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Albret néracais

Feugarolles

Sarthou

Sarthou / Sarto / Sàrtou

En "normalizat" :

Sarto
Prononcer "Sàrtou".

sarto / tailleur

Prononcer "sartou" en mettant l’accent tonique sur "sar".
Variante : sarte ("sarté" avec l’accent tonique sur sar)

Le nom :
N’apparait pas chez Cassini, mais sur le cadastre napoléonien ("Sartou").
Il n’y a a priori aucune raison d’écrire "Sarthou" avec un h, mais c’est un usage répandu capvath la Gasconha.
L’accent tonique est sur la première syllabe : Sartou
Il est difficile de dire si c’est un tailleur (sarto) qui a habité ici, ou quelqu’un qui portait ce nom de famille.

Le lieu :
On est sur un versant exposé à l’ouest de la vallée du Cahuzat, affluent de la Baïse.
La piéde (pinède) est comme un rappel du massif landais qui arrive jusqu’à une dizaine de km à l’ouest. Des oiseaux ont-ils porté des graines de pin ?

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Le panneau en pierre du "Sarthou" semble arborer un pin parasol ou pin franc. Cela confirmerait la valeur emblématique de cet arbre, qui symbolisait une maison de mèste (franc = libre).
Tederic M. - Deceme 2016
prepausat per Tederic Merger



Grans de sau

  • Il serait intéressant de connaître la distribution des dérivés du latin sartor "ravaudeur" en gascon, plus précisément de l’accusatif sartorem.

    Le phénomène de chute de la consonne finale est très sud-gascon et a été étudié par Rohlfs :

    ’sartore(m) > ’sarto(re) d’où ’sartou

    (Note : la finale atone finale peut varier : ’sarte est possible ; pour une illustration, voir les héritiers de ’cassa(nos) : ’cassou, ’casse, ’cassi).

    Le gascon de l’Albret pratiquait-il ces transformations sud-gasconnes ? Auraient-elles disparu face aux transformations d’oc standard ?

    ’sartore(m) > ’sart(o)re d’où ’sartre

    La distribution du patronyme Sarthou laisse penser qu’il s’agit plutôt d’un migrant du piémont pyrénéen. Il reste à fouiller comment l’on disait tailleur localement.

  • Comme nom de famille, on ne trouve donc en Albret néracais aucune attestation ancienne de Sarthou ou Sartou, mais pas non plus de Sarthe ou Sarte !

    L’Albret néracais (et le Brulhois, voire la rive droite de Garonne) connait cependant casso et hrèisho, au moins dans des toponymes dérivés qui pourraient être plus conservateurs :
    47043 Buzet-sur-Baïse LES CASSOUADES
    47066 Clermont-Dessous LA CASSOURADE
    47134 Lannes CASSOU
    47167 Mézin LOU CASSOU
    47186 Montesquieu LA CASSOUATE
    47282 Saint-Vincent-de-Lamontjoie CASSOURRETTE
    47300 Sérignac-sur-Garonne CASSOUATE
    47103 Fréchou LE FRECHOU
    47133 Lamontjoie RECHOULA
    47327 Xaintrailles RECHOUA

    Je rappelle aussi Le Casse, anciennement Le Cassou, à Lavardac.

    Un peu plus au sud, le FANTOIR donne ceci :
    32083 Castéra-Verduzan AU SARTOULET
    32083 Castéra-Verduzan AU SARTHE
    sartolet doit dériver de sarto et coexiste avec sarte dans la toponymie !

  • Il a été d’usage de planter des pins maritimes sur les terres acides, comme c’est le cas sur les sommets limoneux de l’Entre-deux-Mers. Mais l’exploitait-on pour le bois ? Et quand cela a-t-il commencé ? J’ai trouvé la mention pignada en Entre-deux-Mers au milieu du XVIIIe siècle !

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  • Il semble acquis que l’ancien gascon des lieux, qui a formé les toponymes, au moins jusqu’au XIXème siècle (ils me semblent assez figés depuis les premières cartes, Cassini, Belleyme, et surtout avec l’État Major), a donc connu les formes gasconnes les plus pures de réduction des étymons latins.

    Ce qui semble très gascon, c’est l’introduction de cette finale atone -ou, dans cassou ou fréchou. Le languedocien connaît aussi des réductions : ainsi fraxinum "frêne" donne fraÿsse, fraisse en normalisé, pas de finale en -ou que je sache, atone.

    NB : Il conviendrait de savoir si les Frayssou que l’on rencontre en Aveyron sont accentués sur la finale ou pas, auquel cas, ainsi que je le pense, c’est fraisson, avec n final amuï.

    Dans tous les cas, une forme comme Sartoulet est très gasconne, avec introduction d’une consonne, ici -l-, pour créer les dérivés, qui n’est pas étymologique. On peut donc supposer que sarto a été une forme connue en Albret néracais.

    Reste une énigme, qui peut être résolue facilement, avec les dictionnaires ou l’ALG sous la main, ce qui n’est pas mon cas à l’heure où j’écris ces lignes (du malheur d’avoir sa bibliothèque partagée entre deux lieux de vie) : comment disait-on "tailleur" au XIXème siècle dans la vallée de la Baïse ? Quel patronyme formé sur ce nom de métier est répandu dans la contrée ?

