Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

Còr de Bearn

Lichos

Lichos

Lichos

64130 - lat. 43.29999923706055 / long. -0.8666669726371765
 

Punts vesins :
(distance ≤ 16km)

  • Charritte-de-Bas
    Charritte-de-Bas
    On le sait peu mais les noms dits français des (...)

  • Arrast-Larrebieu / Ürrüstoi-Larrabile

  • Charre
    Charre

  • Nabas
    Nabas
    Vilatge biarnés de l’arribèra deu Saison, (...)

  • Grans de sau

    • Premier village béarnais de la rive gauche du Saison en venant de Mauléon, le village de Lichos (Lexoze en basque) était en 1385 réuni à Haute rive droite, aujourd’hui hameau de Charre (son nom basque Hagoeta fournit la solution : hago=hêtre + suffixe locatif -eta, passé par un probable Hagauta, puis chute du g intervocalique).

      La majorité des noms de maison de l’époque étaient basques : Lissague, Arrusteguie, Uheyce, Cheverce, Goeyhenche, Berhando, Behetie, Harispe, Gamughuli, ... Mais déjà pointaient des noms gascons : Lembeye (mais le propriétaire s’appelle Peteri !), Boye, Xerbee (?).

      Le premier évêque d’Oloron, Grat, est né à Lichos, maison Camichelu. Il était indubitablement bascophone, tout comme devait l’être encore tout l’Oloronais.
      www.bearn-gaves.com

      Aujourd’hui, la toponymie de ce village gasconophone est à dominante gasconne : Las Camouères, Lou Cesca, Cournet, Lou Haout, Montalibet, Lous Pradouils, Lou Touroun, ...
      Sont basques : Artichoundou, Bordaguere, probablement Hagueres (déformation d’Aguerre, Guixarnaut de Guerre en 1385), Haritçague.

    • Pour ce qui est du nom de Lichos, il entre dans la série bien connue des toponymes basco-aquitains en -os.
      Le radical est plus difficile d’analyse : la forme basque Lexoze comme la première attestation de 1376 (Lesxos) confirment que c’est lex- qu’il faut expliquer.
      Le basque leze (gouffre) conviendrait mais on peut aussi avoir un dérivé de lexarr, variante souletine du basque leizarr (=frêne) comme dans Lichans en Soule (lexartzu > lexantzü avec alternance entre r et n), même si l’on explique mal la perte de la vibrante dans un hypothétique *lexarros.

    • Au bénéfice de la récente réforme cantonale, je me rends compte que Lichos, commune béarnaise historique, complètement gasconophone, a été intégrée au canton dit de la "Montagne Basque", et fait partie de l’intercommunalité basque.

      Je veux croire qu’il s’agit d’une initiative locale, car les habitants se sentaient proches de Mauléon, mais c’est proprement inacceptable qu’une commune béarnaise se trouve de la sorte annexée au "Pays Basque" en construction.

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Lichos

    • Un élément du passé sur la question : ce sont bel et bien des considérations purement administratives qui ont justifié ce rapprochement.

      Lichos pourrait rejoindre la Soule

      Lichos est en Béarn depuis aussi longtemps qu’il existe un Béarn constitué. Des thématiques légitimes de bassin de vie ou d’ordures ménagères ne peuvent pas justifier le travestissement de l’identité d’une commune.

      Le saut basque

    • Mon mail, envoyé ce jour :

      Madame le Maire,

      [...]

      Je viens vous pour un fait bien anecdotique, sans nul doute, mais j’ai appris, de manière très anodine, par le biais de recherches sur Internet, que votre commune était membre de la grande intercommunalité basque. Lichos, basque ?

      Et c’est en remontant le fil du temps, via des articles en ligne dans la presse, que j’ai compris le déroulement des faits : Lichos a d’abord été intégrée à l’intercommunalité souletine en 2012, puis s’est trouvée intégrée, de fait, dans la grande interco basque.

      Le présent mail n’est pas le lieu pour nous interroger sur le bien-fondé de ladite intercommunalité, qui n’a cependant et très certainement aucun sens d’un point de vue des relations humaines : Bayonne se trouve coupée de sa banlieue immédiate landaise pour des politiques de base comme les transports ou les déchets, quand Mauléon, à une heure de route, est intégré à cet ensemble. Cela n’a aucune logique rationnelle en termes d’administration publique, mais c’est ainsi, décision préfectorale oblige.

      L’administration française est notoirement incapable penser des structures légères, qui sauraient prendre en compte le fait culturel basque, sans nécessairement mettre en place des machines à gaz (mon métier est avocat en droit public, je suis bien placé pour le savoir). Le militantisme basque a pris les outils qu’on lui donnait et trouve à traduire "Iparralde" via cette intercommunalité.

      Reste que nous en venons aux faits : Lichos n’est pas basque et se retrouve dans cet ensemble "basque".

      Depuis aussi longtemps qu’il existe un Béarn, Lichos est en Béarn. Dans le recensement des feux de 1385, la commune est déjà mentionnée comme béarnaise. Les noms de famille des habitants, les lieux-dits (Le Brousta, Lou Touroun, La Ribère, La Plane, Les Pradouils, ...) sont pareillement formés en béarnais.

      Personne ne niera le caractère métissé de cette zone du Saison, "charnègou" : l’histoire montre que ces confins du Béarn ont été les derniers à parler la langue basque, et le basque était encore sans nul doute pratiqué au XIVème siècle. Mais cela ne change rien au fait qu’il y a encore 30 ans, la langue des habitants de Lichos était le gascon dans sa modalité béarnaise, que Lichos est le dernier village béarnais sur la rive gauche du Saison avant la Soule, que c’est le lieu de naissance du premier évêque d’Oloron, que c’est le Béarn à tout point de vue, même dans l’utilisation encore nette des tuiles picous en architecture.

      Bien évidemment que des motifs de bonne gestion, de proximité, ont pu justifier un rapprochement avec Mauléon qui explique le changement de canton. Bien évidemment qu’il n’y a pas de frontière humaine infranchissable entre Lichos et Charritte (mais une frontière linguistique quand même, stable depuis des siècles). Bien évidemment que les Lichosiens (ou les Lexosar donc dorénavant !) ont le droit de décider de leur devenir.

      Il n’en reste pas moins qu’il ne convient pas de travestir l’histoire : les considérations économiques et administratives sont importantes, les questions d’identité le sont tout autant. On ne trahit pas un millénaire d’histoire pour une question d’ordures ménagères.

      Alors soit, Lichos se retrouve dans cette grande intercommunalité dite "basque" sans unité de bassin de vie, disproportionnée et mal ficelée, pour un bon nombre d’années : on ne peut pas faire grand chose, et peut-être même vous y êtes très favorable. Je ne vous alerterai alors que sur un seul point : qu’au moins, sur place, à Lichos, quelque chose rappelle que l’on est en Béarn. A la vitesse à laquelle les identités disparaissent (les Basques le savent mieux que les autres, et ils ont raison de défendre la leur, partout où elle est réellement présente), il est nécessaire d’ancrer des symboles.

      Sur les registres généalogiques du village, les gens s’appellent Lauga, Larrouy, Barrère, Sallenave, Domecq, ... C’est les respecter que signifier quelque part que c’était là le Béarn, que leur langue était le gascon. Une plaque, un drapeau, une mention quelconque, mais c’est primordial.

      Dans l’attente de vous lire,

      Je vous prie d’agréer, Madame, l’expression de mes sentiments respectueux.

    • Excellente initiative , que je soutiens , non contre le " Pays Basque " ,mais pour que soit reconnue les frontières du Béarn et de la Gascogne .
      Stop à l’appropriation du territoire Gascon , pour des raisons administratives , stop au changement de nom des anciens territoires , stop à la Bayonne Basque et à la Gascogne Toulousaine .

    • Il convient de faire des distinctions entre plusieurs cas :

      - Des communes, gasconnes de langue mais qui administrativement dépendaient d’entités reconnues comme "basques" : le Labourd, la Basse-Navarre et la Soule.

      Tantôt ces communes ont été gasconnisées à date moderne (c’est le cas d’Anglet et Biarritz en Labourd, sans doute à compter du XVIIème siècle, via Bayonne), tantôt à date ancienne (Montory en Soule montre déjà au Moyen-Âge pour moitié des domonymes gascons), tantôt constituaient des enclaves historiques (La Bastide-Clairence, en Basse-Navarre, fondation médiévale, ou Gestas, étrange enclave souletine en Béarn).

      - Des communes gasconnes de langue, qui ne dépendaient ni du Labourd, ni de la Basse-Navarre, ni de la Soule, mais qui aujourd’hui sont perçues comme "basques" : c’est le cas de Bayonne, cité-état en quelque sorte (mais qui sur le plan religieux, était l’évêché d’une partie des terres basques, d’où une relation complexe) ou d’un village comme Sames, nettement dacquois, annexé aux Pyrénées-Atlantiques en 1789.

