Bonjour à tous,
Daniel Séré, dont d'aucuns penseront qu'il est mon compère, vient d'écrire
une fois de plus des choses parfaitement sensées.
Je pense comme lui, que tant qu'il n'y aura pas une instance régulatrice de
la langue acceptée par un large consensus, on continuera à avoir autant de
graphies que d'auteurs, fût-ce en "classique" prétendument "normalisée",
tant sont nombreuses les contradictions qu'elle véhicule, notamment entre
ses principes et ses règles de détail, puis entre ses règles et les
dictionnaires.
Car classiques ou modernes, les "normes" sont joyeusement ignorées de ceux
qui écrivent et même enseignent. Celles le l'Escole Gastoû Febus de 1905
n'ont jamais eu de réédition officielle, pas plus que celles de l'I.E.O. de
1950 et 1952. Ces dernières ne sont aujourd'hui accessibles que par les
rééditions que j'en ai fait moi-même.
Mais j'irai plus loin : je crains qu'il n'y ait jamais d'organe régulateur,
car bien trop peu de ceux qui prétendent défendre la langue ont suffisamment
de connaissances pour accepter d'en débattre scientifiquement, seul moyen de
mettre fin aux divergences. En toute modestie, je pense faire partie de ces
"happy fews", et je suis prêt à entrer en débat scientifique avec qui voudra
bien. Si quelqu'un se sent la vocation de réunir une telle "académie"...
Et pour l'adoption d'un gascon de référence, il en sera de même.
Pourtant, Daniel énonce une vérité qui fâche la plupart des non-Béarnais :
« valeur que j'attribue au béarnais classique en tant que bon candidat à la
qualité de gascon de référence pour des raisons tant linguistiques que
littéraires ».
Personnellement, je remplacerais "linguistiques" par "historiques" ; car
toute langue ou parler a en soi les potentialités pour devenir langue de
tous usages, des plus familiers aux plus savants. Penser au latin, langue de
cultivateurs, devenu ce qu'on sait, grâce en particulier aux écrivains du Ie
s. avant J.C., Cicéron, César, Virgile et autres.
Mais en un temps où une langue se manifeste par l'écrit, et, hélas, ne
s'apprend plus guère que par lui pour ce qui est de la nôtre, aucun parler
gascon ne peut aligner autant d'écrits que le béarnais ; que ce soient les
textes administratifs et juridiques anciens publiés ou les oeuvres
littéraires des 150 dernières années. ì ceux qui ont le petit livre dirigé
par Escarpit "Gascogne, pays, nation, région ?" (1982) je conseille de
relire la contribution de Gérard Brasquet "La littérature félibréenne du
Béarn" (pp. 111-121).
Et quand M. Merger écrit que Camélat s'est exprimé « dans une langue
gasconne plutôt béarnaise », on se demande si c'est du lard ou du cochon...
Quant à Manciet, admirable chantre du gascon noir, qui le lit ?
Alors, chacun est évidemment libre d'écrire dans le gascon qui lui plait et
sous la graphie qu'il aime mieux. Mais au moment d'imprimer et de diffuser,
il lui faudra peut-être réviser ses choix... à moins d'avoir des amis bien
placés qui mettront de l'argent public dans l'affaire, sans se soucier du
résultat de l'opération.
Enfin, au cas où je l'aurais oublié de vous le dire, je souhaite à
Gasconha-Doman, à tous ses lecteurs et à mes destinataires en copie une très
bonne année 2008.
J.L.
Graphie, langue et normes lafitte.yan [Forum Yahoo GVasconha-doman 2008-01-05 n° 8566]







