Notre région, c’est la Gascogne !


« L’accent sur l’essentiel »

lundi 9 mai 2016, par Tederic Merger

Avec son slogan, la nouvelle campagne marketing de la Cave du Marmandais semble faire allusion à l’accent régional.

On y trouve aussi des allusions à un autre marqueur identitaire régional : le rugby ("Le caractère du Sud-Ouest un point c’est tout").
Certaines appellations de vin ou de cépage font référence à la langue d’oc : Quezaco, Terre d’Abouriou, Tap d’E Perbos... tap
L’Abouriou : il semble que ce mot signifie "hâtif, précoce", mais plutôt hors Gascogne. Ce nom de cépage viendrait de "Villeréal en Lot-et-Garonne" selon Wikipédia.

La Gascogne n’est pas mise en avant. Une fois de plus, elle s’efface derrière l’appellation "Sud-Ouest".
Une explication est donnée ici (http://cave-du-marmandais.fr/decouvrez/#made-in-sudouest) : « les vignobles de l’appellation Côtes du Marmandais s’étendent sur les deux rives de la Garonne : la rive droite, terre de Guyenne et la rive gauche, terre de Gascogne. »
Les gasconhautes savent que la rive droite du Marmandais est aussi gasconne, mais la perception populaire locale (rive droite = Guyenne, rive gauche = Gascogne) l’a emporté ici.
Beaupuy
Rive droite gasconne

[Tederic M.]


Voir en ligne : Aqui.fr



Grans de sau

  • Que cau véder la vertat : la mager part deus poblans de Gasconha que son francés deu sud-oest meilèu que gascons. En tot cas que’s senteishen atau...

  • Vous avez parfaitement raison. Ceux qui se sentent gascons avant tout ne sont même pas minoritaires, ils sont groupusculaires.

  • N’exagérons pas ,tout de même !Des groupusculaires atau,j’en rencontre en ce moment à la pelle !

  • On ne voit pas bien comment la Gascogne aurait pu tirer son épingle du jeu puisqu’elle est laminée entre trois appellations marketing bien appuyées :

    - l’Aquitaine, fond historique légitime mais distendu et vidé de sa valeur première.
    - le "Midi" plus ou moins mâtiné de Pyrénées, qui est tellement passe-partout qu’il ne contrarie personne. C’est le "Sud".
    - l’Occitanie comme premier terme de référence, qui relègue la Gascogne en petite division. Peut-être la nouvelle région de Toulouse s’appellera-t-elle Occitanie-Pays catalans ?

    Lot de consolation : il reste le Sud-Ouest. Comme le Périgord est bien connu et que le pays Basque est à part, le S-O c’est le substitut le moins mauvais à la Gascogne.

    Pour la Gascogne, qui se charge du rama ?

  • Je ne pense pas exagérer. Nous allons faire un petit sondage.
    Qui ici se sent citoyen français (notion juridique et administrative) mais national gascon (notion ethno-culturelle). Un peu comme un Gallois ou un Ecossais, même s’ils sont des citoyens britanniques, se vivent de nationalité galloise et écossaise.
    Et j’ai bien conscience de poser cette question à des gens très acquis à la cause. Soyez honnêtes et nous verrons.
    Avec moi ça fait un.

  • Je ne crois pas que gasconha.com soit le lieu approprié pour un sondage ;voyez plutôt Opinionwest ou l’IFOP !
    De plus la question posée était entre "français du Sud-Ouest" et Gascon,pas exactement celle que vous posez en termes politico-juridiques. Si l’on prend la question initiale (français du sud -ouest ou gascon) il me parait clair que 100% des contributeurs de ce site vous répondront "Gascon".Pas besoin de payer (cher) Opinionwest pour cela .

