diluns

français : lundi

Allez, tant qu’on y est, voici les jours de la semaine :
lundi : diluns
mardi : dimars
mercredi : dimecres
jeudi : dijòus, dijaus, ditjaus...
vendredi : divés
samedi : dissatte
dimanche : dimenge

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Grans de sau

  • On écrit ’dissabte’ qui se prononce en effet "dissatte" avec gémination du T.

  • Et tant qu’on y est puis-je vous donner les formes commingeoises apprises enfant :
    diluns, dimars, dimecres, dijaus, divendre, disatte e dimenge !
    Era setmana des 3 dijaus (un dia qui non arriba jamés), hèr diluns e dimars (ana-s’n atau un ors, d’un costat e der aute), partir dimenge ta tornar diluns (non éster partit loenhòt o torna-s’en solet).
    A noste, e ena Gasconha tota ce’m par, se ditz tanben "era dimenge de Pasques" (fem.)

  • Ma mère (Albret proche de l’Armagnac) dit clairement "dijaus" et pas "dijòus".

  • A nòste (Bòrn e Lanagrand) :

    Diluns, dimar(t)ç, dimècres, dijaus, divès, dissabte, dimenge [dilüncs, dimar(t)s, dimècress, dijaouss/diyaouss, dibèss, dissapte, dimoentche/dimoendye)

  • En Gironda, disen tanben : ditjaus (didyaous) ; dimèishe/dimènshe.

  • E divendres en Bordalés

  • Extrait du "Cheval d’orgueil" de Pierre Jakez Hélias (p.76 de l’édition chez Plon dont je dispose) :
    dilun, dimeurz, dimerher, diriaou, digwener, disadorn, disul
    "disul" est le seul à diverger. Rapport avec le soleil qui fait "sunday" en anglais et "sonntag" en allemand ?
    Les noms latins semblent s’être très bien imposés et conservés, au point de résister à des contextes linguistiques très différents.

  • La particularité du breton est d’employer des formes préfixées en di- quand il utilise le jour comme adverbes et des formes sans ce préfixe (sul, lun, meurzh, merc’her, yow, gwener, sadorn) quand il les utilise comme nom. Par exemple, on dira :

    ’H in dé weled ’nèi disul
    J’irai la voir dimanche

    mais :

    Labour sul, labour nul
    Travail du dimanche, travail nul

    Cela se retrouve, je crois, dans certains parlés d’oc du Massif Central.

    Le breton a conservé comme le gascon de vieux mots latins disparus dans les régions plus ouvertes aux innovations. Le chanoine Falc’hun parle de continuités atlantiques pour désigner ces points de lexiques où le breton est plus proche du gascon que du français qui lui est pourtant moins éloigné géographiquement. J’essaierai de trouver la thèse de Falc’hun et de faire une synthèse de cette question pour Gasconha.

  • Encoèra mè enlà, qu’èri estat hòrt susprés de legir aqueth libe, e mè que mè de véder le proximitat culturau deu mitan rurau breton de les annadas 20 dab nosatis. Le lectura de’queth libe que seré mè que mè de conselhar aus occitanistes qui’s pensan víver en un "peís" unic, entà denegar tot lo son folkore dogmatic.

    Qu’i védem que tot çò que pòden amassar d’etnografic en Gasconha n’es pas tant despariat qu’aquò, mes melèu quauquarré com les darrèiras tralhas d’ua cultura paisana "francesa" desbrombada...

  • Les noms brittoniques des jours de la semaine sont des emprunts précoces au latin.
    Par rapport aux noms romans communs on note deux exceptions remarquables : sadorn vient du nom de Saturnus (et pas de *sabbati), et sul est un équivalent indigène de dominus.
    Ici l’élément di- est issu du latin *die- "jour".
    Même chose en gallois et irlandais (sadwrn ; sathairn).
    Ces désignations répondaient au besoin d’utiliser une innovation, la semaine de sept jours, alors que les Celtes comptaient par quinzaines (d’où la "quinzaine"... qui compte 14 jours, expression fossile en Fr.).

    On sait que les locuteurs des langues germaniques aussi (et avant tout les ecclésiastiques chargés du comput) ont dû établir des équivalences : Freitag / Friday de Freya, Montag / Monday, etc.

    N. B. Autant les travaux de F. Falc’hun sur la phonologie sont excellents, autant il s’est fourvoyé (le mot est faible) dans la géographie historique. Le livre à utiliser est K. Jackson, Historical Phonology of Breton, 1967 mais cela n’apporte rien à l’étude des langues romanes, le gascon parmi elles.