      Le cas du duché de Gramont est plus ambigu, autour de Bidache : les terres semblent avoir été dans l’orbite de la Basse-Navarre, mais parvinrent à s’en émanciper : dans tous les cas, si le substrat de la zone est basque, la langue y est le gascon, sans doute depuis la Renaissance majoritairement.

      - Des communes gasconnes de langue, béarnaises par l’histoire : c’est le cas de Lichos, de Charre, ... dans l’ancien pays de Garenx et Reveset, dont le caractère béarnais ne souffre d’aucune contestation, et même si cette zone en particulier, autour de la moyenne vallée du Saison, est marquée par son substrat plus basque qu’ailleurs en Béarn.

      Comment, alors, dans ces conditions, un village nettement béarnais, où est né le premier évêque d’Oloron (ce n’est pas rien !), certes frontalier de la Soule et de la langue basque, a-t-il pu passer d’abord en 2012 dans une interco "souletine", puis aujourd’hui dans la grande interco basque ?

      Deux raisons :

      - La tension administrative : Mauléon, c’est un poil plus près, le maire est là pour satisfaire les besoins des administrés, alors tant pis pour l’histoire, on va rejoindre l’interco qui nous convient le mieux, dans un contexte très local où personne ne voit à mal.

      Et puis, de fil en aiguille, au moment de constituer l’interco basque géante, dont j’insiste sur l’absence de sens administratif, Lichos se retrouve dans cet ensemble.

      - L’inertie identitaire : si un village béarnais ne voit aucun problème en 2012 à rejoindre un canton basque, après plus de 200 ans d’appartenance à un canton découpé dans l’ancien Béarn, donc à ce titre continuateur malgré lui de l’ancienne frontière, en dépit de la langue, en dépit de l’histoire (le château de Mongaston qui domine Lichos surveille la frontière !), malgré un peu toutes les évidences donc, c’est que tout simplement, sur place, le sentiment béarnais ne pèse rien face aux réalités du quotidien.

      Et nous retrouvons là un débat que nous avons là depuis des années, ailleurs, par exemple dans la relation des Charentais à Bordeaux, à savoir que des identités nouvelles, essentiellement économiques, se développent. L’on est d’où l’on consomme.

      C’est contre ce sentiment que nous luttons : éclairer par l’identité historico-linguistique les réalités vécues. Ce n’est rien au fond qu’un village de 136 habitants choisisse telle intercommunalité plutôt qu’une autre. Mais nous savons bien que la constitution de l’intercommunalité basque répond à la fois à des motifs administratifs et identitaires.

      Bref, que Lichos, commune béarnaise depuis 1.000 ans se retrouve en "Pays Basque", ça ne va pas ! Que font les occitanistes ? Que font les béarnistes de l’IBG ? Où est le travail de veille de l’actualité ? Il nous faut changer tout ça.

    • De manière plus globale, nous avons pris avec violence les big-bangs territoriaux de la mandature Hollande :

      - Redécoupage de la carte des cantons ;
      - Instauration des grandes intercommunalités, souvent par la force préfectorale ;
      - Création arbitraire des grandes régions.

      Ces trois événements ont eu lieu dans un contexte où les identités, localement, étaient faibles, confuses et brouillées par des discours contradictoires, quand tout simplement il a été décidé de ne surtout pas tenir compte d’elles.

      Dans l’affaire des grandes régions, la division Aquitaine/Midi-Pyrénées a été confirmée justement parce qu’en 30 ans, des identités aquitaine et midi-pyrénéenne étaient nées. Parallèlement, il existe des identités d’appartenance politique : telle élite politique régionale va avoir noué des liens solides avec tel voisin. C’est très nettement le cas dans l’ancienne Aquitaine où le PS régional avait des solidarités de parti plus fortes avec Poitou-Charentes, qui ont favorisé la fusion.

      Dans l’affaire des cantons, même si le canton n’était en gros qu’une circonscription d’élection pour les anciens conseils généraux (pourquoi avoir changé un nom qui avait pris d’ailleurs ?), c’est un phénomène parallèle d’abstraction française qui a prévalu  : l’obsession égalitaire démographique, l’incapacité à accepter la persistance des territoires sur un long terme, le redécoupage de petits pays à l’aune du seul critère statistique, contre tout vécu communautaire.

      Enfin, pour ce qui est des grandes intercommunalités, le candidat Lassalle, brouillon sur de nombreuses thématiques, avait une intuition tout à fait juste : on ne peut pas forcer les territoires à se marier sous la contrainte. La carte issue de ces nouvelles intercommunalités, et de l’encouragement à la fusion des communes qui lui est parallèle, est baroque, ne répondant à aucun critère rationnel autre que la nécessité de changer.

      L’intercommunalité unique basque pose désormais de sérieux problèmes pour les terres gasconnes des Pyrénées-Atlantiques : nous avions mis en avant la coupure artificielle de Bayonne de son hinterland landais. L’an dernier, Tarnos demandait son intégration à l’agglomération de Bayonne, intégrée depuis à l’intercommunalité basque.

      C’était déjà une chose que le Bas-Adour et Bayonne se trouvent liés à des collectivités dites basques. Aujourd’hui, ce sont des communes qui suivent, individuellement : Tarnos, Lichos, ... Assez ! Nous garderons nos communes en -os ! : )

      Nous devons réintroduire du sens dans tous ces découpages. Dans le respect le plus total des revendications basques, mais en posant les bonnes questions : est-ce que cela a un sens que Mauléon ou Tardets se retrouve dans une communauté d’agglomération unique avec Bayonne ? Est-il normal que des communes gasconnes se retrouvent annexées à cet ensemble ? Faire changer les mentalités sera rude ... et à chaque occasion, interpeller les conseils municipaux.

    • Trop de territoires Gascons sont captés par le système administratif , l’inertie des gens , nous allons vers le démembrement et l’émiettement de notre territoire ...Je pense à la Lomagne qui devient " Gersoise " d’un côté et plus rien de l’autre , à l’Isle Jourdain qui est capté par Toulouse avec la complicité des élus , etc...
      Des bornes ,des plaques gravées , des panneaux , des signalétiques à bases de cartes explicative , d ’armoiries et de drapeaux .
      " Ici commence la GASCOGNE ", " Ici commence la LOMAGNE ", " Ici le BeARN " , " Vous êtes en ARMAGNAC " ...
      Il est temps de ressortir nos vieilles couleurs, d’agiter nos drapeaux poussiéreux , de réveiller les vaches du Béarn , le lion d’Armagnac ...
      Il reste des mairies Gasconne favorable à notre cause , des personnes fières d’être GASCON .
      Unissons nos efforts , nos moyens et retraçons le contour de notre Pays avant qu’il soit disloqué définitivement . Avant de nous endormir inexorablement ...

    • Moins que captée par le système administratif, je dirais que notre élite locale n’a pas réfléchi ledit système.

      Ce système est une donnée de l’appartenance à la France, mais à part les Basques, qui réfléchissent à ces questions d’outils et de collectivités, les représentants élus sont assez passifs et subissent les réformes.

      Je crois que tout mouvement gascon à l’avenir se doit aussi d’être une boîte à outils sur ces questions. Pour éviter l’hémorragie, vers la collectivité basque ou les métropoles bordelaise et toulousaine. Nous avons besoin de technicité.

      Parallèlement, nous allons relancer la carte des pays gascons, je proposerai dès le mois de juillet ici même un modus operandi.

    • La carte des pays gascons...l’Arlésienne...

    • Lichos dans la communauté Pays Basque, cela semble heurtant. Je m’interroge en parallèle sur Gestas et Esquiule, communes souletines qui sont dans des communautés de communes béarnaises : est-ce aussi scandaleux dans leur cas ?
      L’histoire de ces trois communes a fait qu’elles ont été majoritairement gasconnes dans une part de leur histoire, majoritairement souletines dans d’autres. Le fait qu’un évêque d’Oloron ait été trilingue (xiberutar gascon francophone) est un beau signe des nombreuses imprégnations réciproques des "entités" basque et gasconne, à des époques où la notion de frontière était plus flexible qu’aujourd’hui, et l’Etat central moins prégnant.
      Aujourd’hui pour des raisons de proximité géographique et de cohérence de bassins de vie, Eskuila est tournée vers Oloron, l’exclave de Jeztaze plutôt vers Sauveterre, et Lichos vers Maule. On peut regretter la primauté actuelle de ces considérations logistiques face aux considérations historiques et linguistiques, mais ces dernières ne sont pas univoques.
      Quant aux considérations linguistiques présentes, je me permettrai une question factuelle : combien de locuteurs du gascon à Lichos, combien de bascophones à Esquiule. La réponse est connue, et sur sa base on pourrait s’offusquer bien plus de l’inclusion d’Esquiule dans le bassin d’Oloron que de celle de Lichos dans Elkargoa.

      • La cohérence des bassins de vie, soit, alors quel est le sens de cette immense interco qui va de Bayonne à Sainte-Engrâce ? S’il y avait potentiellement du sens à ce que Lichos bénéficie des services de Mauléon (c’est un peu ridicule d’employer les noms basques en français, quand ils ont une tradition établie), où est ce même sens à se trouver coupé de Sauveterre ou Navarrenx et dans un même ensemble qu’Urepel ou Bidart ?

