La "fracture territoriale" Copadura territoriau / coupadure territouriàw ? Pas tant simple qu’acò !

- Tederic Merger

Exemples souvent invoqués :

 zones blanches pour le téléphone mobile : mais ne concerne pas les villes moyennes ou petites, ni même les coeurs de bourg - et avant, il n’y avait pas du tout de téléphone mobile, e tout lou mounde qu’ère countén !-)
 déserts médicaux : là, on aurait la fracture plutôt entre la métropole et le reste, mais ce n’est pas si clair que ça : des zones métropolitaines sont en désert médical... la coupure est aussi entre classes sociales (médecins à honoraires libres...).
 le train : il y a longtemps que les petites lignes ont été supprimées (en Gascogne surtout), d’abord pour le transport voyageurs, puis pour le transport de marchandises ; et le train, infrastructure lourde, est fait pour du transport de masse de marchandises ou passagers ; remplir des trains de passagers, c’est difficile en zone d’habitat diffus et de faible densité.
 la poste (mais le courrier électronique a pris le dessus, et il y a des circuits alternatifs pour les colis : points relais)... A Tonens, la pòsta qu’es hèra activa ; a Sòs, qu’es tot lo contrari...
 l’école : lo servici que sembla assegurat fin finala... lo regropament pedagogic qu’es acceptat, mès a quina escala regropar (à quelle échelle regrouper ?)
Fermeture des écoles de Cahuzac-Tasque-Termes

« les parents veulent que les enfants aient des cours d’anglais, fassent des sorties, puissent utiliser des tablettes [...] Ce sont des choses que vous n’aurez pas dans des communes de 200 habitants. »
[Le Monde]


 la présence de l’Etat : les perceptions, les sous-préfectures ; mais par téléphone et par Internet, on accède à tout depuis la campagne profonde !
 l’emploi : la fuite des jeunes vers les métropoles ; plus qu’avant ?
 routes et autoroutes : les élus locaux n’en ont jamais assez...
 l’ambiance : mais peu de différence entre un lotissement à Artigues près Bordeaux, et un à Damazan...
 différence perçue : les grands travaux d’Euratlantique (la Méca, la Boca... à Bordeaux, en coeur de métropole) et l’énorme friche industrielle de "la Manu" à Tonneins, pour laquelle on n’a pas trouvé de solution en 20 ans...
Euratlantique

Sos - transfert de la pharmacie de la "place des embans" à la place Delbousquet
La pharmacie ne quitte pas le bourg mais se déplace vers un endroit plus visible et plus accessible en voiture.

Exemples d’unification ville-campagne (comme jamais !) :

 Internet + téléphone : on accède à tout depuis le plus petit village
 l’automobile est généralisée (mais malheur à celui qui n’en a pas) ; on va à Super U de Lavardac depuis Sos (20 km)
 le nouvel adressage : des numéros de rue jusqu’au plus profond de la campagne !
Le nouvel adressage : danger !

 les services de transports impulsés par les intercoms : transport à la demande, mais aussi des lignes de bus régulières là où il n’y en avait jamais eu ! : Tonneins, Marmande...)
 la rurbanisation :

On compte aujourd’hui autant de cadres que d’agriculteurs dans le rural profond. Or, 40 % de ces actifs vont travailler dans une aire urbaine et ont donc des standards d’urbains. Sauf que si le foncier n’est pas cher, c’est parce qu’il y a peu de services. Il faut l’accepter.


 Il y a une gradation depuis la métropole régionale jusqu’au village, en passant par des villes moyennes ou petites ; s’il y a fracture, elle n’est pas nette !

Lavetz... ne pas estar binari (com ac son quauques politicians, o com au Cafè deu Comerci o au Cafè Facebook) !

Pensaires que’nse disen :

 Terra nova : passage d’un fonctionnement en bassins de vie étanches (estancs, tedís) à une vie en archipel :

Loin de s’inscrire dans une géographie héritée et figée, les multiples portraits de Gilets jaunes ont mis en évidence la figure du ménage biactif et extrêmement mobile, se déplaçant en permanence entre lieux d’habitat (l’espace rural ou la couronne périurbaine) et de travail (le bourg, la ville moyenne, la métropole).

 Laurent Davezies : « L’Etat n’abandonne pas ses territoires »

« L’Etat est en réalité protecteur en termes d’emplois, de dépenses publiques et de redistribution depuis longtemps. S’il y a eu “abandon” de ces territoires, c’est le fait de leurs entreprises, puis de leurs populations et particulièrement des jeunes », estime-t-il.
https://www.lagazettedescommunes.com/744110/laurent-davezies-%E2%80%89letat-nabandonne-pas-ses-territoires%E2%80%89/

Castelnau-d’Auzan - Aménagement de la place centrale

Assegurar los memes servicis a la vila e a la campanha : ua quimèra ? lo còst de l’esparrisclament, de l’escampilhament ; lo benefici deu regropament, de la concentracion...

On ne peut pas assurer le même service au kilomètre carré partout.
Le juge de paix, en matière d’égalité territoriale, n’est pas que tel ou tel gouvernement serait plus ou moins pingre ou réticent à développer les services dans les territoires périphériques. Non, l’arbitrage est tranché par la densité. C’est elle qui détermine, avant tout, la mesure dans laquelle les habitants disposeront de plus ou moins de services accessibles. La plainte des territoires périphériques est impossible à satisfaire, car le faire serait beaucoup trop onéreux.
[Davezies]

Et aussi le géographe Jacques Lévy : « L’abandon des territoires périurbains est une légende »

Lavetz, ne seré pas meilèu la factura territoriau ?-)

Conclusion (cantada !) :

Il y aura toujours une différence de service entre... la campanha e la vila.
Sur l’air d’une chanson de France Gall, entendu récemment sur la Voix de l’Armagnac :
I a totjorn la campanh’ e... la vila... mès pas com avans ! (d’escotar sus Ràdio Pais, quan serà en linha, si Diu ac vòu)

Voir en ligne : Coupadure territouriàw ?

Grans de sau

  • Sur France Culture hier, dans un débat sur le "Service public", deux points de vue opposés sont en présence, sans que le ton soit celui de la dispute :
     Julie Gervais, maîtresse de conférence en science politique à Paris I Panthéon-Sorbonne, accuse l’Etat d’abandonner les territoires, en prenant l’exemple d’une maternité dont la fermeture entraîne la fermeture "en chaîne" d’autres services publics (gare puis guichet SNCF, tribunal, permanence CPAM, poste...) entrainant elle-même le départ des activités privées (commerces...).
     Emmanuelle Auriol*, économiste, professeure à la Toulouse School of Economics*, conteste que l’Etat abandonne les territoires : c’est l’activité privée qui, selon elle, a abandonné les "zones peu peuplées", se localisant près des infrastructures de transports et des bassins de population jeune, « l’Etat pas du tout » (elle donne l’exemple des "relais poste").
    Elle renvoie aussi à Laurent Davezies que j’ai cité dans l’article ci-dessus, et dit comme lui que le service public ne peut que varier selon les densités de population.

    *Elle habite "en Ariège" (« où l’Etat est bien présent »), elle a un accent d’oc qui fait plaisir à entendre !


Un gran de sau ?

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