Queyran Gascogne médiane Tonneinquais

Monheurt

- Tederic Merger


 

Borde à Valade / Bòrda a Valada / Bòrdo a Balado

en graphie alibertine :

Valada
Prononcer "Balade"


Une autre borde vasconne de l’arribère.
Merci au mèste.
Elle semble avoir perdu son utilisation agricole de "maison-grange" mais sa restauration doit garder grosso modo l’aspect initial (ce qui est d’ailleurs le principe d’une restauration !), ou au moins un état assez ancien.
Au fond de l’emban, on distingue des colombages. S’ils sont d’origine, attestent-ils une construction partiellement en ossature bois ?

On est au lieu-dit "Valade" qui est un nom plutôt limousin :
http://www.geopatronyme.com/cgi-bin/carte/nomcarte.cgi?nom=valade&submit=Valider&client=cdip


 

Grans de sau

  • C’est peut-être un pari sur le réchauffement climatique ?

    Pour être précis :
    Il y a longtemps que le palmier est à la mode en Gascogne, ce n’est donc plus une mode...
    La vague de froid de l’hiver 2011 en a tué certains à Tonneins (devant l’hypermarché notamment).
    Certaines espèces sont plus résistantes au froid que d’autres. A Bordeaux, ils ont l’air de bien tenir le coup, on en voit de belle stature dans des parcs ou jardins de maisons de pierre...

    L’olivier est peut-être encore plus frileux. Des gasconhautes nous diront peut-être si la vague de froid de 2011 en a terrassé certains.
    J’ai lu que la vague de froid de 1956 en avait fini avec les oliviers (et une autre espèce méditerranéenne : les amandiers ?) qui poussaient sur les pentes bien exposées au dessus de Port-Sainte-Marie...

    Maintenant, quels arbres suggérer à ceux qui voudraient "faire gascon" ?
    D’une liste conseillée par l’intercommunalité "Val de Garonne" qui tente de promouvoir des espèces non exogènes non invasives, je retiens les chênes (liège, pédonculé, pubescent, sessile, tauzin, vert), les platanes, les tilleuls, certains érables, les charmes, les pins maritimes...

    Pourquoi pas les pins francs qui symbolisent depuis longtemps en Gascogne les maisons "libres" ("capcasaus" en Chalosse) ?
    Je pense aussi au figuier, qui d’après Isidore Salles, avait aussi un rôle symbolique :

    "En Gosse, à le porte, en entran,
    Toute maysoun, grane ou petite,
    A soun higué, petit ou gran.

    A sa bertut cadun ques’hide ;
    Yen de tout renc, de tout estat,
    Auta ten le maysoun bastide,
    Auta ten lou higué plantat."

    Lou Higuè / Lo Higuèr

  • Oui, au figuier et au pin franc ! Car je trouve qu’avec la belle restauration ,car elle est belle, de cette maison il faudrait que l’accompagnement végétal ne "jure" pas. Souvent ici, on s’indigne à juste titre que d’aucuns recouvrent leurs maisons de crépi rose, faisant de nos maisons des "mazets" provençaux, et dénaturent notre habitat.
    Mais le jardin est aussi une "culture". Certes en ville, à Bordeaux depuis toujours en lien avec les îles, dans les villes du littoral (Arcachon) que je connais d’enfance, il y a depuis beau temps tamaris et palmiers, mais je pense que quand des gens mettent du soin, du goût et de l’argent pour faire une belle maison c’est dommage que le jardin soit si "banal", car de partout et de nulle part.
    Dernier point pour lequel je dis cela, ma belle famille a en Provence une très vielle maison de quatre siècles qui a la forme exacte de nos fermes landaises (plan basilical, toit à deux pentes, peinte en blanc avec contrevents rouges depuis avant 1930), si ce n’est l’orientation:elle regarde au Sud. Mais devant, il y a deux muriers séculaires et des amandiers, les oliviers sont plus loin, la maison a été dans une famille Béarnaise au moins deux cents ans, je ne sais si cela explique la forme, mais la végétation ne peut faire illusion : nous ne sommes pas en Gascogne !
    Ce serait bien de promouvoir ici le "jardin gascon", avec espèces modernes et dispositions de maintenant . Je ne sais s’il existe des mêmes préoccupations "paysagistes gasconnes" que des projets architecturaux de maisons contemporaines de Gascogne (il y en a ici dans la section "architecture") mais ce serait bien qu’existe aussi une réflexion "jardinière" qui pourrait s’engager ici.

