Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

Raufast


 
Variante(s) graphique(s) :

Raufaste

Rofast



Grans de sau

  • Comme beaucoup de noms du Couserans, de Comminges, de Bigorre..., terminés en "ast", "est", "ost" (...), il faut envisager aussi une origine "vasco-pyrénéenne", donc non germanique, et même non indo-européenne.
    Ce sont les fameuses "sifflantes" connues par exemple par l’onomasticien basque Orpustan, ou par Bénédicte et jean-Jacques Fénié.
    Bien sûr, cela peut ne s’appliquer qu’à la deuxième partie du nom "Raufaste".
    Et la question du "e" final peut ici intervenir : les noms en lieux "ast", "est", "ost"... n’ont pas de "e" final. Mais on trouve des noms en "osse" qui sont peut-être des "oste".

    Très compliqué, mais passionnant, parce que, comme le dit Philippe Raufaste en conclusion, c’est une histoire très ancienne qui est derrière le nom Raufaste. Il faut la déchiffrer presque comme Champollion a déchiffré les hiéroglyphes, et on n’aura peut-être jamais la vérité.

  • Egalement un hameau "Raufasti" à Saint-Ybars (je pense à un pluriel en -i ariégeois).

    A mon avis, il doit s’agir d’un prénom composé d’origine germanique : Radulphus-Asterius.

    Radulphus donne bien Raulfus, puis Rauf (prononcé en gascon Rawf).

    Asterius/Astarius donne Aster (prononcé Astè) voire encore Ast. Très fréquent en onomastique local : il est à l’origine d’Astarac (domaine d’Astarius) ou du village béarnais d’Aast (selon Grosclaude un ancien *Anast autrement dit Ana-Ast, Ana étant la réduction de Aner, contraction d’Asnarius qui donne Aznar en espagnol).

    Au final, on aurait bien "Raufaster" (ou "Raufast"), prononcé Raoufasté (Raouasté avec f>h). Maintenant, il faut vérifier si Radulphus était un prénom donné localement (je ne trouve pas d’évêques du Couserans de ce nom) et chercher dans les documents médiévaux des attestations anciennes d’un tel composé.

    NB : CE peut être aussi un toponyme aquitain mais sa présence St-Ybars rend le tout moins probable, et surtout, le Couserans et le Comminges possèdent une toponyme d’origine germanique importante (cf les toponymes en -Vielle).

    Réponse de Gasconha.com :
    Bravo, Vincent, pour cette analyse !

    D’ailleurs, l’hypothèse aquitaine ou vasco-pyrénéenne poserait la question de la transformation d’un "h" originel en "f" écrit et finalement prononcé. On peut imaginer que cette transformation ait existé, mais j’en trouve peu d’exemple (Fauthoux peut-être...).
    C’est normalement le "f" latin (ou germanique ?) qui est changé en "h" par le gascon.


  • Merci de m’avoir fait l’honneur de votre rubrique.
    Pour "Aster" proposé par Vincent. P. ou AST,EST,OST,ce sont évidemment des pistes à ne pas négliger.
    Concernant les interférences F/H (Raufaste>Rauhaste>Rauaste) vous trouverez dans "Mélanges P. Bec" sous signature de Jacques Allières (Uni. du Mirail), une carte de répartition F/H sur la vallée du Salat. Elle est fort intéressante en ce qui concerne notre sujet.
    Bien cordialement.

  • Un shinhau d’aiga au molin de Raufaster :

    On a l’exemple du nom de famille Delest qu’il semble correct d’interpréter en Delester.

    Le "r" n’étant pas prononcé, la finale a été notée par un "e accent aigu", l’accent s’est perdu par contraintes typographiques, le e a été considéré comme muet, et s’est lui-même perdu...

  • Pour être complet, un "astèr", c’est un fabriquant d’"astas" en Béarn (des broches). Mais ce mot était-il usité en Couserans ?

    Au contraire, Aster comme prénom a connu un grand succès : chez Marcel-François Berganton, on note : Astraner (Aster-Aner), Dato Aster, Sancio Aster, Uciando Aster, ... Vient du grec pour "astre".

    Pour ce qui est du maintien du f dans des régions qui connaissent la mutation f>h, le fait que ce soit un prénom, de plus d’origine savante et liturgique, a pu jouer en faveur de la conservation, tout en sachant que le Couserans et le Comminges ont bien souvent gardé les f dans la langue administrative.

    Vous avez la carte sinon extraite de la thèse de Pierre Bec : c’est l’isoglosse 9 qu’il faut suivre.
    La carte

  • Bonjour Tederic et Vincent,
    Vos explications et exemples concernant les liens entre Raufaste/Rauf-Aster/Ast/Aster/Astarac, etc... sont convaincantes.
    Je m’y rallie d’autant qu’elle restent cohérentes avec beaucoup d’aspects
    historiques, certains aspects généalogiques et surtout avec la diplomatique concernée.