  • ça ne mange pas de pain de savoir qui ici se sent avant tout gascon. Ce n’est pas une vilaine question et je ne comprends pas bien votre réaction agacée. Cela vous gêne-t-il tant que ça qu’on vous demande de dire si vous vous sentez gascon ou français ? Vous pensez que les renseignements généraux sont à l’affût pour prévenir toute tentative nationaliste gasconne ? En ces temps d’état d’alerte, vigie pirate etc... Je dirais même que c’est une espèce de préalable étant donné le but de ce site qui est de promouvoir la Gascogne.
    Je dis ça parce que les béarnistes, eux, sont français avant tout. Béarnais ce n’est qu’un truc folklorique et passéiste qui permet surtout de faire de l’anti occitanisme primaire. Bref, ils ne sont pas cohérents ni même intellectuellement honnêtes. Si vous me dites qu’ici tous les participants se sentent d’abord gascons alors oui, vous êtes logiques et cohérents. Voilà, ma question c’était juste pour savoir si vous êtes des gens conséquents ou bien si vous vous faites juste plaisir à pianoter sur votre ordinateur et à sauter comme des cabris en criant : "La Gascogne, la Gascogne, la Gascogne !", comme disait l’autre.
    Mais vous ne répondez pas à la question. Vous sentez-vous gascons ou français ?

  • L’Etat français ne distingue pas la nationalité de la citoyenneté. C’est l’un de ses fondements.

    Le citoyen français peut donc avoir n’importe quelle nationalité, ce dont témoignent ses droits et devoirs fondamentaux. On peut déchoir quelqu’un de sa nationalité ou l’inverse. Le Royaume-Uni et l’Espagne reconnaissent des nations historiques. Reste à savoir comment la politique régionale correspond aux intérêts des peuples.

    Pour l’appartenance naturelle, lignagère, l’Etat français dans sa partie européenne comprend à ce jour, et abstraction faite des nombreux groupes issus des flux d’immigration (qui mériteraient une étude détaillée) :

    - des "Franco-romans" issus de divers rameaux de langue d’oïl,
    - des "Francoprovençaux" ou Arpitans,
    - des Occitans et des Nord-Occitans,
    - des Provençaux,
    - des Gascons.

    - On compte aussi des souches en marge : Basques, Bretons, Alsaciens et Mosel-Lothringern, Flamands, Corses, Catalans. En voie d’assimilation malgré quelques résistances insuffisantes (exception basque peut-être, mais démographiquement affaiblie).

    En dehors de ces marges et des Français d’oïl, nationalité éponyme dont les traits se ramènent à la langue et au territoire, les autres groupes mentionnés ont très peu conscience de leur nationalité, malgré des persistances non négligeables du sentiment régional . Ce sont des ombres de nationalités acculturées et intégrées à la France globale, système d’indifférenciation et d’universalisation.

    Attention cependant à ne pas se méprendre sur le sentiment français : D’abord les Gascons ont joué dans l’histoire de la France un rôle important, sans cesser d’être eux-mêmes. L’assassinat d’Henri IV a certainement marqué la fin de certaines espérances gasconnes. Mais il n’était pas difficiles aux historiens scolaires de tourner l’histoire gasconne à l’avantage de la nationalité française. Avec l’histoire de Bretagne c’était beaucoup plus difficile, avec l’Alsace c’était impossible sans une rééducation massive appuyée par les armes.

    En Béarn par exemple l’amour du terroir se confondait naturellement avec celui de l’"ancienne France" et, ce qui ne doit pas être oublié, avec les morts des guerres mondiales. Ajoutez le culte républicain ou pour d’autres la nostalgie de la royauté, et vous verrez que l’idée d’une nationalité gasconne politique eût été difficile à promouvoir. Dans les années 1930 peut-être, avec la vogue "basco-atlantique", dans les années 1960 avec les spoliations foncières et l’exode rural ? L’intégration, c’est aussi la désintégration.
    Le sentiment d’une nette différence ethnique n’entraîne pas ipso facto une revendication politique (le cas du pays Basque nord est instructif à cet égard), qui fut caractéristique de la revendication nationale au XIXe siècle face à l’Etat moderne. Les Gascons ont manqué le coche.

    Conclusion : le malentendu sur la notion de nationalité et sur la nature même de la France comme personne morale et individu historique ont empêché les Béarnais, et les autres, de détricoter les fils de leur aliénation. La remise en cause, qui aurait dû être salutaire, est venue des milieux ethnistes, comme on disait alors, mais le discours des idéologues était par trop inadapté. Il y avait pourtant des peuples à relever.