    Les traditions rurales meurent avec le milieu qui les porte. L’agonie a commencé entre 1871 et 1914 et atteint ses dernières phases vers 1950/60.
    P. J. Helias, qui se complaisait dans son image, a beaucoup forcé le trait. On trouverait des témoignages plus authentiques.

    La vie paysanne était à peu près la même dans toute l’Europe du XIXe siècle, à l’exception de quelques aires démolies par la société industrielle (Angleterre) ou très archaïsantes (pays Baltes, Finlande). De même pour les petites villes, les métiers, voire les élites traditionnelles. Tout cela est quasiment mort.
    Mais ce n’est pas une raison pour le renier, bien au contraire, c’est la part la plus authentique de ce qu’on peut, pour quelques années encore (le temps nous est compté), appeler "identité gasconne".

  • Sul provient du latin solis (dies), forme qui a précédé celle tirées de dominus.

    Ce qu’affirme Falc’hun dans ce cas précis ne me semble pas extravagant. Il ne s’agit que d’une application du principe de conservatisme des zones périphériques. La Basse-Bretagne et la Gascogne étant toutes deux des régions éloignées du centre de la Gallo-Romanie, il est normal qu’elles partagent des archaïsmes. N’oublions pas que le breton a emprunté à toutes époques aux parlers romans.

  • Latin classique sol, solis = só en gascon "hard" sud-occidental (tout comme en castillan, portugais, catalan. Tropisme ibérique du gascon, qu’Allières qualifie avec justesse de langue pont entre gallo-roman et ibéro-roman).
    Latin populaire soliculus = sorelh en gascon un peu plus périphérique tout comme en français et en occitan.
    Donc, l’étymon sol/solis dans ces deux régions archaïsantes que sont la Gascogne et la Basse-Bretagne.

  • Sôl > ct.Bt. sul impossible phon (°söl).
    Falc’hun : ça ne tient pas, sauf pour son système phonologique.

    Il faudrait relever dans la Romania les noms "non officiels" des jours. Le portugais s’isole : terça feira, etc., tout en restant très romain. Le roumain est conforme au modèle commun.
    Les noms de la semaine ont été codifiés par des élites lettrées et "modernes". Plus intéressants seraient sans doute les noms des fêtes et des périodes, dans la faible mesure où ils n’ont pas été rabotés par les usages officiels.
    La Gascogne, très accessible, n’offrait au fond qu’une seule résistance à la romanisation, la langue indigène, l’"aquitanien", certainement bien vivant vers 400 ap. J.-C. encore (à la différence du vieux-celtique certainement moins pratiqué). Mais le latin était la langue de la justice, des villes, de la civilisation romaine. On aimerait bien connaître mieux cet aquitanien, substrat du gascon.

    Finalement les villes, de populations venues de toutes part, ont été des foyers de diffusion précoce du latin. Processus qui s’est répété, au sud des Pyrénées aussi.

  • Que sul provienne de sōl ce n’est pas moi qui l’invente. Je ne fais que suivre Albert Deshayes dans son Dictionnaire étymologique du breton. Du reste, cette évolution ne doit pas être si impossible que ça puisque sōlārĭum donne suler, le grenier (concurrencé par solier [’zoljər], emprunté à l’ancien français).

  • Oui. Et puis sol a bien abouti à sou en gascon, avec vocalisation du L étymologique. C’est pourtant une position tonique alors que dans soulé c’est prétonique et le passage de O à OU est logique.

  • Albert Deshayes a puisé dans J. Loth, Chrestomatie et Mots latins dans les langues britt. 208, et Fleuriot, DGVB, qui indique sol "emprunt latin savant" et constate "il est curieux que l’on ait sul dans [l]es NP et sol dans les gloses", sans résoudre ce point. la conservation du s- dans cette position indique une conflation avec un hagionyme indigène de même sens, bien attesté Sul et un latin dont l’évolution phonétique est très improbable (sôl > söl). (suler est un dérivé qui va dans le sens d’un sul indigène.)
    Le germanique Sonntag, Sunday, donne l’explication : dans ce cas le nom de la journée repose sur la métaphore du Dominus et du Soleil, dont l’adoption allait de soi dans l’Antiquité tardive, tant cette image était prégnante. La semaine de sept jours est une imposition récente à Rome (d’ou le nom du samedi) (la Rome classique comptait les jours suivant les ides,calendes, etc.).