    A l’appui de votre proposition, j’ai donc le plaisir de dire :
    Si Radulf n’est pas trés représenté dans le Couserans, il l’est par contre fort bien sitôt franchi le port de Salau et ceci partout depuis la Ribagorça
    jusqu’à Barcelone.
    Plus particulièrement dans les actes de la Seu d’Urgell.
    Ceci, en dépit des apparences, irait plutôt dans le sens de notre histoire.

    Ce qui nous amène à "Aznar", que vous évoquez à la suite de "Aner". Nous
    pouvons préciser, sans en tirer aucune conclusion, qu’un lien généalogique
    est au moins probable entre les Aznar et les premiers Raufaste recensés.
    (Ceci pour l’anecdote seulement, mais çà va quand-même dans le sens de votre
    proposition).

    Aster : Nous en recensons treize (et ce n’est pas exhaustif) entre Aster,
    comte en Espagne (V.420) et Raimond Aster cité en 1189 dans les actes de
    Bonnefont (l’abbaye au coeur de notre problème !!!). Sur ces treize hommes,
    huit au moins se situent dans les cadres géographiques et historiques qui
    nous intéressent, sans parler des noms des comtés d’ASTé, d’ASTarac ...
    Donc également fort bien documenté dans le contexte.

    Le "F" de Raufaste s’est effectivement maintenu contre vents et marées en
    milieu gascon, le hameau de Raufaste étant situé dans la communauté de Seix,
    c’est à dire dans une ancienne enclave administrative (comme vous l’avez
    mentionné) languedocienne en Couserans.
    Elle dépendait de la jugerie de
    Rieux.
    A ce sujet je n’ai toujours pas retrouvé la carte d’une autre enclave
    située autour de Montjoie en Couserans soit à peu de chose près entre la
    colline du Rau(!)asté et le hameau de Raufast à Gajan.
    Si un généreux informateur pouvait venir à notre aide, nous lui en serions reconnaissants.

    Merci non seulement pour votre érudition mais aussi pour votre
    disponibilité.

    Il nous manquait une note catalane, la voici donc : Adéu !

  • Petite information complémentaire : au hameau de Raufaste (commune de Seix) il existe encore un mur sur lequel Raufaste est gravé sous la graphie "Rofast" (je crois sans le "e" mais je ne suis plus sûr).
    Bien cordialement


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En graphie alibertine :

Raufastèr

Raufaste, Raufast et Rofast sont ici réunis, parce que nous faisons l’hypothèse que ce ne sont que des variantes graphiques du même nom.
L’attestation de "le Raufasté (ou Raouasté, commune de Saint-Girons)" rapportée par Philippe Raufaste (lire ci-dessous), laisse penser qu’il y a bien un "e" final, normalement non accentué, et prononcé "é" en gascon.
Le fait qu’il ne soit pas présent dans certaines variantes est curieux, mais c’est un aspect mineur du mystère.

J. Tosti, sur son site des noms, écrit ceci :
Nom surtout porté dans l’Ariège (variante Raufaste). Désigne celui qui est originaire de Raufaste, hameau de la commune de Seix (09), près de Saint-Girons."

Nous restons donc sur notre faim, car que veut dire ce nom de hameau ?

Voici les informations aimablement mises sur la place publique par Philippe Raufaste qui, depuis une quinzaine d’années, cherche l’origine de ce patronyme :

"J’ai donc classé ces résultats, *bien qu’ils soient non attestés*, par ordre
de probabilité décroissant tel que je le ressens à titre tout à fait
personnel.

*a ) Origine wisigothique* :
Radulfus Fasten. Le second élément se rapportant à un verbe gothique :
"FASTAN" signifiant "tenir, garder", d’où par extension "FESTUNG" =
forteresse.
Sémantiquement, Raufaste serait donc : le lieu fortifié, le
domaine ou la fondation d’un certain Radulf
.
* Sources* :
Professeur Norbert Weinhold (Patrom D.M. 314 - Université de Trèves)
qui a eu la bonté de s’intéresser à cette question et que je remercie
vivement.
Hispano-gotisches Namenbuch. (Joseph M. Piel - Dieter Kremer).

