Toulouse-Samatan Les Portes de Gascogne sont-elles bien gardées ?

- Tederic Merger

Le choix de Samatan pour l’amassade "Nousautes les gascoûns" avait aussi l’avantage de titiller l’ogre toulousain.
En prenant, pour m’y rendre, le bus de Toulouse vers Samatan et Lombez, j’ai vu ce qu’il avait déjà dévoré. En gros, il a gnaqué jusqu’à Saint Lys.

De la Gare Matabiau jusqu’à Saint Lys, on ne quitte pas la ville, et le bus* met 1h10 officiellement, et en réalité beaucoup plus à l’heure de pointe où je l’ai pris.
Quand on passe une rocade, on pourrait croire qu’on va s’en sortir, mais non, ça continue : rond-points, centre commerciaux et leurs parkings, lotissements ; des instituts de fitness tentent leur chance sur l’artère principale, la route de Lombez ; c’est interminable surtout que ça bouchonne... les voitures sortent de partout, il est entre 18 et 19h, il fait nuit ce 24 novembre, mais tout est éclairé. Débauche d’énergie, civilisation du pétrole...
Après Saint Lys, on entre dans le monde de la nuit : on entre vraiment en Gascogne.

Après coup, j’ai repensé au projet de méga-centre commercial Val Tolosa, initialement « Portes de Gascogne », à Plaisance du Touch, entre Estiou et La Menude, donc en plein dans cette zone déjà bien entamée par l’ogre toulousain, où il prendrait encore 44 ha de terres naturelles.
"A malin, malin et demi", disait ma grand-mère... Avec ce Val Tolosa, les centres commerciaux déjà installés sur ces Portes de Gascogne trouveraient plus fort qu’eux.

Val Tolosa vs Portes de Gascogne...

Gardarem la Ménuda !

* Ligne 65 du Réseau Arc-en-ciel du Conseil départemental de la Haute Garonne, terminus Boulogne sur Gesse.
Les annonces vocales dans le bus n’ont rien à voir avec des intonations ni des prononciations gasconnes ; elles sont étrangères au pays, et même étranges.

Grans de sau

  • Quand je regarde la carte je trouve aberrant que la Métropole toulousaine absorbe les communes ex-rurales gasconnes jusqu’à Saint-Lys inclusivement.
    La logique géographique voudrait qu’elle s’arrête avant, laissant Fonsorbe et St Lys (sur la D 632) à une autre organisation de l’espace.
    La route reliant entre autres l’Isle Jourdain à Muret en passant justement par St-Lys pourrait être l’axe ultime de la gasconité semi-rurale en s’appuyant sur les deux centres secondaires que sont l’Isle ("de Haut" nous ont appris nos amis de Samatan) et Muret. Et au nord-ouest, la forêt de Bouconne, résidu visible d’une grande forêt tout en longueur descendant jusqu’à Montastruc Savès, devrait être une frontière naturelle. Mais dans un monde qui a décidé d’ignorer la nature, bien sûr, ça ne colle plus.

    • Sur la fiche Wikipédia de la Forêt de Bouconne, je lis ceci :

      La forêt de Bouconne, sur les hautes terrasses alluviales de la rive gauche de la Garonne, est une frontière pluriséculaire entre Gascons et Languedociens

      Cette phrase fait référence à Serge Brunet, « Perceptions identitaires et nationales dans la France de la première modernité : de la francité et de l’hispanité des Gascons », p. 64-65

      Je n’ai pas encore lu cet article alléchant, mais tout de suite, je remarque une contradiction avec nos observations d’une toponymie largement gasconne, mais qui semble avoir été languedocianisée au 19e siècle, à l’est de la forêt de Bouconne, donc côté Toulouse.

      L’histoire est sans doute compliquée, et la forêt de Bouconne n’a visiblement pas toujours été une frontière extérieure de la Gascogne, même si, encore aujourd’hui, on a l’impression de changer de pays* quand on la traverse.

      *On change au moins de paysage, d’après mon expérience récente, encore partielle.

    • J’ai parcouru rapidement l’article de Brunet que j’évoquais ci-dessus.
      L’hispanité des gascons (ressentie en France surtout jusque vers l’époque d’Henri IV) ?
      En gros, elle aurait tenu à deux choses :
       la ressemblance linguistique entre gascon et castillan, qui, surtout en ces temps reculés, devait être spectaculaire pour des oreilles françaises,
       la réputation des soldats gascons, fanfarons, flamboyants, terribles aussi... et d’une certaine façon efficaces grâce à cette réputation ; cette réputation était aussi celle des soldats espagnols, avec qui ils s’entendaient bien (mais là aussi, l’aspect de proximité linguistique jouait) ; quand ce genre de "qualité" est devenu obsolète dans l’art de la guerre, ces fanfaronnades ou rodomontades ont faire rire...

  • Petite rectification après avoir regardé Géoportail de près : l’ogre toulousain a gnaqué jusqu’à Sainte Foy de Peyrolières, donc encore plus loin que Saint Lys : il n’y a pas plus d’espace non urbanisé entre Sainte Foy et Saint Lys qu’entre Saint Lys et Fonsorbes.
    Bragayrac est donc la première localité vraiment rurale en allant vers Samatan et Lombez.

    Quant à L’Isle Jourdain, elle a doublé de population dans les 50 dernières années, et devance maintenant Condom comme deuxième commune du département du Gers. C’est l’effet "Tolosa" !
    La forêt de Bouconne crée bien une séparation entre L’Isle Jourdain et Toulouse, mais l’autoroute et le chemin de fer établissent une liaison plus facile qu’avec Saint Lys.


Un gran de sau ?

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