Notre région, c’est la Gascogne !

Dialogue néo-bordelais

jeudi 4 janvier 2018, par Vincent P.

Une boulangerie Paul à Bordeaux, l’on me sert un sandwich pour midi, enfin bientôt 14h.

- "Vous ne voulez rien de plus ?"
- "Haha, non, régime !"
- "Déjà ? Alors que la frangipane arrive !"
- "Je préfère la galette briochée, je dois vous dire."
- "Vous n’avez pas le droit !"
- "Pourtant ..."
- "Vous devez être du Sud, c’est pour cela."

Je suis effectivement né au sud de Bordeaux, à exactement 200km au sud plus précisément, si j’en crois les panneaux qui annoncent Bordeaux sur la route du même nom à Morlaàs, en Béarn, le centre névralgique de ma généalogie.

A ce titre, je n’ai pas vocation à donner des leçons de culture bordelaise, Bordeaux n’est que la ville où je paye ma taxe d’habitation depuis 2005 (si l’on excepte un intermède toulousain de 2 ans). Et pour dire la vérité, cela m’est bien égal que l’on préfère la frangipane ou la brioche, j’ai en horreur ces débats, du type "chocolatine".

Mais ... voilà, tout de même, cela m’a fait quelque peu mal, à Bordeaux, d’être renvoyé à ma supposée méridionalité, pour un témoignage culturel et culinaire somme toute lui-même bordelais, à savoir la préférence pour la galette briochée, et plus précisément en fait, la méconnaissance absolue de la frangipane pour l’Épiphanie.

Il ne convient évidemment pas de tirer outre mesure des conclusions sur cette brève interaction, mais elle me semble emblématique de l’absolue perte d’identité de la ville, tout du moins de sa déconnexion avec son environnement immédiat et sa tradition historique.



Grans de sau

  • Biban, le Bordelais en moi aimerait bien lui donner une petite leçon à ce boulanger (ou cette boulangère) !Dans mon enfance déjà lointaine,certes, la frangipane était bien sûr inconnue à Bordeaux.La seule,l’unique pâtisserie de l’Epiphanie était ce que tous nommaient le "gâteau-roi" c’est à dire le brioché,revêtu de sucre glace et éventuellement orné de fruits confits rouges et verts. Je vais faire de ce pas une petite tournée évangélisatrice des boulangers -pâtissiers de mon quartier et ils n’ont pas intérêt à se tromper,chocolatine ou pas !

  • Il me semble que le pain de Paul est du surgelé réchauffé en boutique.
    Pour moi aussi la galette c’est d’abord la galette briochée. La frangipane c’est bon aussi...

    A Bordeaux il y a cette boulangerie qui vend du "pain gascon".
    Je ne sais pas si cela a déjà été signalé ?

    http://www.au-petrin-moissagais.info/

  • Pareil ! La couronne des rois (jamais entendu’’galette’’ pour ce gâteau, pour moi une galette c’est aplati) me rappelle vaguement l’EPiphanie chez mes grands-parents quand j’étais drolle. A l’époque je préférais la frangipane ... Maintenant, je me suis remis à la couronne qui est quand même plus parfumée et plus évocatrice de souvenirs de fêtes traditionnelles alors que la frangipane ne m’évoque que le supermarché !

  • Et il y a une variante de la couronne qui est la lise, consommée pour la messe des Rois (messe occitane) de St Ferme. C’est un gâteau originaire de la zone limite 33/24/47 constitué d’une pâte briochée mais ayant une forme rectangulaire. C’est à rapprocher de l’alise pacaude, une brioche poitevine. Le mot aurait-il une aire de répartition continue ou (si çan’existe pas en Charentes) est-ce une importation venue avec les Gavaches ? A creuser.

  • Paul c’est cette enseigne des grandes gares, des aéroports, des galeries des grands centres commerciaux, identiquement pareille partout, avec son décor fake de poutres apparentes en plastique et d’imitations de fours aux briques en polystyrène peint en rose, qui feint d’apporter une impression d’"authentique" aux gens pressés de passage.
    Une métaphore de ce que devient Bordeaux ?