        Ce ne sont dès lors plus des considérations de bassins de vie qui président. Alors dans ce cas là, il n’y a aucune raison qu’une commune béarnaise et gasconophone se rerrouve dans ce qui semble constituer les prémices d’une territorialisation du fait basque en France. Cela vaut évidemment pour le Bas-Adour gascon.

        Pour ce qui est de Gestas, la commune a toujours été gasconophone de même qu’Osserain-Rivareyte, communes de Soule mais géographiquement béarnaises. Esquiule pourrait se débattre tout à fait : c’est une commune historiquement béarnaise avec 2/3 du territoire bascophone. Il y a débattre en effet, ce qui n’est pas le cas de Lichos, béarnaise et gasconophone, du moins c’était le cas.

    • Le sens de cette immense agglo va d’après moi bien au delà d’une interco classique et rejoint les requêtes formulées en leur temps par les frères Garat et remises au goût du jour ces dernières décennies, notamment depuis les années 1980. La forme agglo n’est pas idéale mais était apparemment la seule jouable pour doter Labourd, Basse-Navarre et Soule d’un cadre administratif commun, à l’heure où le poids des départements se réduit et où les régions sont rebricolées en gros mastodontes boiteux ne servant qu’à alimenter des métropoles déculturées au détriment des pays alentours qui se vident de leurs forces et de leur sens.

      (parenthèse : je ne trouve pas spécialement ridicule d’employer les noms basques en français, je les emploie ainsi assez fréquemment, quand je vais par exemple me promener vers Baigorri ou Garazi je dis Baigorri et Garazi plutôt que Saint-Etienne ou Saint-Jean-Pied-de-Port, dans cet exemple la nuance étant pour moi celle du pays vécu vs les cartes postales. Mais bon tant qu’on se comprend c’est l’essentiel)

      On aurait peut-être pu imaginer un autre découpage, avec par exemple une unité centrée sur Bayonne rapprochant le Labourd du Seignanx (ce qui aurait d’ailleurs fait penser à une réémergence des Tarbelles et aurait peut-être été taxé de dérive ethnisante, allez savoir), une autre regroupant Amikuze, Agramont et Pays de Sauveterre, ou pourquoi pas un regroupement de la Soule et du Barétous, qui ont de nombreux points communs.
      Il n’en a pas été ainsi, car il n’y a pas eu de dynamique locale en faveur de ces options, ni chez les habitants ni chez les élus. Et car ce qui relie Labourd Basse-Navarre et Soule dépasse ce qui les différencie.

      (re-parenthèse : au siècle dernier on disait "Pays de Mixe" pour Amikuze, il s’agissait d’une "tradition établie" devenue obsolète, comme en atteste l’usage du terme Amikuze dans la désignation de la précédente communauté de communes correspondante)

    • C’est justement parce que cette agglo va au-delà de l’intercommunalité classique, et constitue un détournement d’un outil administratif français pour une revendication identitaire, légitime au passage, qu’il convient tout à fait d’interroger les frontières choisies.

      Pourquoi, dans ce cadre, une commune béarnaise historiquement et gasconne de langue, se retrouve-t-elle dans ce qui est bel et bien le prototype d’une collectivité basque plus autonome dans les décennies à venir ?

      C’est également parce que manifestement, cette interco n’est plus un outil administratif, que les communes, qui ne sont pas basques depuis au moins quelques siècles (étant entendu que la langue basque était parlée au-delà de son territoire actuel, probablement encore au XIVème siècle dans les Landes méridionales, et de façon avérée en Béarn autour de la basse vallée du Saison), ont le droit de s’interroger, si elles le souhaitent, sur leur appartenance à une entité qui fait le deuil de l’efficacité administrative et de la réalité d’un bassin de vie, pour un idéal culturel et national, somme toute.

      Alors, et cela est souvent rétorqué, les communes en question ne s’y sont pas opposées. C’est assez vrai dans l’ensemble, l’on n’a pas lu d’opposition farouche à cette grande interco de la part des maires de Bidache, Came ou Guiche par exemple. La seule opposition nette est venue d’Anglet, mais sous un angle plus technocratique : l’interco n’a aucun sens pour la bonne gestion de l’agglo de Bayonne. C’était d’ailleurs un argument imparable : s’agissant de faire circuler des bus en zone urbaine, ou de ramasser les déchets, on ne peut pas dire que l’ensemble allant de Bayonne à Sainte-Engrâce, mais ne comportant pas Tarnos, ait grand sens.

      Mais passons sur Bayonne, qui a décidé d’inféoder son sort au seul fait basque, sans prendre en compte la réalité du terrain, qui aurait mérité, a minima, une interco unique à cheval sur les deux départements, un peu comme la communauté de Bruxelles en Belgique est le point de rencontre des Flamands et des Wallons. Pour moi, c’est une faute nette, catastrophique : Bayonne se désintéresse de sa banlieue nord, de son urbanisation, alors qu’y vit peut-être le tiers des habitants de l’agglomération, au sens démographique, et préfère gérer le PLU de Tardets. Soit, c’est l’état actuel du débat, tant pis pour Bayonne.

      Une fois le cas aberrant de Bayonne mis de côté, la situation est donc la suivante : des communes gasconnes, rurales, acceptent la grande interco, parce qu’au fond, c’est ainsi, le préfet l’a décidé, cela vient d’en haut, ou pire, se développe un sentiment d’appartenance au Pays Basque par dégénérescence de la culture locale, sentiment pas tout à fait illégitime non plus (l’Histoire lie le Bas-Adour au Labourd et à la Basse-Navarre, mais cette même histoire lie en fait tout le monde localement : la Soule a été dans l’évêché d’Oloron pendant des siècles), mais quand même assez triste, du moins de notre point de vue gascon.

      Voilà, pour nous, ici, sur Gasconha.com, avec toute la passion que nous pouvons avoir pour la culture basque, cela nous fait mal qu’à Came, Sames ou Urt, après des siècles de culture gasconne, l’on ne sache plus trop qui l’on est. A-t-on le droit de ne pas se réjouir de la basquisation un peu "fake" de ces communes ? Peut-on dire à nos voisins basques qu’ils exagèrent un peu dans ce qu’il faut appeler tout de même de l’irrédentisme ?

      Le peuple a parlé, du moins ses édiles, et les Gascons que nous sommes devons nous taire, face à l’enthousiasme basque. Il est vrai que nous payons le fait de n’avoir pas travaillé ces questions pendant des décennies, contrairement aux militants basques qui portent ces thématiques, et se sont engouffrés dans la brèche ouverte par l’État français, en détournant habilement un outil qui n’avait absolument pas une telle finalité, initialement. Bravo !

      Reste que tout fait établi est en droit d’être débattu : c’est le cas ici même, via cette discussion. Et qui sait, cette discussion sera peut-être lue par des habitants du Boucau, de Sames ou de Lichos, un peu mal à l’aise avec les frontières de leur communauté d’agglomération, les uns parce qu’ils ne comprennent pas pourquoi Tarnos et Ondres n’en sont pas, les autres car la coupure avec Peyrehorade est entérinée un peu plus, les derniers enfin parce qu’ils se rendent compte que leur choix de rejoindre la voisine Mauléon il y a quelques années, pour des motifs de maisons de retraite et de déchèterie, a été détourné au nom d’un idéal plus haut, qui n’est pas le leur.

      NB : Honnêtement, écrire en français Maule, Amikuze ou Donapaleu, j’insiste, est assez ridicule, quand les formes françaises, d’ailleurs en fait les formes romanes nées par l’entremise du gascon, puis reprises par le français, sont connues de tous, abondamment utilisées dans cette langue, et mieux, sont l’honneur de ces communes ou entités, qui ont suffisamment brillé dans l’Histoire pour avoir plusieurs noms selon la langue employée. Personne ne va passer un week-end à London ou Roma.

    • Très intéressante discussion, notamment de par votre point de vue de voisin proche et bon connaisseur du territoire.
      Concernant Bayonne, je me suis amusé à faire l’observation symétrique sur l’autre bout de la côte labourdine, à savoir Hendaia/Hendaye, 4ème commune de l’agglo en termes de population, juste derrière le BAB.
      Son bassin de vie est bien plus celui de la baie de Txingudi que celui du reste de l’ouest-Labourd. Il y a une vraie césure urbanistique et géographique entre Hendaye et Urruña/Urrugne (qui font pourtant partie du même canton), et en revanche une continuité urbaine très claire entre Hendaye et Irun, reliées par deux ponts ferroviaires, un pont routier et un pont piéton. Les Hendayais font leurs courses à Irun, et quand ils vont à la grosse ville ils vont beaucoup plus facilement à Donostia en prenant le topo, qu’ils n’iraient à Bayonne. Mais aussi et surtout, le nombre de travailleurs transfrontaliers est très important, sans parler de la substantielle population d’origine Gipuzkotar installée à Hendaye depuis les années 1990. Quand on se promène à Hendaye, on entend parler euskara, il s’agit essentiellement de l’euskara central (du Gipuzkoa), qui supplante le labourdin occidental (qui de toute façon est quasi éteint et de plus en plus supplanté par le basque unifié).

