Gavarra e anhesta - ajonc et genêt Tederic M.

- Tederic Merger

Un peu de culture landaise (le peu que je sais, et pas toujours depuis très longtemps, je veux le transmettre !) :
Que som en abriu : la gavarra qu’es enqüera hlorida, l’anhesta que comença tot juste.

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Gavarra e anhesta - ajonc et genêt
Même genre d’arbuste, fleurs jaunes qui se ressemblent.
Mais l’ajonc a des piquants et le genêt n’en a pas.
L’ajonc fleurit en hiver, le genêt prend le relais au printemps.
Tederic M.

gavarra = ajonc d'Europe
gèsta, genèsta = genêt

Grans de sau

  • J’avais émis il y a quelques semaines l’hypothèse d’un partage lexical ouest/est pour ces deux vocables :
    jauga/gesta à l’ouest et gavarra/anhesta à l’est, traduisant respectivement ajonc (ou plus exactement, je pense : genêt épineux) et genêt - dans les deux cas, s’agissant des Grandes et petites Landes (ailleurs en Gascogne, ces végétaux se retrouvent-ils avec tant d’ampleur ?).
    J’en vois une confirmation dans le choix d’"anhesta" par Emmanuel Delbousquet (Manueu deu Bosquet), le peintre de l’Albret, du pays sotiate du Gabardan, dans la première strophe de son poème "Larèr" (Capbat la lana, 1906) :

    "Quan lo vent d’iuèrn shiula a la hrièsta
    Qu’aimi de setià’m lo ser, au cornèr,
    Un hòrt tros d’escop, un braçat d’anhèsta
    Dab un soc de pin, hèn huec batalhèr".

    • Nous avons évoqué, par exemple avec Jean Rameau (Laurent Labaigt) et Isidore Salles, des écrivains gascons qui montaient à Paris, pour revenir (ou pas, ou bien plus tard) au gascon.

      Delbousquet, dont Gérard donne ci-dessus un échantillon des oeuvres de poésie en gascon, n’est pas "monté à Paris" ; il a embrassé les lettres à Toulouse, mais très vite, il a choisi la vie de gentilhomme de lettres (gentilòme caçaire, vau díser !) à Sos et à Espagne, son domaine sur la commune d’Escalans, dans ses gavarras e anhèstas bien aimées.
      Il commençait, avec son recueil Capbat la lana, à écrire en gascon quand il a été fauché par la maladie, à 35 ans.

      Choisir le gascon vers 1900, quand le peuple landais le parlait encore, mais en avait honte ("Vergonha deu parlar d’a son" dans "Ende har aunor au parlar gascon"), et quand une carrière littéraire en français paraissait possible, ... Delbousquet devait avoir un sentiment puissant du lien entre le pays bien aimé et la langue qui y était parlée.
      Il aimait le gascon comme il aimait l’anhèsta et le pinhadar ; comme il aimait le paysan landais, et la paysanne (las lavadèras...).
      Au delà de cet amour, il développait comme un programme de récupération :

      Il faut apprendre aux enfants à ne pas rougir d’elle [notre langue d’Oc], - et dès qu’ils auront ouvert un seul livre dont le texte sera en gascon et la traduction française, dès qu’ils auront écrit une seule ligne composée de mots de cette langue qu’ils n’osent plus à cette heure que parler tout bas, loin du Maître d’Ecole, le grand pas sera fait, le seul qui importe, le seul qui coûte. Le champ de l’intelligence du peuple Méridional sera élargi considérablement...

      ça ne s’est pas passé comme ça*, il nous appartient de comprendre pourquoi, et d’apprécier ce qui reste possible maintenant.

      Et bravo à ceux qui maintiennent la mémoire de Delbousquet, les Editions d’Albret, qui ont réédité Capbat la lana avec la présentation et les notes d’André Bianchi, une préface de Maurice Romieu, et une étude de Philippe Gardy, les ATP de Marmande qui ont organisé une veillée sur lui... !

      *quand même, plus d’un siècle après la mort de Delbousquet, dans les années 2012-2016, j’ai entendu parler gascon par des vieux de Sos et alentours ; qui sait si l’exemple d’un jeune mèste qui honorait le gascon n’a pas eu quelque effet local ?

  • Qu’arríbam a la fin d’abriu (2016) : la gavarra n’es pas mei guaire hlorida, l’anhesta qu’a bien començat !*

    * la gawarro n’és pas meÿ gwaÿre hlourido, l’agnesto qu’a bien couménçat !

    • Je réponds à mon message de vigilance de fin avril 2016 ci-dessus, cette fois ci, c’est fin mars, 5 ans ont passé, et je le fais en français :
      dans mes landes d’Albret, j’ai bien vu que le genêt (par ici nommé agnesto/anhesta) prépare ses fleurs, (par exemple en devarar de Menjòt) quand l’ajonc (gawarro/gavarra) a encore les siennes.
      Menjot

  • C’est un peu plus compliqué en allant vers la Gironde, où se côtoient des formes bien gasconnes (gèsta) qui allaient anciennement jusque dans l’ouest de l’Entre-deux-Mers (semble-t-il) et des formes plus périphériques comme genèsta, genèstra, ginèsta, ginèstra, janèst m. et j’en oublie. D’autre part, au lieu de jauga (ouest) / gavarra (est), je me demande si ce n’est pas plutôt : jauga (ouest) / tuja/toja (est), car, du moins en Bazadais, la gavarra est l’ajonc nain (à vérifier toutefois). Autre mot pour l’ajonc nain : la vopilha (à vérifier aussi ! je n’ai pas de dictionnaires sous la main)

  • Chalosse : Gros ajonc (touye, thuye...) non coupé à temps. Servait pour chauffer le four ä pain.


Un gran de sau ?

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