  • Elle était si présente autrefois, en treille ou autrement...
    Desbiey la préconisait même dans les arbres, "sur les fourches des peupliers et des platanes".

    Projet de mise en valeur des Landes, par Guillaume Desbiey, en 1776

    Et puis, j’ai remarqué un détail lors de ma dernière lecture de "Ramuntcho" :
    "les feuilles de ces platanes taillés en voûte qui, suivant l’usage du pays, forment une sorte d’atrium devant chaque demeure"
    D’accord, c’était au pays basque, mais le platane ne me semble pas intrus en Gascogne, et devant une maison vasconne, il n’est pas interdit de s’inspirer de Ramuntcho !-)

  • Je déplorerai comme vous les essences qui ne sont pas autochtones, encore que le palmier possède une légitimité réelle en Gascogne, depuis plus de 100 ans.

    Pour le reste, la maison est très belle, il se dégage de ces bordes de l’arribère garonnaise un vrai exotisme, à mille lieues de la francité architecturale, tout aussi belle, mais si distincte, qui est celle du voyageur qui viendrait depuis Paris à travers les pays d’oïl puis les pays du Massif Central, grosso-modo, jusqu’au Dropt.

    Nous possédons véritablement un univers propre qu’il convient de remettre en avant.

  • Le platane (Platanus x hispanica) est exogène en Europe occidentale ! Il est issu d’un croisement entre une espèce américaine (P. occidentalis) et une espèce asiatique (P. orientalis). (Je dis cela en tant que membre de la Société linnéenne de Bx)

    Il est exogène comme le marronnier d’Inde, l’invasif robinier, les dangereux ailante et sumac, l’insupportable érable negundo...

  • S’ils sont là depuis des siècles, et ne font pas de mal, acceptons-les, non ?
    Qu’en pense la Société linnéenne, Gaby ?
    Les pêchers, par exemple, sont exogènes (venus de Perse...).
    Et, qui sait si la vigne ne l’est pas aussi, en Gascogne ?

    Je conçois que l’exogénéité est une information intéressante pour l’histoire de notre végétation.
    Ensuite, pour savoir quel arbre mettre devant sa borde vasconne, je pense que nous avons déjà débroussaillé le terrain, mais il faut creuser encore...

  • Bien sûr que les exogènes inoffensifs sont acceptables ! Ce sont le platanes (qui a d’ailleurs un sens paysager, cf. les routes nationales), le marronnier, les tilleuls, le pin franc (qui ont une symbolique importante, je crois qu’ils marquent des maisons de maître), le cognassier, le pêcher, l’abricotier, la vigne évidemment, les peupliers non indigènes (dans une certaine mesure... car même en étant non invasifs car stériles, ils ont un impact non négligeable sur les zones humides), le laurier et le laurier-tin (qui rejoignent le cortège xérothermophile naturel des coteaux calcaires), le cèdre (arbre majestueux qui peut marquer une maison de maître), le châtaignier (sociabilisé depuis longtemps, très utile pour l’homme et non nocif).

    De plus, sont légitimes malgré les apparences le houx, le néflier, l’if (quoique fortement raréfié en milieu naturel depuis le Moyen Age), le buis (sur calcaire !), les pommiers, poiriers, cerisiers et pruniers cultivés (car issus de croisements avec des espèces sauvages)...

    Mais il faut éradiquer (ou au moins cantonner à un usage horticole), à cause de leur impact sur nos milieux naturels, le robinier, le mimosa, l’érable negundo, l’ailante, les sumacs, le buddleia, le buisson ardent, les cotonéasters, le laurier-cerise, le laurier-rose.

    Quant à l’olivier, je ne suis pas un tyran des jardins, mais par contre, sur la voie publique, il n’a rien à faire ici... Mieux vaut un beau chêne-liège, par exemple, ou un pin maritime.