  • Dans le Lot-et-Garonne (Villeneuve Agen), c’est la "couronne" ou "coque" còca ou "coque des rois", sans fruits confits et seulement du sucre en grains dessus. À Toulouse on m’a dit que c’était "la Limoux" ? De l’Aude jusqu’à Montpellier c’est le "royaume", avec des fruits confits comme à Bordeaux et à Nice. Dans l’Aveyron, il ne proposent que la galette frangipane, mais là ils consomment toute l’année la fouace qui est la même brioche à pâte sucrée, mais moins légère.

  • Entendons-nous bien, cette question du gâteau des rois est somme toute un trait culturel récent : je pense que la généralisation de la brioche sur la France méridionale a probablement masqué une plus grande variété de gâteaux. Reste qu’il n’est pas inintéressant de constater que l’on sert un gâteau semblable en Espagne et au Portugal.

    Tout ça pour dire que l’on a le droit de manger de la frangipane ! Ce qui m’a interloqué, et c’est autrement plus significatif, c’est d’être renvoyé à mon appartenance au "Sud", à Bordeaux, la ville qui a incarné au moins jusqu’aux années 1950 l’esprit du "Sud-Ouest" en France, et était encore pour les voyageurs du XIXème siècle quasi le début d’une Espagne comportementale.

    Pour le reste, évidemment que Paul est le symbole de l’homogénéisation culturelle sur un moule métropolitain parisien de Bordeaux. Mais, il faut bien avouer que l’on y mange en moyenne mieux que dans une boulangerie lambda de la ville.

    C’est là un phénomène qu’il faut avoir le courage de mettre en avant : la réinvention "parisienne" de Bordeaux, qui passe à la fois par l’implantation de chaînes (Paul donc, Monoprix à tous les coins de rue, du pain Poilâne ça et là, Hema et Ikea, quand Cartau vient de fermer ...) et la recrudescence de restaurants, a eu un effet bénéfique pour la ville. Voilà, c’est aussi bête que ça, mais l’on mange mieux à Bordeaux maintenant qu’il y a 10 ans.

    Je déplore évidemment un peu ce phénomène, et surtout l’assimilation qui peut se faire dans les esprits que la qualité est forcément exogène. Cependant, il ne faut pas désespérer : j’ai fait un tour aux nouvelles halles de Bacalan, et quasi tous les commerçants jouent la carte de l’ancrage local basco-gasco-guyennais, sur un modèle haut-de-gamme.

    Il ne faut donc pas s’inquiéter quant à l’attrait de "notre" culture : la seule crainte à avoir à Bordeaux, c’est qu’elle ne paraisse plus pour celle du pays. En fait, c’est l’idée même d’un pays autour de Bordeaux qui s’évapore : Bordeaux sait-elle que la Gironde existe autrement que comme un déversoir de son prolétariat ?

  • D’accord Vincent , à la (grosse)nuance près que la généralisation des Paul,Ikéa,Séphora,Zara ,etc...suivant celle des Monoprix et autres de première génération, touche l’ensemble du territoire français (et au delà avec El Corte Ingles,Karstadt, etc...) toute l’Europe ou à peu près.Parfois avec de bons effets comme tu le dis mais au prix d’un effacement de toutes les particularités régionales,partout et pas seulement à Bordeaux, que ce soit dans le paysage urbain,les modes de consommation,les produits même souvent (et la rotation des gérants fréquemment extérieurs aux terroirs où ils viennent prendre des gérances ou des franchises). C’est le pendant dans les centre-villes des dégâts (peu contrebalancés par du positif cette fois) nés de la généralisation des centres commerciaux hors des centres des villes. Une certaine tendance à des créations locales de commerces est maintenant parfois à noter quand même mais c’est encore bien léger et sans doute fragile(financièrement entre autres).

  • Et si on voyait un jour une boulangerie écrite en gascon ?
    PANISSERIA, panisserie, paniçeria, paniçerie ?

    Ce serait plus efficace et constructif que la campagne stérile de Bona ANNADA !?

  • La réponse est simple : "Bona Annada" est une campagne para-publique qui ne coûte pas grand chose à mettre en place, l’affichage bilingue au sein d’un commerce relève, elle, du secteur privé, de l’initiative personnelle, et donc en cette matière, de l’attachement personnel du gérant à la culture locale et de l’éventuelle plus-value commerciale qu’il peut en tirer.