      Bref, en résumé, Hendaye c’est devenu un peu le Gipuzkoa.
      Pourtant, la municipalité a voté pleinement pour l’inclusion dans l’agglo, ce qui va dans le sens d’une plus grande inclusion administrative et économique dans le Labourd.
      Est-ce à dire qu’ils se désintéressent de ce qui se passe juste à l’Ouest, de l’autre côté de la baie, voire qu’ils envisageraient par exemple de se désengager des projets et des réseaux de transports qui les connectent au Gipuzkoa, pour se brancher plutôt avec Behorlegi ? A mon avis, certainement pas.


      Vous notez "se développe un sentiment d’appartenance au Pays Basque par dégénérescence de la culture locale, sentiment pas tout à fait illégitime non plus (l’Histoire lie le Bas-Adour au Labourd et à la Basse-Navarre, mais cette même histoire lie en fait tout le monde localement : la Soule a été dans l’évêché d’Oloron pendant des siècles), mais quand même assez triste, du moins de notre point de vue gascon."
      Sur ce point je partage votre perception, sauf sur les derniers mots. Je conçois la tristesse de cette évolution si je me transpose dans le point de vue gascon. Mais de mon point de vue, cette identification au Pays Basque que j’observe chez nos voisins immédiats du nord et de l’est (à travers les autocollants, symboles, chants, fêtes etc. recensés réguièrement sur ce site), j’avoue honnêtement qu’elle a plutôt tendance à me réjouir, car elle est un signe qu’un désir d’appartenance à une communauté à taille humaine est toujours présent et cherche sa voie, et que là où la forme locale a disparu, la forme voisine la plus vivante est volontiers adoptée, comme vous l’avez déjà relevé sur ce site.
      Est-ce qu’il s’agit d’une basquisation "un peu fake", je dirais que tout dépend de l’accueil qui en est fait (appropriation spontanée vs indifférence voire rejet). Vu comme dans de nombreux endroits les habitants s’approprient volontiers le fait basque, et vu que sans aller bien loin de là on trouve un vécu basque plus continu, je vois cette basquisation comme le comblement d’un manque localement perçu comme tel. Même si on est encore loin d’acheter son pain en euskara à Guiche.

      D’une façon partiellement analogue, chez moi j’ai pu observer que le dialecte labourdin occidental, que parlait mon grand-père, a disparu (la francisation de la génération d’après-guerre étant passée par là), et que c’est le batua qui aujourd’hui est venu en renfort. De ce fait, aujourd’hui, en partant on dit moins "gaki naiz" et on dit plus souvent "banoa". Même si cette évolution suppose une perte de diversité linguistique, même si on n’a pas le même attachement au basque unifié que celui qu’on peut avoir pour les formes dialectales transmises dans un cadre familial, c’est au moins un maintien de la langue face au rouleau-compresseur acculturant.

      L’agglo Pays Basque comporte par ailleurs une vice-présidence pour la politique linguistique basque et gasconne, et je me dis qu’il ne serait pas surprenant que cettle agglo soit en tant que structure administrative celle qui oeuvre le plus en faveur du gascon, de sorte que dans quelques années les seuls documents contemporains écrits en gascon le soient de fait au Pays Basque (qui illustrerait ainsi son rôle de "matrice" de la Gascogne, pour reprendre un peu l’idée de Halip Lartiga).


      PS : il y a quand même une différence entre nommer un lieu dans une langue ou une autre selon qu’on appartient ou pas au lieu ou à la langue en question. Effectivement je ne vais pas "à London" qui ne fait pas partie du pays que j’habite. Par contre je vais à Garazi, à Bera ou à Hondarribia, qui font partie de mon monde palpable, et cela me semblerait "travesti" que de les nommer "Saint-Jean-Pied-de-Port", "Vera de Bidasoa", "Fontarabie". Pour ainsi dire ça me donnerait l’impression de rédiger un dépliant d’office de tourisme. Là aussi, c’est une question de vécu personnel et de point de vue.
      En revanche il est vrai que la génération de mon père, francisée dans son adolescence, peut employer la forme basque ou française selon les contextes. Je connais même un bascophone natif de cette génération, né en 1947, qui en français dit /iʀœ̃/ pour /iɾun/, et même "Passage" pour Pasaia (ce qui est dans ce dernier cas peut-être plus fidèle à l’origine gasconne du nom, mais aujourd’hui semble presque sortir de nulle part tellement ce souvenir s’est perdu)

    • Je vais demander à ma collègue de travail basque native de Saint Jean Pied de Port et qui fait 400 km aller retour chaque WE si elle utilise le terme Garazi ou Saint jean Pied de Port !

    • Mes réponses en vrac :

      - Concernant Hendaye :

      Il est compliqué, dans le cadre français, de répercuter l’attraction totale de la ville vers la conurbation Irun-Fontarrabie. La ville, en tout état de cause, est depuis peut-être 150 ans peuplée de gens avec des attaches en Guipuzcoa, et de nos jours, elle est comme une annexe d’Irun.

      Cela n’a rien d’aberrant sur un long terme au demeurant, le Labourd historique s’étendait au moins jusqu’au Passage, cette frontière est somme toute récente, et pas réellement humaine, même si elle a pu cristalliser la scission dialectale entre labourdin et guipuzcoan. Je ne suis pas suffisamment expert en la matière (cela dit, j’ai le souvenir que la langue de la Bidassoa tire vers le haut-navarrais, d’après les cartes).

      Pour dire la vérité, en revanche, si je ne sais pas grand chose de la langue basque des environs, je connais plutôt bien Hendaye, et s’il est une langue que l’on entend plus que le basque des voisins du Guipuzcoa, c’est le castillan, qu’on le veuille ou non. C’était déjà le cas dans mon enfance, quand je venais passer mes vacances à Hendaye. Ceci s’explique par le caractère industriel et assez "espagnol" d’Irun.

      Dans tous les cas, on ne peut rien tirer de l’inclusion de Hendaye au sein de l’interco basque, sauf que les outils ne permettent pas de traiter d’une façon équivalente l’interfrontalier.

      - Concernant la basquité d’opérette des communes gasconnes :

      Oui, il y a de la tristesse à voir de larges pans de la culture gasconne, en fait vasconne, réinterprétés selon le seul crible basque. Cela va de l’anecdotique (par exemple, la labourdinisation excessive de l’architecture bas-aturine, avec l’omniprésence pas forcément traditionnelle du rouge-sang) au plus problématique (ainsi des panneaux bilingues où le basque aurait une prééminence).

      J’entends que les Basques de France se réjouissent de ce phénomène, d’une certaine façon, n’illustre-t-il pas une reconquête, des siècles après, de terres qui avaient été "perdues" ? N’euphémisons pas ce phénomène, il y a nettement de cela dans cette réjouissance, l’idée que la culture gasconne autochtone était quelque peu gênante pour la définition d’un territoire basque plus "homogène". C’était tout à fait le souci avec Bayonne, avant que la culture gasconne ne s’y effondre totalement.

      Ce ne sont pas là des élucubrations, ni même des accusations dans ma bouche, c’est un fait, il y a dans le nationalisme basque, très légitime j’insiste, cette tendance au mépris des cultures romanes immédiatement voisines. Cela vaut pour la culture cantabre des Encartaciones, dès la banlieue occidentale de Bilbao, pour la culture riojanaise de la vallée de l’Èbre en Alava, et donc pour la culture gasconne du Bas-Adour et autres périphéries (Montory en Soule, qui parlait le gascon du Barétous, probablement depuis des siècles). C’est normal, longtemps le roman a été le fait qui acculturait.

      Bref, je comprends la joie du point de vue basque, c’est la même que chez les Bretons quand ils constatent l’implantation du breton en Haute-Bretagne, notamment à Rennes ou Nantes (avec encore moins de légitimité historique en fait). Mais d’un point de vue gascon, c’est une catastrophe : Bayonne, historiquement la deuxième ville la plus importante de l’espace gascon, s’est sentimentalement basquisée depuis 90 ans, et désormais, ce sont des communes rurales qui suivent, du seul fait de l’appartenance administrative (c’est ce qu’on lit sur le site net de la grande agglo : "appartenance administrative basque" mais "culture gasconne", notamment sur le pôle de l’ancien pays de Bidache).

      L’on peut donc se réjouir que les Laborde ou les Cazenave de Sames ou Guiche se disent "basques". Moi, outre la dégénérescence de la culture gasconne, j’y vois surtout un symptôme français, à savoir celui de la déculturation générale, et du sentiment d’appartenance induit par le seul administratif, venu d’en haut. Il suffit de voir à quelle vitesse l’identité néo-aquitaine prend, ça et là, au moins dans la communication institutionnelle.

