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Les terminaisons -òi (-oy)

Reprise d’une page de l’ancien site Arriba Eskerra - Lo Gaskòi

mardi 28 mars 2017, par Tederic Merger

La question :

Cette terminaison en "-òi", qu’on trouve en basque et en gascon, est-elle une manifestation du substrat commun ?

Une première conclusion :

Il semblerait qu’il n’y a pas à ce sujet de lien évident entre basque et gascon.
Ce "-òi" existerait aussi dans le reste de l’Occitanie et en Catalogne. Il est peut-être d’origine pré-latine.
Mais la recherche continue...
 

Discussion détaillée :

Le "oi" en basque :

Les mots en "-oi" seraient de deux types :

  • - des mots composés avec koi/goi (qui marque un "penchant excessif") ou toi/doi (lieu planté de quelque chose).

  • Ex :
    ardankoi = "porté sur le vin"
    ameztoi = endroit planté de chênes tauzins
    sagardoi = verger de pommiers

  • - des mots empruntés aux langues latines voisines, où ils se terminent par "on" :

  • Ex : neutroi, meloi, baroi, tapoi, baskoi, baloi viennent de neutron, melon, baron, tampon, vascon, ballon...
    La terminaison "on" serait remplacée en basque par "oi".

Le "òi" en gascon, occitan ou catalan :

Les mots en "-òi" ont souvent, selon Dubedoth, une connotation péjorative.

Endeu Pèir Morà, lo sufixe "-òi" que crea diminutius "qu’an un sens afectuós per la gent".
Endeu lingüista Rohlfs, aqueste sufixe es hòrt corrent en catalan (alegroy, bonicoy, petitoy...). "L’origine n’en est pas encore éclaircie". "Il exprime la tendresse mêlée de compassion."
Rohlfs balha tanben l’exemple amistòi (aimable, galant).

 

baskoi (1) ez da / n’es pas bascòi (2)
(1)"vascon" en basque
(2)"basque" en gascon (familier)

Lo punt de vista de l’universitari Patric Sauzet :

Segon Alibèrt -òi vent de -oticus, coma -ai ven de -aticus dins la varianta -ai de -atge (formai per formatge).
Lo problema es que i a pas de -òtge ben atestat (lo sol mot en -òtge que coneissi es "relòtge" qu’a un -òtge irregularament sortit de "-ogium" e pas de "-oticum").
Per òi tot es donc possible. La preséncia del sufix dins de noms de plantas ("gadòi") o de bèstias ("baudròi") es compatible amb l’ipotèsi d’un sufix prelatin. "-òi" es qualque pauc productiu per donar de noms d’estajants (d’etnics) : agadòi...


Lo punt de vista deu Tederic

Ce suffixe "-òi" qu’on retrouve en Gascogne, en Languedoc et en Catalogne, peut-il avoir une connexion souterraine très ancienne avec la terminaison basque "oi" qui vient du "on" roman ? C’est bien incertain.
Qui sait ?

Le "-òi" gascon-occitan-catalan semble être un suffixe ancien, prélatin, qui a été supplanté par d’autres suffixes (comme "-òt" ou "-et" pour les diminutifs).

Une hypothèse sur le sens péjoratif, dédaigneux, ou au moins familier, de beaucoup de mots en "oi" :
Les langues romanes ont supplanté les parlers anciens grâce au prestige du latin, langue du conquérant. Il serait cohérent que les formes pré-latines, donc dévalorisées, se soient maintenues plus longtemps dans la partie la moins "châtiée" du vocabulaire.*

* de même que le gascon, dévalorisé par rapport au français, s’est maintenu dans des formes populaires comme le bordeluche.

 

Es pas passat a Blancòi !
Formule recueillie par Arnaudin.
Elle vise quelqu’un qui a le teint foncé.
Blancòi est une localité imaginaire où quelqu’un de teint foncé ne pouvait pas être passé.
Il ne faut peut-être pas y voir une plaisanterie à tonalité raciste, mais par contre, c’est un exemple de la vitalité du suffixe "òi".

