Pro domo lafitte.yan [Forum Yahoo GVasconha-doman 2006-12-21 n° 7785]

- Jean Lafitte

Bonjour à tous,

Comme notre Modérateur, je suis un peu surpris du ton l'agressif de Txatti
pour répondre à ce que j'écrivais sur l'usage de "Los" et non "Eths" dans
"Los de Nadau".
Je vais y répondre calmement.

J'ai écrit, et Txatti le rappelle, mais avec des erreurs de copier-coller ou
de messagerie : « ... je suis à peu près certain que vivant et débutant
comme groupe dans le Béarn de la plaine, il était sociolinguistiquement
exclu que Michel Maffrand et ses amis usent de "Eths" dans le nom du
groupe. ».
C'est une opinion qui peut être erronée, mais vue de Paris ou de Sirius, je
crois qu'elle tient la route. Car une entreprise quelconque soigne son
« image de marque » ; or non seulement Michel M. mais aussi Ninou Paloumet,
de Monein, avaient "eth, era" dans leur langue maternelle ; cependant "eth"
dans une marque aurait été compris en Béarn comme étroitement Aspois (ou
Barétounais, pour ceux qui connaissent le Barétous, presque toujours oublié
à côté d'Aspe et Ossau). Ce sont des constats sociologiques, en rien un
jugement de valeur sur "eth" ou "lo".
Si Michel Maffrand veut un jour nous éclairer, je ne doute pas qu'il le fera
avec intelligence et honnêteté.

D'autre part, le passage de « Los de Nadau » à « Nadau » a eu lieu me
semble-t-il lorsque Jacques Roth a quitté le groupe. Y a-t-il eu un lien ?
par exemple pour des droits d'auteurs ou d'interprètes ? Ou tout simplement
pour n'avoir plus à préciser que "Los" se prononce "Lous", comme le font
"Los Pagalhós" qui précisent « Prononcer "Louss Pagaillouss" » (Per noste -
Païs gascons n° 148, 1-2/1992) ?

Txatti émet l'hypothèse suivante : « Il n'aurait pas été entièrement "exclu"
que le chanteur du groupe ait pu entendre parler de l'Ecole des Pyrénées ou
en contact avec l'un ou l'autre de ses membres luchonnais ou saint-mamétois.
Je ne crois pas que ce fut le cas mais ce n'est pas "exclu
sociolinguistiquement". »

Je l'admets parfaitement, mais une fois encore, la vraisemblance est, pour
le moment, que le groupe s'est d'abord produit en Béarn. Bien sûr, s'il en
est autrement, ce doit être facile à prouver par les archives du Groupe :
tout une histoire à écrire et publier !

Par contre, je ne saurais admettre ces mots de Txatti : « Si vous nous
rabaissez encore de la sorte, vous ne ferez que continuer ce phénomène de
vergogne et d'ignorance imposée par l'Etat, par les acteurs occitanistes
dans leur grande majorité, par l'ensemble des gascons de la plaine et qui
n'a rien d'éclairé. Encore une fois je ne comprends pas vos motivations pour
agir et penser ainsi. »

Je demande à tous sur cette Liste de me dire en quoi mes propos rappelés en
tête ont pu de quelque façon rabaisser les Gascons qui disent "eth, era" ou
révéler de ma part ce genre de pensées.

Ma seule motivation pour perdre du temps sur ce Forum, c'est de prêcher le
réalisme, d'inviter à regarder les choses en face, et en particulier
d'éviter de toujours renvoyer sur les autres les malheurs de la langue, de
la Gascogne, etc. Car on ne soigne bien que les maux bien diagnostiqués.

Txatti me cite encore :
« Ce n'est d'ailleurs que depuis le Félibrige que cet article [eth] est
entré dans l'écrit, et timidement. »
Pour réagir : « Quand bien même le gascon n'aurait jamais été écrit du tout,
il n'en aurait pas moins de légitimité dans notre société ! »
Qui a dit ou écrit le contraire ?