      Rien de tout ceci ne serait probablement arrivé si plutôt que faire le choix du combat occitan, trop lointain, et décentré géographiquement, les militants régionalistes locaux de Gascogne, avant nous, avaient fondé un mouvement proprement gascon. Je pense alors que les gens du Bas-Adour se seraient sentis plus à l’aise avec un tel mouvement, et n’auraient pas eu besoin d’aller chercher dans l’imaginaire cousin basque le sentiment de fierté du pays.

      Nous verrons si dans les années qui viennent, l’on commande son pain à Guiche en parlant euskara batua. D’une certaine façon, je n’ai rien contre, la diversité linguistique est toujours intéressante, et le bilinguisme basque est un nettement un atout. Il y a même en moi une nostalgie vasconne qui s’en réjouit. Mais tout de même, tout ceci est bien factice et vire au hors-sol.

      - Concernant le batua :

      Je n’ai pas d’opinion sur la question, sauf à regretter, dans l’absolu, la perte de diversité linguistique. Je trouve cependant, à l’oreille, le basque des jeunes générations, absolument francisé dans sa phonologie, très laid à l’oreille, alors que le basque est une langue si belle, notamment le souletin authentique.

      Il n’y a pas grand chose à faire, le phénomène est le même pour le gascon des néo-locuteurs. On est sur un domaine très complexe, celui de la perception et du maintien d’un univers sonore, dévalorisé sur le plan des symboles.

      - Concernant le rôle de matrice de l’agglo "Pays Basque" pour le fait culturel gascon :

      Je n’y crois absolument pas, sauf comme concession en des lieux précis, par exemple Came, où le fait gascon irrigue encore trop la réalité quotidienne, ce qui explique par exemple la mise en place des panneaux bilingues, maladroits selon moi, car utilisant la graphie alibertine, qui ne sera pas comprise des derniers bons gasconnants.

      Par ailleurs, même si le Pays Basque peut servir de régénérateur identitaire pour la Gascogne, ce serait pas mal que les Gascons reviennent à la Gascogne par l’entremise de la séduction personnelle qu’exerce leur propre pays. C’est à nous à faire les efforts, sans espérer que les Basques servent de moteur.

      Bon, et pour finir, rendez-nous Lichos, c’est le Béarn, hilh de pute ! 1.000 ans de frontière entre Lichos et Charritte, ça se respecte ! Haha.

      - Concernant les dénominations basques en français :

      Tout dépend les milieux, je suppose que quand l’on a été socialisé dans des milieux plus militants, qui ont ingurgité la doxa des années 70, alors en effet, l’on se retrouve à dire en français "Hondarribia". C’est une affaire nette de point de vue, d’univers personnel, de relation à un territoire.

      Je me souviens d’une jeune basquaise, à la fac de Pau, qui parlait en français de "Baiona". C’est un marqueur identitaire net, qui entend colorer la langue nationale d’un parti-pris idéologique.

      Je le respecte parfaitement, mais je juge ce tour un peu grotesque. Je suis parfaitement intégré dans mon contexte local, et n’en déplaise aux Basques, il ne me viendrait jamais à l’idée de dire autre chose que Fontarrabie, et surtout, je serais tout à fait vexé que l’on vienne me l’interdire.

      Ce n’est pas là l’incarnation d’une volonté coloniale, c’est tout simplement le nom que cette magnifique ville a dans mon français local. Cette dénomination a pour elle l’histoire et l’usage, je ne vois pas en quoi elle serait humiliante pour l’identité basque. Je déplore totalement l’obsession catalane sur cette question, par exemple, qui contraint les castillanophones à dire Lleida pour Lérida.

      C’est du provincialisme un peu nouille. Il en va de même pour Saint-Jean-Pied-de-Port, que je n’aurais pas l’idée d’appeler autrement, même si je sais que de nos jours, l’on dit Garazi en français : mon affect personnel me pousse à employer ce premier toponyme, qui une fois de plus, ne vient pas de nulle part, et est seulement une façon de nommer les lieux différente de la version localisée basque, depuis aussi longtemps que les lieux existent et qu’il existe une langue romane pour en consigner l’usage.

    • Rien à ajouter à l’analyse impeccable de Vincent si ce n’est que l’obligation pour des non-basques de nommer Hondarribia ou Garazi ce qu’on nomme en français (comme en gascon) autrement est de même nature que celle qui pousse à appeler"Beijing" une ville qu’on appelle en français Pékin depuis le XVIIè siècle.Goût de l’hyper-correction,vague auto-culpabilisation occidentale(ou française dans le cas basque),une bonne dose de pédantisme aussi ...
      Quant à la dose de gasconité qu’on peut attendre de la politique linguistique basque dans la nouvelle Communauté de communes ,on verra bien à l’usage ce qui sépare l’action réelle des initiatives prétextes ;voir par exemple l’ikastola-calendreta du Boucau qui me parait relever aujourd’hui du pâté d’alouette(vous savez:un cheval,une alouette,etc...),d’ailleurs par manque de volontarisme côté gascon probablement.

    • Après consultation de Pantxika, Garazi est aussi bien utilisé que Saint Jean (sans pied de port). On serait même bien vu si on dit Garazi. (z se prononçant s comme dans la liqueur izarra.)
      Je me demande parfois si les béarnais ne sont pas un peu plus hostiles que les landais à l’influence basque du fait du passé glorieux du Béarn : État souverain jusqu’à 1620 et ayant donné un roi de France.

    • Dans le PDF d’exonymes, l’académie connait la Gascogne mais pas le gascon.
      Exemple : Dax.
      Dacs "okzitaniera"
      Akize en basque

      Les Landes n’ont même pas de traduction en gascon "okzitaniera".

      http://www.euskaltzaindia.eus/dok/eaeb/eoda/exonimoak.pdf
      http://www.euskaltzaindia.eus/index.php?lang=fr

    • Concernant l’évolution récente de l’euskara oral
      C’est effectivement assez catastrophique à peu près partout. Non seulement quant à l’influence du français et du castillan sur la prosodie et la prononciation (gutturalisée avec la jota d’un côté et le r parisien de l’autre), également quant aux erreurs grammaticales issues de transpositions "tel quel" du français ou du castillan, mais aussi quant aux tics de langage qu’on entend dans le mode phatique : "bueno", "pues", "vale", "venga", "desde luego" etc d’un côté ; "bon", "mais", "et bé", "allez", "heu" etc de l’autre.
      Le pire étant quand ça se transpose à la radio, qui en tant que média véhicule aussi un standard linguistique. Sans parler de l’enseignement immersif.
      Pour une nouvelle arrivante prenant des cours en gau eskola, scolarisant ses enfants en ikastola, et n’ayant que la radio comme autre environnement linguistique, il leur sera impossible de prononcer correctement. Ce n’est pas à eux que revient la faute, mais à ceux qui n’ont pas conscience de ce qu’ils transmettent
      À une époque pas si ancienne on pouvait dire de quel coin était telle personne selon son parler. Aujourd’hui ce n’est flagrant que pour les bizkaitar et les xiberutar. Pour le reste, dans la majorité des cas il faut une oreille un peu fine pour distinguer les variations dialectales du Goierri ("aurki jungo dare"), de Basse Navarre ("jinen niz, ta ziek ?"), ou de basse Bidasoa ("eudek egondu zien") ou le phrasé limpide du haut Labourd ou du Baztan, ces formes dialectales se faisant de plus en plus rares et ne se trouvant que chez les locuteurs natifs (de plus en plus rares, donc).
      La majorité de ce qu’on entend à la radio et sur ETB1 ou Kanaldude c’est de l’euskara batua teinté d’espagnol ou de français, avec les fautes et tics mentionnés précédemment. Personnellement ça me hérisse, de même que me hérisse l’ignorance des gens d’"Iparralde" concernant "Hegoalde", et réciproquement (l’ignorance de ces derniers est plus importante mais c’est juste par effet de nombre, la paresse intellectuelle est semblable partout).

      Imaginez l’inverse : quelqu’un parler français avec une prononciation fortement teintée d’euskara, faisant des transpositions littérales de l’euskara et employant en mode phatique des mots d’euskara. Il susciterait immédiatement moqueries et mépris, très semblables à celles qu’avaient naguère les "gens de la haute" envers les ruraux qui ne causaient pas comme à Paris. Car le rapport de force sociolinguistique donne évidemment bien plus de prestige au français qu’aux langues qualifiées de régionales.
      C’est ce sentiment de honte sociale mêlé à un mimétisme vis à vis de la bourgeaille qui a mené dans plusieurs langues d’Europe l’évolution du phonème [r] vers le [ʀ] puis dans les dernières décennies [ʁ]. C’est le cas en France, Allemagne, Belgique, Danemark, quelques bouts de la Suède et Norvège (possiblement sous influence du Danois), à Lisbonne puis de plus en plus dans le reste du Portugal, et peu à peu en Italie du Nord, notamment val d’Aoste et Sud Tyrol.
      L’euskara en Labourd a connu pour le r non-intervocalique cette même évolution [r] > [ʀ] > [ʁ] depuis déjà plusieurs décennies. Dans des professions plus manuelles et les milieux plus ruraux on trouve quelques [r] relictuels (notamment vers la montagne) et le [ʀ] s’est maintenu plus tardivement (autant en euskara qu’en français). D’ailleurs ce "grasseyement" a longtemps été l’objet de moqueries de la part des francophones "bien éduqués" vis-à-vis des "arriérés de la montagne".
      L’euskara de Labourd, Basse-Navarre et Soule n’a pas été épargné par cette évolution, qui a fait qu’inconsciemment on a absorbé une prosodie et une prononciation perçues comme plus "élégantes". Et aujourd’hui, alors que l’euskara a regagné de l’acceptation sociale, il reste à recoller les morceaux en termes de qualité orale.
      Je ne sais quel remède y apporter, mis à part (pour ceux qui en ont conscience) parler soi-même correctement, en espérant que cela pourra provoquer un déclic, notamment chez les jeunes locuteurs plus à même de changer de mode.

