant des yeux ce qu’ils leur arrivent. Plus question de payer tant de part de bonheur par tant de part de malheur. Et que Monsieur l’Animal serait bien avisé d’arrêter de ne plus perdre le sien, de temps, à lorgner les pauvres gens pendant qu’ils font la sieste. Qu’ils aillent voir ailleurs, lui et tous les siens, si Joan et Marion n’étaient point en train de l’y faire !

    —  Nous pourrions, reprit-il en même temps qu’un verre de folle blanche, nous pourrions épiloguer sans fin sur les mots dont elle usa précisément.

    Mais lui, Cédalon, avait souvent relevé ce fait remarquable : c’’était toujours la femme qui brandissait le balai lorsqu’il fallait chasser les bêtes des maisons, l’homme se contentant d’ouvrir la porte de la cuisine. L’efficacité des arguments avancés par la gent féminine ne manquait alors jamais de l’impressionner au plus haut point. Et la bête, ici, était d’un autre acabit qu’une poule fureteuse ou qu’un chien frigorifié aux pattes pleines de fange.
    Le lendemain de la noce, intrigué, je lui demandai d’où il tenait cette version inédite de la fin de l’histoire du Marquis des Ronces. Le séminariste dévorait le tourin à l’ail mais il avait déjà repris son air sévère. Les mains jointes, la mine contrite, il m’assura qu’elle lui avait été rapportée autrefois, quand il était petit, par un homme étrange, à la peau sombre et aux yeux pers. Botté de chaussures hautes et étroites qu’il ne quittait jamais, il marchait de bordes en métairies sur la grande lande, par les chemins mouillés et venteux de Novembre.
    Oui, mais moi qui en connais plutôt long sur le pays, de cet homme-là, je n’en ai aucun souvenir, ni n’en connaît autre témoignage que ce soit de première ou de seconde main. Par la suite, le fait est que le jeune Cédalon ne se grisa plus jamais en compagnie du petit peuple. Et, comme il savait bien mentir, qu’il progressa vite : il devint curé, archiprêtre, évêque ou mieux encore.

    (à suivre)

  • Résumé.Mais, pour le coup, nous en avons trop appris à présent que nous sommes sans âge ni guère d’occupations, que nous n’avons plus chair, ni souffle ni tendons. Nous n’avons que trop l’embarras du choix sur ce que fit la compagne de Joan de Peyrohorto et nous ne savons plus à quel conteur se vouer.

    D’aucuns m’ont enseigné que ce curieux phénomène d’oiseaux de mauvais augure volant sur le dos a été observé sous d’autres latitudes par de savants géographes ou de courageux explorateurs* : dans le sud de la Cyrénaïque par Diodore de Sicile, près de la grande Oasis d’Esneh par le comte Escayras de Lauture, à l’approche du désert de Gobi par Madame de Bourboulon ou encore au large du détroit de la Khersonèse par le lieutenant-capitaine Orient de Marigny. Il y a aussi le cas indubitable du jeune métis Nepomuceno qui en a vu voler de la sorte une fois qu’il s’était perdu dans la sierra de Calderones sur les hauteurs de Guanajoto.
    Au moins, les conteurs s’accordent-ils entre eux sur un point : c’est que nous ne revîmes plus de corbeaux se poser sur les terres de Joan de Peyrohorto ! Qu’ils le fassent ailleurs autour de la terre, je n’en doute pas, mais les corbeaux n’y volent jamais autant à l’envers que chez lui !
    Jamais plus !

    Fin

    *Lefébure E. Mirages visuels et auditifs. Mélusine. Avril 1900. Cité par par Arnaudin dans Un jour sur la grand’lande. https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5790529c/f20.image.r=mirages
    PS : rien à voir avec les corbeaux mais un beau texte sur les mirages

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  • Merci, Monsieur Ducos,pour vos textes.
    J’ai une question concernant l’authenticité de certaines affirmations, en particulier dans le texte final ci-dessus. Diodore de Sicile a bien existé mais les autres ? Leurs noms semblent de fantaisie mais qui sait ? Et est-il exact que Diodore ait évoqué ce thème des oiseaux volant sur le dos, par exemple ?