    Je suis parfaitement d’avis que ce qui manque aux pays gascons, c’est l’initiative individuelle, stimulée par un contexte attrayant. Nous sommes dans un moule conformiste de tout-français, car nous n’avons pas encore articulé le prêt-à-penser qui permettra aux gens qui travaillent et font travailler en Gascogne de vouloir se vendre sous des oripeaux gascons.

    C’est ce qui s’est passé chez les Basques, via un lent redémarrage du sentiment d’appartenance locale à compter des années 50, qui a induit la volonté, même chez les non-bascophones, de se couler dans un moule basque, parfois avec un succès incroyable, notamment à Bayonne, où au fond, les oripeaux basques, traditionnellement, n’allaient pas au-delà de la fantaisie d’un nom pour une maison années 30.

  • Avec les boulangeries Paul, nous en sommes venus à évoquer la "chainisation" du commerce, facteur d’uniformisation, d’abord en France, mais mondial : par exemple la chaîne de magasins de glaces Häagen-Dazs (quel nom ! et pourtant ça marche, alors que les entrepreneurs français se croient obligés d’arborer des noms anglos... En hongrois, zs se prononce comme le j français ; que vient faire le hongrois ici ? je ne sais pas).
    Allez, j’en décline l’identité wikipédiesque :
    « Häagen-Dazs est une marque commerciale de crème glacée industrielle haut de gamme principalement en pot ainsi qu’en bâtonnet, créée par Reuben et Rose Mattus. Le nom de la marque a été inventé en 1961 aux États-Unis. Wikipédia
    Siège social : Oakland, Californie, États-Unis
    Création : 1961
    Ancien(s) propriétaire(s) : Pillsbury
    Propriétaire(s) actuel(s) : General Mills Nestlé Suntory Takanashi Milk »
    En même temps, je vois qu’elle est présente deux fois à Toulouse et une fois à Bordeaux. Les métropoles comme porte d’entrée de la mondialisation...

    Le succès des chaînes est lié à la mobilité des populations : une notoriété commerciale ne peut plus se construire localement parce que les gens bougent ; imaginons un très bon glacier, ou boulanger artisanal à Bordeaux : ceux qui ont la chance de le connaitre peuvent faire du bouche à oreille, mais les nouveaux bordelais ne seront pas touchés, et les anciens disparaissent d’une manière ou d’une autre ; développer sa clientèle sera un travail de Sisyphe ; alors qu’une chaine de boulangeries qui rayonne en France peut devenir une référence : en tout lieu couru on va trouver un magasin de la chaîne, et pour peu que ses produits aient une qualité acceptable, on les connait, on ne prend pas de risque en les achetant, et finalement on y trouve son bonheur comme Vincent chez Paul... Les produits de la chaîne sont d’emblée plus familiers que ceux d’un artisan local.

    D’un point de vue gascon, c’est simple : il faudrait des chaînes gasconnes !
    Mais en l’absence d’un bassin de vie et de mobilité spécifiquement gascon, les entrepreneurs ne vont pas jouer cette carte, sauf motivation personnelle.
    Je rêve d’une chaîne de supermarchés Gasco-mercat qui ne vendrait que des produits du triangle gascon !
    "Guyenne et Gascogne" n’a pas suivi cette voie...
    Une créativité commerciale gasconne peut cependant éclore en plus petit. Je pense à "Gasconcept Store" d’Adishatz à Capbreton.

    A nous de suivre les "créations locales de commerces" dont parle Gérard plus haut, et de les encourager par nos achats et notre bouche à oreille, mais comme il dit, « c’est encore bien léger et sans doute fragile »...
    A Tonneins, c’est pour les boulangeries comme pour les médecins : la moitié ont fermé boutique depuis que je suis arrivé il y a 12 ans (sans qu’il y ait de relation de cause à effet bien sûr...).
    Dans "Sud-Ouest", j’ai lu qu’il y avait dans le département du Lot-et-Garonne une tendance à la disparition des boulangeries qui ne font pas partie d’une chaîne ; ça doit être pareil ailleurs. Mais pour l’instant dans les petites villes du coin, je ne vois guère l’installation de ces chaînes. Pas assez juteux ?

