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Libournais

Saint-Emilion

La Barbana (la Barbanne) : une rivière plus importante qu’on ne croirait

Une rapide virée dans le Saint-emilionnais m’a fait découvrir l’importance de cette modeste rivière, affluent de l’Isle (à Libourne) après un cours est-ouest de 23,5 kms commencé à Puisseguin.

Sa vallée (qu’on remarque à peine en passant en voiture) sépare l’appellation Pomerol de celle de Lalande de Pomerol, terrains argileux d’un côté, coexistence d’argileux et de graves de l’autre, deux terroirs viticoles bien identifiés.

A cet endroit et peut-être ailleurs en raison de son cours est-ouest, elle sépare aussi la zone traditionnellement gasconophone au sud (Saint-Emilion, Pomerol - transcrit Pomairòu par H.Lartigue sur la carte des pays gascons - de la zone de langue saintongeaise-poitevine au nord (Lalande, Néac, Montagne).
ORIGINE ET LIMITES DE LA LANGUE GASCONNE

Evidemment cette séparation ne doit pas être majorée : les paysages au nord et au sud sont les mêmes (de beaux vallonnements avec hauts de côteaux boisés dominant des vignes), l’activité économique identique (le saint-emilionnais est un ensemble enjambant la limite linguistique traditionnelle).
Je doute que la population, qui a dû abandonner depuis un certain temps l’usage de ses langues vernaculaires respectives, soit même bien consciente de ce rôle de limite linguistique.
Toutefois on peut se demander pourquoi autrefois une avancée d’oil (tant démographique que purement linguistique dans des proportions qu’on ne connaitra peut-être jamais en raison de la rareté des sources) a mis une borne à cet endroit si peu perceptible.
Reste que, tout comme le ruisseau de Plassac entre Bourg et Blaye (autre limite oil/gascon), cette rivière de la Barbanne mérite d’être signalée.

prepausat per Gerard Saint-Gaudens



Grans de sau

  • Je suis perplexe quant à l’étymologie ,sans doute d’oc mais quoi d’autre ? Point de barbe à l’horizon pourtant !

  • Pour Puybarban, Wikipédia écrit ceci : Le nom de Puybarban vient de « colline (puy en gascon) des barbares ».
    Puybarban

    Je ne crois pas trop à cette explication par "les barbares". Un peu folklorique ! De plus barbare n’est pas barban.
    Wikipédia, pour le Barp, écrit ceci : « Bénédicte Boyrie-Fénié pense au contraire qu’il s’agit bien d’un nom commun, basé sur la racine hydronymique *barb- signifiant lieu humide » ; et cite à ce sujet justement notre Barbanne.

    Les racines hydronymiques sont souvent pré-latines.
    Une autre me vient à l’esprit, présente en Entre-deux-Mers et Libournais : la Pimpine.

  • Barb comme lieu humide (c’est bien le moins !) me va bien (est-ce aquitain ,ligure ou autre chose ?).Merci Tederic(et aussi pour la mise en forme ,carte à l’appui ).
    GSG

  • *barb- : cf. aussi le Barp, la Barboue (rivière), je crois aussi la Barbouse...

    la Pimpine : elle a son pendant masculin, le Pimpin, un affluent de la Garonne qui traverse La Réole (il passe à Calonge puis, canalisé, sous l’avenue Jean-Delsol) ; dans la vallée de la Garonne nous connaissons l’adjectif pempinant/pimpanent ’’dégoulinant’’, p.ext. ’’maculé’’.

  • La Barbanne n’était pas une frontière impeccable : comme sur toute frontière linguistique, l’abbé Lalanne constata dans les années 50 une grande fluctuation linguistique, de maison à maison, de ferme en ferme, d’autant que le métayage était généralisé, et qu’il entraînait de grandes migrations parfois.

    Bref, le caractère de frontière de cette rivière me semble douteux, au sens de frontière absolue, car l’on devait trouver des foyers gavaches au sud de cette limite, comme des foyers gasconnants au nord.

    Montagne, par exemple, délimité au sud par la Barbanne, montre une toponymie très gasconne près de cette rivière, en zone théorique gavache : Cazelon, Courtade, Langlade, Laborde, ...

    L’abbé Lalanne, de mémoire, dans son article, que j’ai égaré dans ma bibliothèque mal classée, indique ainsi nettement que le hameau de Parsac est peuplé de gasconophones comme de locuteurs de saintongeais.

    Pour le reste, la toponymie gasconne, ce n’est pas une surprise car nous avons constaté le même phénomène en Blayais, se poursuit en Libournais septentrional : le macro-toponyme des Artigues-de-Lussac est indubitablement gascon (on aurait Les Essarts en oïl) et la micro-toponymie gasconne des villages est souvent pour moitié d’oc (avec des difficultés à trancher entre vieille origine nord-gasconne ou importation périgourdino-limousine).

    Je renvoie à ma brève étude sur la toponymie de Petit-Palais.


    Petit-Palais-et-Cornemps

    A mon avis, l’on peut supposer un métissage généralisé, qui ne s’est stabilisé que tardivement par la suprématie de l’oïl, via un effet Terracher connu également par exemple en Angoumois.

    Du reste, la présence de populations d’oïl en ces contrées du Libournais (Montagne a toujours relevé de la juridiction de Saint-Émilion) s’explique par un phénomène migratoire, probablement d’ampleur, dont la toponymie a laissé des traces, notamment via les toponymes "Les + nom propre". Autour de Lalande-de-Pomerol : Les Annereaux, Les Billaux, Les Gautiers, Les Galevesses, ... au milieu de Laborde, Lapourcaud, La Grave, ...

  • La racine *barb a toutes les apparences d’une racine celtique, variante de *borv (cf le dieu des sources gaulois Borvo) et que l’on retrouve dans le toponyme thermal "La Bourboule".

    Maintenant, on ne peut pas passer sous silence l’hypothèse que cette rivière prenne son nom d’un ancien lieu-dit Barban, qui pourrait être d’origine latine très simple : le domaine de Barbus i.e. fundum barbanum.

    Seule une étude plus poussée, avec attestations ancienne et une connaissance pointue de l’ensemble des lieux-dits de cette micro-région, pourrait fournir une solution définitive.


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