      Concernant les noms de lieux dans l’usage oral
      Comme on dit ici : amen, zu hor ta ni hemen. Depuis votre vécu l’usage des noms basques aurait un côté grotesque, depuis le mien l’usage des noms français aurait un côté cucul et désuet. Les usages "officiels" bougent selon que les usages individuels combinés fassent majorité ou pas. Pour le reste, ce sont des questions de vécus personnels, dont on peut difficilement tirer quoi que ce soit d’objectif.

      Concernant la "bascophilie" de la Gascogne proche
      Pour que, vu depuis le Pays Basque, cela soit considéré comme une reconquête, des siècles après, de terres qui avaient été "perdues", il faudrait d’abord qu’une proportion conséquente des habitants du Pays Basque soient au fait de l’histoire de ce territoire. C’est vraiment loin d’être le cas.
      Pour la génération de mon père, le "gaskoñ" c’est celui qui parle français mais pas euskara, et c’est à peu près tout, ils ne poussaient pas la curiosité plus loin. La connaissance de la Gascogne était au mieux fragmentaire, le plus souvent inexistante. Pour les trentenaires d’aujourd’hui, c’est "les Landais" et "les Palois". La vision de la Gascogne comme terre antiquement (proto)bascophone puis latinisée n’existe que dans de petits cercles et n’a qu’une portée minime. À titre d’exemple récent une démarche comme celle du journaliste senpertar Franck Dolosor n’a eu absolument aucun écho https://www.franckdolosor.com/gaskoi-akademia/

      De ce fait, plutôt que de mépris envers les cultures romanes environnantes, je verrais plus basiquement une ignorance totale à leur endroit, ignorance qui n’est pas surprenante quand on voit déjà la faible connaissance mutuelle entre "Iparralde" et "Hegoalde", que 30 ans d’ouverture de frontière franco-espagnole n’ont que trop peu comblée.

      Quant au fait que je trouvais réjouissant cette appropriation progressive du fait basque dans la Gascogne proche, je me rends compte qu’elle provient d’une vision différente de la vôtre quant aux causes de cette évolution. Là où vous voyez un symptôme français de déculturation, j’y vois au contraire quelques bourgeons qui poussent encore malgré le passage des bulldozers, et même s’ils s’orientent vers autre-chose que leur histoire récente, il reste malgré tout une envie de faire partie d’un ensemble palpable, proche, à échelle humaine.
      Si par comparaison vous regardez l’état de déliquescence culturel de la Champagne, ou d’endroits comme la Nièvre, la Haute Saône, le Bassin Parisien périphérique, ce n’est pas seulement qu’ils ont oublié de longue date ce qu’ils étaient, ils en ont aussi perdu conscience et perdu la moindre envie de faire partie de quelque-chose
      Ou sans aller aussi loin, le Tarn et Garonne et le Lot et Garonne sont aussi touchés, comme le traduit le vote FN que vous aviez bien analysé à l’époque.
      Comme vous l’aviez noté dans la même analyse, les dynamiques en cours en Labourd, Basse-Navarre et Soule peuvent y constituer un antidote (à quelques caveats près comme le bas-Labourd périrubanisé)
      Et j’ai la faiblesse de penser que là où il reste une identification culturelle, un sentiment (même maladroit, même indirect) de faire partie d’une communauté vivante et dynamique, il y a un espoir quant à la résilience sociale face aux problèmes globaux à venir

      Question de néophyte : n’y a-t-il pas une graphie de référence pour le gascon ? Si non, pour quelles raisons ? Si oui, pourquoi n’est-elle pas connue par les rédacteurs de panneaux et documents publics ?

    • Les explications de Lohitzundar sont très intéressantes.
      En même temps, il faudrait des enregistrements, parce que je suppose que quasiment personne (en tout cas pas moi !) ne sait interpréter les notations de l’alphabet phonétique. Je ne sais même pas bien ce qu’est le
      "grasseyement" du r. Mais à l’écoute, je pourrais comprendre tout ça.
      Je comprends quand même qu’une étrange lame de fond s’attaque, dans toute l’Europe, à ce que j’appelle le r roulé.
      C’est une sorte de snobisme qui est à l’oeuvre. Je sais que l’imitation des classes supérieures a toujours joué dans l’évolution des langues...

      Ces questions d’univers sonore, comme dit Vincent, sont au coeur de notre sujet gascon, selon moi.
      Transmettre la langue sans sa musique, ça ne va pas.
      Mais comment donner envie d’une musique plus authentique ?
      Si nous sommes quelques uns à avoir cette envie, pourquoi pas plus de monde, pourquoi pas les jeunes ?

      Dans l’aperçu que Lohitzundar nous donne du néo-basque, je retrouve des faits déjà rapportés par l’instituteur basque retraité, relayé par la lettre de l’IBG sur la perte dramatique de qualité de la nouvelle langue basque.
      Si même au Pays basque...

      Dans le meilleur des cas, le gascon rencontrerait le même problème.

      Le texte de Franck Dolosor donné en lien par Lohitzundar est émouvant.

      Sur la question de néophyte « n’y a-t-il pas une graphie de référence pour le gascon ? » :
      Il y a plusieurs normes graphiques qui peuvent servir de référence.
      Celle qui est actuellement dominante dans les tentatives d’affichage public du gascon est la norme alibertine portée par les occitanistes.
      Nous avons déjà parlé ici en long et en large de sa non compréhension par le grand public, qui crée des erreurs à la chaîne déjà dans la chaîne de production des écrits, mais de toute façon aboutit massivement à des prononciations monstrueuses du type Bayonà au lieu de Bayoune (cette graphie alibertine écrivant "Baiona")...

    • Je suis ignorant des questions basques et béarnaises mais il me vient une hypothèse ( qui a dû être déjà formulée par les spécialistes) : les régions d’élevage n’auraient-elles pas gardé leurs spécificités culturelles contrairement aux régions d’openfield ,sans compter d’autres facteurs locaux ( langue non romane, attraction d’un pôle urbain, migrations intenses) ? Je pense à l’opposition entre Bazadais et Bordelais, au Massif central et aux Pyrénees vs la vallée de la Garonne...

    • Quelques explications ici https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Phon%C3%A8me_/r/_en_fran%C3%A7ais

      [Milesker, Lohitzundar. J’ai pu entendre les différents r ; c’est que je souhaitais.
      Tederic M.]

    • Gaby dit "les régions d’élevage n’auraient-elles pas gardé leurs spécificités culturelles contrairement aux régions d’openfield"

      Je dirais plus largement que la culture est liée à la manière de vivre son écosystème. Beaucoup de cultures, langue incluse, naissent/meurent quand naît/meurt un paysage qui est le résultat visible d’une manière précise de vivre sur un pays.

      Pour revenir à notre triangle aquitain, son particularisme culturel et son modèle original de paysannerie ont été à mon sens deux faces d’une même pièce.

    • Essayons d’esquisser (rapidement, ça mérite un livre) en quelques traits les axiomes qui ont singularisé "l’hypergascogne" dans la manière d’appréhender l’espace et d’y vivre :

      - organisation concentrique des cercles d’appartenance cazo>beziaw>batx/ünibersitat qui sont à la base notamment de l’utilisation de l’espace et du partage des ressources
      - superficie conséquente en propriété collective indivise
      - inaliénabilité et indivisibilité de chacun des trois cercles
      - mobilité non-réservée à une classe restreinte de la population : du fait de l’égalité des maisons, toute famille a pu comprendre bergers, rouliers, soldats etc...)
      - inégalités sociales contenues
      - modèle familial (couple, enfants, lignée) et sacré peu Judéo-Grec par bien des aspects

      En négatif cela tradui(sai)t une moindre pénétration du droit romain, du féodalisme, du contrôle des moeurs par l’Eglise, du capitalisme libéral... que sur les rives de la Méditerranée ou chez nos voisins Gaulois.

      Remarque annexe l’openfield vs l’enclos est une alternative théorisée à partir des observations des paysages ruraux au début de l’époque contemporaine en France (au sens "Nord de la Loire"), Bénélux, Angleterre, Allemagne. Il s’applique mal au bassin Aquitain et à l’espace circumpyrénéen mais révèle tout à fait des liens fonds ethnique/paysage rural.

