Notre région, c’est la Gascogne !


Un gascon dans le "Bonheur des Dames" de Zola

Et dans le fil de discussion, d’autres regards d’écrivains (Mauriac, Pierre Benoit..) sur la Gascogne

vendredi 9 décembre 2016, par Tederic Merger

Je viens de chercher vainement un fil de discussion sur Gasconha.com qui inventorie les clichés littéraires sur "le gascon" [1], où j’aurais pu caser ma citation de Zola.
Bon, je trouve quand même ceci, de Stendhal :
« Nous sommes à Bordeaux, centre de la vivacité gasconne, ville plus méridionale que « Valence » »

Eh bien Zola, en p.367 de la vieille édition de "Au bonheur des dames" que je viens de lire, décrit ainsi le jeune Bouthemont, dont il est dit par ailleurs que le père a une boutique à Toulouse :
« ce joyeux compère à la barbe d’un noir d’encre, ce noceur braillard dont le sang chaud de Gascon empourprait la face »
Le cliché français du "méridional"...


[1la gasconne parait d’emblée plus effacée, mais ça doit être l’effet d’un sexisme qui dépasse de loin la Gascogne



Grans de sau

  • Chez MAURIAC dans Thérèse Desqueyroux. Livre de poche.
    1)p.77 "... un patois innocent leurs mots les plus atroces."
    2)p.92 "son affreux accent".
    3)p.93 "le gâteau dénommé fougasse ou roumadjade."
    4)p.107 "...cet accent ignoble...".
    5)p.136 "...le patois glapissant...".
    6)p.143 "...les pignadas...".
    7)p.146 "...les pins rachitiques de cette terre mauvaise ;..."
    8)p.148 "...ces pins sinistres...", "le gémissement des pins d’Argelouse..."

  • Conclusion :

    Pour Mauriac le Gascon landais était un animal sauvage glapissant
    vivant dans un pays merdique.
    Je propose que Mauriac soit déchu de sa nationalité gasconne.

  • Mauriac disait : "Thérèse Desqueyroux c’est moi". Donc, les réflexions de Thérèse sont les siennes.
    Il était d’extraction gasconne, certes, mais n’avait rien de gascon et, au contraire, un mépris certain pour ses origines qu’il a eu soin de ne jamais revendiquer d’un point de vue identitaire. Ecoutez-le parler et vous constaterez que, par exemple, il n’a strictement aucune trace d’accent gascon et s’efforce d’affecter une parfaite prosodie française très précieuse. De plus, il n’a pas souhaité être inhumé en Gascogne, à Bordeaux ou à Saint-Maixant et repose à Vémars, dans le Val d’Oise. Il résidait la plupart du temps à Paris, avenue Théophile Gauthier et à Vémars, qu’il préférait à Malagar : "Je ne peux plus supporter l’été, l’abominable climat girondin", écrivait-il en 1951.
    Il était un grand bourgeois bordelais et un mondain parisien, entre les deux il n’y a qu’un pas. Il est l’image même du Bordeaux bourgeois qui tourne le dos à la Gascogne et la toise depuis le XVIIIème siècle. Son mépris pour les ruraux sauvages de la Lande est à peine dissimulé par une espèce de condescendance de classe qu’on pourrait, si on n’y prêtait garde, prendre pour de la tendresse.
    Mauriac est un grand écrivain et un grand humaniste mais pas un grand Gascon, et même pas gascon du tout. Il est l’archétype du bourgeois bordelais, que singeaient les hobereaux et nouveaux riches de la lande, ceux qu’on voit dans ses romans et qu’on croise encore, où ce qu’il en reste sous des formes plus ou moins dégénérées, dans nos bourgs landais. Ils ont leur résidence à la ville mais viennent prendre l’air, de temps en temps, sur leurs terres sablonneuses. Cette classe sociale porte une très lourde responsabilité dans la dégasconisation de la Gascogne puisqu’elle lui a tourné le dos et s’est toujours efforcée de parler "pointu" en méprisant ses métayers et autres résiniers et en diffusant vers le bas le modèle français, forcément supérieur. La bourgeoisie gasconne n’est vraiment pas à l’image de celles du Pays Basque ou, encore plus, de la Catalogne, qui ont toujours revendiqué leur appartenance basque (Sabino Arana, Telesforo Monzón) ou catalane (Francesc Macià, Enric Prat de la Riba).
    Bordeaux Métropole, qui écrase et écrasera de plus en plus son arrière pays (les métropoles régionales ne sont que des petits Paris), n’est que l’ultime avatar de l’orgueilleuse cité du XVIIIème siècle, celle qui a renié la Gascogne. Bordeaux n’est plus une ville gasconne depuis plus de deux siècles et se contente aujourd’hui d’étendre son aire urbaine de plus en plus loin de la place Pey berland et d’envoyer des cohortes de néo-ruraux coloniser sa périphérie tandis que la ville se gentrifie de plus en plus et expulse les classes populaires de son sein. Elle a été et demeure le plus puissant cheval de Troie de la francisation et de l’aliénation de la Gascogne occidentale.
    Donc, pour répondre à Lo Bèth, il n’est nul besoin de déchoir Mauriac de sa nationalité gasconne puisqu’il n’a jamais été gascon dans les faits, les paroles ni les actes.
    Montesquieu était gascon, Manciet était gascon, Mauriac ne l’est pas. Même Alain Juppé l’est plus que lui. C’est pour dire !

