Gascogne et Aquitaine : LES définitions gaifier@free.fr [Forum Yahoo GVasconha-doman 2004-02-01 n° 1647]

Adishatz,

Je ne vais pas me lançer aujourd'hui dans une longue dissertation sur les
significations des noms Aquitaine, Guyenne et Gascogne. Mais tout de même
quelques remises de pendules à l'heure s'impose :

Le nom Aquitaine apparaît sous la plume de César lorqu'il relate sa conquête
en -56 av JC. Il y a de fortes chances que ce nom soit aquitain (donc basque)
et qu'il ne signifie pas du tout "pays des eaux" (d'ailleurs en latin cela
donnerait Aquatania et non Aquitania). Cette Aquitaine est comprise entre
Garonne et Pyrénées,

Vers 16 ou 13 av JC, l'empereur Auguste unie l'Aquitaine "de César" avec des
régions peuplés par des Celtes (entre Garonne et Loire). C'est la "grande
Aquitaine" romaine.

Aux alentours de la fin du IIe siècle et du début du IIIe siècle, les
empereurs fragmentent les grandes provinces pour en créer de plus petites.
C'est à ce moment qu'apparaît la Novempopulanie qui correspond exactement à
l'Aquitaine de l'époque de César. Le reste de la province d'Aquitaine créé par
Auguste est divisé en Aquitaine seconde (capitale Bordeaux) et en Aquitaine
première (capitale Bourges). Ces découpages purement administratifs vont
subsister au Moyen Age et même après dans l'organisation ecclesiastique
(archevêque de Bordeaux, de Bourges, etc...).
Les habitants de la Novempopulanie avaient demandé la séparation d'avec les
Gaulois (ou Celtes), c'est ce qui ressort du témoignage trasmis par la Pierre
d'Hasparren,
Curieusement, le nom d'Aquitaine va être dorénavant limité aux terres entre
Loire et Garonne, laissant celui de Novempopulanie à celles comprises entre
Garonne et Pyrénées,

Peu après que les Vascons prennent le contrôle peu à peu de la Novempopulanie
(fin VIe -début VIIe siècle), le nom de Novempopulanie disparaît au profit
de "Wasconia" ou "Vasconia" (vers 630) termes latins que l'on peut tout aussi
bien traduire par Gascogne ou par Pays Basque...
Très rapidement les habitants des contrées comprises entre la Garonne et les
Pyrénées seront appelés "Vascones" ou "Wascones".
Si l'on veut être puriste, il est impossible pour l'historien de traduire ce
terme latin par "Gascons" ou par "Basques", les deux populations n'étant
aucunement distingués par leur appellation dans les sources du haut Moyen Age.
Il faut attendre la Chanson de sainte Foy (Canso de sante Fe)écrite en
langue "vulgaire" au XIe siècle,pour enfin voire apparaître distinctement
la "Basconia" (Pays Basque) et la "contrée des Gascons" ou "Gasconia"
(Gascogne).

Qu'en est-il de l'utilisation du terme Aquitaine ?
Il s'applique encore aux terres comprises entre la Loire et la Garonne. Ce
terme est d'ailleurs utilisé pour désigner la principauté d'Aquitaine du VIIIe
siècle qui comprend également la "Wasconia", si bien que l'on trouve de
nombreuses sources franques qui appelle cette principauté du nom de "Wasconia".
Ce qui complique encore la compréhension.

Enfin, à partir de 781 est crée le royaume carolingien d'Aquitaine qui
comprend l'Aquitaine proprement dite de l'époque (entre Loire et Garonne)et
la "Wasconia" plus ou moins bien (les révoltes de Vascons sont très
nombreuses : les Francs ne semblent pas avoir bien dominée notre région),

Après la fin du royaume d'Aquitaine (877), nos sources distinguent constamment
l'Aquitaine (entre Loire et Garonne) de la "Wasconia" entre Garonne et
Pyrénées. De même les Aquitains sont distingués des Vascons.
Soulignons que les diocèses de Bordeaux et d'Agen sont inclus dans l'Aquitaine
et non dans la Wasconia (ils ne faisient pas partie de la Novempopulanie, donc
de sa descendante la Wasconia).
Ce n'est qu'au cours du Xe siècle que l'Agenais fut unis à la Gascogne et
qu'en 977 que le comté de Bordeaux le fut à son tour.
D'ailleurs le Bordelais est parfois encore distingué de la Gascogne dans des
écrits du XIIe siècle (voir le Guide du Pélerin dont on a déjà parlé sur ce
forum), même si ses habitants parlaient un parler gascon.