    Par ailleurs, vos textes m’ont ramené à une question récurrente au sujet de la littérature "régionaliste". Certains auteurs aiment conserver dans leur prose française des tours gascons (on doit pouvoir le dire aussi d’autres langues "régionales",bien sûr). Vous utilisez ce moyen stylistique quand vous écrivez "il était un coup", en reproduction sonore presque totale du gascon "que i avè un còp". Mais en l’espèce "còp" signifie "fois" même s’il traduit aussi le français "coup".
    Ce genre de procédé stylistique me parait un peu dangereux à deux titres : d’une part il risque de faire passer la forme gasconne comme un pur dérivé du français (aux yeux des non connaisseurs du thème, certes) et par ailleurs il freine la perception par les purs francophones pour qui cela ne veut pas dire grand chose. La littérature régionale tendant déjà à être reléguée en bout de rayon, ça n’aide pas.
    Mais je reconnais que vous même n’abusez pas de cela.
    Cordialement,
    GSG

  • Littérature régionaliste ?

    Bonjour Gérard, Bonjour Tederic,

    Pour ce qui concerne la tournure « Il y avait un coup... », je l’ai remplacée dans la version actuelle (voir point 7 de ce fil) par « Moi, je connais... », cela suite à la remarque de Francis plus haut (point 3 de ce fil).
    Il y aurait tant à débattre sur ce qu’est la littérature régionaliste, sur ce qu’elle doit être ou ne pas être. A mon avis, les œuvres de portée universelle incluant des tournures ou des vocables régionaux ne manquent pas : je pense par exemple à Giono ou à Faulkner. Maintenant, s’il s’agit d’éviter l’écueil du régionalisme, si cela en est un, une première précaution (que je n’ai pas prise) est de les restreindre aux dialogues, si besoin en italique et avec des notes en bas de pages pour la traduction en bon français ( par exemple, ce serait le cas pour le mot « périglère », point 8 de ce fil, que je trouve très beau et qui ne déparerait pas le français). Une autre précaution (celle-là je l’ai prise) est de ne pas citer des noms propres identifiables par des lecteurs qui ne sont pas de la région : au lycée, un professeur de français nous avait fait remarquer que Giono ne nomme jamais pour cela la Durance dans le Chant du monde. Dans la Vie Cachée, chaque fois que des montagnes apparaissent à l’horizon, une rivière qui en descend raconte une histoire à un enfant : je ne nomme jamais les Pyrénées ( quant à la rivière elle est trop petite pour quelle soit connue hors de 2 ou 3 cantons). De même, le village dont il est question à plusieurs reprises dans ce livre n’est pas nommé.
    A ce stade, tout autres conseils et retours de lecture seront vraiment les bienvenus. Je suis prêt pour cela à vous envoyer un exemplaire de La Vie Cachée en version papier (adresse ?). Ce sera l’occasion de discuter sur ce que nous entendons par littérature régionaliste et ce que nous attendons d’elle. Tederic demande : « Qui sont les Mauriac, Arnaudin, Manciet d’aujourd’hui ? » Une autre question est : que voulons nous ? Un nouveau Mauriac qui renie ou cache son identité gasconne ? Ou de nouveaux Manciet ou Arnaudin qui n’en sortent pas ?
    Amicalement
    Jean-Paul

    PS : Je cite le texte de Lefébure (que vous pouvez lire sur le lien Gallica) car je me suis permit d’en reprendre sans vergogne certains noms propres qui sont effectivement magnifiques (sauf celui du métis Nepomuceno qui lui provient d’une autre histoire), mais avant tout parce qu’il traite des mirages : La Vie Cachée repose sur cet axiome : la rivière ne raconte des histoires que si le mirage des montagnes resplendit dans le ciel.