Différentes autres recherches effectuées par mes soins auprès
de sources également qualifiées, expliquant notamment la disparition du "d" intervocalique de "Radulf".
Cette disparition a été plus précoce dans les hautes vallées (IXème s.) et plus importante. D’où "Rau, Raulfus, Raolf, Raufus", ou "Raul" ce dernier attesté en Espagne.
* Notes* :
Cette proposition a en outre le mérite de correspondre le plus
étroitement du monde aux observations topographiques et onomastiques sur le
terrain. Elle correspond également à une étude pointue de l’histoire des
Wisigoths dans nos pays du Sud.
Hypothèse confortée par la présence du
hameau de Casteras qui présente toutes les caractéristique d’une
fortification "en éperon barré", utilisée, entre autres, au IXème s.

*b ) Origine germano scandinave et autres, d’évidence moins Wisigothique* :
Rau = L’eau qui coule du roc.
Ville de Rauma (Côte Ouest de la Finlande). Anciennement le nom de Rauma
désignait un détroit. La côte y est particulièrement rocheuse et les
courants y sont forts. La ville a pris le nom du détroit.

Ville de Rome à laquelle les Étrusques avaient donné le nom de Ruma,
qui, dans leur langue, signifiait "l’eau".

Ville de Raucoule (Haute Loire) : L’eau qui coule du roc. Dans chaque
maison du vieux bourg, il y avait un puits dans la cave. En outre, on m’a
signalé le cas d’un tombeau sur lequel coulait du roc une eau qui aurait
miraculeusement conservé le corps du trépassé. Malheureusement, les
coordonnées de certains de mes aimables informateurs ont été emportées par
une tempête informatique et je ne sais plus s’il s’agit de Raucoule ou de
Rauret.

Ville de Gajan (Ariège) : Source de Raufast. Il s’agit de la résurgence
d’une petite rivière souterraine au pied d’un gros rocher. (N.B. : à la
belle saison, elle est magique !)

Ville de Seix (Ariège) : Lieu-dit "le Raurès" à environ 1800 mètres au
sud de Seix. Il s’agit d’un resserrement du Salat entre les rochers. Une
légende évoque à cet endroit la présence d’un gouffre dans les temps
anciens.

Cette proposition, convainquante lorsque l’on se trouve sur les
lieux, n’explique pas le deuxième élément "FASTE". (Ici, *il
pourrait *être, par exemple "Fastus" ce qui reste évidemment une pure
hypothèse). Elle n’est pas non plus cohérente avec la présence de Raufaste à Capvert, commune de Seix.
Correspondance avec le Finnish Research Centre for Domestic
Languages.
Conversation avec le service culturel de l’ambassade de
Finlande à Paris.
Correspondance et conversation avec la mairie de
Raucoule, que je remercie ici, ainsi que mes informateurs de Rauret.
Informations recueillies auprès de la mairie de Seix, de feu monsieur Gaston-Lagorre et de Corinne.

*c ) Origine plus précisément franque * :

J’ai dressé une carte des départements comportant des toponymes
commençant par "Rau". Elle montre de façon claire qu’ils forment une ligne
continue le long des frontières du Nord et de l’Est, entre Dunkerque et le
Bas-Rhin. Ici, l’origine franque est probable dans la majorité des cas.

Ailleurs, nous ne les rencontrons qu’isolément, c’est à dire :

Dans la Manche, présence explicable par l’influence Normande.

En Gironde, présence explicable par les influences wisigothique, franque et normande.

Dans le Cantal et en Haute-Loire (où nous retrouvons les cas de
Raucoules et de Rauret), influence vraisemblablement wisigothique mais
peut-être franque.

Enfin, en Ariège, où nous retrouvons nos trois toponymes : Raufaste (commune de Seix), le Raufasté (ou Raouasté, commune de Saint-Girons) et le hameau de Raufast (commune de Gajan).
Au moins deux influences probables :
dans l’ordre, la wisigothique, la plus probable, puis la franque
carolingienne. Celle-ci, bien que plus tardive, est également tentante. Non
seulement elle est historiquement valable, mais elle est aussi fortement
enracinée dans la traditon locale.

*d ) Conclusion (dans la mesure où l’on peut en risquer une !)*

A ce stade nous ne pouvons que faire une remarque : s’il est logique
d’avancer une proposition germano-scandinave pour notre racine RAU, nous
n’avons, par contre, rien qui permette de privilégier un choix en ce qui
concerne le second élément "FASTE". Au mieux, pouvons-nous avancer deux
suggestions, la "Fasten" wisigothique et la "fastus" latine. Mais il y en a
d’autres...

Vous remarquerez que je reste très prudent et l’opinion d’experts confirmés
me serait évidemment précieuse.

Si vous le pouvez, dites par Gasconha.com à nos cousins Raufaste de
Gascogne et de toutes terres d’Oc, de Catalogne, de Saintonge et de bien
plus loin encore, que je serais heureux d’avoir pu les intéresser un
instant, si tel est le cas, à notre commune histoire.
Une chose reste
certaine : c’est une vieille, très vieille histoire couseranaise !