    Intéressantes sont à observer des variantes externes dues à l’histoire et à la politique :
    - En Wallonie le terme "communauté française" n’implique pas un fort courant "rattachiste",
    - la Suisse romande ne se considère pas comme française,
    - des courants autonomiques ou indépendantistes ont toujours existé en Savoie et en Comté,
    - le sentiment régional/iste est plus ou moins grand selon les aires ex-dialectales d’oïl : Normandie, Poitou-Saintonge, se détachent du lot.
    Une étude détaillée montrerait la survivance de sentiments d’appartenance marqués dans certains pays d’oïl jusque vers 1918, et des sursauts sporadiques (mouvement lotharingiste nancéien entre 1815 et 1900, renaissance savoisienne qui se prolonge, etc.).

    Enseigner aux Limousins ou aux Auvergnats qu’ils ne sont pas des "Français" serait difficile. C’est l’échec de l’Occitanie politique globale, qui a surjoué le Midi et n’a pas amené le renouveau nationalitaire des peuples subsistants. Les Méridionaux (sic) admettront cependant que leur pays est très différent des terroirs du Nord.

    Mais le territoire français global se fabrique dans les villes, par la mobilité de toute la population (pas seulement des fonctionnaires), dans les campagnes colonisées. Nous ne sommes plus en 1960.

    L’appartenance se maintient par les moeurs et le territoire. Quand les attaches sont rompues avec la terre des parents ou grands-parents, il se crée de nouveaux enracinements locaux. Ce qui peut contribuer à détruire la nationalité sur son sol, surtout quand les nouveaux venus ne sont là que pour le soleil, la qualité (?) de vie ou autres raisons. Le tourisme et l’immobilier tueront le pays Basque plus vite que ne l’ont dégradé les pouvoirs publics.

    Dans ces conditions, la nationalité se conçoit comme une cristallisation autour de plusieurs facteurs : le lieu (paysage, architecture), les moeurs, le milieu humain, l’éducation dans la famille, une langue qui s’efface.
    Inutile d’ajouter que ces questions prennent une importance décisive s’il y a fondation d’un foyer.

    Il est donc plus facile de répondre à la question posée si l’on habite le pays : Gascon ethnique et français par les papiers, quitte à choquer les voisins. Si l’on est loin, à la première génération on est un exilé, à le deuxième un "d’origine", à la troisième... S’il n’y a pas les vacances pour renouer avec le cousinage ou le désir de retrouver un pays dont on a entendu parler, il n’ a plus grand chose. Ce sera le problème des jeunes. Mais c’est en soi, aussi, qu’on porte ses racines.
    Comme il existe une civilisation européenne globale (bien que mal en point), il est toujours possible d’y agir en tant que personne, en conformité avec ce qu’on a reçu.
    Quoi qu’il en soit, le sentiment d’être entre deux ou trois chaises sera de plus en plus répandu. Trop faiblement consciente pour ne pas se dissiper hors de son territoire, la nationalité gasconne ne peut guère subsister sans ce contact (les Gascons ne sont pas des Arméniens avec leur Eglise, ni des Chinois avec leurs réseaux).
    Sur place, elle subsistera si on la distingue des définitions administratives. Un type tout seul qui dit qu’il n’est pas français mais gascon, cela fait sourire, et s’il y en a cinquante ?

    "Les Etats passent, les peuples restent" à condition d’accuser les angles. Pour le reste, entre représentations et caractères objectifs, il y a place pour leur rappeler ce qu’ils sont.

    Le fil de la nationalité peut se distendre et se rompre mais subsiste longtemps comme une disponibilité. C’est le fil d’Ariane.

  • Vous dites : Pour l’appartenance naturelle, lignagère, l’Etat français dans sa partie européenne comprend à ce jour, et abstraction faite des nombreux groupes issus des flux d’immigration (qui mériteraient une étude détaillée) :

    - des "Franco-romans" issus de divers rameaux de langue d’oïl,
    - des "Francoprovençaux" ou Arpitans,
    - des Occitans et des Nord-Occitans,
    - des Provençaux,
    - des Gascons.

    Plusieurs questionnements/remarques :

    - Vous faites une typologie basée sur la linguistique. D’accord, qui dit langue dit communication, et avoir la même langue est essentiel pour s’identifier à un groupe, mais les langues et les ethnies se superposent-elles forcément ? Ou peut-être qu’on définit déjà à la base une ethnie par la langue ?