Exemples de mots en "-òi"*

*souvent écrit "oy" en français. "oi" en basque.

en Bascoat / Euskal herrian :

Ua listòta comentada de Martin Bachoc :

Arradoi , montagne
Ardoi : vineux ? (ardo= vin) 
Ametztoi ( maison d’Irissarry)
Amestoy (ametz= chene tauzin)
Sagardoi : pommeraie
Saroi : enclos d’estive (mot très ancien), se dit aussi sarua en Garazi (Cize)
Hardoi : véreux (fruit véreux)
 

En Gasconha :

Une liste commentée de Felip Dubedoth, de Doazit en Chalosse :

Bardòi (nom de maison, Vielle-St-Girons 40)
Berdòi (nom de maison, Maylis 40, "Berdoy") (ou nom de
Famille)
 ;

Betòi (maison du poète Loys Labèque, Léon
40)
Còges (nom du quartier des Cagots, Laurède 40,
"Coyes")
Còi (nom de maison, Doazit 40, "Coy")
Maròi (Maison, Lit-et-Mixe 40, et Aurice 40)
Menjòi (lieu-dit, Saugnac-et-Muret 40) :
Pourquoi pas diminutif du prénom Domenge ?
Tenòi (lieu-dit, Saugnac-et-Muret 40) ;
Cantòi : (lieu-dit, Linxe 40)
calòi : bellâtre (Palay "calòy")
chicòi : diminutif de "chic" : très petit (Palay
"chicòy")
còi, còge : panier (Palay "coy, còyo")
cibòi, liròi : niais (Palay "libòy,
liròy")
cicòi : délicat, difficile pour la nourriture
(Palay "licòy")
lilòi : colifichet (Palay "lilòy")
pelhòi : espèce de limande (Palay "pelhòy")
pilòi, pelòi : miséreux ; avorton
(Palay "pilòy, pelòy")
pingòi : personne grande et maigre.
picòi : cheville du joug (Palay "picòy")
pichòi : tout petit ; niais (Palay "pitchòy")
pishòi : jet d’urine
polòi : dindon, dinde, benêt, vaniteux (Palay "poulòy")
bascòi : basque (péjoratif)
bascòja : panier (Palay "bascoye")
gahòi : Personne désordonnée, malpropre
(Palay "gahòlh")
garibòi : insecte (non identifié, Marensin)
lolòi : benêt (prononcé "lòlòi")
mangòi : maladroit

On trouve aussi à Gradignan, en banlieue bordelaise, la rue
de Catoy
et l’allée de Titoy.

énter País Basco e Gasconha :

Anglòi : habitant d’Anglet

en Occitania, hòra Gasconha : 

Agadòi (habitant d’Agde)
Setòi (habitant de Sète) 
 noms de plantas ("gadòi") o de bèstias ("baudròi")
(Sauzet)
 

en Catalonha : 

alegroy, bonicoy, petitoy (Rohlfs)

 

Le cas "Amestoy"
Le nom de famille "Amestoy" vient-il du gascon "amistòi" (aimable) ou du basque "ametztoi" (lieu planté de chênes tauzins") ?


Grans de sau

  • Le gran de sau que Guilhem avait placé ici, à propos de l’emploi qu’il juge inapproprié de l’expression "Occitanie" a été raccroché au hiu de la rubrique Gasconha e Occitània.

  • Je pense que, dans un souci de simplification et de clarté, il faudrait supprimer tous les toponymes basques qui sont clairement formés du suffixe collectif -toi/-doi de cette page, un lien avec le suffixe gascon -òi semblant peu probable.

    En plus des des anglòis à Anglet, signalons les arancòis à Arancou.

    Pour les mots d’origine romane en -on qui sont aujourd’hui passés en basque unifié en -oi (kamioi, meloi, baloi...), leur forme navarro-labourdine était traditionnellement en -oin (kamioin, meloin, baloin...), leur forme souletine étant en -u (kamiu, melu, balu...).