  • Balzac :
    Godefroid ne grasseyait pas, ne gasconnait pas, ne normandisait pas, il parlait purement et correctement, et mettait fort bien sa cravate, comme Finot (Balzac, Mais. Nucingen,1838, p. 604).

    Kock (?) qui place Toulouse en Gascogne !
    je jouais bien joliment M. de Crac ; d’abord je gasconne comme si j’étais de Toulouse, et Dugazon m’avait donné quelques leçons pour ce rôle (Kock, Cocu,1831, p. 305).

    http://www.cnrtl.fr/definition/gasconner

  • A propos de Mauriac, je viens de lire dans la revue "Le festin", n°97 du printemps 2016 : « Atlas de géographie mauriacienne »

    L’article décrit les différents lieux d’habitation et de plaisance du jeune Mauriac.
    Je ne savais pas, mais la bourgeoisie bordelaise vivait parfois à cette époque en famille élargie : trois générations, des soeurs mariées avec enfants partagent le même toit dans ces immeubles cossus du centre de Bordeaux, rue Duffour-Dubergier, rue Vital Carles etc.
    Il y avait des domestiques : « une des bonnes, dite Julie la Basquaise, [...] dotée d’un solide accent qui fait rouler les r de "Peyeu-ro-rade", le pays de son enfance. » (Peyrehorade n’est pas exactement au Pays basque, mais on est habitué...)

    Les lieux de plaisance :
    Des châteaux ou villas : le château Lange à Gradignan, Malagar, le château Mauriac près de la gare de Langon, le chalet de Saint Symphorien ; plus tard sur le bassin d’Arcachon, en particulier à « la villa Bou he ben ("où souffle le vent") » [sic - mais je ne sais pas si la coupure dans "Bou he" vient de Mauriac].

    Beròi, tot acò !

    Mauriac a donc bien connu le Bordelais quand celui-ci gasconnait encore beaucoup. Même dans les rues du centre de Bordeaux, le jeune Mauriac ne pouvait que croiser le peuple gascon. Mais comme dit plus haut, sa classe sociale lui tournait le dos (au peuple gascon). En gros, pour eux, c’était la populace, c’était vulgaire ou grossier.

    Tous les bourgeois de Bordeaux n’avaient pas exactement cette attitude. L’écrivaine Jean Baldé montre une autre sensibilité chez son père, bourgeois bordelais lui aussi et à la même époque, qui aimait Mistral, Jasmin et Mèste Verdié : lire ici ; au passage, dans le livre de Jean Baldé est évoqué « un professeur de sciences naturelles au grand nez gascon et au verbe haut » ; toujours à peu près le même cliché !

    Tout n’a pas complètement changé un siècle après.

  • =) 2
    Je ne serai pas aussi négatif car j’avais vu il y a quelques années dans la revue foret de Gascogne un de ses descendants (direct ou apparenté) avec un superbe béret dans la forêt girondine ou landaise.