  • Adishatz Jean-Paul, é bouno annado !
    J’aime aussi le mot périglère... perigle = tonnerre
    La réforme du site, avec cantonnement de la base Noms-lòcs sur Gasconha.com/locs, est le bon moment pour imaginer des axes de développement.
    La littérature en est un, selon moi, comme pourrait l’être l’art graphique. Dans le cadre géographique du triangle gascon, mais en toute liberté !
    J’aime bien accompagner Mauriac d’Arnaudin ; ce sont presque des contraires, issus pourtant d’un milieu social et géographique voisin (les mèstes é daunes du massif landais) ; je voudrais rajouter Delbousquet, qui était contemporain de Mauriac, et n’a pas choisi, lui, la gloire parisienne.
    Delbousquet, òmi de letras de Sòs, "gran país deu sable"

    Il semble que les jeunes lisent moins de livres maintenant, alors que les écrivains sont toujours aussi nombreux. Il y a surement des formats d’écriture nouveaux à essayer, et de nouveaux canaux. Je comprends que vous y avez pensé, Jean-Paul.
    Merci pour votre offre d’envoi de votre oeuvre sur papier. Je vais me concerter à ce sujet avec Gérard.

    PS : je me suis aperçu jeudi dernier que je vois un tròç de montagne pyrénéenne depuis mon deuxième étage de Tonneins ! Je crois que ce n’est pas un mirage !-)
    Ce doit être la bonne période, parce qu’encore ce matin, je le voyais (mais encore moins net). D’après mes recherches, ce serait l’Arbizon et le Pic du Midi de Bigorre, mais je ne suis pas encore sûr.

  • Bonjour Gérard
    Pour en revenir sur le pertinence d’utiliser ou pas des gasconnismes, comme fait exprès, l’Ecole Gaston Febus publie cela (voir lien en PS). Par exemple, je ne savais pas que « lagune » était d’origine gasconne.
    Moi, je suis d’avis de ne pas avoir peur d’en mettre, quitte à les mettre en italique.
    Je ne sais pas si vous êtes au courant de l’expression « du coup » dont certains se plaignent de son utilisation abusive, surtout par nos jeunes. Je me demande si elle ne provient pas du sud de la France ? Voire du gascon ? Je trouverais ça rigolo, pour une fois que ce n’est pas un mot anglo-saxon qui "envahit" notre français.
    Du coup, je me demande si je ne vais pas remettre l’expression « Il y avait un coup.. » au début du Marquis des Ronces.
    Amitiés
    Jean-Paul
    PS
    https://escolagastonfebus.com/culture/voeux-de-diversite-de-lexpression-francaise/

    Voir en ligne : https://www.librinova.com/librairie...

  • A la vérité, je continue à être assez réservé sur ce sujet.
    J’ai peur que ce soit le signe d’un ultime abandon, celui des dernières zones de résistance de la langue (chez les néo-locuteurs en particulier). De plus, si une telle pratique se généralisait, la différence entre les deux langues se réduirait à peu de choses voire rien. Trop de gens croient encore que le gascon est du français déformé ou à peu près !
    Par ailleurs, je note avec étonnement, s’agissant de l’Escola Gaston Febus, une erreur de genre dans deux des exemples donnés :
    la pignada au lieu du "pinhadar" (lieu planté de pins comme la plupart des terminaisons en a chères à Tederic) ; pinhadar = pignadà, plantation de pins
    la "toupie" (comme s’il s’agissait du même mot que le jeu d’enfant d’autrefois...) alors qu’il s’agit du toupin (deu topin ). Curieux...

  • De hèit, com mantrun mot d’aquestes, lo mot qu’existeish aus dus genres : topin o topia, com tistèth o tistèra. Lo femenin que designa en principi un objècte mei gran, de mei capacitat, etc. (la tistèra qu’ei mei grana que non pas lo tistèth ; la topia qu’ei mei grana que lo topin). topin, topia = pot, marmite


Un gran de sau ?

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