    Cas 1 : on parle parfois de zone médioromane qui présente une certaine homogénéité (zone de langue poitevine, saintongeaise, limousine, marchoise, auvergnate, franco-provençale). Qu’en penser ?

    Cas 2 : dans les cas de mariages mixtes ou d’enclaves comme la Petite Gavacherie, ou tout simplement d’immigration, se pose l’éternelle question : à quelle ethnie appartiennent les descendants ? Je donnais récemment sur Jornalet l’exemple de mon grand-père paternel, né à Bordeaux d’un père armagnacais et d’une mère charentaise : quelle était son ethnie ? (Plus compliqué, et s’il était né à Marseille ?) Personne ne m’a répondu (ils n’ont même pas osé écrire ’’èra occitan’’ !) ; pour ma part, je dirais que l’ethnie ou peuple à laquelle appartient Untel, c’est celui auquel il dit appartenir, et bien sûr on peut avoir plusieurs appartenances. Mais cela pose un autre problème : plusieurs personnes de la même famille peuvent du coup affirmer faire partie de peuples différents... Bon, cela va de soi, ces questions concernent surtout l’ensemble oïl-oc-arpitan ; l’ethnie corse, basque ou alsacienne est bien mieux délimitée (patronymes, endogamie plus forte (?), identité forte, etc.)

    - Pourquoi séparez-vous les Provençaux des ’’Occitans’’ ? Je les aurais mis ensemble, et séparé les ’’Nord-Occitans’’ qui selon moi se rattachent aux Poitevins, Saintongeais et ’’Arpitans’’.

  • "ce site", "malhonnête", "anti-occitanisme primaire", "tapoter sur votre ordinateur" : hargne rentrée ?

    C’est l’histoire d’un mec, il est citoyen français, Gascon d’abord, et pas occitan. Pas occitan du tout.

  • PJM écrit :"dans ces conditions, la nationalité se conçoit comme une cristallisation autour de plusieurs facteurs : le lieu (paysage, architecture), les moeurs, le milieu humain, l’éducation dans la famille, une langue qui s’efface".
    Il me semble que la nationalité s’affirme surtout quand un groupe humain a le souvenir collectif fort d’une entité politique indépendante ou du moins très autonome (cas de l’Ecosse,dans une moindre mesure de la Catalogne) mais en tout cas de longue durée,sur un territoire bien défini et surtout si cette situation a duré jusqu’à une date récente.Et tout cela même quand plusieurs des facteurs mentionnés par PJM ont plus ou moins fondu.
    Ce qui me donne à penser que la question d’une "nationalité gasconne" est ,sans doute pour très longtemps,une question assez vaine , pour ne pas dire oiseuse et qu’il ne sert à rien d’y perdre son temps.Mieux vaut essayer de renforcer la gasconité là et ou on le peut,très pragmatiquement , ce qui est le pari de gasconha.com,justement.

  • Si l’on pose la question de la nationalité, on est toujours amené à schématiser des cas parfois très complexes. L’ethnie ou peuple est au carrefour de plusieurs critères, dont un ou plusieurs peuvent manquer et d’autres peser très lourd. Par exemple, Serbes et Croates se sont distingués par la culture et la religion, Wallons et Français par des allégeances différentes, etc., les Irlandais même anglicisés ne sont pas anglais (mais cela favorise leur assimilation).

    "Peuple" ou "ethnie" est un englobant, mais vécu différemment selon les situations : un journalier bigourdan pauvre ne vivait pas son appartenance comme un propriétaire terrien. Il y eut même des départs sans regret pour en finir avec une vie très dure.

    L’appartenance ethnique n’est pas au centre des débats tant qu’elle est vécue naturellement. On en parle quand elle est menacée. Sinon on fait comme les historiens et voyageurs, on la mentionne.
    L’appartenance allait de soi. Ce monde n’est plus, et tout peuple qui n’a pas d’Etat national, ne serait-ce que sous forme autonome, est condamné à l’assimilation lente ou brutale.

    La question des nationalités s’est exacerbée en Europe avec la montée de la société industrielle et financière et la volonté de certains Etats de se débarrasser des marges allogènes (russification, francisation, etc.). De plus, en France, il fallait préparer "la Revanche".
    La plupart des groupes ethniques en France ne sont pas ou ne sont plus dans une situation de résistance identitaire.