  • 6. Peut-être était-ce un descendant de son frère Raymond ou de sa soeur Germaine Fieux car à ma connaissance aucun descendant direct de François Mauriac n’habite la Gascogne ou même l’Aquitaine.Certains viennent sans doute occasionnellement vérifier l’état des vignes qu’ils ont conservées après don de Malagar (bâtisse et ses entours) au conseil régional il y a une trentaine d’années je crois.Il me semble que les premiers avaient conservé un temps le chalet de Saint-Symphorien,devenu ensuite également musée ou maison d’écrivain ou je ne sais quoi dans ce genre.

  • Dans « L’Atlantide » de Pierre Benoit (1919) - c’est un des personnages qui parle (chapitre « L’Atlantide ») :

    « un arrêté ministériel, sans autre forme de procès, me nommait dans un des lycées de France les plus infimes, les plus reculés, à Mont de Marsan.
    Comprenez bien que j’étais ulcéré, et vous excuserez les déportements où je me livrai dans ce département excentrique. Et que faire, dans les Landes, si on ne mange ni ne boit ? Je fis ardemment l’un et l’autre. Mon traitement fila en foies gras, en bécasses, en vins de sable. Le résultat fut assez prompt : en moins d’un an, mes articulations se mirent à craquer comme les moyeux trop huilés d’une bicyclette qui a fourni une longue course sur une piste poussiéreuse. Une bonne crise de goutte me cloua sur mon lit. Heureusement, dans ce pays béni, le remède est à côté du mal. Je partis donc, aux vacances, pour Dax, en vue de faire fondre ces douloureux petits cristaux.
    Je louai donc une chambre au bord de l’Adour, sur la promenade des Baignots. Une brave femme venait faire mon ménage. Elle faisait également celui d’un vieux monsieur, juge d’instruction en retraite, et président de la Société Roger-Ducos, vague magma scientifique, où des savants d’arrondissement s’appliquaient, avec une prodigieuse incompétence, à l’étude des questions les plus hétéroclites. »

  • Pierre Benoit, languedocien (tarnais, je crois) par son père avait quelques origines landaises du côté maternel, dacquoises exactement. Il passa des vacances dans une maison à Saint-Paul lès Dax, alors dans un hameau reculé qui servit de cadre à celui de ses romans qui a sans doute le moins mal vieilli (avec l’Atlantide, peut-être) : Mademoiselle de La Ferté, réédité il y a quelques années. Depuis ce temps, l’agglomération dacquoise a avalé et urbanisé ce quartier. La maison a longtemps appartenu au groupe papetier Gascogne qui y recevait ses visiteurs de marque et l’a vendu il y a quelques années, je ne sais à qui (la ville de St-Paul ?). La maison peut se visiter.

    Quant au fond, P.Benoit ne me semble pas s’être départi d’une perception extérieure et superficielle de la vie landaise, pour ne pas dire gasconne, comme l’extrait donné par Tederic le montre. C’est typique de milieux sociaux qui avaient beaucoup de mal à voir les restes de culture gasconne, pourtant encore conséquents alors, autrement que comme des horipaux de paysans, donc pas bons pour eux ...

  • Toujours dans « L’Atlantide » de Pierre Benoit (chapitre « Antinéa »), dialogue entre Antinéa reine de l’Atlantide (située par le roman dans le Hoggar) et le capitaine de Saint-Avit :

    Antinéa :
    - D’où es-tu ?

    Saint-Avit :
    - De France.

    - Je pouvais m’en douter, - fit-elle avec ironie. - Mais de quel pays de France ?

    - D’un pays qui s’appelle le Lot-et-Garonne.

    - De quel endroit, dans ce pays ?

    - De Duras.
    Duras

    Elle réfléchit un instant.
    - Duras ! Il y coule une petite rivière, le Dropt. Il y a un grand vieux château.

    - Vous connaissez Duras, - murmurai-je, abasourdi.

    - On y va de Bordeaux, par un petit chemin de fer, - poursuivit-elle. - C’est une route encaissée, avec des coteaux pleins de vignobles, que couronnent des ruines féodales. Les villages ont de beaux noms : Monségur, Sauveterre-de-Guyenne, la Tresne, Créon... Créon, comme dans Antigone.

    - Vous y êtes allée ?
    [...]
    - Si je suis allée à Duras ? - poursuivit-elle avec un éclat de rire. - Tu t’amuses. T’imagines-tu la fille de Neptune dans un compartiment de première classe, sur une ligne d’intérêt local ?

