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Patz aban !

Renouvellement des passeries à la Pierre Saint-Martin

dimanche 23 juillet 2017, par Gerard Saint-Gaudens

Le 18 juillet dernier j’ai assisté à la fête annuelle réunissant depuis 1375 édiles du Roncal (Navarre) et du Barétous (Béarn) : moyennant trois belles génisses (ou de fait, depuis quelques années, leur contrevaleur en euros - tout fout le camp !- ) les bergers barétounais reçoivent le droit de pacage un mois durant sur les prairies frontalières côté espagnol.

Ambiance festive avec vaches béarnaises magnifiques (d’où sont « sélectionnées » les trois génisses en question), groupe folklorique roncalais (bergers vêtus de peaux de mouton et de rubans multicolores, dansant au son des sonailles attachées à leur coup, etc… un seul drapeau repéré, le navarrais. La foule, espagnole aux 4/5, rien de béarnais sauf la buvette à cent mètres de la borne côté français.

Auprès d’un élu français d’Arette (un des rares béarnais repérables), je me suis étonné de cette très faible représentation béarnaise (aux deux sens du terme : masse de gens et lisibilité des symboles) et n’en ai eu que des réponses un peu embarrassées voire contradictoires : caractère institutionnellement dominant des Roncalais dans cette histoire expliquant le profil bas béarnais (pourquoi donc, puisque la fête s’étendait des deux côtés de la frontière ?), journée non fériée en France (mais elle ne semblait pas l’être davantage en Espagne), et plus finement (on sait bien que les Béarnais ont la réputation de l’être !) caractère « patrimonial » mieux conservé en Navarre espagnole face aux Français qui « partagent » leur identité régionale ou locale plutôt que de l’affirmer (je dirais plutôt qu’ils la diluent, question de vocabulaire sans doute).

Bref, rien de bien satisfaisant là-dedans si ce n’est le renouvellement d’un traité de paix qui serait le plus ancien toujours en vigueur en Europe et qui mit fin il y a 642 ans à un conflit de relativement basse intensité mais qui fit quand même près de 250 morts en quelques années parait-il. Ce qui n’est déjà pas si mal après tout !



Grans de sau

  • Vist de Navarra espanhòla ençà :
    La paz continúa entre roncaleses y franceses (article dont sonque las prumèras linhas e son d’accés liure)
    Qu’arremarcaratz la dissimetria, ja dens lo títol : d’un costat, los roncalés, mès de l’aute, nat "varetonés", sonque francés !

  • Je me fais cette réflexion depuis des années : que nos maires barétounais font piètre figure avec leur écharpe tricolore, face aux alcaldes roncalais !

    Et quel contraste pour qui passe de Barétous en Roncal : la vallée béarnaise, moribonde, triste, éteinte, et de l’autre côté, Isaba qui vibre, les gamins dans les rues.

    Pourtant, Dieu sait si le Roncal a été acculturé, lui qui a perdu l’usage de son dialecte basque très spécifique au siècle dernier ! Même si la langue a disparu, il reste les gens, les traditions, l’attachement à l’identité.

    Rien de tout cela côté français, où nous sommes en phase terminale d’homogénéisation jacobine.

  • D’une semaine de randonnées pyrénéennes et de visites de villages des deux côtés de la frontière c’est surtout l’atonie de la vallée d’Aspe que je retiens, son manque d’espoir.
    Comme me l’indiquait un paysan assez récemment retraité, propriétaire de notre gite, avec qui l’échange en gascon était fluide et agréable - et lui a fait grand plaisir aussi visiblement - , les villages sont privés de jeunes, partiellement repeuplés de "néos", étrangers aux traditions (voir le programme "mondial /anglo saxon" de la chorale la plus proche...), des exploitations non reprises par la génération suivante, etc...
    Fait significatif : on ne chanterait plus en Aspe alors qu’on le fait toujours en Ossau (n’est-ce pas Artiaque ?) et à nouveau, je pense, en Bigorre.
    A tout prendre le Barétous m’a paru plus vivace, faisant feu de tout bois, même en exploitant touristiquement le 50 ème anniversaire du séisme.
    Reste la beauté inégalée de la vallée et de ses villages tels Borce ou Cette et bien sûr Sarrance (je conseille le petit prieuré prémontré dont le vieux mais dynamique prieur met en avant concrètement la "langue béarnaise"...).
    Mais peut-être la réouverture de la ligne ferroviaire vers Canfranc changera-t-elle la donne bien que le précédent du magnifique tunnel routier de 8km n’incite guère à croire aux vertus magiques du désenclavement ... On verra bien.