  • Pour la vallée de Campan , dans le Haut Adour , c’est Sarte pour tailleur d’habit , de cape , de drap de laine... , attesté avant 1700 . Puis Sarthe vers 1840 ...

  • A propos de sarto, voir l’image ci-joint.

    A propos de pinhadar, le FEW dit : ’’gask. pinada (1679, RLiR 20, 83),[...] LotG. pinadá m. (p. 656), bearn. id., Bayonne pignadá LF, Gir. pinadá (p 645, ALFSuppl 192 p 528)’’. La répartition est donc assez largement gasconne (certes, ouest-gasconne). Le terme pinadar existe en toponymie,cf.’’Pinadas’’ au XIXe s. à St Germain de Grave.

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  • Il est difficile de trouver des attestations gasconnes pour couturier/tailleur, qui ne soit pas le francisme talhur. Palay lui-même dit que ce dernier terme est le plus usité.

    Nous sommes donc probablement face à un terme disparu face à la vitalité d’un francisme. Reste qu’en patronymie, le terme plus ancien aurait dû se maintenir : il doit bien y avoir des Monsieur et Madame "Tailleur" en Albret !

    Il nous faudrait le FANTOIR des noms de famille !

  • Pour le "pinhadar"ce qui m’étonne est sa coexistence avec "piadar" qui pourrait sonner plus authentiquement gascon à première vue:l’abandon du n intervocalique n’est-il pas une de nos plus nettes particularités ? Or ce n’est pas à "pinadar" que nous avons à faire (auquel cas l’explication serait valable) mais à "pinhadar" et je ne crois pas qu’existe l’ellision du nh intervoclique à l’image de celle du n ... Une explication ?

    Quant à "Tailleur",le patronyme est bien attesté en Chalosse,autour d’Amou.

  • Le gascon est une langue très nasale. Le n intervocalique chute, comme en portugais, c’est un fait connu. Et il semble acquis que l’étape qui précéda cette chute était une nasalisation de la voyelle précédente, ainsi qu’il y en a des restes notables dans certains parlers, qui "nasiquèyent".

    Or, dans certains cas, notamment fossilisés dans la langue courante, on constate l’apparition concurrente d’un -nh- intervocalique : le cas le plus connu est unh’aute "un autre".

    Je pense que l’on n’explique pas autrement le verbe "plenhar", variante répandue en Chalosse et autour d’Orthez en Béarn, du verbe "plear", qui signifie "remplir", verbe formé sur plenus,-a "plein".

    De la même façon, sans jamais avoir eu une explication, je me suis toujours interrogé sur les raisons pour lesquelles Jean-François Tisné prononce dans une chanson, le nom de la ville de Salies, "Salinhas".

    Il s’avère que ce phénomène existe en basque, sur les étymons latins : on observe généralement la chute du -n- intervocalique (qui peut donner jusqu’à un h aspiré : honorem "honneur" > ohore) mais également des phénomènes de mouillure (nanum "nain" > ñaño).

    Ces phénomènes, en basque comme en gascon, dénotent une langue nasale, et une action substratique probable en gascon, par l’ancien aquitain. Aussi, pinhadar peut être fort bien une variante de piadar, dans le contexte d’une langue qui n’était pas si homogène que cela.

    Reste à savoir où le terme pignada est né, et comment il s’est propagé.

    NB : Dans une large part du Gers occidental, un autre phénomène parent existe, remarqué par Rohlfs. C’est la chute de -nh- intervocalique : vinha "vigne" s’y dit "via", pinha "pigne" s’y dit "pia". Ce phénomène est bien attesté en toponymie où Séviac (32) est un ancien Sévignac.

  • On a aussi menhar, très localisé autour de Langon, à côté de miar en Bazadais et menar en Bordelais.

  • NH et V intervocaliques sont ce qu’on appelle des phonèmes de substitution qui indiquent, d’une autre manière, la chute du N intervocalique.

    uva, iva, pruva, priva, laguva, laguiva, pinhadar, plenhar, unhaut ...

  • Un atavisme du proto-gascon (dû au substrat ?) pourrait peut-être expliquer une confusion précoce, menant à l’indistinction sémantique complète, des suffixes -um et -ium, -a et -ia (*pigna/pina), -are et -iare (*minare / miniare,), -acum et -iacum, etc., comme déjà en latin tardif.
    La chute d’une consonne entraîne souvent une réfection du mot, nécessaire au sens. Il faut compter aussi avec l’alignement sur les formes majoritaires, surtout dans les infinitifs et les adjectifs. Il faut considérer la place de l’accent : le gascon privilégiant les "formes courtes" (Rohlfs), on se demande si une forme n’a pas été conservée parce que le sens de l’étymon était encore perçu : pinhadar parce que le suffixe -ada est perçu, piadar parce que le mot n’est plus analysé.
    On ne s’attendrait pas à ce que dans une région où le //n// final n’est plus sensible (ou ne laisse qu’une nasalisation) il se maintienne dans un dérivé. Pourtant, ce n’est pas toujours le cas : on dirait que plear / plenhar reproduit l’opposition pa- panèra avec son n "quiescent"). Mais un nh n’est pas un n. *plenium et plenium en concurrence ? : un peu forcé. /nh/ et /w/avaient-ils une fonction morphologique dans le "substrat" ?


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