Omatge a Robert Coustères "l’Arrajat"

Lo chafre sus la maison armanhaquesa Le crépis sur la maison traditionnelle d’Armagnac

- Tederic Merger

Groupe de maisons à Eauze en 2010.

Un còp, que devèva estar en 1996 o 97...

Ma mère m’a dit au retour d’une petite excursion à Montréal-du-Gers [1] : "Dommage que tu n’aies pas été là"...

Elle avait rencontré par hasard Robert Coustères, qui devait s’occuper d’une expo sur la maison traditionnelle, autour de ses idées sur la fonction du crépi sur les maisons à colombage.

Ma mère avait eu, en gascon, un petit échange avec lui. Au passage, il avait exprimé son opposition aux occitanistes, des gens de Toulouse...

Peu après, Robert Coustères, déjà âgé, amoureux à la fois de l’architecture traditionnelle et du gascon, et sans doute de tout ce qui faisait l’Armagnac d’autes còps, est mort.

Aujourd’hui, par une recherche par Google sur "Robert Coustères", on ne trouve pas grand chose, sinon ceci :

"Lo Quilho [2], cher à Robert Coustères, a vu sa renaissance et son développement ces dernières années sous le nom de ¨Palet Gascon."

Heureusement, j’ai gardé précieusement quelques feuilles que ma mère m’avait ramenées, et qu’il lui avait données :
des articles courts, en gascon, en graphie "Gastou Fébus", et avec l’entête, à la fois de "COUNTAIRES DE GASCONHA" et "Maisons paysannes de France".

La prose de Robert Coustères est riche et imagée (je ne comprends pas tous les mots ni toutes les images).

Le passage que je recopie ici est en français mesclat de gascon.


Auch, estiu 1996

"Maisoun de Gascougno"

à Mèstes Cousinès e Binatès : André Daguin, André Dubosc, Jòrdi Nosella

Las aussarigos

Il n’en reste presque plus.
Gn’a pas banlèu mei nàdo.
Des vraies maisons de colombage en Armagnac, crépies - chafràdos - à l’or du sable fauve préparé à la chaux grasse.
Pour la couleur et pour le grain, c’est comparable à une belle oie bien dodue.
Io bèro auco plan guiuado. Afrediado.
Au bout de la découpe du "màntou" pour décoller "lous quoate leuats", le reste, pihat - pendu - par le cou, tel le Patrimoine après l’arrachement de la tradition du "coulanà" réduit sous l’apparence de ses carcasses : "las aussarigos".

Dab las damisèlos ser la grilho que bam beue bin palhet.

A la bosto :
l’arrajat embucayre


Quelques explications :

Mèstes Cousinès e Binatès = Maîtres cuisiniers et vignerons (bien que je ne trouve pas binatè/vinatèr dans les dictionnaires !)

Gn’a pas banlèu mei nàdo = N’i a pas ballèu mei nada = Il n’y en a bientôt plus

chafre = crépi, donc chafràdo = chafrada = crépie (participe passé au féminin)

Io bèro auco plan guiuado. Afrediado. = Ua bèra auca bien ... ??? = Une belle oie bien ... ??? =

coulanà = colanar = colombage (las coulanos / las colanas = les pans de bois du colombage)

l’arrajat embucayre = la signature facétieuse de Robert Coustères

 

Enfin, sur le fond du problème, une citation tirée du même feuillet, d’un article donné à la revue "la Talanquère" de Robert Castagnon :


Ço que parech coum lou nas entremei lous oelhs, lous mauajits qui saberen pas s’esmole un picassoun ende trucha legno t’at saben pas bese que forço coulànos soun de boy sounco boun end’ou hoec : brouncut, brancos, estoursut, puntos de cassou, arrebouchut, pè-tèrros, i a de tout.
Calhiuados jasudos coum s’escay - tanplan que teng - aquiu las probos qu’aqueros coulànos, lous qui las an picados lèu-hèit sabèn que las boulèn a l’estujoc, capèrados de chàfre.



En bref, les maisons traditionnelles d’Armagnac était faites de "coulanes" de bois tordues et inesthétiques, qui devaient être cachées par le "chafre" (crépi).
C’est donc une hérésie de faire réapparaitre ces coulanes en pensant revenir à l’authentique.