  • O be Gerard, l’on chante toujours en Ossau, de façon spontanée et largement répartie dans la population, deux critères essentiels : on ne parle pas des groupes, chorales ou ateliers organisés quand on se demande si "ça chante".
    Et ce chant spontané est un trait plutôt résilient du particularisme culturel ici. Pour dire clairement, au quotidien le maintien de la kandarolo n’empêche pas le recul de la parladüro... mais ne boudons pas notre plaisir, le chant demeure quelque chose de fort.

    En Aspe, en Barétous et en Soule aussi ça chante, c’est un truc bien partagé entre montagnards justement. Aussi que cet Aspois dise le contraire me fait réfléchir :

    Précisons que la géographie humaine aspoise rend parfois les choses peu visibles : moins de 3000 hab en 13 communes, sans bourg principal, des dizaines de familles de gens venus de l’extérieur.

    Côté ossalois on peut nuancer : le fond de vallée autour de Laruns a une culture plus visible que le bassin d’Arudy, parce qu’entre 1850 et 1950 d’un côté le thermalisme a mis en avant des choses que l’arrivée d’ouvriers a dilué de l’autre...

    Quand se dit-on "tiens ! ça chante encore", que l’on soit de passage ou du cru ? Dans les grands rassemblements. Si autour de Laruns on le maintient mieux c’est aussi parce qu’on a ce bourg de 1300 hab et cette haute vallée dynamiques, avec des événements réguliers où les Ossalois se retrouvent et se montrent. Avec en contrepartie un passage permanent de touristes qui tue le parler quotidien... Dans les écarts ou les petits villages comme en Aspe, moins de rassemblements et moins de passage : ça parle plus patois, ça chante moins.

    Le parler se transmet à la maison/au boulot et le chant sur la place...

  • La réflexion d’Artiaque au sujet du rapport chant/pratique réelle de la langue est très juste. Je peux vous livrer l’anecdote suivante concernant les Basques. Ceux du Sud (on devrait d’ailleurs dire de l’Ouest), regardent leurs compatriotes du Nord avec une certaine condescendance, je ne dis pas mépris, ce qui n’est pas le cas. Ils ont une petite blague pas très méchante mais qui dit bien les choses :
    "Vous, en Iparralde, vous chantez super bien. Vraiment, c’est très beau, vous avez de belles chorales ! Chapeaux bas ! Nous on chante beaucoup moins bien mais on comprend les paroles."
    Ce qui signifie, en creux :
    "Chez vous c’est très beau, très propre. Toutes ces belles maisons blanches à volets rouges. Ces beaux villages de carte postale. Mais tout ça n’est qu’un décor de cinéma, derrière il n’y a pas grand chose et sans nous vous auriez presque totalement disparu". Ce qui n’est pas tout à fait faux.
    Je connais, en Gascogne, au moins deux chorales qui chantent en gascon et force est de constater que pratiquement aucun de leurs membres ne sait parler le gascon. D’ailleurs quand ils se produisent, les gens pensent le plus sérieusement du monde qu’ils chantent en espagnol ou en basque. A partir du moment où la langue n’est plus en situation de normalité, tout devient colifichet vaguement folklorique, sans âme et sans fond. Un peu comme ces fêtes de Bayonne qui commencent et sont quasiment vidées de leur substance indigène (à noter qu’elles sont de création assez récente, années 30 je crois). Elles coûtent très cher à la collectivité pour peu de retombées réelles à part les nuisances. On pourrait dire la même chose de Dax ou de Mont-de-Marsan. Je connais des autochtones dacquois qui fuient leur ville le temps de fêtes et les autres restent entre eux dans les "casetas" et autres "peñas". Je pense qu’il faut aller dans les petits villages pour voir des trucs encore un peu authentiques, avec des indigènes encore majoritaires. J’ai fait les fêtes de Macaye et de Louhossoa et il n’y avait pas beaucoup de touristaille. Même celles de Parentis sont plus authentiques que les grosses usines style Dax ou Bayonne.
    En fait, la présence purement "visuelle" de la supposée culture "locale" est inversement proportionnelle à la réalité de la situation identitaire du lieu. Plus c’est clinquant et plus ça signifie que c’est mort derrière.