    Un nom gascon pour une boulangerie (ou une chaîne gasconne de...) ?
    Lou Panissè
    Lou Pan d’aqui (je crois que c’est déjà pris)
    Lou Pan gascoun

  • En même temps, "panissèr" ou "panisseria", ce sont des mots savants, je dirais presque même des "occitanismes" à savoir une volonté d’effacer les mots francisés bien ancrés dans le vocabulaire. C’est "boulangè" e "boulangerie/o/a". En 7 années de collectes intensives, jamais entendu personne dire "panissèr"...

    Lou pan d’aqui, il me semble que c’est à Pissos. Avec une jolie confusion sur "aqui" et "ací".

    Dans le même genre, est-ce quelquun a déjà vu ce panneau au Souquet (Rion), il me semble, au bord de l’autoroute, peut-être pour un maraîcher. Il y a écrit "Qu’es aquò ? Qu’ei lo marcat". Deux phrases, deux façons de conjuguer le verbe "estar"...

  • Je suis bien d’accord,il faut éviter les purismes quand des gallicismes les ont remplacés partout et depuis très longtemps,ce qui est sans doute le cas ici.Sinon ce serait l’éternelle histoire du"à ça c’est de l’occitan,en patois on n’a jamais dit comme ça ...".Mais il est vrai que dans "panissèr" le public peut facilement reconnaitre le mot pain (et en plus ça sonne comme pâtissier) donc c’est discutable.
    Qu’èi lo mercat:le maraîcher devait être béarnais,non ? (èi pour es).Il n’empêche, ce genre d’inscription,initiative privée s’il en est, est bien à encourager .

  • Pour prouver que la qualité ne dépend pas de l’existence d’une chaine j’y vais d’un coup de pub (bordelaise) pour mon boulanger bordelais Antone ,très supérieur à Paul à tous égards et chez qui ont fait la queue pour mériter son pain :

    boulangerie-antone.com ( en construction,le site pas la boulangerie)

  • Jou, francament, entà "qu’ei lo marcat", que vei plân l’Inoc o quauquarré atau darrèr...

  • Des Bona Annada sous forme de cartes postales ont été distribuées dans des commerces privés comme dans des boulangeries privées !
    Cela dit, quel commerce oserait faire de la signalétique de ses produits en gascon ?

  • Boulanger adapté à la phonétique locale est le mot unique déjà diffusée en 1900 dans toute la France (voir l’ALF, il faut passer la frontière italienne pour voir panatièr en Val d’Aoste et vallées occitanes). Il est déjà employé par J.G. Dastros au début du XVIIème siècle !

    Voici des mots gascons qui pourraient être utilisés pour nommer des boulangeries :

    Pour fournil on trouve dans les dictionnaires :
    Palay : hournère , hournedé,-re , hournilh (Médoc)
    Lespy : hournedé
    TDF : hournèro (gascon), hournèiro sic (bordelais)
    Vigneau (bazadais) : hournère.

    Pour pétrin, l’ALG donne
    mèit (sens général de maie)
    prestin : Médoc et Buch
    pastyèro : Gers HP HG Ariège, et pastèro d’apparence plus gasconne mais seulement connu à l’extrême ouest du Gers, et idem sur l’ALF !
    parau au SW du Gers.

    Et bien sûr four  : lo(u) ho(u)rn.

  • Tederic dit une notoriété commerciale ne peut plus se construire localement parce que les gens bougent ; imaginons un très bon glacier, ou boulanger artisanal à Bordeaux : ceux qui ont la chance de le connaitre peuvent faire du bouche à oreille, mais les nouveaux bordelais ne seront pas touchés

    On est tenté de le penser mais... Mollat.

    Le succès des chaînes et franchises est consubstantiel de la standardisation des modèles économiques. Générant du même coup des créneaux commerciaux inédits pour les entreprises singulières, à personnalité. Paradoxe à exploiter !

    Dit autrement, pour lancer/maintenir une affaire fournissant des biens il n’y a me semble-t-il plus que deux voies :
    - acheter un modèle d’entreprise éprouvé et standardisé (par exemple en se franchisant)
    - créer un modèle d’affaire à forte personnalité.

    Quant à la production de services, c’est différent, le modèle "indépendant sans originalité" reste courant et viable : coiffeurs, plombiers etc...