  • Adiu Peio !
    Merci pour tes précisions.
    J’hésite à faire des retouches sur un article qui est très ancien, mais sa lecture attentive doit bien faire comprendre que les -oi basques n’ont rien à voir avec les -òi (oy) occitans (dont gascons) ou catalans.
    Sinon, ce gran de sau y pourvoira !

    De plus, mes recherches dans la toponymie me font constater que les -òi (oy) sont relativement peu présents en Gascogne voisine du Pays basque, et au contraire bien présents côté Guyenne, voire carrément en Guyenne.

    Quant aux noms de famille, je suis étonné qu’ils portent si peu ce suffixe. Cela serait peut-être dû au fait qu’il était vraiment familier, donc pas digne de figurer dans un nom officiel ?

  • Quauquas remarcas e ajots :

    - beròi, bròi (tabé en lengadocian : belòi
    - blanshòi (o blanchòi) se disèva en bordalés
    - garibòi diu èster lo sinonime de çò qu’apèran en Gironda cascaribòt, escaribòt = hanneton
    - galòi : sinonime vasadés de garibòi
    - flòi : vanneau huppé
    - licòi : sinonime marmandés de cicòi
    - cracòi : balane
    - cotòia : cresi qu’es la ’’palourde’’ ?

    Toponimes :
    - BABOY(E) (< Isabèu ??) en Gironde
    - BERNOY(E) (< Bernat) en Gascogne orientale et dans le Haut Agenais
    - CALOY dans les Landes (quelle étymologie ?? probablement un nom finissant par -cau)
    - CATOY (< Caterina ?) dans le Bordelais, le Bazadais, les Landes
    - COUTOYE (< Janicòt ou autres) à Roumagne
    - GUILLOY (< Guilhèm) à Dému
    - JANOY(E) (< Jan) dans l’Agenais, l’Entre-deux-Mers, l’Aude, les Landes, le Tarn
    - LABOY(E) (< Micolau ??) dans les Landes
    - MAROY(E) (< Maria ?) dans les Landes et l’Entre-deux-Mers
    - MENOY dans les Landes et l’Agenais ; MENOYE en Basse Guyenne
    - MILLOY (< Bertomiu) à Payros-C.
    - MINOY (< Guilhemin ?) sur le plateau landais
    - MOUNOY(E) (< Ramon) en Gascogne orientale et dans l’Aude
    - NAUDOY (< Arnaud) dans l’Aude
    - PEYROY(E)(S) (< Pèir) dans le Béarn, les Landes, l’Aude, la Hte Garonne
    - POULOY(E) (< Pau ?) dans le Tarn, le Tarn et G. et les Landes
    - TABOYE dans le Tarn
    - TENOY dans les Landes
    - TIBOY (< Matiu) dans la Grande Lande
    - TINOY (< Jantin/Martin) à Bommes
    - TITOY dans l’Albret et le Béarn
    - TOUNOY(S) (< Janton) dans les Landes, le Gers, le Tarn, l’Aude

    Ouf !

    • J’avais créé un mot-clé pour étiqueter les mots et les noms en -òi (oÿ). Mots et noms en -òi/-oy
      beròi était déjà dans la liste des mots étiquetés par ce mot-clé.
      Je signale aussi Belloy à Saint Michel de Fronsac pour lequel l’hypothèse Belòi parait pertinente.
      Belloy

      Je me propose d’ailleurs d’aller sur place pour enquêter si les gens disent Béloÿ ou "Bélwa". Les jeunes, je ne me fais pas beaucoup d’illusions...

      On trouve pas mal de BALOY dans la toponymie gasconne ; racine à trouver.

