Notre région, c’est la Gascogne !

 
 

Acos enit !

Phrases en gascon du Médoc, tirées de "Contes médocains" de Gabrielle Saintout (1944)

mercredi 14 juin 2017, par Tederic Merger

La langue rapportée par l’auteur [1] me semble du medoquin authentique. Je regroupe les citations par chapitre. Mes commentaires au fil des citations.
Des remarques générales :

  • les voyelles finales atoniques sont notées o ; même le e final de veire, de negre : "beyro", "négro"...
  • Les ts et s finaux sont bien notés, ce qui veut dire sans doute dans cette graphie franco-phonétique qu’ils étaient prononcés : c’est un trait plutôt gascon, par rapport au guyennais ou au nord-occitan par exemple.

Episode de la Révolution en Médoc

« Acos pas you qué mé harey torso lou cot pr’aquet aoudet ! Boudréoui touts lous beyro sancna sos mous eils ! Ah ! poudets gayta pertout, dens touts lous cugns. »

« Y heyt négro coumo ché lou loup ! Baouc querro lou calumet. »
Remarque : francisme "ché"

« Attendetz en tsic, baouc bous paga quaouquouré. »

« Ba querro lou pinéou ! » (« la célèbre et favorite liqueur des médocains »)
Remarque : les "médocains" ont importé le pineau de leurs voisins d’outre Gironde, mais en ont gasconnisé le nom d’oïl en "pinéw" selon une règle que nous avons déjà signalée maintes fois sur Gasconha.com ; avec toujours l’hypothèse qu’au moment où ils ont reçu ce mot, "eau" était encore diphtongué en oïl...

« Acos d’aou quatre bin naou ! »
Remarque : article partitif "d’aou" comme en français "du"
Traduction : C’est du quatre vingt neuf

« Bibo Roubespierro ! »

« S’en foututs ! »
Remarque : S’en = Sèm (nous sommes ; mauvaise coupure)

« Moussu lou baroun, poudets sourti, acos enit ! »
Remarque : acos enit = acò’s henit ; donc usage de la forme henir pour le verbe français finir : donc le h gascon, probablement muet sans aspiration ; reste à savoir si la prononciation était "akossénit" ou "akozénit"...


Lou Bastard

« Ba-t-en d’aqui, michant bastard ! »

« Lou bastard a pas poou dé tu. Toquo mé sé gaouso ! »
Remarque : normalement, ce serait "gaousos" (tu oses) ?

« « Mesto Jaouset » de Cantecoucut »

« Moussu Piquefer » (Monsieur Pyckfer)

« Un balcon en dé las flous ! »
Remarque : "en dé las flous" = emb de las flors / avec des fleurs (de las = article partitif comme en français, contrairement au gascon général)


Un complot

« Turco-l’Amiraou »

« L’Esquiroou »
(l’écureuil)


Mon village

« Pierrille de Castelnaou »

« Lou Maoubestit »

« l’Aygo-longo (Longe l’eau) »
La traduction "Longe l’eau" est de l’auteur.


[1Le nom Saintout de l’auteur est typique du Médoc.



Grans de sau

  • La proximité géographique entre le Médoc et le "Pineau des Charentes" m’a fait croire à un emprunt simultané de la boisson et du mot qui la nomme. Se posait alors la question de la forme "pinéou" mise par l’auteur dans la bouche d’une medoquine de l’époque de la Révolution française : adaptation gasconne -èw (ou -éw, je ne sais jamais) depuis la forme française -eau, ou emprunt d’une diphtongue déjà existante en poitevin-saintongeais ?

    Selon Eric Nowak, spécialiste du poitevin-saintongeais, "pineau" est un mot français et non spécifiquement régional, qui n’avait pas de forme régionale dans le terroir du "pineau des Charentes".
    Voir une définition du pineau, qui peut aussi s’écrire "pinot".
    Pour compliquer les choses, Eric Nowak a remarqué des traces de la diphtongue -èw du côté du Blayais, mais pour des mots en -eau venant du français. Mais le poitevin-saintongeais en général ne diphtongue pas le -eau français du tout comme ça.

    Le "pinéou" du Médoc serait donc un emprunt au français général.
    Une fois de plus, nous y retrouvons pourtant la terminaison -èw que le français général n’a pas, mais que certaines variantes d’oïl ont pu avoir.
    Il semble que le gascon appliquait systématiquement la transformation -èw sur les mots français en -eau.
    Le gascon n’a jamais, normalement, il me semble, le son o en finale d’un mot portant l’accent tonique, sauf dans des mots importés récemment comme "radio" (ou "euro" !), ce qui pourrait expliquer cette transformation systématique autrefois (chapéou, drapéou, lieu-dit Chatéou...).

    Eric Nowak a aussi imaginé qu’un auteur qui voulait faire couleur locale en gascon pouvait inventer cette transformation... Quant à moi, il me semble que Gabrielle Saintout, l’auteur de ces historiettes médoquines, donne des bribes d’une langue gasconne médoquine authentique...




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