    Ce qui "passe" par la nationalité varie. Les colons paysans partis au Canada vers 1880 sont devenus des Canadiens, nouvelle appartenance ethnique. Quand les descendants de Normands épousent des filles d’Irlandais (catholiques), cela donne des Canadiens de souche européenne. Seul demeure un attachement sentimental, plus ou moins gonflé par le désir de l’origine, comme chez les Irlando-Américains. Il est connu aussi que les gens de mer préféraient les mariages dans leur milieu : un Groisillon épousait plus facilement une Rochelaise qu’une Lorientaise (c’était ainsi jusqu’au milieu du XXe s.)

    Il y a toujours des seuils dans l’assimilation. Etant donné le recul pluriséculaire du néerlandais les Flamands disaient "La langue (het taal) n’est pas tout le peuple", mais qui décidera de l’appartenance de ceux qui n’ont plus de flamand que le nom ?
    De la migration de travailleurs agricoles bretons dans tout le Sud-Ouest au XIXe s., il ne reste que des noms de famille mal prononcés. Et partout en Europe c’est pareil : il y a une porosité parce que les barrières - quand la religion, une volonté de fermeture ou un rejet ne jouent pas -, sont assez faibles. C’est d’ailleurs cette assimilation des grandes aires qui a évité le déracinement intra-européen.

    Les grandes villes modernes, lieux d’oubli des liens traditionnels, sont aussi des lieux de nouvel enracinement. L’appartenance à un lieu intervient évidemment dans la définition ethnique. L’attrait de certaines villes peut être décisif : fierté d’être bordelais, hambourgeois, citoyen de Riga, londonien... Dans ce cas la langue dominante de la société l’emporte et l’assimilation se fait. Du moins était-ce la situation jusque vers 1980.
    L’assimilation par le travail est un autre moyen d’intégration, mais dans une société bien structurée, mais en synchronie et individuellement.

    Le médioroman, linguistiquement, n’est pas un fantasme pour coudre ensemble des parlers d’oc et d’oïl. Un trait majeur de cette aire est le traitement de certaines consonnes plosives.
    La fameuse ligne gamba / jamba, castel / chatèu (la ligne CAGA, oui) est-elle aussi déterminante que le traitement des voyelles finales atones pour établir la "structuration supra-dialectale de l’occitan" ?
    Une "structuration supradialectale du roman" mettrait l’alverno-limousin avec l’"oïlitan" et le gascon avec le castillan (h-, b-). Il faudrait dessiner la carte.
    Mais ce qui empêche le regroupement médio-roman, qu’on pourrait étendre au piémontais, voire au romanche, c’est quand même le maintien des finales qui entraîne de grandes différences phonétiques et phonologiques : sh ou j seront perçus comme des variantes de k et g, tandis que chan’ta disyllabiques sera très distinct du Fr. ’chante. Dans la ’dzerbo, la finale fait la différence.
    P. Bonneau a tenté de promouvoir cette notion de Médioromanie. Linguistiquement elle dépend des critères choisis. Le Pr Chambon admet le mot "occitan" pour les parlers du Croissant. Pour la civilisation, il est clair que la zone médioromane n’est pas conforme au modèle méditerranéen. Il est regrettable qu’on n’ait pas promu l’idée de Hautes Terres d’Oc, ou de Haute Occitanie pour faciliter la renaissance de ces pays. Il faudrait savoir ce qu’en pensent les occitanistes limousins et auvergnats. En sortant de la langue, car la langue n’est pas toute l’ethnie.

    Il y a des clivages générationnels et des clivages avec la famille restée "au pays". Les moeurs sont perçues comme différentes. Le couple portugais installé à Lille, ses enfants ont été à cheval sur deux cultures, ses petits-enfants sont des Français "d’origine portugaise" ; comme les Kowalski descendants de mineurs polonais sont des Français avec quelques traits résiduels. Mais si la curiosité les pique d’enquêter sur leur patronyme, cela pourrait avoir des effets inattendus. Et s’ils s’intéressent au pays d’implantation de leurs parents, peut-être défendront-ils la cause de leur région d’implantation. La balance penchera du côté du plus attirant, du plus fort , et l’influence du territoire jouera. La plupart des gens dans ce cas se définiront comme ils pourront, et voudront. Tout dépend de ce vers quoi ils se tourneront dans leur patrimoine. Beaucoup ne se définiront pas du tout, sinon par leur équipe de foot préférée, leurs goûts "sociétaux" (mais cela aussi peut avoir un contenu ethnique et culturel).
    Il y a le poids social, les habitudes. Paris a été une grosse éponge très absorbante. Mais jusque vers 1970 les liens avec le milieu souche n’étaient pas rompus.