    • 1) Le cas Mollat
      Donc la grande librairie de Bordeaux...
      Je viens de vérifier : contrairement au Furet du Nord, la grande librairie de Lille, Mollat n’a pas créé de chaîne de magasins régionale.
      Mollat avait peut-être atteint, avant même le développement de chaînes de librairies comme la FNAC ou Cultura, une taille critique qui lui a permis de faire face, et peut-être aussi de lancer une activité de vente en ligne, dont je ne connais pas la part dans le chiffre d’affaires, mais dont le développement parait crucial à notre époque.

      2) Le monde est complexe, et il y a des modèles hybrides :
      Nous parlions de boulangeries... Je viens de découvrir l’existence de cette nouvelle chaîne qui s’appelle "La P’tite Boulangerie"
      C’est bien une chaîne : la reproduction systématique d’un concept commercial dans des lieux multiples. Ici il s’agit de fabriquer et de vendre sur place dans un petit espace du "bon pain bio" et des produits suivant "des recettes boulangères locales" (dans l’une d’elle, le « gâteau presque basque » - j’aurais préféré le « gâteau presque gascon » ou pourquoi pas « un pastis presque landais » ?)
      Les boulangers de cette chaîne peuvent progressivement augmenter leur part dans le capital de leur boulangerie.
      Je ne sais pas à quel point ils sont autonomes sur le coeur de métier (choix des approvisionnements, des techniques de fabrication et de la gamme des produits...) ; donc à quel point ces "p’tites boulangeries" sont compatibles avec les "affaires à forte personnalité" qu’Artiaque propose comme alternative au modèle standardisé.

      « Forte du succès de La P’tite Boulangerie du Ferret, [...] la maison mère ambitionne désormais un déploiement national. [...] Rendez-vous à Talence, Mont-de-Marsan et Paris pour les prochaines implantations ! »
      L’ambition vient très vite de monter à Paris, comme toujours...
      Un autre truc m’énerve, c’est le nom : "p’tite", c’est anti-régional, puisque l’accent régional prononce très bien petite avec les deux e ! ; en gascon, pour faire "p’tit", on met un -et ou un -òt à la fin ! : boulangeréte* ?

      En passant, je découvre une autre chaîne apparemment régionale, Biltoki (le basque s’affiche bien dans un nom commercial, pourquoi pas le gascon ?), basée à Anglet, une chaîne de halles commerciales (présentement Anglet, Mont de Marsan, Dax, Bordeaux Bacalan, Talence... tiens tiens...), et une de ces boulangeries a justement été créée aux Halles de Bacalan exploitées par Biltoki.

      * Mais boulangeréte / bolangereta est "petite boulangère" et non "petite boulangerie".

  • Trouvé par hasard dans le blog de l’écrivain Eric Gonzalès (diaperdia.centerblog.net) l’affirmation suivante au sujet du purisme appliqué à nos boulangers :

    "Mes la practica d’aqueth purisme n’ei pas eishenja de problèmas, qui ne son pas sovent evocats :

    a) Que cura un varat enter los locutors sensibles ad aquera activitat de cap a la lenga e los qui’n demoran hòra de portada, qu’ei a díser, haut e baish e enqüèra qu’en detalh las causas e sian mei complèxas, enter los neolocutors e los locutors natius. Atau, per tant qui sia necessari un cèrt purisme, qu’a aquera consequéncia negativa. Ne cau pas imaginar, per exemple, que los locutors natius e poscan compréner mots com carnissèr o panissèr, qui remplaçan respectivament per bochèr e bolangèr. Aqueth ordi de diferéncia qu’ei sistematicament estremat dens l’ensenhament de l’occitan, e aquò que trava los escambis enter los dus grops de locutors, qui son totun indispensables, non pas entà que los neolocutors aprengan francismes (la lenga deus locutors natius ne’s reduseish pas a ua màger preséncia deus francismes !), mes entà que melhoren la lor coneishença e la lor practica de la lenga nosta, que la parlen miélher (2). Tant los escolans com los adultes, au cors deu lor aprenedissatge de l’occcitan que deverén estar en contacte dab locutors natius (3) ".

    Nous sommes bien d’accord !