    Voilà, c’étaient quelques considérations linnéennes. :)

  • [tiré d’un texte de Charles de Bordeu, "La Clairière blanche", que j’ai trouvé dans un vieux recueil intitulé "Plaisir du Béarn", Nouvelle Société d’Edition, 1931 ; il s’agit d’une évocation de la vie d’autrefois, quand la fileuse et le tisserand fabriquaient encore les vêtements à partir du lin cultivé sur place]

    "dans les veillées de l’hiver comme l’été aux soirs des longs jours sous le figuier de leur seuil, ils [la fileuse et le tisserand] parlaient aux enfants, ils discouraient avec les gens d’âge et citaient la sagesse ancienne en proverbes commis à leur mémoire d’artisan."

    J’ai mis en gras "sous le figuier de leur seuil".

  • Un souvenir m’est revenu à propos de cette discussion d’arbres, de jardins, de plantes
    Ma grand-mère de Chalosse disait quelque chose à propos des maisons où la menthe venait bien, c’était des maisons heureuses je crois...
    Il me semble me rappeler, mais c’est si loin (plus de soixante ans !) qu’elle disait ce dicton en patois, pardon en gascon.
    Cela dit-il quelque chose à quelqu’un ?

  • Beaucoup de platanes en bordure des routes ont été victimes du zèle (rémunéré) de services départementaux et nationaux, depuis 1960, pour des raisons de "sécurité" routière. Je ne crois pas que cela a fait baisser les accidents de la route. Cette désertification met en valeur les jardins de devant et les pelouses des riverains, reflet du goût dominant (qui régente les "lotissements"). Comme chacun fait ce qu’il peut, le spectacle est une anarchie monotone et sans grâce.

    Les pelouses devant les maisons sont très souvent affligeants : quelques maigres massifs de fleurs pour faire villa, un arbre rachitique et solitaire comme posé sur un gazon tondu et retondu pour faire "espace vert", des haies de cyprès ou assimilé trop vite poussées qu’on taille au carré une fois par mois et qui cachent la piscine en plastique et le nain de jardin, un fouilli mal composé qui est censé mettre en valeur la propriété.

    On dirait que ce pays ne sait pas planter d’arbres (pas besoin de tempêtes pour les achever), veut du vite crû (or, on ne plante pas seulement pour soi ; les arbres, c’est sur le long terme), n’a plus le sens de la mesure et de la discrétion, se plie sans vergogne aux modes marchandes diffusées par les pépiniéristes.
    Syndrôme provincial (!) : les villes se fleurissent à outrance en pensant que cela fait bien (Hagetmau et ses pots de fleurs mondialemnt connus, qu’on met à l’abri pendant les "fêtes") et affichent leur complaisance envers l’esthétiquement correct.

    Planter, comme semer, répondait naguère à une nécessité : les grands chênes dans les champs pour donner de l’ombre aux troupeaux, la vigne pour faire son vin, les vergers pour la consommation, etc. Le prestige (essences, emplacements) répondait aussi à des codes. Disparue la nécessité, place au tape à l’oeil.

    Le paysage reflète la culture.
    Acculturation : comment déraciner... en plantant mal !

    D’où la nécessité, pour ceux qui ont les savoirs et le goût nécessaires, de recomposer le paysage gascon (très bon hiu de discussion).

  • Je continue à presser le citron de "Plaisir du Béarn"...

    Cette fois ci, c’est Tristan Derème que je cite :
    « Quatre amis, hier soir, étaient réunis autour de mon guéridon, sous ce beau troène aux grappes blanches ; et sur ce propos, laissez-moi vous dire que nos troènes, dont je vous ai souvent parlé, ne sont pas les maigres arbustes que vous rencontrez aux guinguettes de la région parisienne. Ils ont près de soixante ans et leur faîte, qui se balance, s’élève au dessus des fenêtres du deuxième étage et laisse tomber sur les ardoises de la grange, en septembre, une pluie de petites fleurs qui ont la couleur de la nacre ou de l’ivoire. »

    Le troène figure aussi dans les préconisations du guide de "Val de Garonne" en lien plus haut.

    Wikipedia :
    « Le troène peut être mortel lors de l’ingestion de feuilles (cheval, ruminants) ou de baies (chien, enfants). La mort peut survenir quelques heures après l’ingestion. Cet arbuste est une neurotoxique (convulsivante) et une entérotoxique (diarrhée) du fait qu’elle renferme un hétéroside, la ligustrine. Il renfermerait aussi des saponosides. L’ingestion de 30 baies chez l’enfant entraîne une intoxication sévère, les baies noires sont attirantes pour les enfants, elles sont confondues avec des groseilles. »

    Le "plaisir du Béarn" peut être vénéneux !