    — -
    Quelques remarques :

    - Si Antinéa n’a pas emprunté cette ligne de chemin de fer qui desservait Duras à travers l’Entre-deux-Mers, l’écrivain Pierre Duras, lui, a dû le faire.

    - Ce chemin de fer, c’est la Ligne Bordeaux (Benauge) La Sauvetat du Dropt.
    Lignes de chemin de fer dans le 47
    http://www.sudouest.fr/2011/01/18/lignes-de-depart-293239-2780.php

    - Le nom du héros, Saint-Avit, est probablement en lien avec les Saint-Avit situés non loin de Duras : Saint-Avit-de-Soulège et Saint-Avit-Saint-Nazaire
    Saint-Avit-Saint-Nazaire

    Saint-Avit-de-Soulège
    .

    - Une vision départementale : le pays, c’est le Lot-et-Garonne.

    - « Créon, comme dans Antigone » : le fantasme grec rôde, qui a donné aussi des explications fantaisistes pour des noms de lieu en Pays de Buch (noms en -os, Pyla...).

    - Au total, un peu de dédain pour Duras, comme avant pour les Landes par un autre personnage de Pierre Benoit...

    PS : Pierre Benoit était dacquois aussi bien du côté paternel que maternel, et sa dernière épouse née Milliès-Lacroix était donc issue de la bourgeoisie dacquoise. Il ne semble pas avoir rompu avec cette origine, sans non plus l’exalter ; il n’a guère vécu à Dax, son itinéraire est celui d’un glob-trotter ; il est enterré à Ciboure. Mes informations viennent de Wikipédia bien sûr.

  • Je suis tout à fait de l’avis de Bernard Lo Bèth concernant l’écrivain François Mauriac. Pour ce dernier, le gascon était selon toute vraisemblance un "dialecte" de sauvages, un patois glapissant comme il disait. Mais de là à le déchoir d’une nationalité gasconne qu’il n’a jamais eue comme le souligne l’intervenant suivant... Car s’il fallait déchoir de cette "nationalité" évanescente tous ceux et celles qui, en Gascogne du nord au sud et de l’est à l’ouest, sont dans le mépris ou l’indifférence la plus totale de ce qui faisait l’originalité ethnique et linguistique de ce pays, il y en aurait du monde à déchoir de nos jours ! On pourrait réunir les Gascons dignes de ce nom dans un minuscule Gasconoland de quelques petits kilomètres carrés.
    Une certaine bourgeoisie boursouflée d’elle-même a toujours déconsidéré et méprisé le petit peuple et son "patois".
    Mon beau-père qui s’exprimait quotidiennement en "béarnais" s’était vu chapitré par une vieille bourgeoise alors qu’il disait quelques mots en gascon à mon fils qui était petit à l’époque. "Il ne faut pas parler patois aux enfants, c’est vilain et grossier. Il faut leur parler français", lui disait-elle. Dans sa tête, patois = caca.
    Et combien de personnes avaient de tels stéréotypes dans la tête ! Et pas que des bourgeois. Pour en revenir au beau-père, lequel avait une voix sonore, il se faisait reprendre vertement par ma belle-mère lorsque le pauvre bougre avait la malencontreuse idée de s’adresser à elle en béarnais dans un magasin ou dans un lieu public.
    A Marmande, ce n’était pas mieux. On expliquait aux enfants que le patois était du français déformé par les ignorants de la campagne. Cette désinformation fut un brin rectifiée par mon institutrice de l’époque qui nous avait appris que le "patois" était la continuation de la langue d’oc des troubadours, ce qui n’était pas exact mais tout de même un net progrès. Elle nous avait appris aussi une jolie petite chanson "Les petits Gascons de la douce France"... Il faut bien avouer qu’en dehors du petit microcosme "régionaliste" (occitanistes, gasconnistes, béarnistes), il n’y a pas grand monde qui ait eu une conception valorisante de la Gascogne et de sa langue. La situation est aggravée de nos jours par un remplacement de population par des gens, d’origine européenne comme d’origine extra-européenne, qui sont dans l’ignorance la plus totale de ce qu’était naguère la Gascogne ethnique et linguistique.




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