    Dans les langues brittoniques l’usage lettré s’est rencontré avec un fait de phonétique et de vocabulaire courant, amenant la conservation du sens de la composition en di-. A l’inverse des langues romanes où le nom du jour est tiré de *diurnu- (Gasc. /jurn/), le (vieux)breton n’a eu aucun mal à assimiler le produit du latin *die- et son propre nom du jour, qui lui était phonétiquement identique : Britt. *diyyo-.
    Le maintient du sens de di- "jour" (vxBr. di-, de-) explique son usage dans la série : dilun / al lun, etc. di- a pris une valeur adverbiale. On ne pouvait guère faire plus, la confusion avec un préfixe di- très productif limitant l’usage.

    Les emprunts latins dans les langues brittoniques sont très nombreux et phonétiquement adaptés, au point qu’on ne les identifie pas toujours. Il y a eu aussi beaucoup d’emprunts médiévaux au normand d’oïl, langue de l’empire Plantagenêt.

    En Europe occidentale il ne reste guère de traces de l’ancien compte des jours, sauf dans le folk-lore : neuvaines, quinzaines, lunaisons. Pour le gascon, le basque pourrait être utile.

    La brièveté du sou gascon est intéressante. Le latin *sol(e) (acc.) donne régulièrement sou, ce qui est l’évolution normale du l dans cette position, comme dans la plupart des parlers d’oc. Face à l’usure phonétique du monosyllabe le gascon, comme le français, ont réagi en utilisant le diminutif (démotivé) --iculu, d’où soreilh, soleil. Mais le gascon a partiellement conservé sou, car l’abréviation des formes latines est "la solution gasconne par excellence" (Rohlfs) : roumain soare. Même problème pour apis "abeille" dans toute la Romania.
    Un coup d’oeil à l’ALG montrerait les aires de répartition.

  • Je crois qu’à l’époque de Constantin, avant l’adoption du christianisme, la divinité la plus importante que l’on trouve sur les monnaies était "sol invictus" "soleil invaincu", et c’est vers le IIIème siècle qu’on a repris la semaine de 7 jours à l’Orient.
    Il y a avait donc le jour de "sol invictus" précédant le jour de la lune (Artémis, Diane), le jour de Mars, de Mercure ou de Wottan selon l’assimilation faite entre ces deux dieux de deux panthéons différents (Wenesday), de Jupiter, de Vénus, de Saturne et de Sol invictus.
    En se convertissant ce jour a été donné au "Seigneur", le dieu du Christianisme par Constantin.
    Comme Constantin fondateur de Constantinople était autant un empereur d’Occident que d’Orient, on voit bien les emprunts faits aux diverses religions de cet immense empire : Mithra et Jupiter dans le synchrétisme de Sol invictus, Mercure et Wottan en pays germanique, etc...
    Dans les pays qui ont été en dehors du limes de l’Empire romain, même de langue indo-européenne, les noms des jours de la semaine apportés avec le christianisme ne font aucune allusion à ces dieux/ astres du IIIème siècle, par exemple en russe lundi a pour étymologie début de semaine, mardi, deuxième, mercredi milieu... seuls samedi marque la référence au shabbat et dimanche "résurrection" peuvent être référés au Christianisme et au judaïsme.
    Ceci pour dire que le breton a du garder, comme l’anglais la référence à ce Sol invictus.

  • Oui, il a fallu faire des arrangements. A Rome les théonymes païens ne gênaient pas parce qu’ils subsistaient principalement comme références astronomiques (et figures littéraires). La présence de Saturnus > sadorn en celtique insulaire, cas unique en Occident, renvoie à des conceptions plus anciennes exprimées suivant une sorte d’interpretatio romana ; quant aux thermes de Bath, Aquae Sulis, ils restèrent longtemps en fonction.
    Les noms des planètes n’ont pas été changés non plus. Les noms germaniques conservés tels quels montrent qu’on ne pouvait pas déraciner toutes les habitudes ni tout le vocabulaire.

    Existe-t-il en gascon d’autres noms, des dictons ou devinettes pour les jours de la semaine ?

  • "Les voyelles brèves ne devaient, par ailleurs, subir aucune altération sensible ; mais, dans les longues, vers le Ve-VIe siècle, ā devenait o, tandis que ō évoluait vers ü, que ū devenait intermédiaire entre ü et i, et que l’ī provenant d’un ancien ē demeurait intact."

    Que sai-je ? Langue et littérature bretonnes, p.78, Francis Gourvil

    Les évolutions : sōl > sul et sōlārĭum > suler sont bel et bien régulières.


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