L'union du duché-comté de Gascogne (définitive en 1063) avec le duché
d'Aquitaine fondé par les comtes de Poitou va encore un peu compliquer nos
affaires. Certaines de nos sources commencent à évoquer la grande Aquitaine
romaine créé par Auguste (les références aux écrits antiques sont légion au
Moyen Age)qui allait de la Loire aux Pyrénées. Mais les ducs des Aquitains-
comte des Poitevins se font encore nommer duc ou comte des Gascons.
Toutes nos sources distinguent encore les Aquitains des Gascons.

A partir du premier mariage d'Aliénor (1137) la titulature gasconne disparaît
au seul profit de celle de duc des Aquitains ou/et de comte des Poitevins. Les
Gascons commencent à vivre dans un Etat qui s'appelle le duché d'Aquitaine.

En 1204, Jean sans Terre, le fils d'Aliénor, perd au profit du roi de France
Philippe Auguste,par son incapacité militaire la Normandie, le Maine, l'Anjou,
la Touraine et le Poitou. En 1224, son fils Henri III perd le Poitou que son
père avait plus ou moins réussit à reconquérir (sauf la ville de Poitiers). Le
roi de France Louis VIII conquiert alors Niort, St-Jean-d'Angély et La
Rochelle.

Lors des deux marasmes de 1204 et 1224, la région qui sont restés fidèles au
souverain Plantagenêt (nom de la dynastie du second mari d'Aliénor, aussi
anglais que moi tibétain)est la Gascogne occidentale (les seules régions
gasconnes qui étaient possédés directement par les ducs d'Aquitaine en tant
que successeurs des ducs-comtes de Gascogne) soit les
régions de Bordeaux, de Dax et de Bayonne. Il est curieux que ces régions très
périphèriques dans les préoccupations des Plantagenêts (à part Richard Coeur
de Lion)fut la seule qui resta en leur possession sur le continent. Ce hasard
historique explique l'union anglo-gasconne.
Mais, j'ai lu un récit qui explique que Philippe Auguste trouvait déjà que le
Poitou était une terre lointaine, alors la Gascogne, pensez-vous...

C'est au XIIIe siècle que nous ne trouvons plus mention d'un peuple aquitain.
En revanche, un peuple gascon demeure malgré ses divisions politiques. Il est
défini par sa langue et sa culture ainsi que par son passé. Ainsi, le
Comminges et le Couserans, qui n'ont jamais été unis au duché de Gascogne sont
peuplés par des Gascons et sont en Gascogne (ex : Chanson de la croisade, XIIIe
siècle).
La Gascogne occidentale est appelée simplement Gascogne dans nos sources.
L'Etat est appelé "duché d'Aquitaine".
Au cours des XIIe et XIIIe siècles apparaît le terme Guienne (Guiana
en "occitan"). Il serait issue d'une déformation du mot Aquitaine dans le
language populaire. J'ai trouvé des documents du XIIIe siècle où l'on trouve
la forme "Aguiaine" en langue d'oïl ou "Aguiana" en langue d'oc. Mais des
chansons de troubadours du XIIe siècle utilisent déjà le terme Guienne
(chansons copiés surtout au XIVe siècle).
Conclusion provisoire : les termes Aguiaine et Guiaine ont du coexister aux
cours des XIIe et XIIIe siècle jusqu'à ce que le premier sorte de l'usage.
En revanche, en latin on écrit toujours "Aquitania".

Aux XIVe et XVe siècles les Anglais emploient les termes de Gascogne,et
réintroduise le terme d'Aquitaine (utilisé en langue française)en exact
synonyme de Guyenne. Les Gascons employaient Gasconha et Guiana,
Mais les hommes de ces époques ne distinguaient pas de manière cartésienne ces
différents termes. Pour eux, tous ces termes étaient équivalent, même si l'on
ne confondait jamais les Gascons avec les Périgourdins ou les Saintongeais qui
étaient parfois unis au duché d'Aquitaine.

Les limites du duché d'Aquitaine anglo-gascon sont très fluctuantes aux cours
des XIIIe, XIVe et XVe siècles.

Suite à la victoire anglo-gasconne de Poitiers (1356), le traité de Brétigny
accorde une Aquitaine agrandie et souveraine au roi d'Angleterre Edouard III
(1360). Il créé en 1362 la principauté d'Aquitaine pour son fils le Prince
Noir. D'ailleurs dans les lettres d'érection de cette principauté il
précise "principauté d'Aquitaine et de Gascogne". Le "et" n'est pas à prendre
pour une juxtaposition de deux éléments distincts mais pour un "ou" ou un tiré.