Puis Txatti poursuit en doutant que ce soit « le Félibrige [qui] ait fait
"entrer" l'article "eth" dans les écrits ». Ma phrase n'était pas le
résultat d'une étude approfondie de la question depuis les origines de
l'écrit gascon au XIIe s., mais relevait de l'à-peu-près d'un écrit vite
fait.
Cependant, je n'ai trouvé aucun "et(h)" article dans les chartes de
Montsaunès, en Comminges. Tant mieux si Txatti réalise ce qu'il annonce :
« Je n'aurais sûrement pas trop de mal à trouver des traces écrites des
articles montagnols (et, eth, etj, etch ere, era, es ...) à Saint Bertrand
de Comminges antérieurs à 1895 ».

Quant à ses questions « Le Béarnais employé à la cour du [sic] vicomté de
Béarn et pour son administration n'était-il que celui de la plaine ? N'y
a-t-il aucune trace des écrits en gascon des affaires de la vallée d'Aspe ou
de la ville d'Oloron ? », je n'ai pas de réponse personnelle, mais celle de
Jean Passy, chartiste et archiviste des Basses-Pyrénées, dans l'Histoire des
Ossalois, 1904, pp. 41-42 :

« 71. Ayant fait la géographie de l'article montagnard et indiqué ses
différentes formes, la première chose à faire, semble-t-il, devrait être de
rechercher par les chartes si l'état actuel est ancien.
« Malheureusement les chartes n'apportent sur ce point aucune lumière.
Celles de Laruns ou de Bielle offrent bien uniquement l'article lo, la,
comme le patois qui s'y parle aujourd'hui ; mais celles d'Arudy, de Barétous,
d'Aspe, d'Oloron ou de Monein ne contiennent pas non plus un seul exemple de
et, era. Partout c'est, à bien peu de chose près, le même béarnais, et à
comparer les chartes de Pau ou d'Orthez avec celles d'Accous ou d'Arette, on
ne pourrait pas se douter des divergences profondes qui existent entre les
patois, et dont quelques-unes remontent jusqu'au latin. Il y a, en effet, et
il y a eu en Béarn, dès une époque reculée, un dialecte littéraire qui s'est
imposé, ‹ comme ailleurs le Français, ‹ aux notaires de toutes les
localités. Seulement, le champ de bataille étant plus petit, la victoire du
dialecte littéraire dans le Sud-Ouest a précédé les plus anciens textes qui
nous sont parvenus, tandis que le Français ne règne seul en France que
depuis la Révolution. Cette question a une importance suffisante pour que je
m’y arrête un instant.
 » 72. Actuellement, le Béarnais littéraire n’est pas, comme le Français,
l’Allemand, l’Anglais, une langue qu’on enseigne dans les écoles, la
grammaire à la main. C’est plutôt un dialecte, qui, soit en vertu d’une
tradition, soit parce qu’il est celui de la capitale, soit parce que,
réellement, il a quelque chose de particulièrement harmonieux, a pris de
lui-même la [p. 42] suprématie sur les autres, et s’impose volontiers, comme
l’ancien Provençal, aux littérateurs et aux orateurs locaux. Il n’a pas,
bien entendu, une forme absolument définie ; il subit dans son vocabulaire,
dans sa grammaire et surtout dans sa prononciation, l’influence du patois
natal de ceux qui le parlent. C’est une tendance plutôt qu’un fait concret.
Cependant le Béarnais littéraire actuel serait assez exactement représenté
par le patois des environs de Pau, Gan, Morlaas, si on remplaçait un petit
nombre de localismes de cette région par des formes plus générales. »

J’arrête là la citation de ces » horreurs » proférées par un savant étranger
à la Gascogne, et donc supposé impartial.
Mais je rappelle quelques faits :
­ Le fameux Despourrins, Aspois qui vécut aussi à St-Savin en Lavedan, n’a,
à ma connaissance, usé que de "la, lou" dans ses chansons si célèbres.
­ Marcel Amont, Aspois et fier de l’être, n’a guère usé de l’article "eth,
era" dans ses très belles chansons en béarnais, largement concurrencé par
"lo, la" ; par exemple, dans la 1ère strophe de Mamà, 5 "de la plaine" (la
nèu, au "Cochet de la Greu", L’aiga, l’arraiòu) ; et 2 "montagnards" (Es
pomèrs, Deth costat). Mais Era crape de Moussu Seguy / Era crapa de Monsur
Seguin, donnée en graphies moderne et classique, n’use que de "eth, era ; il
est vrai que la traduction aspoise est de MM. F. Bayé-Pouey et Jacques
Bouhaben.
­ en revanche, contrairement à bien des sottises que l’on dit sur le sujet,
l’administration française a entériné le toponyme Etsaut, et d’autres
probablement, du moment que les notables locaux les utilisaient.