Encore une traduction : forço coulànos soun de boy sounco boun end’ou hoec = beaucoup de "coulanes" sont d’un bois fait seulement pour aller au feu

Je transcris sa dernière citation en graphie alibertine, pour que le lecteur puisse comparer :

Çò que pareish com lo nas entremei los oelhs, los mauajits qui saberén pas s’esmòler un picasson ende truchar [?] lenha t’ac saben pas véser que fòrça colanas son de bòi sonca bon endeu hoec : broncut, brancas, estorçut, puntas de casso, arreboishut, pè-tèrras, i a de tot.
Calhivados jasudas com s’escai - tanplan que ten - aquiu las pròvas qu’aqueras colanas, los qui las an picadas lèu-hèit sabèn que las volèn a l’estujòc, caperadas de chafre.

Notes

[1"Montréal d’Armagnac "aurait plus de gueule.

[2lo Quilho : la quilha / la quille

Grans de sau

  • colana* : pièce de colombage, donc ce qui fait l’ossature bois
    *prononcer entre "coulano" et "coulane".
    Le mot français colombage et ce mot gascon ont sans doute la même origine latine (qui serait columna, colonne).
    colana = pièce de colombage, tournisse

  • J’écrivais en 2009 ceci :
    « Aujourd’hui, par une recherche par Google sur "Robert Coustères", on ne trouve pas grand chose »
    La même recherche en 2020 donne un peu plus, et d’abord le présent article de Gasconha.com (c’était aussi le but !).
    Elle donne aussi un article de la Dépêche, du 10/12/1998 :
    A l’occasion du centième anniversaire du lancement de l’Armanac de la Gascougno, Robert Coustères expose à l’espace Saint Michel [de Condom]
    « Robert défend le gascon, le vrai, comme on le parlait jadis. »
    « Il poursuit et conclut : « Je préfère mourir authentique que crever occitanisé ». »

  • guivada = nourrie, gavée, je pense.
    Palay :
    enguibà, enguiberà = gorger, rassasier (enguivar) ;
    enguibà-s, s’empiffrer (enguivà’s).
    guibe = jabot et par ext. estomac (guiva).
    Bien sûr ces mots se prononceraient plutôt enguiwà, guiwo dans le Gers.

  • A propos de chafre (qui veut également dire "surnom", comme on sait), le synonime gascon le plus courant pour "crépir" serait "perboucà" (perbocar) d’après Palay. Pourtant il donne "perboc"(crépi) comme purement bigourdan, ce qui est surprenant.
    Par ailleurs il mentionne aussi "crepi"(crepir) comme verbe et "crepit" ou "crespit" pour le français "crépi", sans indiquer la localisation ou le caractère éventuellement récent (francisme) du terme. Crepitade se dirait du crépissage (l’action).

  • <script async src="https://platform.twitter.com/widgets.js" charset="utf-8"></script>

    Un tweet ne peut pas tout dire.
    Le point de départ de ce (re)tweet montre une maison à colombage apparent à laquelle on a infligé un bardage de bois pour l’isoler.
    Or, souvent, dans nos villes et villages gascons, le colombage n’est pas apparent et Robert Coustères expliquait ci-dessus pourquoi et comment : ossature bois non régulière recouverte de chafre (un enduit qui, on peut le supposer, ajoutait à l’isolation).

    Le risque d’une pression légale indifférenciée, c’est de pousser les propriétaires à commander des travaux d’isolation inadaptés, dans le seul but de quitter à court terme les niveaux de performance énergétique F et G.

     Les diagnostiqueurs qui attribuent la note acquièrent un rôle central ! Il faut observer leurs principes et leur pratique.
     Les "guichets d’acompagnement à la rénovation énergétique" prévus au niveau des intercommunalités sauront-ils, pourront-ils, accompagner la spécificité du colombage (et d’autres spécificités locales) ?
     Les artisans locaux retrouveront-ils les compétences nécessaires ?
     Combien coûtera une rénovation énergétique ? dans le bâti ancien, les ordres de grandeur sont effarants (autant ou plus que le prix d’achat d’une maison...) ? et une rénovation de qualité risque de laisser un "reste à charge" (après déduction des aides) beaucoup plus élevé...
     A quel point pourra-t-on rester hors système ? celui qui s’accommode d’une note F ou G sera-t-il persécuté, ou le laissera-t-on tranquille s’il accepte d’habiter lui-même un logis ainsi classé ?*

    * On pourrait même imaginer que des personnes hors-système profitent de l’effondrement du prix des maisons classées F ou G pour les acheter et y vivre à leur manière !

    Il faut peut-être chercher un autre "logiciel" !


Un gran de sau ?

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