Les notions d'Aquitaine ou Guyenne et de Gascogne était presque équivalente.
C'est d'ailleurs lors de ce traité de Brétigny que le Rouergue et le Quercy se
retrouve réintégrer dans un ensemble appelé Aquitaine (ou Guyenne), ainsi que
l'Armagnac et la Bigorre. Même après la reconquête française menée à partir de
1369, ces régions seront incluses administrativement dans la Guyenne.

Après la conquête des restes de l'Aquitaine anglo-gasconne (1451 et 1453), les
Français organisent un grand gouvernement de Guyenne comprenant toute la
Gascogne linguistique (à l'exception du Béarn), le Labourd, la Soule (deux
régions basques qui étaient unis au duché anglo-gascon), l'Agenais, le Quercy,
le Rouergue, le Périgord, la Saintonge et même l'Angoumois (situation au
milieu du XVIe siècle) soit l'Aquitaine de Brétigny moins le Poitou. Depuis la
fin de la Gascogne "Plantagenêt" (1451 et 1453) le terme "Aquitaine" n'est
plus employé, les Français n'utilisent en langue vulgaire que Guyenne.

Le nom de Gascogne est alors purement géographique et n'a pas d'existence
administrative. Mais tout le monde savait qu'une grande partie de la Guyenne
était peuplé par les Gascons.

Par la suite ce gouvernement de Guyenne va être amputée de la Saintonge et de
l'Angoumois. L'expression courante de "Guyenne et Gascogne" va être prise au
XVIIe siècle dans le sens d'une addition de deux régions distinctes : la
Guyenne d'une part et la Gascogne de l'autre. Si bien, que même si elles sont
toutes deux dans le même gouvernement militaire, on va dorénavant appeler ce
dernier "gouvernement de Guyenne et de Gascogne". Et des cartes nous montrent
la Guyenne formée du Bordelais, de l'Agenais, du Bazadais, du Périgord, du
Quercy et du Rouergue, le reste étant la Gascogne (correspondant plus ou moins
à l'Aquitaine de César et à la Novempopulanie moins le Béarn).

Parfois, le terme de Guyenne se limite même au seul Bordelais (=diocèse de
Bordeaux), probablement car cette région avait été la tête de la Guyenne anglo-
gasconne. Mais Bordeaux était toujours considérée comme étant peuplé de
Gascons. Ainsi Lenet, présent à Bordeaux sous la Fronde écrit-il en
1650 "Bordeaux, capitale des Gascons".

Quand au Béarn, il était compris dans la Gascogne pendant tout le Moyen Age,
même après la "déclaration d'indépendance" de Gaston Fébus (25 septembre
1347). Ainsi le célèbre chroniqueur Froissart écrit-il pour une expédition des
années 1380 "les Gascons du Béarn" (et ce n'est pas le seul exemple). Ce n'est
qu'à une période ultèrieure que je n'ai pas encore réussi à établir que les
Béarnais se sont pensés distincts des Gascons. Bien sûr, il s'agit d'un
processus de type politique, ils savaient très bien qu'ils parlaient à peu
près la même langue avec les Gascons. Mais comme les autres Gascons faisaient
partis du royaume de France et les Gascons du Béarn non, il y a eut une
séparation politique et mentale entre les Béarnais et les autres Gascons.
Ainsi les Béarnais vivant à la frontière avec la Chalosse appelaient-ils leurs
voisins chalossais "lous Françoïs" encore au XIXe siècle(dictionnaire gascon-
français des Landes de l'abbé Vincent Foix, édité par les Presses
Universitaires de Bordeaux en septembre 2003).


La situation en 1789 : un gouvernement ou province de Guyenne et Gascogne avec
pour capitale Bordeaux. Mais un très fort particularisme de chaque "pays"
(Landes, Bigorre, Agenais, Armagnac, Périgord, etc...) subsiste bien plus fort
que dans d'autres provinces de l'Ancien Régime telle que la Bretagne, ou le
Languedoc. C'est l'héritage de la guerre de Cent ans...
Il y a aussi le Béarn et la Basse-Navarre.

Mais au cours des XVIIe et XVIIIe siècles les gouvernements ont été divisés en
généralités (ancêtres de nos départements, mais plus grosses que ces derniers)
qui accumulaient le vrai pouvoir décisionnel local.
Donc, la province de Guyenne et Gascogne a cessé dans les faits d'exister bien
avant 1790, date de sa disparition officielle.