  • Je voudrais ajouter qu’on lit, dans Arnaudin, que les gens chantaient beaucoup dans l’ancienne lande. Tout le monde chantait, tout le temps. Il n’y a qu’à voir ses recueils de chants populaires, qu’il a glanés auprès du petit peuple d’alors. Il raconte que certaines de ses chanteuses étaient capables de lui restituer des dizaines de chants, sus par coeur et sans faille. Mais je pense que ce n’est pas une particularité gasconne, pyrénéenne ou landaise, que ce foisonnement de chants folkloriques, au sens noble du terme. Ce devait être le cas de tout le monde rural partout en Europe.

  • Merci à Artiaque et à Philippe Lartigue pour ces commentaires très révélateurs.Il y aurait toute une étude sociolinguistique à faire à partir d’eux...J’en retiens entre autres enseignements plus généraux qu’il faut visiter les "petites" fêtes de préférence aux grandes,telle Bayonne en ce moment (à ce sujet j’ai écrit hier en "contact" sur le site des dites fêtes pour dire mon étonnement devant la basquisation totale du programme ;même la tenue d’un chapitre de l’Académie gasconne demain à Saint-Esprit est tue ...).

  • En une douzaine d’années - je regrette de ne pas avoir vraiment essayé avant, mais je n’avais pas initialement le profil du hestaire - j’ai amassé une petite expérience de fêtes en Gascogne :
    - des grandes : Dax presque chaque année, Bayonne une fois
    - des petites et moyennes : Eauze, Casteljaloux, Parentis, Xaintrailles...
    - le festival des bandas de Condom
    Globalement, il me semble que toutes sont propices à une expression gasconne (je pense au chant en gascon, mais la Gascogne festive ne doit pas se réduire pas au chant).
    Je dirai même que la Gascogne y est attendue, mais... elle n’est pas toujours au rendez-vous, ou pas à la hauteur désirée !

    Je constate que c’est principalement à Dax que j’ai pu chanter en gascon, en saisissant les occasions (y compris à la Bodeguita des Cantadores où L’immortèla et L’Encantada sont toujours au programme, il me semble), ou quelque fois en les créant.

    Dans une grande hèste comme celle de Dax, il peut y avoir des initiatives associatives comme celles du Café gascon de Dax ; il y aussi des moments officiels qui sont propices comme l’Adishatz de la Journée landaise (à 17h, cette année vendredi 11 août et j’y serai !)...
    Mais tout groupe de quelques personnes qui se balade dans les rues en parlant ou chantant gascon, en portant le béret, ou des ti-shirts adaptés (moi c’est celui de la Daune !) suscite des réactions sympathiques.
    Un exemple : alors que j’étais assis dans le Parc des arènes, un vieux landais me lance en negue : "Broÿ breut !" (j’ai compris avec un petit retard à l’allumage qu’il me disait "Joli béret !"*)

    * Dans ces occasions, je porte un béret rouge initialement pour touristes à l’effigie du Pays basque, mais où j’ai recouvert l’ikurriña par un trencat gascon rouge et blanc.

    Conclusion :
    Je vous donne RV à la Journée landaise le vendredi 11 août, avec le Café gascon de Dax, mais "pas que" (coma disen los joens...).

  • A ceux qui aiment le chant et n’en ont pas encore fait l’expérience, je ne saurais trop conseiller de se rendre le 15 août à Laruns, en vallée d’Ossau. Aux alentours de 13 heures, après la messe et le bal ossalois, quelques centaines de chanteurs se réunissent sous la halle et chantent en polyphonie pendant quelques heures, avant de prolonger la fête (et les chants) dans les cafés. Puis, tout le monde se retrouve en fin d’après-midi pour le passe-carrère. On a là sans doute l’un des meilleurs exemples (le ?) d’une culture populaire gasconne bien vivante.




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