Personnellement, dans mon premier jet du chapitre sur la langue gasconne de
l’ouvrage collectif déjà signalé » Gascogne, un pays, une identité », je
n’avais pas mentionné l’article montagnard comme caractéristique du gascon,
car même dans le passé, il n’a semble-t-il jamais été un trait général de la
langue. Néanmoins, mon ami Michel Pujol m’en ayant fait gentiment le
reproche, j’ai finalement écrit, de très bon coeur (p. 56) :
 » L’une des plus remarquées [des particularités morphologiques] est l’usage
le long des Pyrénées des articles eth(s) et era(s) issus du ³nominatif² du
démonstratif latin ÂŒille’, tandis que le reste du gascon et les autres
langues d’oc usent de lou(s), la(s) issus de l’³accusatif² de ce même
démonstratif. Les Gascons de ces régions ne sont pas peu fiers de montrer,
au-dessus de la statue de la Vierge de Lourdes, ses paroles à la jeune
Bigourdane Bernadette Soubirous : Que soy era Immaculada councepciou , Je
suis l’Immaculée conception. Â »

Enfin, pour revenir au groupe Nadau, quand il s’est produit à l’Olympia de
Paris, c’est le Conseil général des P.-A., qui avait affrété un train
spécial de quelque 800 Béarnais pour aller l’applaudir, et, que je sache,
aucun financement public de l’opération n’est venu des autres départements
dont relèvent les pays gascons qui disent "eth, era".

Ce n’est pas là une affaire de légitimité de tel ou tel parler, mais tout
simplement de la volonté de ses locuteurs d’exister et de montrer dans les
faits que » Les Montagnards sont là ! » comme ils savent si bien le chanter
en français.

Je termine en disant que j’en ai "hartère" de devoir défendre ma bonne foi
face aux attaques de gens qui me lisent en diagonale et m’attribuent
gratuitement les pires intentions malignes, comme le négatif de leurs
fantasmes. Qu’ils continuent, et les Gascons pourront jouer au Hazbollah et
au Fatah, tant qu’il en restera un pour manier le lance-roquettes.

Bon Noël quand même à ceux qui refusent ce jeu-là.

J.L.

Vos commentaires

  • Le 23 décembre 2006 à 22:23, par JPO Re : [G(V)asconha doman] Pro domo

    Adishatz,

    Selon Philippe Lartigue :

    > Enfin, pour apporter de l'eau aux moulins de Louis et de Txatti. Je
    >suis Landais et donc très au fait du mépris dont ils parlent. Sachez
    >que nous, sauvages de la Lande (et c'est pourtant la plaine,
    >Louis)avons toujours été méprisés au Nord (Girondins et Bordelais),
    >au Sud (Chalossais et Béarnais) et à l'Est (Gersois et
    >Lot-et-Garonnais).
    >Bon, je n'en fais pas une maladie, c'est (presque)
    >du passé. La seule chose qui compte aujourd'hui, c'est la conférence
    >de tous les Gascons. Nous n'y sommes plus arrivé depuis mille ans.
    >Mais qui sait ?...
    > Bonas cuentas de Nadau. Laudada sii Gasconha.
    > Philippe Lartigue.

    Et justement, si le Gascon qui se rapprocherait le plus du parler
    originel, était le Negue, de par l'enfermement et l'autarcie qui
    caractérisait les populations des Lannes ?
    Bon Nadau
    JPO

    Répondre à ce message

  • Le 25 décembre 2006 à 20:27, par vascon@free.fr Re : Re : [G(V)asconha doman] Pro domo

    Alors là, je biche. Quelle belle soirée de Noël !

    Philippe Lartigue

    Répondre à ce message


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