  • V. Lespy, Dictons et Proverbes du Béarn, 2e éd., Pau 1892 :

    Terre de mendras,
    Goarda-la-te quoand l’has.
    Terre de menthe, garde-la quand tu l’as.

    Terre de puguet
    Benetz-la si poudetz.
    Terre de renouée persicaire,
    Vendez-la si vous pouvez.

    Terre detz cardous,
    Nou la benies, nou la dous
    Terre à chardons,
    On ne peut la vendre ni la donner.

  • V. Lespy et P. Raymond mettent dans leur dictionnaire béarnais, 2e éd. (reprenant H. Barthety dans le Bulletin de la Société des Sciences, des Lettres et des Arts de Pau, 1874), s. v. Mendras :
    "masculin, menthe sauvage", employée dans la guérison des fièvres tierce, quarte. "On va le matin en chercher dans les champs. Il faut en trouver sept pieds dépourvus de rejetons." On s’arrête devant chacun d’eux et, se mettant à genoux, faisant le signe de la croix, on jette sur la plante cinq, sept ou neuf miettes de pain, et cinq ou neuf grains de sel ; on prononce ces paroles :

    Adiu, que-t saludi, mendras,
    qu’èy la frèbe, tu nou l’ha pas ;
    aci que-t porti paa e sau,
    ta que-m goarexques lou me mau.

    (la fièvre... afin que tu me guérisses de mon mal.)

  • Jean de Garros, Pastourade gascoue - Pastorale gasconne sur la mort du magnifique et puissant Henri, quatrième du nom, roi de France et de Navarre, Toulouse, 1611. Edition Alcée Durrieux, Auch, 1896.

    ... Tous manies son poublats d’arbes de toute sorte,
    La poume Campendut, si trobe en sason morte :
    Lappie, Diu, Roze, Anis, Blanque, Musque, enchouamés (encore plus)
    La qui ta pla l’estiu, rougeie suus poumès
    La père bon Christian, Caillau Rousat, Musquete,
    Bergamote, Grapaut, Certèu nes pas soulete :
    Latanade, Canèle, Ensucrade, Fin au,
    Cadue en sa sason, nou manque en ton oustau.
    Que diram deus Prués (pruniers) ? de la Date, Brignole,
    Damas, Perdigon, Cypre om hè la pariole (jeu ou geste enfantin ; on jette son bonnet ou un autre objet par-dessus sa tête pour signifier le mépris du fruit pour l’abondance qu’on en a)
    Quets en héit lous Rousas (pêches roses), lous Pabis, lous Brugnous,
    L’auant-Pessec (l’avant-pêche), L’auberge, é L’aubricot chucous ?
    Las notz, las aueras (noisettes) las sorbes é las méllas [(amandes),
    Dam Griots, Guindos, Guis (cerises), si aroillen las Mesplas (néfles, [qu’on remue à la pelle).
    Aquo’s un Paradis térést en aquest mon (monde),
    Gaujous (riant) on tout y creich (croît) on de plases lom hon [(l’on a tout à souhait).

  • Quel beau texte ! Merci de l’avoir fait connaître.
    Ma question : "Canèle," ce n’est tout de même pas la "cannelle" qui pousserait dans nos jardins ?
    Ceci dit, avec de la compote de pomme c’est bien bon ! ma cuisine embaumait tout à l’heure de son odeur...

  • Jean de Garros, qui a fait publier son texte "requis et semond par aucuns de mes bons Sieurs et amis", constate dans son avis au Lecteur que le français est "à la vogue" car c’est la langue des lois et du roi "que tout le monde têche à bien è éloquement parler è escrire, Dont il aduient qu’on mesprise è ne faict on point estat d’illustrer la langue maternelle : a quoy si l’on s’attendait (bien que cela soit attendu) i’oserai croire qu’elle ne cederoit a la douceur Italienne ny grauité espagnole".

    Il donne bien dans sa traduction l’équivalent français "canelle". Il indique aussi que la "pomme qui rougeoie" est sans doute la "pomme d’Enfer".

    http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k1312062/f26.image

    Merci, Jan, les Etats passent, les arbres restent.


Un gran de sau ?

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