      A propos du Caloy landais :
      calòi est lui aussi dans la liste et signifierait "bellâtre".
      Une telle signification irait bien à un chafre, et va bien avec la présence d’un article : c’est "Le Caloy", en tout cas à Saint-Avit à la fourche routière ; alors que beaucoup de toponymes en -oy n’ont pas d’article devant, peut-être parce qu’ils dérivent directement d’un prénom...

      CATOY (< Caterina ?) : quiò... pour moi c’est ça (j’ai vu l’explication ailleurs).

      Naudoy existe à Virelade, hélas orthographé "Nodoy" maintenant, et un habitant m’a expliqué qu’il renonçait à prononcer "Nodoÿ" avec les inconnus (avec eux il prononce donc "Nodwà").
      Naudoy

  • Et puis MINGOY/MENGOY, surtout dans les Landes.

  • Quauques autes toponimes trobats en País Basco :

    - Isturits : Touloumoy (1835)

    - Came : Berdoye (forme féminine de Berdòi), Beroy (bèth -òi), Navarroy (Navar(r) -òi), Tignoy

    - Bidache : Guiroy (1818)

    - Guiche : Choy (1817), Joanchinoy (1817, Joan chinòi), Pignoy (1817)

    - Bardos : Chicoy (1594, 1619, chic -òi)

    - Hasparren : Gamoy (1835)

    - Briscous : Gamoy (1820)

    - Urcuit : Gamoy (1831)

    - Louhossoa : Beroy (1840, bèth -òi)

    - Ustaritz : Camoy (1820)

    - Bayonne : Chirroy (1831)

    - Anglet : Chicouyoun (1831, chicòi -on), Coy (1831), Jouanchicoy (1831, Joan chicòi) Martingoy (1831)

    - Biarritz : Guiroye (1831, forme féminine de Guiròi), Trimoye (1831)

    - Le Boucau : Laproye (1827)

    • Ces toponymes sont probablement tous gascons, même pour ceux qui sont en zone bascophone.
      Cela m’amène à modérer mes propos antérieurs sur une moindre présence du -òi en Gascogne voisine du pays basque.

      Je remarque "Touloumoy". Je pense à un dérivé de Bartolom* bien qu’en Gascogne, on ait plutôt Bertomiu et des dérivés en "Toumil*" (Toumilot etc.).

      Je n’ai aucune piste pour les Gamoy et Camoy de la zone bascophone.

      Martingoy : est-il possible qu’une prononciation proche de "Marting" diu côté du Marensin ait pu le créer ?

  • Gamoy et Camoy... Personnes originaires de Came, non ? Ça me semble assez évident !

  • Les habitants de Came sont traditionnellement appelés les camòts, avec le suffixe -òt, et à priori pas les camòis (-òi).

    Si l’on part de la forme Gamoy, qui semblerait plus répandue (dans la liste ci-dessus, 3 mentions contre 1 seule pour Camoy), et si l’on tient compte de la répartition de ce toponyme, en terre bascophone, je pense que nous pouvons envisager une explication en passant par la langue basque.

    J’y vois en premier élément le terme gamo, qui désigne un lieu de sources (curatives ?), suivi du suffixe locatif -i, sans doute proche du locatif -ti.

    Pour en revenir à la proposition de Gaby, qui y verrait un habitant originaire de Came, voici deux éléments de réponse supplémentaires :

    - les habitants de Came sont traditionnellement appelés les camòts, avec suffixe -òt, et à priori pas les camòis (-òi).

    - les maisons Gamoy de Briscous et Urcuit sont dites en basque Gamoia, à savoir notre Gamoi/Gamoy suivi de l’article -a que l’on retrouve à la fin de chacun des noms de maisons en langue basque.
    Or si nous avions à faire à un habitant de Came, et donc à un nom de personne, le basque y aurait naturellement ajouté un suffixe adapté aux personnes comme -ene(a) ou -tegi(a) qui leur est spécifique (= "chez", "la demeure de").
    La forme basque aurait donc été *Kamoienea ou *Kamoitegia. Mais c’est simplement Gamoia, qui confirmerait l’idée d’un vrai toponyme.




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