    Rares autrefois dans le monde paysans, les appartenances mixtes sont légion. C’est le groupe dominant qui l’emporte : l’enfant de Basque et de Berrichon sera plus attiré à se dire basque, surtout si son nom le désigne tel, du moins s’il est sensible à cette question. S’il ne vit pas au pays Basque et n’y fait pas sa vie, c’est une autre affaire.

    Les nuances fines ressenties et revendiquées sur les appartenances semblent d’un autre âge et pourtant ne disparaissent pas, du moins pour ceux qui réagissent encore au système en place.
    Ce qu’il faut considérer c’est :
    - la force de résistance intrinsèque de certains groupes (prestige, volonté, religion, moeurs).
    - le caractère du milieu d’insertion : homogène, accueillant, fermé, atomisé.
    - l’isolement numérique (un groupe trop réduit dure rarement plus que trois génération).

    Comptons aussi avec le caractère : il y a des traits qui restent, et l’on peut se sentir différent même après deux ou trois générations, par affinité élective. Cela peut provoquer des prises de conscience.

    On voit donc avec ces exemples qu’on passe du collectif à l’individuel. C’est ce choix individuel qui nous place devant nos responsabilités qui jadis étaient assumées par le groupe, la coutume et l’évolution.

    Les Provençaux sont occitans dans la mesure où le provençal est un dialecte de l’occitan. Mais hormis le critère linguistique, ce qui reste de sentiment provençal est-il occitan ? Fallait-il renoncer à l’appellation "provençal alpin" ? Je me garderai bien de trancher, c’est une question empoisonnée (les conflits entre occitans / pas occitans en Provence ont atteint des sommets). Je crois pourtant qu’il y avait un sentiment provençal à relever, y compris dans l’optique nationalitaire. La langue n’est pas tout.

    La société telle qu’elle est produit des séries et détruit les groupes d’appartenance. Ces questions de nationalité deviennent apparemment superflues. Dans le même temps le besoin d’appartenance reparaît comme antidote à l’anonymat. Paradoxe : on peut être désinstallé sans être déraciné, tandis que l’on est souvent déraciné sans être désinstallé.

    Bon ser !

  • Quand je parle de nationalité c’est évidemment à la caractérisation ethnique que je pense, celle qui précisément produit la "gasconité". La "nation historique" est une manifestation historique du groupe éponyme : Etat écossais, Navarre. Mais de grands Etats ont été assimilés faute d’une différenciation ethnographique suffisante (Aragon). Cependant, le mot "nation a pris en France une signification si spéciale qu’elle en est arrivée à oblitérer la valeur étymologique du terme.
    Peuple gascon, donc nationalité gasconne. Bien entendu, cela ne doit pas obérer l’activité pratique et pragmatique.

  • J’aimerai,PJM, connaître la source de cette affirmation :"un groisillon(ou un Grec) épousait plus facilement une Rochelaise qu’une Lorientaise"....

  • Merci beaucoup pour cette longue réponse. Il faut dire que la question de l’appartenance ethnique est un sujet qui me fait assez réfléchir par rapport à ma propre identité et sur la façon de me définir (‘’Français’’ qui est trop large et administratif, ‘’Guyennais’’ qui n’est pas précis et consensuel, ‘’Gascon’’ qui n’est pas exact*, ‘’Bordelais’’ qui convient mais est restreint) – ce qui est humain, n’est-ce pas. Mes origines sont gasco-guyennaises à 55% (dont plus de la moitié en Bordelais (Cernès, Médoc)), médioromanes à 25%, sans compter tout le reste. J’ai un patronyme limousin ; je viens d’un village de Benauge sans y avoir d’ancêtres ; j’en parle le dialecte qui est le garonno-bazadais alors que je me rattache culturellement et affectivement au Bordelais, mais ma mère au Bazadais ; je suis guyennais tout en parlant gascon : plusieurs contradictions qui n’aident pas dans la recherche d’identité disons ethnique.