Les termes Guyenne et Gascogne employé le plus souvent pour désigner deux
provinces distinctes, selon la conception qui s'était imposé au XVIIe siècle,
continuèrent à être employé couramment au XIXe siècle. Mais leur absence au
point de vue administratif les a peu à peu condamnés. De nos jours Guyenne
fait "Vieille France" et plus personne ne songe à l'utiliser. La Gascogne, qui
n'existe toujours pas officiellement, s'est réduite dans les esprits au
département du Gers, parfois des Landes et si on est chanceux au Lot-et-
Garonne et aux Hautes-Pyrénées.

Quant à Aquitaine, les érudits et les intelectuels l'ont toujours un peu
employé entre le XVe siècle et le XXe siècle (l'apprentissage du latin dû
faire survivre quelque peu ce terme). Et les géographes du XIXe siècle ont
donné à la région géographique se situant de part et d'autre de la Garonne le
nom de "Bassin aquitain".

Les technocrates qui ont fait ressurgir ce nom en 1956 l'ont sûrement fait car
dans leur esprit cela était surtout un nom géographique avec certes un passé
historique (qu'ils ne devaient pas trop connaître), mais qui était sans grand
danger. De plus, comme la Gascogne et la Guyenne, telles qu'elles étaient
définies aux XVIIe-XVIIIe siècles étaient divisés entre les régions de
Bordeaux et de Toulouse, il était hors de question d'employer l'un de ces deux
termes.
Le découpage des régions administratives actuelles s'est accompli sans
concertation des élus et des populations (d'ailleurs ils ou elles l'auraient
été que ça n'aurait sûrement pas donné un très bon résultat). Le but était de
construire des régions économiques autour des grandes villes de "province".
Bordeaux a eut sa région baptisée "Aquitaine", Toulouse eut "Midi-Pyrénées".
Et personne ne pensait en 1956 qu'elles allaient devenir des collectivités
territoriales, soit des entités politiques en 1982-1986...

Maintenant que c'est fait, on ne touche plus à rien comme c'est l'habitude en
France. Les revendications pour la réunifications de la Normandie, de la
Bretagne, la création d'une région Savoie tombent dans l'oreille d'un sourd...

Quand à la Gascogne (linguistique) ses perspectives de "réunification" ne sont
guère brillantes. Les populations de cet espace ont perdu depuis longtemps une
conscience gasconne qui a bel et bien existée pendant de nombreux siècles.
De même, les projets unificateurs de plus d'un régionaliste sont flous, trop
focalisé sur les limites linguistiques de la Gascogne, et très souvent
parasité par un pan-occitanisme voire un pan-vasconnisme pour une minorité
d'entre eux.

Quant à moi, suite à ce que j'ai écrit dans ce message, j'affirme que l'on est
en droit d'utiliser les termes de Gascogne, d'Aquitaine ou même de Guyenne
comme des quasi-équivalent. Il s'agit ensuite de ne pas porter la confusion et
de s'adapter au public auquel on a affaire.
On peut très bien parler de Gascogne dans le Gers, les Landes, le Lot-et-
Garonne, voire les Hautes-Pyrénées (je ne sais pas pour le Comminges et le
Couserans)voire même Bayonne (mais ce dernier cas est source de problèmes...).
On peut tout aussi légitimenent parler d'Aquitaine en Gironde, mais aussi dans
les Landes...pourquoi pas ?
Mais il faut parler Béarn aux Béarnais, le reste ce n'est pas trop la peine.

Je ne suis pas partisan d'ostraciser le terme Aquitaine. C'est le plus ancien
nom de la Gascogne et la Gascogne l'a souvent eut comme doublet inséparable
que ce soit sous cette forme ou sous celle de Guyenne.
C'est pourquoi j'utilise l'expression que l'on trouve déjà au Moyen
Age "d'Aquitaine-Gascogne". En effet, les deux noms sont indissociables
quoique l'on en dise. Et profitons du fait que l'un des deux termes est
officiel, utilisons-le au moins dans la région administrative. Dans cette
dernière, la réintroduction du mot Gascogne associé au mot Aquitaine serait
une bonne idée que ce soit en Gironde, dans les Landes et même peut-être dans
les Pyrénées Atlantiques.

Bibe l'Aquitanie-Gascougne !

Guillem Pépin


Un gran de sau ?

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