    • Mon expérience de la conservation de la langue autochtone :
      - village des Corbières (chez ma femme) : monoculture de la vigne depuis l’arrivée du train, habitat regroupé. C’était encore la langue utilisée par les hommes qui se regroupaient pour discuter dans les années 1990.
      - sud-Aveyron (où je vis) : surtout élevage de brebis pour le Roquefort. C’était la langue utilisée par les personnes âgées sur les marchés dans les années 1990, mais elle reste toujours très majoritairement comprise, et beaucoup de termes francitans sont utilisés "de longue".
      - basse vallée du Lot (mon pays) : polyculture majoritaire jusqu’en 2000, élevage un peu maintenu sur les côteaux, arboriculture et maïs-tournesol en plaine. C’était la langue utilisée par les personnes âgées en famille dans les années 1970, mais aujourd’hui même l’accent semble reculer chez les jeunes, dû à un fort brassage de population.

      Conclusion : c’est avec une génération d’écart selon les situations que le basculement de langue s’est produit chez les paysans, en fonction du poids du monde urbain environnant, et des migrations.

      D’ailleurs le mot paysan lui-même était porteur d’une identité culturelle et linguistique, valorisée de l’intérieur, mais plus ou mois dévalorisée de l’extérieur. Aujourd’hui il ne parait plus revendiqué que comme un marqueur professionnel.

    • Ce qui est absolument certain et qui est souvent caché par les occitanistes qui ont souvent honte du caractère rural de la langue (d’ailleurs, le fait que bcp parlent pointu en français, me semble être en lien avec ça), c’est que "l’occitan" en général est parlé par les paysans et que plus les villages sont agricoles (élevage), plus il y a de locuteurs.

      Savez-vous comment, en tant que "collecteur", je peux savoir s’il y a des locuteurs ou pas dans la commune ? A la merde qu’il y a sur la route ! Si c’est tout joli, tout propre, zéro, si la route est pleine de bouses, de cagalhas de brebis et de boue, bingo. Ça ne rate jamais !

      Mais on viendra vous expliquer que l’occitan, c’est aussi dans les villes ; Ah bon...

    • Pour tenter de relativiser le choix de la commune de Lichos, sans doute pas forcément attaché au Béarn, il faut admettre que ces dernières décennies, de nombreux bascophones se sont mariés dans le village, apportant avec eux leur langue et leur identité.

      Comme le souligne lors d’un témoignage vidéo en basque, Gaxuxa Cledou (Oyhercq, 1937) mariée à un Lichosien (je trouve ce gentilé français hideux au passage), il y aurait dans quasiment chaque maison un(e) bascophone à Lichos, suite aux mariages justement. Gaxuxa avait naturellement appris le "béarnais", et le parlait au quotidien avec ses beaux-parents, quand son mari, lui, était passé au français. Ce n’est à priori pas un cas isolé, si l’on suit les dires de cette néo-lichosienne en tout cas !

      Oui Lichos est et restera Béarnais(e), mais les relations avec les Basques ne datent pas du 1er janvier 2017 (création CAPB) ! Cela fait déjà deux/trois générations que Lichos flirte avec le Pays basque...

      https://ahotsak.eus/lohitzune-oihergi/pasarteak/loh-001-024/

      • Le souci, c’est que quand un village n’est plus dans un canton béarnais (au sens de composé de communes relevant du Béarn historique, vu que celui-ci, dans les faits, n’a plus aucune existence légale), plus même dans une interco béarnaise à défaut d’une interco béarnaise unique, un village où il semblerait que le gascon soit une langue morte et que la seule langue parlée, à l’exception du français, est le basque, je vois difficilement comment il sera possible de sauver l’appartenance béarnaise de Lichos dans les décennies à venir, d’autant qu’il ne faut pas nous leurrer, la grande agglo basque, qui ne peut s’entendre d’un point de vue de la rationalité administrative (ce découpage n’a aucun sens, surtout pour le BAB), constitue fatalement les prémices d’une division du département, au gré des transferts de compétences, sur un critère culturel et ethnique, ce qui peut être très légitime.

        Or, si Lichos est un symbole, notamment celui de l’impuissance béarnaise à exister (cf la triste affaire du pays de Béarn), c’est surtout une frontière qui a 1.000 ans, qui date de la conquête béarnaise des pays de Garenx et Reveset. Lichos figure dans le remembrement des feux du Béarn de 1385, tout de même ! Et ça, honnêtement, quand on est béarnais, on ne peut pas laisser faire. Ce n’est pas le cas d’Esquiule, qui est une terre aux deux tiers bascophone, en continuité géographique avec Barcus, l’on peut débattre, c’est vraiment un village gasconophone annexé. Les Basques ont suffisamment gueulé devant les projets initiaux de fusion des cantons de Navarrenx et Saint-Palais.

        Quand il s’agissait de rejoindre l’intercommunalité souletine, pour des motifs peut-être légitimes de maison de retraite, on pouvait éventuellement l’accepter, d’autant que Lichos restait alors dans son canton béarnais initial, mais là, la grande agglo basque et avec le redécoupage des cantons, l’on est nettement sur autre chose, l’on est sur un projet national. C’est vraiment parce que les Béarnais sont absolument apathiques que tout cela passe si facilement. Mais il y a quelque chose de très choquant à ce qu’un conseil municipal puisse parvenir à revenir sur quelque chose que l’Histoire a mis des siècles à faire, sans même que cela ne choque, ou ne fasse pas plus qu’un article nul dans le groupe Sud-Ouest. J’imagine si les Béarnais avaient annexé un village basque ...

        C’est certainement du petit patriotisme béarnais de ma part, et les élus de Lichos ne le comprendraient pas, vu les choix qu’ils ont faits, mais voilà, cela me choque. Je dis cela en toute conscience de la profonde mixité des lieux, de la connaissance parfaite de l’unité de la zone, des mariages entre Souletins et Béarnais, de l’appartenance commune à l’évêché d’Oloron, bref, que la frontière n’en a jamais vraiment été une ... sauf qu’elle était. Nous ne sommes pas au Kosovo, mais ce n’est pas correct.

    • Je n’ai pas d’avis pour Lichos béarnais ou basque ou béarno-basque.

      Mais pour ma part je n’aurai pas les "scrupules gascons" de Vincent si un département de l’Adour regroupant le PB et le sud landais avait été créé...

      https://www.anecdote-du-jour.com/l-adour-premier-departement-francais/

      • J’ai des scrupules, car je suis conscient de la réalité du terrain, notamment du fait que le projet de grande agglo basque a été porté par le maire de Bayonne, qui est certes né à Briscous, mais qui n’en est pas moins représentatif de la réalité de la doxa bayonnaise actuelle.

        Bref, je suis intimement conscient que le découpage de la grande agglo est une folie pure pour Bayonne : par exemple, en matière d’urbanisme, cela signifie qu’un même PLU va régir Bayonne et Sainte-Engrâce, mais pas Bayonne et sa banlieue nord, en l’espèce Tarnos, Ondres ou Labenne. La conséquence sera évidemment un manque de concertation et le probable étalement urbain, encore et toujours, côté landais, conceptualisé comme un dépotoir de la ville.

        Bref, j’ai des scrupules, tout en m’indignant, car j’ai du respect pour le nationalisme basque. Mais en s’alliant à la bêtise préfectorale de la technostructure française, qui a redécoupé n’importe comment la France en agglomérations, je trouve qu’il a manqué de respect à la réalité plus complexe du contexte local ("Iparralde" est devenu un but et ses frontières sont sanctuarisées), mais surtout, qu’il n’a pas fait un cadeau à Bayonne, pour son développement économique. Car, à la vérité, ce n’est pas comme si la rive droite de l’Adour n’était pas l’hinterland naturel et historique de la ville ...

        J’ai pu l’écrire par ailleurs, la vraie solution, qui pouvait satisfaire à la fois l’efficience administrative et les réalités culturelles, c’était une grande agglo bayonnaise, sur les frontières strictes de la réalité socio-économique de la métropole bayonnaise, à savoir, en gros, d’Ilbarritz à Labenne, et d’Anglet à Lahonce, à cheval sur les deux départements, avec une obligation de densification, de meilleure intégration, ce qui passe par des documents d’urbanisme stricts (et sur le plan culturel, trilinguisme de façade).

        A côté de cette agglo intégrée et efficiente, des agglos aux tailles diverses : le Labourd, la Basse-Navarre, la Soule côté basque, le Seignanx, le Maremne-Gosse côté gascon, qui chacune, vivent leur vie, sans nier Bayonne, mais en favorisant tout de même la vie locale, et l’ancrage autour d’une ville moyenne, la fameuse France périphérique, car, somme toute, Saint-Palais et Tyrosse, même combat, celui d’éviter de devenir un amas pavillonnaire et de parvenir à dynamiser l’économie locale, sans être la remorque du seul dynamisme de la grande ville aux alentours, avec en plus le phénomène côtier qui s’empare de l’intérieur des terres.

