Notre région, c’est la Gascogne !


Prosper et Florencine

Un monde qui s’efface

lundi 29 mai 2017, par Vincent P.

Ce reportage de fin d’études d’école de journalisme prend pour sujet un couple de paysans béarnais des environs de Navarrenx et est proposé en visionnage sur Youtube, en libre accès.

Le reportage en soi n’est pas intéressant d’un point de vue formel : je trouve le commentaire de la jeune journaliste un peu pénible, d’une distance au sujet gênante et maladroite, mais il s’agit là de ses propres grands-parents, aussi elle est parfaitement excusable. La jeunesse entre en compte également.

Si je propose en lien ce reportage, c’est pour entendre pour la dernière fois des sonorités qui s’évanouissent : ce n’est plus le gascon, déjà, à l’exception de quelques termes (dia !), mais le français régional avec un très fort accent régional.

Ce monde est aujourd’hui mort ou plus que moribond  : sa destinée s’identifie assez nettement à l’ambiance générale du documentaire, tourné en hiver, dans des paysages béarnais tristes. La ferme "se laisse mourir", dit le commentaire.

La virée à Navarrenx, dans cette petite ville cimentée aux trottoirs bien neufs, petite ville qui est dite "village" dans le commentaire, est aux limites du sinistre, crépusculaire. Je retiens plus particulièrement la scène au bar-tabac, où l’accent d’oïl d’un client à la verve gauloise (qui m’horripile quelque peu) tranche nettement avec ce langage-fossile des derniers paysans, qui ne trouve plus à s’exprimer dans la modernité contemporaine, condamné à quelques phrases stéréotypées.

Le regard du mari sur sa position de "domestique", venu épouser la maîtresse de maison, est très intéressant : malgré le Code civil, on a là un homme qui avait complètement intériorisé sa position de pièce rapportée, qui dit venir de "loin", alors qu’il était originaire de Camptort, la ferme se situant, je crois à Sus. Une autre galaxie.

Bon visionnage à tous, et sortons de pareil reportage avec l’idée ferme de relever nos petits pays gascons !


Voir en ligne : Prosper et Florencine



Grans de sau

  • J adore tous ces h aspires ( hernie )

  • Le reportage est attachant ,très bien fait .Douloureux pour tous ceux qui comme nous sont attachés à la transmission,à une sorte de tradition dyamique.Cette ferme m’a fait penser à celle que j’ai vue dimanche dernier,là ou j’achète parfois confits,pâtés et foies gras ;la aussi,depuis quelques années le déclin a commencé avec deux bons morceaux de terrain cédés sur le chemin,tout près de la ferme, pour y construire des maisons moches, de lotissement sans lotissement mais avec toujours,chaque fois, que l’on passe, des chiens totalement hystériques heureusement attachés,de quoi décourager les acheteurs des produits de la ferme voisine alors que des panneaux les annoncent un peu partout.Et des locaux qui commencent à rendre leurs tripes:devant les bâtiments d’exploitation,pourtant rénovés il y a dix ans aux normes les plus exigeantes et coûteuses de l’UE, une explosion de vieilles affaires,de meubles hétéroclites peut-être à vendre ou à conduirte à la déchetterie , même un vieil harmonium m’a-t-il semblé. Dans dix ou quinze ans , sauf miracle ou total retournement civilisationnel cette ferme dont je tairai le nom sera comme celle de Prosper et Florencine.

    Pour revenir au reportage , deux choses m’ont frappé (outre la différence de caractères de des deux grands-parents, l’un bien plus sympathique que l’autre mais là encore je tairai ma préférence !) :
    - d’abord l’énorme absence de transmission culturelle entre la génération des parents et celle de la génération de Maéva (ça avait sans doute commencé à la génération d’avant,je pense):pour en arriver à une petite fille au prénom polynésien (le lointain, déjà beaucoup plus prestigieux que le proche il y a 25/30 ans) et qui n’avait apparement pas idée que des grues(des quoi ?) annoncent la fin de l’automne et le début du printemps) ;espérons qu’en retrouvant ses grands-parents,elle se sera rattrapée depuis 2011 (au fait,à maintenant 92 ans,Prosper et Florencine sont-ils encore parmi nous et si oui,en quel état ?).
    - Ensuite une question:dans leur intimité,sans petite-fille "étrangère" (de Pau) et sans l’oeil de la caméra,Prosper et Florencine parlent-ils toujours français ou plutôt gascon ? Cela me rappelle les reportages de la chaine O (19,outre-mer) où tous les "iliens" parlent toujours français devant la caméra même dans des territoires où l’on sait bien que des langues vernaculaires propres existent toujours et résistent .Comment s’étonner que les observateurs éloignés de tout cela n’imaginent même pas qu’une autre langue se soit parlée dans ces lieux ,même avec le fort accent rémanent ?

  • Prosper C. est décédé en 2013, à l’âge de 88 ans. Marie-Florencine C., née V., 4 mois après, en 2014.

    Je vois que les obsèques eurent lieu à Angous, et non à Sus, qui n’est donc pas le lieu où se situe la ferme. Angous est le dernier village béarnais avant la frontière avec la Soule : j’ai récemment mis quelques photos des maisons de ce village, qui a conservé de belles fermes qui annoncent déjà l’architecture souletine.

    Angous m’a paru désert la dernière fois que j’y suis allé, le mois dernier. Dès le passage en Soule, à Larrory ou Arrast, des jeunes qui se promènent, des vieux dans leurs fermes. Le gouffre entre le Béarn et le Pays Basque est aussi là.

    Il semble que la petite-fille, M. L., après un passage par Bordeaux, se retrouve journaliste à la Dordogne Libre. Que les réseaux sociaux disent tout de la vie de tout un chacun ! A noter que la "mutation" en Dordogne par le groupe Sud-Ouest est un grand classique chez les journalistes qui intègrent ledit groupe. Il n’y a pas que la fonction publique qui a opéré du brassage migratoire infra-régional (on peut d’ailleurs y consentir).

  • Les gens nés dans les années 1930 sont vraiment la dernière génération à avoir une connaissance relativement bonne du gascon, bien moins bonne que ceux d’avant 1914 mais bon...
    C’est tout de même un gascon très francisé mais la prosodie et l’accent restent corrects, voire très bons. La génération d’après la guerre, les "baby boomers" parlent vraiment patois avec une accent de plus en plus francisé. En se rapprochant de 1965, il ne reste que des bribes de ce patois, de très mauvaise qualité généralement. Après, sauf exception, c’est fini.
    Quant aux néo locuteurs il y a de tout. Ceux qui sont doués et ont l’oreille musicale et les autres qui sont fâchés avec les langues et ont du mal à se débarrasser de leurs habitudes phonétiques françaises.




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