  • Je suis bien d’accord et j’irais même plus loin : toutes les grammaires (beaucoup, du moins), toutes les méthodes sont basées sur la littérature gasconne ou occitane. C’est copier le modèle français. En français, ce sont les auteurs (la Pléiade déjà) puis les réformateurs, Malherbe par exemple, qui ont élaboré la langue française, d’une façon presque artificielle quelque fois. Pour des langues dialectales comme le gascon, c’est différent. Si les auteurs comme Camelat ou Palay par exemple ont écrit leur langue, c’est qu’ils en étaient tout simplement locuteurs. Certes, d’aller piocher dans leur texte est plus aisé que d’aller enregistrer Firmin à X mais leurs mots ne sont pas forcément plus fiable que ceux de ce brave Firmin. Parce que Camelat et Palay, pour être des hommes exceptionnels, étaient des Firmins. Quand je vois dans une grammaire, un exemple tiré d’un texte de Javaloyès, ça me fait enrager. Parce que : 1) la brosse à reluire, 2) c’est probablement un néo-locuteur, 3) de ce fait, sa fiabilité est réduite.

    Si l’on mettait un exemple, Renaud Lassalle (moi), je dirais pareil. Je pense bien parler le gascon mais je ne fais que copier artificiellement ce que j’ai entendu en essayant que ça paraisse naturel... Et même si à la fin, ça le devient, naturel, je ne suis pas fiable car la base est faussée...

    Pour moi, la parole des derniers locuteurs natifs devrait être au centre de l’enseignement, le professeur devant être lui-même nourri par ces mêmes locuteurs (artificiellement ou nas e nas , ne serait-ce que pour une bonne prosodie. Je connais un jeune bigourdan qui prépare une grammaire avec des extraits de collectage et je pense que c’est comme ça qu’il faut faire.

    Exemple de zootechniciens qui veulent recréer un mammouth. Ils bataillent dans leur laboratoire pendant des années lorsqu’on se rend compte qu’il en existe encore dans la toundra de je ne sais où. Il y a des mâles, des femelles mais pas de petits. On pourrait se servir de cette souche-là pour relancer la digne lignée des mammouths sur terre, en les incitant à se reproduire. Super ! Alors, que font les scientifiques ? Ils restent dans leur laboratoire et disent que c’est sans intérêt parce que les mammouths qu’ils vont créer (pourtant, on a encore rien vu) seront bien mieux que ceux-ci qui sont trop rustiques et pas comme ils voudraient qu’ils soient.

    Les mammouths, on les a...

  • Oui, bon, si l’on considère l’âge de nos derniers mamouths, chercher à les faire se reproduire va être un peu problématique !
    Plaisanterie mise à part, ce que dit Renaud est marqué au coin du bon sens. Je pense en effet à la prononciation, au rythme et à la musique de la phrase (la prosodie comme il le dit ).
    Avec toutefois trois bémols :
    1) la génération de nos derniers mamouths, si elle est fiable dans les domaines ci-dessus l’est sans doute beaucoup moins dans celui du vocabulaire et peut-être de la syntaxe. Evidemment je parle sous le contrôle de Renaud qui en a côtoyé bon nombre ces dernières années (ce qui n’est pas mon cas) mais je serais bien étonné que, sauf exception de personnes ayant une sorte de sixième sens linguistique aigu, leur syntaxe n’ait pas subi l’influence de l’école française, fût-elle seulement primaire (et celle de jadis au moins savait bien imprégner les mémoires et les esprits).
    2) en effet la ruralité -les paysans,quoi- sont le dernier refuge de la langue, ça n’est pas niable. Mais il y a cent ans, deux cents ans, trois cents ans, c’est toute la société ou quasiment qui parlait gascon (idem occitan,etc…) et chaque milieu avait nécessairement développé ses manières de parlers propres dans le vocabulaire, l’intonation, tous les tics de langage que génère un milieu pour sa propre utilité et … pour se reconnaitre sans doute aussi. Reste que nous n’en avons aucune trace… Mais quand les occitanistes ne veulent pas réduire la langue à un milieu hélas résiduel et très minoritaire (trop minoritaire à mes yeux mais c’est une autre histoire), ils n’ont pas tort à moins de se résigner à voir la langue disparaitre, ce qui a de bonnes chances (risques) d’arriver évidemment.
    3) refuser à des écrivains maniant bien la langue, réapprise et « néo » tant qu’on voudra mais correcte d’un avis général, d’être pris comme exemples de « bonne langue » me parait excessif. Bien entendu si une grammaire ou autre manuel d’apprentissage se limitait à eux ce serait inacceptable (voir ci-dessus) mais enfin ils n’ont pas la lèpre (linguisitique) ! Pour prendre un cas emblématique, si les manuels d’hébreu moderne du XXè siècle avaient appliqué cet ostracisme je me demande bien où ils auraient été chercher leurs exemples.

