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dimanche 5 février 2017, par Gaby

arriu molenduir

français : ruisseau ou canal du moulin

Pron. ’’arriw moulénduil’’.
St Germain du Puch 1399 (ariu molenduy). Noter le a-.
Ailleurs : eishac (spécialement le canal de fuite ; Bazadais en gascon moderne, mais aussi en Entre-deux-Mers bordelais au Moyen Age).





Grans de sau

  • La finale -duir est-elle une forme, pas encore évoluée au stade final, du suffixe latin -atoriu ?

    On sait que le suffixe -atoriu du latin, qui sert à former de substantifs (instruments, endroit, ...) ou des adjectifs a donné -ade(i)r en gascon, ainsi que l’a mis en évidence Rohlfs (cas d’un o fermé du latin avant palatale :

    - atoriu > -adoir > -adouir > -adoueyr (diphtongaison avant palatale)

    NB : La question de savoir quand le -r final a cessé d’être prononcé est autre.

    - L’évolution se poursuit en gascon méridional : -adouey > adoué > -adé

    - Elle est parallèle en gascon septentrional, mais avec maintien du yod : -adouey > -adéy

    Un exemple connu est lavoir : lavador [laba’dou] en languedocien (probablement via un ancien *lavadoir), lavader [lawa’dé] en gascon.

    Bref, faut-il imaginer un vieux mot type *molinadoir "qui se rattache au moulin", qui serait moulinadéy/moulindéy en gascon septentrional moderne ?

  • Bien sûr, -aduir est la forme bordelaise (Pays de Buch, sud Médoc, ouest Entre-2-Mers, Lande bordelaise) de -adeir. Ce qui est curieux, c’est qu’en bazadais, on dit riu molenda.

    En tout cas, cela ne vient pas de molin mais de mòler. Voici ce qui est écrit dans le FEW :

    ’’ Mfr. molenduy m. ’’pilon’’ (Bordeaux 1442, Hav). [...] Sav. molanda ’’ce qu’on moud en une fois’’, dauph. molenda Ch. Bearn. moulende ’’mouture ; droit de mouture’’, land. moulendo’’droit de mouture’’ Mt ; moulénde ’’bruit du vent jetant de la grêle qui hache tout’’ Recl 17, 151. [...] Agask. molendura ’’droit de mouture’’ (Bordeaux 1336) ’’

  • Je me corrige : ce n’est pas -Aduir mais plutôt :

    molenda (<lat. molere) + -uir (<lat. -orium)

  • La forme de la finale s’explique donc par l’absence de diphtongaison de o ouvert avant yod :

    - oriu > -oir > -ouir puis après le passage de [u] à [y] : - uir.

    Les cartes 2086 à 2090 de l’ALG montrent la distribution du phénomène, qui est avant tout une question de tendance.

    Maintenant, une fois la forme du suffixe expliquée, il reste à expliciter la base, et on ne peut pas partir directement du latin molere. Il faut expliquer l’apparition d’un d.

    Je suppose que le terme est issu plutôt de l’adjectif verbal molendus "devant être moulu". C’est vrai qu’en roman on voit apparaître un d dans les héritiers de molere : moudre en français, moldre en catalan. Je suppose que le latin populaire avait croisé les formes, d n’étant clairement pas organique.

    Un autre problème, c’est qu’en théorie, en gascon, -nd- intervocalique tombe : molenda devrait donner molena. Je suppose alors qu’il s’agissait là d’un terme roman médiéval, savant et technique, refait sur le latin.

  • Molendus, oui bien sûr. Mais pour moi le d de mouldre n’a rien de surprenant :
    mólere > molre > moldre. ( comme dans similare> semlar > semblar


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