        Voilà ce que je pense. Mais manifestement, ancrer "Iparralde" sur les cartes, tout comme les occitanistes ont été obsédés par l’idée d’un nom sur la mappemonde, était plus important. C’est une catastrophe pour nos petits pays.

    • Tout à fait d’accord ,Vincent, sauf quand tu écris "d’Ilbarritz à Labenne"(corrigé il est vrai par "en gros" ).Si nous acceptons la réduction à la banlieue bayonnaise du sud de la Maremne c’est comme si nous acceptions que la métropole toulousaine s’étale jusqu’à l’Isle Jourdain ,Saint-Lys et Muret(voir par ailleurs).Que l’agglomération bayonnaise intègre Tarnos comme jadis Le Boucau me semble normal,inscrit dans la géographie .Mais pas Ondres et encore moins Labenne,naturellement reliées au Seignanx par une route horizontale allant de la plage d’Ondres jusqu’à la D 817 à St Martin .Du reste chaque fois que je reviens dans les Landes depuis Bayonne j’ai toujours l’impression de passer une sorte de limite en arrivant dans cette sorte de no man’s land en bas de la côte ,du côté de la gendarmerie et de l’étang de Garros avant de remonter vers le bourg d’Ondres.On passe dans un autre pays qui n’est plus celui ,urbanisé,du BAB.

      • Je suis assez partisan de laisser aux métropoles quelques communes encore rurbaines, pour qu’elles puissent éventuellement encore se développer un peu dans les décennies à venir, voire constituent une ceinture verte, un peu comme Bruxelles et la forêt de Soignies, qui sépare cette enclave, ni wallonne, ni flamande, de la Wallonie.

        Pour ce qui est d’Ondres et Labenne, nous sommes sur ces limites de l’agglomération, où l’on ne sait plus trop bien si l’on vient y vivre parce que l’on travaille à Bayonne, parce que l’on travaille à Capbreton ou par simple effet côtier. Ce qui est certain, c’est que ça construit en tout sens, et que la proximité de Bayonne ne doit pas y être pour rien.

    • Aqui.fr : Pays basque : les premiers voeux du président Etchegarray à son bébé

      - les transports :
      « la mobilité a été revisitée : un nouveau périmètre (159 communes avec Tarnos qui jouxte Bayonne) »
      Tarnos qui ne fait pas partie de la nouvelle Communauté, en partie parce que le Département des Landes ne le veut pas, est ajoutée à son périmètre pour cette compétence.
      C’est un exemple de contorsion pour prendre en compte le bassin de vie alors que la Communauté est conçue sur un périmètre identitaire basque (qui cependant inclut des zones gasconnes !).
      Mais ça ne peut pas aller comme ça : le périmètre transports sera toujours orienté à l’extrême vers la montagne basque et tronqué côté Adour et Landes.

      - Compétences diverses en train d’être prises en charge par la Communauté Pays basque :
      « eau et assainissement, milieux aquatiques, prévention des inondations, petite enfance, jeunesse, autonomie, handicap, précarité, hébergement d’urgence, santé, sport, culture… »
      Pour tout ce qui concerne l’eau, des contorsions seront sans doute nécessaires pour se conformer au périmètre naturel : le bassin de l’Adour !

      - Politique linguistique :
      « C’est une orientation majeure pour affirmer et valoriser l’identité de notre territoire. Nous avons consacré de nouveaux moyens financiers, nous assurons la l’Office Public de la Langue Basque, et nous adopterons bientôt un projet de politique linguistique pour insérer l’euskara dans les politiques publiques. De la même manière, pour la 1° fois, la culture et la langue gasconnes vont bénéficier d’un travail de fond »
      Le gascon est donc nommé. C’est un symbole non négligeable (et aussi le fait qu’enfin, c’est le mot "gascon" et non "occitan" qui est utilisé).
      Mais on peut le voir comme un lot de consolation alors que la logique de fond de la nouvelle Communauté est de promouvoir l’identité basque même dans les zones anciennement de langue gasconne que sont une partie du BAB, le pays de Bidache, La Bastide Clairence, et... Lichos !

    • Bayonne compte plus de 50 000 habitants (11000 habitants de plus qu’en 1995.
      http://www.sudouest.fr/2018/01/22/plus-de-50-000-habitants-4131533-4018.php

      D’où viennent ces nouveaux habitants. (Je n’ai pas lu l’article qui n’est pas visible en ligne)
      Je suppose qu’un certains nombre viennent des Landes de Gascogne voisines.

      • Je ne sais pas si cela a un sens véritable de mesurer l’afflux de population à Bayonne, sans prendre en compte le contexte métropolitain de la conurbation du BAB, sauf à s’interroger sur la possibilité d’un renouveau des hyper-centres, mais là encore, le territoire communal de Bayonne ne se réduit pas au centre, et d’instinct, je suppose que l’afflux de populations est en lien avant toute chose avec les constructions résidentielles (en plus réussi que le fameux "Hameau du Plantoun"), et non pas un retour des gens au centre-ville.

        Pour le reste, ce que l’on peut dire, c’est que l’on est à bloc face à un héliotropisme classique de côte atlantique, et que les communes de l’intérieur qui prennent des habitants le font en accueillant ceux qui fuient les loyers et coûts prohibitifs de la côte.

        De plus en plus d’habitants au Pays basque et Larressore décroche la palme

      • Suivez le lien donné par Vincent ci-dessus !
        A jo que m’a balhat l’escasenço de counéshe Larressore : un bourg a un binténat de km dou BAB sus la route de Cambo... un bourg qui baÿ uo bilo ! (un bourg qui devient une ville)
        Typique de l’étalement urbain, qu’on retrouve identique en Bordelais, et même... à Tonneins ou Casteljaloux (en plus petit) !
        Ce qui est différent à Larressore, c’est - les photos de l’article en lien le montrent - une affirmation basque au moins de façade : noms de rue unilingues basques (Seminarioko bidea = chemin du Séminaire, Herri Ondoko bidea = chemin de Bonne ville* ?)

        * Herri Ondo : un néo-toponyme basque ?

        Affirmation de façade au sens propre avec les pignons néo-basques du Lotissement Herri Ondo...
        D’un point de vue gascon, je dirai : mieux vaut une affirmation de façade que pas d’affirmation du tout ! Ensuite, aux basquistes d’approfondir...
        De plus, je pense qu’une partie de ces nouveaux habitants sont originaires du Pays basque, mais "chassés" par la montée des prix de l’immobilier sur la côte.
        Le paragraphe suivant de l’article le laisse entendre :
        « Parmi les jeunes de 20/25 ans qui viennent habiter Saint-Pée-sur-Nivelle dans des immeubles collectifs ou bien pour construire leur propre domicile. Ils viennent de la zone littorale de Saint-Jean-de-Luz et aussi d’Ascain. »
        Je remarque aussi la phrase sur le maire de Saint Pée « qui veille aussi à ce que sa commune demeure à "taille humaine" ». Ils disent tous ça ! (tout en signant les autorisations de lotissement)

        Pour revenir sur l’augmentation de population à Bayonne, je partage les réserves d’analyse de Vincent. C’est un peu atypique pour une commune centre, mais il faudrait connaitre les lieux exacts d’implantation de la population nouvelle pour juger. Toujours se méfier des biais statistiques qui résultent des limites communales !

        Cela me fait penser à Pau, où la ville centre (pas l’aire urbaine !) perd régulièrement de la population ces dernières années, et où l’équipe Bayrou donne l’impression de miser sur une gentrification grâce aux retraités, à attirer par des prestations (paysagères et autres) haut de gamme. Je pense que c’est jouable si cette politique est suivie sur le long terme, donnant à Pau une image chic. Il faut du temps et une vision pour changer une image, mais Pau ne part pas de rien, avec son histoire de villégiature anglaise et son balcon sur les Pyrénées.
        D’un autre côté, une ville ambitieuse doit aussi être généreuse, elle ne doit pas jouer une seule carte, mais plusieurs. Il faut aussi, selon moi, imaginer des villes centres où des gens modestes se sentent à l’aise.

      • https://france3-regions.francetvinfo.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques/pays-basque/pays-basque-comment-village-larressore-s-adapte-son-essor-demographique-1393875.html

        Je ne suis pas certain que l’essor démographique de Larressore soit porté par une migration de bascophones exclus de la côte, on est bien plus sur le déversoir du BAB et ses prix fous.

        Pour le reste, je suis un peu embêté par la mentalité qui prévaut : vivre à la campagne mais bénéficier des services de la ville. C’est tout de même schizophrénique et pousse toujours plus à maintenir la fiction de l’égalité des territoires, alors que je suis persuadé, me concernant, que c’est dans l’acceptation de la différenciation des modes de vie selon les lieux que l’on pourra coller au mieux à la réalité du terrain.

    • Herri Ondo = près/proche de la ville/village

      [Merci Bruno.
      Tederic M.]


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