    Bon, cela dit, tout cela est théorique ; en pratique, il suffit de s’adapter à l’interlocuteur.

    * En marge de la Gascogne, j’ai un peu de mal à m’approprier la culture gasconne et ressens comme différente de la mienne la culture bien gasconne du Bazadais. Cela ne m’empêche pas de m’approprier la langue gasconne.

  • À Lorient on appelle aussi les habitants de Groix les « Greks » en référence à la cafetière (qui se dit grek en breton), car ceux-ci sont très amateurs de café.

  • Joan-Pèir, je rectifie. Il fallait lire :
    "un Groisillon (un habitant de l’île de Groix) épousait plus facilement une Rochelaise qu’une fille de paysan de la région (par exemple l’arrière-pays de Lorient)."
    - Un témoignage écrit : H.-F. Buffet, En Bretagne morbihannaise, Grenoble - Paris, 1947.
    - Deux témoignages oraux de natifs de l’île de Groix (Groe), dont celui de M. A. J. Raude.

    "Plus facilement", parce que le milieu des gens de mer, ici celui des pêcheurs, avait ses codes, ses moeurs, et que ses points d’attache étaient maritimes : l’île d’Yeu, La Rochelle, Bordeaux.
    C’étaient là des tendances anciennes, comme chez les paysans de rechercher des alliances avantageuses, solides, durables.

    En Gascogne les cadets étaient peut-être plus libres mais la tradition populaire garde trace (chansons, à rechercher) des fiançailles impossibles pour cause de service militaire, de tour de France du compagnon, etc.
    Les marins de la marine marchande bordelaise formaient aussi un milieu relié à Nantes et à toute la côte atlantique. Je n’ai pas de renseignements sur leurs alliances. Un capitaine à la retraite cherchait plutôt un gendre chez les terriens.

    Deux sujets à développer :
    - la mer des Gascons (et ses chansons),
    - les stratégies matrimoniales en pays gascons.

  • Pour faciliter les discussions je suggère de participer désormais à toute question par un simple bla-bla-bla ou par schtroumpf, assez économique aussi malgré le schtr.

    Un rappel utile aux libertés publiques : en l’absence de règlement, on n’est pas obligé de lire tout ce qui est écrit.

  • A renaud

    Blablabla de qualité tout de même. Vous êtes injuste.
    Si les notables Gascons d’autrefois avaient eu ce niveau réflexion sur l’identité, nous n’en serions pas où nous en sommes et nous aurions sans doute évité le Félibrige et l’occitanisme.

  • Mes òc, solide qu’es de qualitat ! Mes aqueth fotut site qu’es qualitat, n’es plenh.
    Mes aquiras pleitejadas lançadas en lo vènt, qüant i a dessús ? 30 ? 50 ? 100 ? Dab intervencions lusèntas e documentadas. Mes... blablabla...

    Que càntam devath le docha aquí. Que hèi mè de 10 ans los participants de’queth site son pas sortits de le sala de banh...

  • Gaby, en réponse au message de PJM tu as écrit :

    "Vous faites une typologie basée sur la linguistique. D’accord, qui dit langue dit communication, et avoir la même langue est essentiel pour s’identifier à un groupe, mais les langues et les ethnies se superposent-elles forcément ? Ou peut-être qu’on définit déjà à la base une ethnie par la langue ?"

    Très bonnes questions ! Déjà, je pense qu’il est nécessaire de souligner l’ambigüité de la notion d’ « ethnie », ambiguïté qui est source de confusions, d’incompréhensions, de controverses et de quiproquos aussi vains que regrettables, mais qui n’est ni pire ni moindre que l’ambiguïté qui fait des notions de « race », de « peuple », de « nationalité », de « civilisation », de « culture », autant de sorte d’auberges espagnoles.

    L’histoire de ce mot montre bien qu’il a toujours louvoyé entre le fait biologique et le fait culturel, tantôt synonyme de « race », tantôt synonyme de « groupe linguistique ». Entrer dans les détails demanderait de trop longs développements qui risqueraient de lasser le lecteur le plus patient et le plus attentif.

