LO FLISQUET E ERA CLAVETA... L’horloge biologique des gascons...

- VERDIER Gilles

Une étrange croyance a subsisté jusqu’au XXème siècle en Bigorre.
On croyait que le fait d’être malade était dû au dérèglement d’un mécanisme, d’une espèce d’horlogerie interne.
Pour nommer le phénomène, la langue gasconne avait deux familles de mots :

• Dans la plaine de Bigorre et le Rustan, on parlait du « flisquet ».
« Tiòc, qu’ei lo flisquet e que s’at tròba : Qu’a lo flisquet deus estomacs de qui non se torna pas flisquetar…  ».
«  Oui, c’est le loquet et il s’en ressent : Il a le loquet des estomacs qui ne se remet pas en place… ».

• En montagne et coteaux de Bigorre, on expliquait la maladie par un défaut d’ « era claveta ».
« A eth praube, qu’a era claveta desclavetada ! »
« Ah le pauvre…, il a la clavette détraquée ! »

« Flisquet » dans la plaine, « claveta » en montagne ; ces mots gascons traduisaient le souci d’une explication mécanique pour la bonne marche du corps et donc de la santé.

Origine de ces mots.

Lo flisquet  :
• c’est en gascon : le loquet de porte, le loquet poucier.
• C’était aussi ce nom qui servait donc à désigner cet « organe » supposé qui réglait ouverture/fermeture « des estomacs ». Pour être en bonne santé, le «  flisquet » devait «  flisquetar » parfaitement.
• Rappelons également qu’en gascon du Gers et en occitan languedocien lo «  flisquet » est toujours le nom de l’extrémité cartilagineuse inférieure du sternum, l’appendice siphoïde. On est toujours dans la même zone anatomique. Dans le gascon du Béarn, cette partie est appelée « lo calèr ».

Era claveta.
• C’est en gascon : la clavette.
• C’était aussi cet organe mystérieux. Dans la revue « En Courné det houec » hiver 1926/27 (extraordinaire journal fait par des instituteurs du 65 pour les cours d’adultes paru de 1925 à 1940), on peut lire p.35 un article très intéressant d’un certain J. Brochain : «  …qu’est-ce que la « claouette » ? Voici ce que j’ai pu comprendre. A la hauteur de l’estomac, sur la face interne de la colonne vertébrale sans doute, se trouve, parait-il, une proéminence osseuse faisant penser à un support quelconque, à un clou (claou en patois). A celui-ci venait s’accrocher une espèce de balancier terminé par un anneau. Lorsque cet anneau venait à quitter son piton de suspension, le pendule ne marchait plus. On était « desclaouetat ». On éprouvait des malaises inexplicables. Alors l’intervention de la rebouteuse devenait nécessaire…  »

Derrière ce vocabulaire, il y a la croyance ancestrale à l’existence d’une horloge interne qui règle notre corps et notre santé. Nos anciens n’avaient sous les yeux, comme « mécanisme », que l’horloge dont la régularité garantissait la bonne marche. Pour eux, notre corps relevait d’un même mécanisme.

Etymologie :

«  Flisquet ».
«  Flic / flisc  » est une onomatopée utilisée depuis l’occitan du Moyen-âge : «  De flic en floc  » = onomatopée pour rendre le bruit des ciseaux.
En occitan languedocien, on a :
«  flisc/flesc/flasc  » : onomatopée d’un claquement.
« fliscar/flicar/flingar » : faire claquer le fouet.
« un flisquet  » : un fouet, un loquet, l’appendice siphoïde.

En gascon,
« flicar » : claquer
« flic-flac » : onomatopée d’un claquement.
«  lo flic / flich » : le loquet
« lo flisquet » : le loquet, l’appendice siphoïde.
« fliscar / flisqueta  » : fermer le loquet
« flisquetejar / fliscotejar » : faire jouer le loquet.

Dans la série étymologie à base d’onomatopée, on a aussi : clic, clisc, clac… qui a donné
• en occitan du Moyen-âge : « clinquet » : loquet
• en français : « clic-clac », « une claque », « claquer », « un cliquet »…
• en gascon : un clec », « un clac », « clacar »….,« lo clisquet » : le loquet, « clicar /cliscar, clincar » = cliqueter, « cliquetar » : cliqueter, « clisquetar » : fermer le loquet

« La claveta ».
C’est le latin « clavus » = le clou + le suffixe diminutif -eta.

Il est amusant de constater le nombre impressionnant de sites internet spécialisés dans « l’horloge biologique » qui se trouverait dans les « noyaux suprachiasmatiques de l’hypothalamus »…

Donc quan lo flisquet « non flisqueta pas mes », qu’ei empr’amor deus nuclis supraquiasmatics de l’ipotalamus.. ! Que l’at diderèi au Ramonet de la Sèrra…

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