  • Une différence majeure entre les néolocuteurs et les locuteurs anciens, et ce dans toutes les langues dites régionales (à l’exception sans doute de l’allemand et ses dialectes d’Alsace-Moselle), est que ces derniers parlants (hélas terminal speakers) maîtrisent l’accentuation, la mélodie de phrase, les intonations, voire les codes gestuels qui vont avec. Même s’ils se réduisent maintenant à un milieu, ils sont ce qui demeure d’une société qui fut entièrement gasconophone (bien que pénétrée de français depuis très longtemps).

    C’est ce qui fait qu’un ancien qui parle français avec l’accent paraît plus vrai que bien des néolocuteurs dont le débit, le phrasé, etc. coulent comme de l’eau tiède et sont même parfois compréhensibles sans effort, ce qui n’est pas le cas des parlers.

    Le mal, scolaire et social, est qu’il ne fallait pas parler comme un "paysan". Le gommage de l’accent a sévi d’abord en français.
    (La diffusion du r "parisien" en est un exemple ; la mort du l "mouillé" en est un autre.)

    On n’a pas donné aux scolaires la fierté de leur langue et de leur pays (leur patrie vécue). A l’époque entre la fin du XVIIIe s. et les années 1920, où les étudiants de toute l’Europe - dont les futurs instituteurs -, se penchaient sur les richesses du folk-lore et l’idiome de leurs aïeux, l’intelligence française faisait le chemin inverse. D’où la ruine des régionalismes. Nos élites provinciales, urbaines et verbeuses, n’ont pas été en reste pour se vouloir Paris à la place de Paris (d’où la notion de Midi, née d’un complexe de frustration).

    Aucun modèle n’étant "naturel", il devait bien avoir dans nos villages des redresseurs de langue, des conteurs considérés comme parlant bien, des prêtres plus éloquents, et dans la pratique des normes plus ou moins larges qui faisaient qu’on se moquait de certains traits de langage.
    De plus, la langue devait être diverse suivant les milieux.

    Même si l’on ne peut considérer les derniers locuteurs "natifs" comme des oracles (ne serait-ce qu’à cause du poids des modèles scolaires), il est urgent de recueillir tout ce qu’ils ont conservé, et, pour d’autres raisons, de les écouter et de les respecter dans leurs connaissances et dans leur culture.

    A cet égard, un gascon, un occitan, ou toute autre langue, qui négligerait cette ressource, serait une fleur en pot, un artefact comme le fut ce français officiel qui a rompu les amarres avec les dialectes d’oïl (le francien des paysans de Molière et de Marivaux, langue des serviteurs, plus marquée chez les valets que chez les servantes...). Mais le français s’est imposé comme on sait. Le gascon n’a eu aucun de ses avantages.

    Quand à l’oreille, le spectre phonétique du français ferme celle des enfants qui auront du mal à différencier des sons inhabituels : spectre réduit.

    Entre les parlers et la langue commune, il faut des ponts. Ce qui suppose une formation théorique et pratique adéquate des enseignants et, de leur part, le goût du terrain et du pays.

    La fréquentation des meilleurs écrivains est fructueuse, elle propose des guides, ouvre des portes. Si contraint et surveillé soit-il, un écrivain n’écrit pas pour faire des exemples de grammaire. L’écrit élargit les ressources, révèle. Cela dit, ce qui tient la forme moyenne d’une langue vivante, en Europe, ce sont les articles de journaux, les infos de la télé et la radio, le cinéma et la littérature de kiosque de gare.

    Notons que l’entreprise occitaniste n’a pas sauvé les patois.




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