    Si l’on voulait faire court, on pourrait dire qu’il existe, en gros, l’ethnie au sens étroit et linguistique et l’ethnie au sens large englobant l’origine bio-géographique et les faits de culture comme la langue et/ou la religion. Dans les deux cas, le terme d’ethnie fait en France l’objet d’un véritable tabou. Outre qu’il est souvent ressenti comme un synonyme plus ou moins politiquement correct de « race », il est historiquement chargé du fait qu’à l’époque coloniale il a servi à dresser des listes classificatoires de populations « primitives » ou considérées comme telle.

    Néanmoins on pourrait envisager une conception qui tienne compte de la fluidité et de la dynamique de la réalité à l’instar de l’anthropologue germano-norvégien Fredrik Barth : « au lieu de (voir) l’ethnie comme un isolat humain se transmettant immuablement le long des générations des éléments culturels, on considère que les distinctions ethniques se fondent et s’entretiennent dans des interrelations et par des mécanismes d’exclusion et d’incorporation définissant des frontières, des limites. » (Barth , F. 1995)

    En dépit du poids de certains héritages historiques, ce terme controversé, bien que demandant à être manié avec précaution, offre un moyen commode de nommer un fait indéniable inscrit dans la réalité, à savoir l’existence de groupes humains assimilables à des familles extrêmement étendues, fondés sur le partage de comportements et de représentations parfois, et même souvent, mythiques, ainsi que sur une reconnaissance par soi et par les « autres ». Ces groupes humains existent et comme il faut bien donner un nom aux choses, le seul disponible sur le marché de nos jours est bien celui d’ethnie. Peut-être qu’à l’avenir un autre, plus précis, moins « pesant », verra le jour. Pour l’instant je n’en vois pas d’autre.

    Cela dit, peut-on parler de l’existence d’une ethnie gasconne ? Je ne le crois pas pour la bonne raison que la gasconnité réelle et ressentie est le fait d’une toute petite minorité dont la langue maternelle est désormais le français et non plus le gascon comme c’était le cas il y a encore un peu plus d’un demi-siècle. Cette situation se trouve aggravée par le fait que la population de « souche » gasconne est en voie de remplacement à un rythme accéléré par des populations allogènes, européennes et extra-européennes, totalement étrangères à ce qui faisait jadis de la Gascogne une réalité historique et ethno-linguistique. Désormais, les Gascons, du moins ceux qui se considèrent et se veulent comme tels, ne sont plus qu’une sous-ethnie française dans un Sud-Ouest fantasmé à la parisienne, plus basque que gascon.

  • Je suis d’accord avec ton dernier paragraphe... sauf avec les derniers mots. Je dirais plutôt un Sud-Ouest basco-gasco-guyennais, avec pour éléments clefs : le rugby, la fête, les bandas, le béret, et comme un peu partout la bonne chère (surtout les volailles grasses, les cèpes et le vin). Je veux bien que les brochures touristiques pour Parisiens aient contribué à cette image du Sud-Ouest (j’aime mieux dire Aquitaine (= Bassin aquitain + Pyrénées non-méditerranéennes)), mais ce sont des éléments qui parlent aussi aux Aquitains eux-mêmes. J’ai l’impression que les Aquitains se sont réapproprié ces clichés et les ont renforcés, du coup l’identité aquitaine s’est renforcée. Le seul inconvénient - je vous vois venir - c’est que la langue gasconne a été laissée de côté.

    Per respónder a Renaud : jo tabé aurí enveja de mèi d’accions concretas, per exemple aviar de coralas gasconas sus lo modèle de les polifonias biarnesas, mès en mantun lòc e caduna demb de cançons gasconas de son vesiat (les cançons de Nadau son bròias mès fadré tabé que cada parçan retrobèssi ses cançons localas, creacions modèrnas compresas). Mès : 1) fau auger d’irèias ; 2) fau tocar pro de gents ; 3) fau auger lo temps. E lo pus important : som esbarjats aus quate còrns de la Gasconha, de la Guièna e de la quita França. Donc parlaram de tot aquò quòra auram trobat una data per s’amassar ; en atendent, lo blablà pòt bien contunhar.




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